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  • : Site consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.
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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.

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1 septembre 2006 5 01 /09 /septembre /2006 17:58


Nous avons déjà consacré un article à la maison d'Adam et Eve, au Mans, parfois dite de Jean de l'Espine, du nom du médecin et astrologue qui la fit construire au XVIème siècle: Champagne manceau: Adam et Eve, 18 février 2006.

On en sait peu sur le Jean en question, il aurait publié un almanach en 1534, postérieurement à la construction de sa maison, dont on sait qu'elle fut un temps occupée par deux médecins.

Après son décès, la maison d'Adam, Eve...et Jean échut à son fils Raphaël de l'Espine, qui la vendit en 1556.

A cette maison est consacré tout un chapitre des Demeures Philosophales de Fulcanelli, dont l'édition originale fut illustrée par Julien Champagne.

Nous avons vu que le premier bas-relief évoqué, classiquement dit d'Adam et Eve, a donné son nom à ce logis, mais qu'il est aussi dit parfois d'Ariane et de Bacchus.

Cette orientation mythologique, ou si vous voulez mytho-hermétique de la façade tout entière, semble confirmée par un second motif, moins visible car il surplombe le premier.

Il est consacré à l'enlèvement de Déjanire, titre même de la planche XII des Demeures, le dessin de Champagne étant remplacé dans l'édition Pauvert par un cliché qui en constitue la planche XV, et que je reproduis également.


"Au-dessus des coqs, gardiens du vase fructifère, explique Fulcanelli, se voit un panneau de plus grande dimension, malheureusement fort mutilé, dont la scène figure l'enlèvement de Déjanire par le centaure Nessos."

Et de nous rappeler la fable grecque. Hercule ayant obtenu la main de Déjanire voulut traverser un fleuve en compagnie de sa nouvelle épouse et le centaure, qui se trouvait dans le voisinage,  offrit de transporter la belle sur l'autre rive.  S'apercevant rapidement de la tentative de rapt,  le mari imprudent blessa mortellement le ravisseur en lui décochant un flèche trempée dans le sang de l'hydre.

Agonisant, l'homme-cheval remit alors...à sa monture sa tunique teinte de son sang, l'assurant qu'elle lui servirait à rappeler son époux si celui-ci s'avérait volage. En fait, cette tunique, dont elle eut effectivement l'usage, causa la mort d'Hercule qui l'ayant endossée, ressentit aussitôt de telles souffrances qu'il se jeta dans les flammes d'un brasier qu'il avait lui-même allumé.

Et Déjanire se tua de désespoir en apprenant la fatale nouvelle. Triste histoire, donc que celle de "la tunique de Nessos" (ou Nessus). Mais aussi légende alchimique...


"Nessos, nous dévoile l'Adepte, représente la pierre philosophale, non encore déterminée ni affectée à l'un quelconque des grands genres naturels, dont la couleur varie du carmin au brillant écarlate...

Hercule figure le soufre de l'or dont la vertu réfractaire aux agents les plus incisifs ne peut être vaincue que par l'action du vêtement rouge, ou sang de la pierre...

Déjanire, femme d'Hercule, personnifie le principe mercuriel de l'or, qui lutte de concert avec le soufre auquel il est conjoint, mais succombe néanmoins sous l'ardeur de la tunique ignée."

Si vous trouvez que l'histoire est tout de même bien sombre, et sa fin particulièrement tragique, vous apprécierez peut-être comme moi cette belle porcelaine allemande de 1957, inspirée par notre cher Raymond Peynet (1908-1999).

Car l'artiste peut comme ici suspendre le vol du temps, en laissant Nessos et Déjanire dans le mitan du fleuve. Vous ai-je dit que ce fleuve s'appelle Evène (doux, facile, en grec)? Reprenons le fil
de l'eau:

"Hercule n'entre pas dans les eaux du fleuve et Déjanire le traverse sur la croupe de Nessos. C'est la solution de la pierre qui fait le sujet du passage allégorique de l'Evène, et cette solution s'obtient aisément, de manière douce et facile."

La "méson" du Mans ayant été récemment restaurée, pourquoi finalement se priver d'un cliché de ce bas-relief dans son état actuel?


Dans le numéro 45 de ce mois de septembre 2006 de l'excellent webzine mensuel de Thierry Emmanuel Garnier, La Lettre de Thot:

http://thot-arqa.org/arcadia/accueil.html

vous trouverez le début d'un petit article de votre serviteur sur Julien Champagne. Son titre : Julien Champagne dévoilé. Suite j'espère en octobre 2006.

cpaenfantsmans.champagne


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31 août 2006 4 31 /08 /août /2006 19:22

Après deux premiers posts sur les époux Dina (Champagne: sur les traces de Gaston Sauvage, 8 juillet 2006, et Sphinx de Champagne, 12 août 2006), je vais ce soir vous entraîner à nouveau dans leur demeure philosophale des Avenières.

J'ai déjà produit des portraits de Assan Farid Dina, mais pas encore de son épouse Mary Shillito. En voici donc trois, tous des plus rares.

Le premier, hélas peu suggestif, est extrait du livre électronique d'Alain Bocher de Trégor, Message à la Femme du Verseau, que je vous recommande à nouveau, cette fois après en avoir pris connaissance.

J'en ai extrait également la lame de l'ermite, qui conclut ce courrier, et qui fait partie du tarot de la chapelle des Avenières. J'y reviendrai tout à l'heure.

Les deux autres clichés m'ont été fournis par un aimable correspondant, membre de l'association culturelle La Salévienne, qui s'efforce de préserver et promouvoir le patrimoine historique de cette région de Savoie.

La seconde photo est inédite, elle est extraite d'un reportage sur la banquet qui a suivi en 1931 l'inauguration de la route de La Salève, financée par Mary.

Pour l'ensemble de ses bonnes oeuvres, notre héritière s'était l'année précédente vu décerner la croix de chevalier de la légion d'honneur.

Enfin, le dessin qui la représente est extrait d'un article d'un périodique savoyard, Le Messager, ô Hermès. Cet article paru en 2003 prouve à l'évidence que le souvenir des Dina reste vivace, au moins localement.


Soit, me direz-vous, mais quoi de neuf sur le fond? Et bien nous avançons, lentement, mais nous avançons. Avec quelques nouvelles réponses, et aussi avec de nouvelles questions.

Prenez Mary Shillito. Décédée à 62 ans, en 1938, d'un arrêt du coeur consécutif à un accident, elle est morte et enterrée à Genève.

Fille de Gordon et de Jane Gaff Shillito, elle serait donc bien née en 1876, et non en 1878 comme elle le prétendait, peut-être en se rajeunissant de deux ans par coquetterie.

Mary a eu une descendance, puisque ses obsèques ont été payées par sa petite fille, Béatrice Shillito.

Notez que le sénateur Fernand David, qu'on a vu inaugurer avec elle la route ci-dessus mentionnée, et qui a probablement préfacé un ou des ouvrages de Gaston Sauvage, ami de Julien Champagne, a eu également un ou des petits enfants.

Sur Mary Shillito, je vous engage à visiter à l'occasion l'excellent site La rue de l'alchimie:

http://hermetism.free.fr/Avenieres/avenieres%2054.htm

Et Assan Farid Dina? Et bien, il semble qu'il soit né à Pamplemousse (île Maurice), encore que son acte de naissance n'ait encore pu être localisé.

Lui aussi paraît avoir encore des descendants, peut-être ceux de son frère. Comme la famille de Mary, celle d'Assan paraît actuellement non francophone mais anglophone, et toutes deux auraient des résidents britanniques et/ou nord-américains.

Parmi les inconnues qui concernent Dina, je mentionnerai le lieu de son tombeau, égyptien, sans doute, mais est-il à Suez, comme on le prétend parfois, ou au Caire, comme le dit entre autres Alain Bocher?

Tout cela est certes bel et bon, objecterez-vous à nouveau, mais quid du château des Avenières, cher à Mary comme à Assan?


Le livre d'Alain Bocher fourmille à son sujet d'informations et d'illustrations intéressantes, en particulier il présente une série assez complète, je trouve, de vues sur sa chapelle alchimique.

Je suis d'ailleurs encore à la recherche d'une autre source d'information, mentionnée sur le site de La Salévienne: un article de J.F. de Moussy de Sales, Historique et symbolisme du château des Avenières, paru en 1996 dans la Revue Savoisienne de la Société Florimontane d'Annecy.

Mais dans l'attente, que nous apprend Bocher?

Il nous dit notamment que le tarot de la chapelle des Avenières a sans doute été conçu par Oswald Wirth, dont nous avons vu le rôle voisin de celui de Julien Champagne auprès des Chacornac.

marie--g--e.champagne.jpg

Il nous dit aussi que Wirth, "incontournable artiste peintre", était à une époque comme René Guénon un proche de Mary Shillito.

Que les Guénon comme les Wirth sont venus se reposer aux Avenières. Que Papus y ait venu également, ainsi que le Maître Philippe de Lyon "dont l'atelier et l'athanor de la rue aux Boeufs à Lyon étaient très souvent désertés pour se joindre à ses amis au château des Avenières."

Je crois donc que cette boucle là est désormais bien bouclée, même s'il faudra peut-être encore la reboucler.


Pour l'instant, nous allons refermer ce post sur cette splendide lame de l'Ermite, - hermit en anglais, - conçue par Dina et peut-être Wirth.

Coiffé d'un bonnet que l'on pourrait croire phrygien, vêtu de pourpre, l'initié s'avance, sur un chemin de braises, tenant haut sa lanterne aux foudres de Zeus. L' a-t-il allumé, ce feu du soleil, à un volcan?

 

Georges Humbert vient en tout cas de consacrer un bien beau petit livre aux Avenières, à l'occasion du centenaire de ce château, intervenu il y a quelques mois:

 

http://www.1berger.com/unberger.html

 

"Mon petit doigt m'a dit" qu'il est même préfacé par un connaisseur: André Dussolier.


 


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30 août 2006 3 30 /08 /août /2006 13:19


La planche XXVII de l'édition originale des Demeures Philosophales de Fulcanelli, illustrée par Julien Champagne, est consacrée à la deuxième série des caissons de la galerie du premier étage du château de Dampierre-sur-Boutonne.

Dans l'édition Pauvert de 1977, la planche équivalente porte le numéro XXIX. Je vous en propose comme pour la série précédente (De Diane de Poitiers à Champagne, 26 août 2006) un bref examen de chaque emblême, fondé sur les descriptions et explications de Fulcanelli.


"Gisante sur le sol, une lanterne décrochée dont le portillon s'entr'ouvre montre sa chandelle éteinte.

Le phylactère qui signe ce sujet contient un avertissement à l'usage de l'artiste impatient et versatile: .SIC.PERIT.INCO(N)STANS. Ainsi périt l'inconstant."

Comme la lanterne sans lumière, commente l'Adepte, sa foi cesse de briller; il cherche vainement, dans les ténèbres qui l'environnent, cette clarté qu'on ne saurait trouver qu'en soi-même. Mais pour lui, l'image est plus difficile à interpréter que l'inscription. Il avance donc plusieurs déchiffrements possibles du symbole de la lanterne, dont un appliqué à la voie courte:

"Ce n'est plus le feu élémentaire, mais le feu potentiel, flamme secrète de la matière même ...Quel est donc ce feu mystérieux, naturel, inconnu, que l'artiste doit savoir introduire dans son sujet?"

La plupart des philosophes, répond-il, désignent cette lumière interne sous l'épithète de feu de lampe.

"Notre feu secret, dit Basile Valentin, "ne brûle pas et n'est pas brûlé"...Tel est bien notre vase, dispensateur du feu des sages, c'est-à-dire notre matière et son esprit, ou, pour tout dire, la lanterne hermétique."

Une enveloppe minérale, conclut Fulcanelli, contient ce feu de lampe qui n'a besoin que d'être excité par le feu ordinaire pour opérer les plus surprenantes métamorphoses.


"Deux vases, l'un en forme de buire repoussée et ciselée, l'autre, vulgaire, pot de terre, sont figurés dans un même encadrement qu'occupe cette parole de saint Paul:

.ALIVD.VAS.IN.HONOREM.ALIVD.IN.CONTVMELIAM. Un vaisseau pour des usages honorables, un autre pour de vils emplois."

Et Fulcanelli de dégager aussitôt la plus évidente des interprétations de ces deux vases:

"L'un est le vase de la nature, fait de la même argile rouge qui servit à Dieu pour former le corps d'Adam; l'autre est le vase de l'art, dont toute la matière est composée d'or pur, clair, rouge, incombustible, fixe, diaphane et d'incomparable éclat.

Et ce sont là nos deux vaisseaux, lesquels ne représentent véritablement que deux corps distincts contenant les esprits métalliques, seuls agents dont nous ayons besoin."

Mais l'Adepte précise aussitôt que ces vaisseaux ne figurent pas seulement deux matières, ou plutôt une seule matière à deux états de son évolution, mais qu'ils symbolisent encore deux voies, la longue, qui utilise le vase de l'art, et la brève, celle du vase de nature.


"Coupé par le milieu, un serpent, malgré le caractère mortel de sa blessure, croit cependant pouvoir vivre longtemps dans cet état.

.DVM.SPIRO.SPERABO. lui fait-on dire. Tant que je respire, j'espère."

Pour Fulcanelli, le serpent, image du mercure, exprime, par ses deux tronçons, les deux parties du métal dissous, que l'on fixera plus tard l'une par l'autre, et de l'assemblage desquelles il prendra sa nature nouvelle.

"Le soufre et le mercure des métaux, extraits et isolés sous l'énergie désagrégeante de notre premier agent, ou dissolvant secret, se réduisent d'eux mêmes, par simple contact, en forme d'huile visqueuse, onctuosité grasse et coagulable, que les Anciens ont appelée humide radical métallique et mercure des sages...

Cette liqueur, malgré son apparente homogénéité, est réellement composée des deux éléments fondamentaux de tous les corps métalliques, et peut être considérée logiquement comme représentant un métal liquéfié et réincrudé, c'est-à-dire artificiellement remis en un état voisin de sa forme originelle.

Mais ces éléments, se trouvant simplement associés et non radicalement unis, il semble raisonnable que notre symboliste ait songé à figurer le mercure sous l'aspect d'un reptile sectionné, dont les deux parts conservent chacune leur activité, leurs vertus réciproques.

Et c'est là ce qui justifie l'exclamation de confiance fixée sur l'emblème lapidaire: tant que je respire, j'espère."


"Posée sur le fond d'un boisseau renversé, une chandelle brûle. Ce motif rustique a pour épigraphe:

.SIC.LVCEAT.LVX.VESTRA. Que votre lumière brille ainsi."

Il est écrit, rappelle Fulcanelli, qu'on n'allume point une chandelle pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur un chandelier. Pour lui, la flamme indique l'esprit métallique.

"De même, voyons-nous, dans l'OEuvre, la nécessité de rendre manifeste ce feu interne, cette lumière ou cette âme, invisible sous la dure écorce de la matière grave. L'opération qui servit aux vieux philosophes à réaliser ce dessein, fut nommée par eux sublimation...

L'esprit gagne la surface externe de la substance brassée...C'est alors qu'il prend, en se coagulant, une couleur blanche éclatante, et sa séparation de la masse en est rendue très facile, puisque la lumière s'est, d'elle même, placée sur le boisseau, laissant à l'artiste le soin de la recueillir."


"Une banderole mouvante accusait ici le sens symbolique d'un dessin aujourd'hui disparu. Si nous en croyons l'Epigraphie Santone, celui-ci figurait  "une main tenant une pique."

Il n'en reste rien actuellement que le phylactère et son inscription, amputée des deux dernières lettres:

.NON.SON.TALES.NVS.AMOR(ES). Ce ne sont pas là nos amours. Mais cette phrase espagnole, solitaire, au texte vague, ne permet guère de commentaire sérieux. Plutôt que répandre une version erronée, nous préférons garder le silence sur ce motif incomplet."

Précisons tout de même que Fulcanelli se réfère ici à l'ouvrage de Louis Audiat, Epigraphie Santonne et Aunisienne, J.B. Dumoulin, Paris, et L. Clouzot, Niort, paru en 1870, et que nous avons déjà rencontré cet auteur (Julien Champagne dans pierre, 21 mai 2006).


"Un petit quadrupède, que l'état lépreux du calcaire ne permet pas d'identifier, paraît enfermé dans une cage d'oiseau.

Ce motif a beaucoup souffert. De sa devise, on lit à peine deux mots: .LIBERTA.VER, appartenant à cette phrase conservée par quelques auteurs: .AMPASA.LIBERTA.VERA.CAPI.INTVS. Voilà où mène l'abus de la liberté."

Pour Fulcanelli, il est vraisemblablement question, en ce sujet, de l'esprit, d'abord libre, puis emprisonné à l'intérieur du corps comme en une cage très forte.

"Mais il semble évident aussi que l'animal, tenant la place ordinaire d'un oiseau, apportait, par son nom ou par son espèce, une signification spéciale, précise, facile à situer dans le travail."


"D'épaisses nuées interceptent la lumière du soleil et couvrent d'ombre une fleur agreste qu'accompagne la devise: .REVERTERE.ET.REVERTAR. Retourne, et je reviendrai."

Fulcanelli estime que de ce petit sujet se dégage ésotériquement l'artifice de la solution du soufre par le mercure, la plante exprimant la vertu végétative de celui-ci, et le soleil la nature ignée de celui-là.

"L'opération est d'autant plus importante qu'elle conduit à l'acquisition du mercure philosophique, substance vivante, animée, issue du soufre pur radicalement uni à l'eau primitive et céleste."

Le caractère extérieur, ajoute-t-il, permettant l'identification certaine de cette eau, est une figure étoilée et rayonnante que la coagulation fait apparaître à sa surface.

"L'étoile, - manifestation extérieure du soleil interne, - se représente chaque fois qu'une nouvelle portion de mercure vient baigner le soufre indissous, et qu'aussitôt celui-ci cesse d'être visible pour reparaître à la décantation, c'est-à-dire au départ de la matière astrale.

"Retourne, dit le fixe, et je reviendrai." A sept reprises successives, les nuées dérobent aux regards tantôt l'étoile, tantôt la fleur, selon les phases de l'opération...et cette vérité se voit confirmée jusqu'à la fin de l'OEuvre."


"Un fruit, que l'on prend généralement pour une poire, mais qui peut avec autant de vraisemblance être une pomme ou une grenade, prend sa signification de la légende sous laquelle il figure:

.DIGNA.MERCES.LABORE. Travail dignement récompensé."

Ce fruit symbolique, selon Fulcanelli, n'est autre que la gemme hermétique, pierre philosophale du Grand OEuvre ou Médecine des anciens sages appelée encore Absolu, Petit Charbon ou Escarboucle précieuse (carbunculus), le soleil brillant du microcosme et l'astre de l'éternelle sapience.

"Ce fruit est double, car on le cueille à la fois sur l'Arbre de Vie, en le réservant spécialement aux usages thérapeutiques, et sur l'Arbre de Science, si l'on préfère l'employer à la transmutation métallique.

Ces deux facultés correspondent à deux états d'un même produit, dont le premier caractérise la pierre rouge, translucide et diaphane, destinée à la médecine en qualité d'or potable, et le second, à la pierre jaune, que son orientation métallique et sa fermentation par l'or naturel ont rendue opaque."

Le fruit hermétique, conclut-il, porte en soi la plus haute récompense que Dieu, par l'entremise de la nature, puisse apporter ici-bas aux hommes de bonne volonté.


"L'effigie du serpent Ouroboros se dresse sur le chapiteau d'une élégante colonne. Ce curieux bas-relief est distingué par l'axiome:

.NOSCE.TE.IPSVM. Traduction latine de l'inscription grecque qui figurait au fronton du célèbre temple de Delphes...Connais-toi toi-même."

Telle est, avance Fulcanelli, l'affirmation de la loi analogique qui donne la clef du mystère.

"Ce qui caractérise précisément notre figure, c'est que la colonne chargée de supporter le serpent emblématique se trouve renversée par rapport au sens de l'inscription.

Disposition voulue, réfléchie, préméditée, donnant à l'ensemble l'apparence d'une clef et celle du signe graphique à l'aide duquel les Anciens avaient coutume de noter leur mercure. Clef et colonne de l'OEuvre sont d'ailleurs des épithètes appliquées au mercure."

C'est dans le mercure, commente l'Adepte, que les éléments s'assemblent dans leur proportion convenable et leur qualité naturelle.

"C'est de lui que tout provient, parce que seul il a le pouvoir de dissoudre, mortifier et détruire les corps, de les dissocier, d'en séparer les portions pures, de les joindre aux esprits et de générer ainsi de nouveaux êtres métalliques."


Avant de quitter provisoirement les Demeures Philosophales, je voudrais terminer ce post en présentant à l'intention de nos amies et amis lusophones, du Portugal, du Brésil ou d'ailleurs, une toute récente édition d'As Moradas dos Filosofos (Madras, 2006).

Je pense qu'il s'agit là d'une édition brésilienne, qui a été précédée en 1989 par une publication portugaise du même ouvrage par Edicoes 70: As Mansoes Filosofais.



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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 11:37

AVDB.champagne

 

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Quand on a lu le livre présenté par Saul Bellow qu'André Vandenbroeck a consacré à René Schwaller (Al-Kemi, A memoir, Lindisfarne Press, 1987, encore réédité en 2000), on ne peut à mon avis se défendre d'un sentiment de gêne.

L'auteur et son épouse Goldian ont fréquenté les Schwaller à Grasse, pendant dix-huit mois, en 1959 et 1960, soit peu de temps avant le décès de leurs hôtes.

André a visiblement été fortement influencé par l'enseignement reçu de René, influence qui se ressent jusque dans le titre de son premier livre, Philosophical Geometry (Sadhana Press, 1972, puis Inner Traditions, 1987). Par contre il ne dissimule pas l'hostilité réciproque dont ont été imprégnées ses relations avec Isha, qu'il accuse grosso modo d'avoir dévoyé la pensée du "maître."

Il faut lui reconnaître cependant qu'il a beaucoup oeuvré avec sa femme pour le renom en milieu anglo-saxon de la pensée d'Aor, au travers de diverses traductions: Sacred Science: The King of Pharaonic Theocracy (Inner Traditions, 1982), The Egyptian Miracle (Inner Traditions, 1985), Esoterism and Symbol (Inner Traditions, 1985).

Mais voilà, comme d'autres auteurs avant et après lui, en rapportant les propos de René Schwaller sur "l'affaire Fulcanelli", il a parfois tendance à confondre tout simplement Fulcanelli et son illustrateur Julien Champagne. Et ce dernier s'en trouve - une nouvelle fois - pour ainsi dire "gommé", ce qui, vous l'admettrez est tout de même un comble pour un dessinateur.

Un exemple? Pour Vandenbroeck, ce n'est pas Champagne que Schwaller a rencontré en 1913 à la Closerie des Lilas, mais Fulcanelli. Mais bien sûr, me direz-vous, puisqu'Aor avait été persuadé - et par Champagne lui-même - que Champagne n'était autre que Fulcanelli. Et bien justement non, ce n'est pas évident.


Que dit vraiment Schwaller dans le livre de Vandenbroeck? En fait on a l'impression qu'il a surtout peur de trop en dire.

Curieusement en apparence, il affirme d'entrée de jeu à son interlocuteur que la question de l'identité de Fulcanelli n'est pas si importante. Ensuite, il paraît pencher pour la création d'une "personnalité littéraire" par un petit cercle composé de Champagne, Canseliet, Boucher et Sauvage. Et enfin, c'est vrai qu'à certains moments, si du moins on suit Vandenbroeck, on a l'impression qu'il assimilerait volontiers Champagne à Fulcanelli.

La seule constante à mon sens dans ce fatras est qu'à la fin de sa vie Aor est encore marqué par sa coopération avec Fulcanelli. Qu'elle lui semble avoir été pour lui cardinale.

Je serai donc tenté de formuler à ce stade l'hypothèse de travail suivante. Fulcanelli a vraiment oeuvré avec Schwaller, indépendamment des relations de ce dernier avec Champagne, que Fulcanelli peut d'ailleurs fort bien lui avoir présenté, ou lui avoir envoyé. Farfelue, mon hypothèse? Ce n'est pas certain.

Voyez la chronologie de ces années: 1910, Champagne a déjà réalisé un certain nombre de travaux pour Fulcanelli. 1912, publication dans la bibliographie occulte de Chacornac d'une de ces oeuvres (le frontispice du Mystère des Cathédrales). 1913, première rencontre entre Champagne et Schwaller.

Et puis...


Dans l'appendice de notes et commentaires qui figure à la fin d'Al-Kemi, Vandenbroeck cite une lettre que Lucie Lamy (belle-fille d'Aor, et fille d'Isha) lui a envoyé en 1974. Il n'en publie qu'un extrait, mais je le trouve extrêmement éclairant. Le voici:

"Vous me parlez de la relation Aor-Fulcanelli. Nous parlions un jour de Fulcanelli au Docteur Rouhier (Véga-Paris) et celui-ci sourit et, plissant malicieusement les yeux, répondit: "Fulcanelli? Lequel? A sa suite, je répète: Qui est Fulcanelli? Savez-vous quelle fut sa relation avec Aor? Vous m'intriguez."

Rouhier, familier de Champagne et que nous avons déjà rencontré (Champagne au Grand Lunaire, 25 juin 2006), savait que son ami n'était qu'un des Fulcanelli possibles. Il savait que derrière lui, il y avait le véritable Fulcanelli.

Quant à Lucy, qui se considérait comme une disciple de Schwaller, elle nous confirme dans l'idée que la collaboration entre Fulcanelli et Aor a été significative. Et aussi, et peut-être surtout, qu'elle sait pertinemment que Champagne, qu'elle a côtoyé plusieurs fois à Grasse chez ses parents, alors qu'elle avait une vingtaine d'années, et qui a dû faire l'objet avec eux de bien des conversations, n'est pas Fulcanelli.

Deux petites incidentes pour terminer. Lucie Lamy est l'auteur du dessin reproduit ci-dessus, qu'on trouve aussi dans les notes et commentaires de Vandenbroeck, et qui représente les armes d'Eze-sur-Mer, dans les Alpes Maritimes comme Grasse. Il est extrait du Temple dans l'Homme de Schwaller, et est illustratif à mon point de vue du parallélisme des travaux d'Aor et de ceux des "Frères Chevaliers d'Héliopolis."

Et puis finalement, comment ne pas s'étonner à nouveau, à la fois du retentissement international de la "Fulcanelli legend" (Vandenbroeck dixit), dificilement séparable à ce jour de celui de l'oeuvre même de Fulcanelli, et de la tendance récurrente, voire généralisée, à oublier l'apport considérable sur ce dernier plan d'un Julien Champagne.

On ne trouve pratiquement que des photos, et presque aucun de ses dessins, dans les nombreuses éditions étrangères qui existent désormais, aussi bien du Mystère des Cahédrales que des Demeures Philosophales. Comme dans la pourtant très belle publication allemande du Mysterium der Kathedralen (Oriflamme, 2004).

"Moriendo Renascor"

isia.champagne




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28 août 2006 1 28 /08 /août /2006 15:05


Depuis mon Champagne lexovien du 17 avril 2006, je ne vous ai plus entretenu du Manoir de la salamandre de Lisieux. Et pourtant, il n'a pas fini de nous livrer ses secrets, n'est-ce pas, Mulciber?

Reprenons donc l'édition originale des Demeures Philosophales de Fulcanelli, illustrée par Julien Champagne. La planche VI en est précisément consacrée à notre manoir, dont elle représente le faîte, côté rue. Elle est intitulée La Salamandre et les deux Dragons de la lucarne.

La planche qui lui correspond dans l'édition Pauvert est une photographie, que voici également, et qui porte le numéro IX. Pour la petite histoire, le mot lucarne, ô Grasset d'Orcet, y est écrit avec un
"grand" L.

Toujours pour l'anecdote, un des possesseurs de ce cliché a dû être inspiré en le voyant par l'iconographie et l'histoire de la salamandre, puisqu'on distingue en haut et à droite de cette épreuve le mot François 1er.

Il est vrai que dans certains documents cette maison, pour des raisons évidentes, est également dite "de François 1er".


Le thème ou si vous préférez le mythe de la salamandre est si important pour l'alchimiste Fulcanelli qu'il l'a fait figurer en frontispice des Demeures, frontispice consacré à l'Hôtel du Bourgtheroulde à Rouen, lui aussi du XVIème siècle et que nous avons déjà évoqué (post Champagne et la salamandre, 1er mars 2006, où François 1er est d'ailleurs mentionné).

Dans le chapitre lexovien de son ouvrage, l'Adepte se livre à un examen de sa signification en alchimie sur lequel je reviendrai sans doute plus tard, car une salamandre décore également la porte d'entrée du manoir. Il fait donc remarquer à nouveau la place importante qu'occupe, parmi les sujets emblématiques du petit hôtel de Lisieux, la salamandre, enseigne particulière de son modeste et savant propriétaire. Et il poursuit:

"On la retrouve jusque sur la lucarne du faîte, presque inacessible et dressée en plein ciel. Elle y étreint le poinçon du chapeau, entre deux dragons sculptés parallèlement sur le bois des jouées."


Et de concentrer alors, très logiquement, ses explications sur les deux dragons:

"Ces deux dragons, l'un aptère (sans ailes), l'autre chrysoptère (aux ailes dorées), sont ceux dont parle Nicolas Flamel en ses Figures hierogliphiques, et que Michel Maïer (Symbola aureae mensae, Francofurti, 1617) regarde comme étant, avec le globe surmonté de la croix, des symboles particuliers au style du célèbre Adepte.

Cette simple constation démontre la connaissance étendue que l'artiste lexovien avait des textes philosophiques et du symbolisme spécial à chacun de ses prédécesseurs."

Poursuivons donc le couple dragonnier, et retrouvons-le au chapitre L'Homme des Bois des Demeures:

Ils désignent, nous dit Fulcanelli, les deux matières, active et passive, dont la réaction mutuelle fournit, à la fin du combat philosophique, la première substance de l'OEuvre.

"Certains auteurs, - Nicolas Flamel et Basile Valentin en particulier, - ont donné à ces éléments l'épithète conventionnelle de dragons; le dragon céleste, qu'ils représentent ailé, caractérise le corps volatil, le dragon terrestre, aptère, le corps fixe."

Sur ce sujet du combat des deux natures, vous pourrez également vous reporter à mon post du 12 juillet 2006: Julien Champagne aux marmousets.

Mais la salamandre dans tout ça, me direz-vous? Quelle place tient-elle auprès de ces dragons?


Précisément, elle est comme dit Fulcanelli entre les dragons. Alors, les sépare-t-elle ou au contraire les unit-elle? Ou encore est-elle le produit final de la réunion des deux antagonistes?

Fulcanelli à mon avis répond immédiatement mais indirectement à cette redoutable question:

"Le choix même de la salamandre nous mène à penser que notre alchimiste dut chercher longtemps et employer de nombreuses années à la découverte du feu secret...verbe incarné, esprit céleste corporifié dans toutes les choses de ce monde."



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27 août 2006 7 27 /08 /août /2006 19:08


Comme pour Fulcanelli l'Index de Bernard Allieu et Bernard Lonzième:

http://perso.orange.fr/cabanis/classiques/autres/fulcanelli.htm ,

l'Index Canseliet de Jean Laplace est un "must" pour qui veut vraiment approfondir la pensée de celui que d'aucuns de ses disciples ont, paraît-il, affectueusement et de façon humoristique surnommé le terroriste de Savignies.

De ces disciples, le défunt Jean Laplace, dont nous avons déjà récemment évoqué la mémoire et l'oeuvre (De Champagne à Jean Laplace, 29 juillet 2006), et dont voici une rare photo, a sans doute été un des plus proches du "Maître" et de sa famille, et aussi un des plus doués.

 

JL1992B.champagne

 

En prélude à son Index (Suger, sive Jean-Jacques Pauvert et Françoise Harmel, 1986) il nous a livré une Evocation où il rapporte certains de ses souvenirs de Savignies. J'en ai trouvé deux qui se rapportent à Julien Champagne, d'où ce post.

Le premier est particulièrement grave, et a trait à la façon dont Fulcanelli a répondu aux sollicitations d'Eugène Canseliet, qui intercédait auprès de l'Adepte en faveur de son dessinateur alors déjà malade, et qui par son comportement des dernières années s'était attiré le courroux de l'auteur du Mystère des Cathédrales et des Demeures Philosophales.

Laplace commence par nous expliquer que pour certaines fautes, il n'est pas impossible qu'il n'y ait pas de rémission, sauf la Grâce de Dieu. Et il poursuit:

"A cet appel altissime (celui de la Grâce de Dieu), Fulcanelli renvoya Julien Champagne en réponse aux prières de son unique disciple, qui espérait sauver le peintre mortellement atteint:

"Que Champagne demande à Dieu et si Dieu le veut, il guérira."

Je cite de mémoire et en substance la réponse de Fulcanelli, l'anecdote m'ayant été communiquée du vivant d'Eugène Canseliet.

J'atténue, en outre, la froide sévérité des mots de l'Adepte, par respect pour un disparu."


Le deuxième souvenir évoqué par Jean Laplace d'un séjour à Savignies dont il nous précise qu'il remonte à 1982, peut paraître plus anecdotique. Pourtant il nous précise de façon générale à propos de ce séjour:

"J'acquérais la profonde conviction qu'au travers des ouvrages d'Eugène Canseliet, c'est Fulcanelli qui poursuit  son oeuvre d'enseignement."

Mais voici qu'il poursuit presque aussitôt:

"Rangeant le cabinet du bas dont le mur mitoyen et humide, menace le rayon de livres, j'entasse les volumes sur le lit, la table, les chaises.  Une chemise de cartonnage que je pose sur une pile, laisse apercevoir un cliché fortement mais finement contrasté comme le sont les tirages réalisés sur les grandes plaques d'autrefois.

Je reconnais immédiatement l'illustration choisie pour frontispice du Finis Gloriae Mundi...Le soir même, je remets à l'héritière (Isabelle Canseliet) les vieux papiers et les souvenirs qui accompagnent la reproduction en grand format du tableau de Juan de Valdés Léal: Finis Gloriae
Mundi."

Et d'ajouter en note: "J'en reparlerai plus amplement à l'occasion de la parution de mes Documents pour servir à l'étude de la fin du monde." Mais aucun livre de ce titre n'est paru. Dans ses Révélations alchimiques sur la fin du monde, qui sont antérieures (1978), rien n'est rapporté concernant ce cliché.

Et vers 1993, dans son numéro du Curieux de Nature déjà mentionné en juillet dernier, Jean Laplace précisera que c'est au dos de la reproduction du tableau que Fulcanelli a écrit des instructions à Julien Champagne pour le frontispice du Finis Gloriae Mundi, non publié également à ce jour.

Je voudrais enfin saisir cette occasion de rappeler l'existence d'une revue à laquelle Jean Laplace était lié, Prisme, "revue de création et de recherche poétique".

Jean Laplace en a fait partie du comité de rédaction.

Avec Atlantis et La Tourbe des Philosophes, cette revue au moins aussi méconnue que ses consoeurs a été une des rares à rendre un hommage à Canseliet, un peu avant ou quelque temps après sa mort.

Dans le numéro 28 de Prisme (1989), dont je reproduis la couverture, on retrouvera les alchimiques souvenirs puis alchimiques mémoires d'Eugène Canseliet, parus dans les livraisons 2 et 3 de La Tourbe des Philosophes, deux articles sur Canseliet de Jean Laplace, un de Roland Leimgruber, tous datés de 1983, et un du directeur de la publication, J.P. Claveau.

J.P. comme Jean Paul? Alors peut-être:

http://webnotes.free.fr/claveau.htm

En tout cas, Prisme, qui est ou a été également une revue de "spiritualité et tradition", avait ou a une devise de qualité:

"Si tu rencontres une fleur rare, Respire son parfum sans tarder."

hippocanseliet.champagne.jpg

Ce que manifestement fit Jean Laplace, dont l'ex-libris est certes "parlant":


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26 août 2006 6 26 /08 /août /2006 14:49



Nous n'en avons certes pas fini avec Le Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, mais je voudrais ce soir vous entraîner à nouveau du côté de ses Demeures Philosophales.

Parmi ces demeures, il en est une, en particulier, à laquelle je pense n'avoir toujours pas rendu justice, c'est celle de Dampierre-sur-Boutonne.

Après mes deux premiers posts il faut bien le dire introductifs: Champagne et Dampierre-sur-Boutonne (26 février 2006) et Julien Champagne dans pierre (21 mai 2006), je vous propose donc d'entrer maintenant dans le vif...du sujet.

Dessinée par Julien Champagne, la planche XXV de l'édition originale des Demeures (Schemit, 1930, 500 exemplaires environ) nous présente la première série des caissons de la galerie haute du château, qui est comme les autres composée de neuf emblèmes.

Dans l'édition Pauvert de 1977, cette planche du tome II, qui reproduit les mêmes dessins, quoique avec une qualité que je trouve inférieure, porte le numéro XXVII, et est insérée comme les autres dans le chapitre qui porte un titre qui, lui, est inchangé: Le grimoire du château de Dampierre.


Fulcanelli note d'entrée de jeu que chaque série de caissons est séparée de la suivante par trois caissons décorés alternativement du monogramme de Henri II et des croissants entrelacés de Diane de Poitiers, chiffres que l'on remarque sur quantité d'édifices de la même époque.

"Or, poursuit-il, nous avons fait cette constatation, assez surprenante, que la plupart des hôtels ou châteaux porteurs du double D lié à la lettre H et du triple croissant, ont une décoration de caractère alchimique incontestable."

Henri II aurait-il été un initié? Fulcanelli semble écarter cette possibilité. Quoi qu'il en soit, le cas de Diane de Poitiers, dont je reproduis ci-dessus un portrait que je serais tenté de dire être "à l'escarboucle", dont les liens avec l'architecte frimason Philibert Delorme ou de L'Orme sont connus, et à qui Philippe Erlanger, que nous avons déjà rencontré, a consacré une biographie
(Gallimard, 1955) me paraît être différent.

Sur Philippe Erlanger en particulier, on pourra consulter:

http://touscesgens.hautetfort.com/archive/2006/08/25/erlanger-philippe.html


Pour Fulcanelli, le croissant est un symbole de la plus haute antiquité:

"C'est l'attribut d'Isis, d'Artémis ou de Diane, de Séléné, Phoebé ou la Lune, l'emblème spagyrique de l'argent et de la couleur blanche.

Sa signification est triple: alchimique, magique, cabalistique, et cette triple hiérarchie de sens, synthétisée dans l'image des croissants entrelacés, embrasse l'étendue de l'ancienne et traditionnelle connaissance."

Que ce symbole ait une signification hermétique, on s'en convaincra aisément à la lecture des deux emblèmes reproduits dans ce post, dont l'un est ancien et le montre cerclé de l'ouroboros et surmonté de la couronne de vraie royauté, et l'autre moderne, aux couleurs du Grand OEuvre.

Quant au monogramme, selon Fulcanelli il est lui aussi facilement explicable.

"Le Donum Dei, connaissance révélée de la science du Grand-OEuvre, clef des matérialisations de l'esprit et de la lumière, apparaît incontestablement sous le monogramme du double D (Donum Dei) uni au signe de l'esprit (H), initiale grecque du soleil, père de la lumière, Hélios."

On retrouve ou en tout cas on retrouvait avant 2002 ce double D sur la cheminée du château de Dampierre, et là encore le symbolisme ésotérique, à la fois rosicrucien et...janusien, me paraît être indubitable.

J'en profite pour vous recommander quelques sites consacrés au château, où vous pourrez retrouver et des commentaires détaillés et des "images parlantes", à commencer par le site qui se proclame officiel:

http://membres.lycos.fr/chateaudedampierre/

Vous pourrez en particulier y admirer une belle photo de la restauration des caissons à partir de 2003, qui nous fait souhaiter que leur iconographie soit - si possible prochainement - présentée de façon plus systématique et complète.

Voyez aussi à ce sujet :

http://www.romanes.com/Dampierre/

qui vous donnera je crois une bonne idée de la valeur culturelle d'un patrimoine dont il convient à mon sens d'encourager la préservation mais aussi la promotion. J'en profite d'ailleurs, également, pour signaler l'existence d'une Société des Amis du Château de Dampierre-sur-Boutonne, dont le logo reproduisait il y a quelques années et reproduit sans doute toujours notre présent symbole du Don de Dieu.


Pour une première approche des caissons alchimiques du château de Dampierre, il m'a semblé que le crayon de Julien Champagne valait toutes les empreintes photographiques, d'ailleurs comme déjà dit pour l'instant indisponibles.

Je vous invite donc maintenant à les passer en revue avec moi, un par un, tout en se référant bien sûr, de façon succinte pour ne pas excéder les limites de ce post, à leur déchiffrement par Fulcanelli.

"Une vieille tour démantelée, dont la porte, arrachée de ses gonds, laisse l'entrée libre: c'est ainsi que l'imagier a figuré la prison ouverte.

A l'intérieur on voit encore une entrave, ainsi que trois pierres indiquées dans la partie supérieure. Deux autres entraves, extraites de la geôle, se remarquent aux côtés de la ruine.

Pour Fulcanelli, cette composition marque l'achèvement des trois pierres ou médecines de Geber. Chacune de ces pierres a dû subir la coction dans l'Athanor, prison du Grand OEuvre.

"Le petit bas-relief a pour devise la parole de l'apôtre Pierre, qui fut miraculeusement délivré de sa prison par un ange: NV(N)C.SCIO.VERE. Maintenant, je sais vraiment!...Il a découvert la voie, reconnu la vérité, hérité du Donum Dei."


"Pour l'avoir constaté expérimentalement, les philosophes certifient que leur pierre n'est autre chose qu'une coagulation complète de l'eau mercurielle.

C'est ce fait que traduit notre bas-relief, où l'on voit la pierre cubique des anciens francs-maçons flottant sur les ondes marines. Quoiqu'une telle opération paraisse impossible, elle ne laisse pas toutefois que d'être naturelle."

Pourtant, remarque Fulcanelli, beaucoup d'artistes doutent, et vite déçus, abandonnent un travail pénible et qu'ils jugent vain.

"C'est à ceux-là que s'adresse la parole de Jésus à Pierre marchant sur les eaux: .MODICE.FIDEI.QVARE.DVBITASTI. Pourquoi as-tu douté, homme de peu de foi?"


"Un dé à jouer est posé sur une petite table de jardin; au premier plan végètent trois plantes herbacées. Pour toute enseigne, ce bas-relief porte l'adverbe latin: .VTCUMQVE. En quelque manière, c'est-à-dire d'une façon analogue."

Et Fulcanelli d'expliquer que le dé à jouer désigne encore une fois notre pierre cubique ou taillée, notre pierre philosophale, qui est aussi, ajoute-t-il, la pierre angulaire de l'Eglise.

"Pour être régulièrement dressée, cette pierre demande trois réitérations successives d'une même série de sept opérations, ce qui porte leur total à vingt et une...

Il suffit donc, analogiquement, de jeter trois fois le dé sur la table, - ce qui équivaut, dans la pratique, à redissoudre trois fois la pierre, - pour l'obtenir avec toutes ses qualités.

Ce sont ces trois phases végétatives que l'artiste a représentées ici par trois végétaux."


"Deux arbres de même dimension et de grosseur semblable figurent côte à côte sur le même terrain; l'un est vert et vigoureux, l'autre inerte et desséché.

La banderole qui paraît les réunir porte ces mots: .SOR.NON.OMNIBVS.AEQUE. Le sort n'est pas égal pour tous."

Ici, Fulcanelli se montre délibéremment elliptique. Il rappelle que suivant la doctrine alchimique, les minéraux extraits de la roche sont vivants, mais condamnés à mourir aussitôt après leur extraction et périssent bientôt sous l'action néfaste du feu réducteur.

"Telle est la signification des deux arbres symboliques, dont l'un exprime la vitalité minérale et l'autre l'inertie métallique."

En note de bas de page, il remarque cependant qu'au pied de l'arbre couvert de feuillage, la terre est creusée en forme de cuvette, afin que soit mieux retenue l'eau versée pour son arrosage.

"De même, le métal, mort par la réduction, recouvrera-t-il l'existence, en des imbibitions fréquentes."


"Une tour de forteresse, élevée sur glacis, couronnée de créneaux et de mâchicoulis, pourvue de meurtrières et coiffée d'un dôme, est percée d'une étroite fenêtre grillée et d'une porte solidement verrouillée.

Cet édifice, d'aspect puissant et rébarbatif, reçoit des nuées une averse que l'inscription désigne comme étant une pluie d'or: .AVRO.CLAVSA.PATENT. L'or ouvre les portes fermées."

Pour Fulcanelli, nous avons là affaire à l'épisode mytho-hermétique - ô cher Pernety - que contient la fable de Jupiter et Danaé, emprisonnée par son père dans une tour et que le dieu féconda en s'introduisant auprès d'elle sous forme d'ondée dorée.

"Danaé représente notre minéral brut, tel qu'on l'extrait de la mine...Jupiter apparaît comme la personnification de l'eau, d'une eau capable de pénétrer les corps, d'une eau métallique puisqu'elle est d'or ou tout au moins dorée. C'est exactement le cas du dissolvant hermétique, lequel, après fermentation dans un baril de chêne, prend, à la décantation, l'aspect de l'or liquide."


 


"Quatre fleurs épanouies et dressées sur leurs tiges sont en contact avec le tranchant d'un sabre nu.

Ce petit motif a pour devise: .NVTRI.ETIAM.RESPONSA.FERVNTVR. Développe aussi les oracles annoncés. "

Ces oracles, au nombre de quatre, correspondent, dit Fulcanelli, aux quatre fleurs ou couleurs qui se manifestent pendant l'évolution du Rebis et révèlent à l'alchimiste les phases successives du travail interne. Ces phases, diversement colorées, portent le nom de Régimes ou de Règnes.

"Les maîtres se sont bornés à signaler quatre couleurs, essentielles et prépondérantes, parce qu'elles offrent plus de netteté et de permanence que les autres, savoir: le noir, le blanc, le jaune ou citrin et le rouge.

Ces quatre fleurs du jardin hermétique doivent être coupées successivement, dans l'ordre et à la fin de leur floraison, ce qui explique la présence de l'arme sur notre bas-relief."


Plus précisément encore, au chapitre Paris du Mystère des Cathédrales, Fulcanelli avait évoqué la triplicité des Couleurs de l'OEuvre:

"Ces couleurs, au nombre de trois, se développent selon l'ordre invariable qui va du noir au rouge en passant par le blanc...

Ce sont des colorations dans la masse qui se traduisent au dehors et résorbent toutes les autres."


Pour copie conforme,

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24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 22:44



spotero.champagne.jpg

LMMO.champagne

 

Walter Grosse m'a récemment soufflé une excellente idée, qui est d'insister davantage sur les lieux de Julien Champagne, et c'est vrai que j'ai jusqu'alors surtout traité de ses oeuvres, de ses
proches...

Il y a bien eu le post sur sa dernière demeure : Julien Champagne, apôtre de la science hermétique, le 25 février 2006, mais depuis lors, on ne peut pas dire que j'aie été très disert sur le
sujet.

Et bien, on va tâcher de remonter dans le temps! Pour aujourd'hui, je vous propose de partir d'une brève indication retrouvée dans l'excellent livre de Luis Miguel Martinez Otero sur Fulcanelli,
Une biographie impossible (édition originale espagnole Obelisco, 1986, traduction française chez Arista, 1989).

Je ne connais pas d'autre édition de cet ouvrage, qui pourtant fourmille si on le lit attentivement de détails précieux et sur la personnalité profonde et même sur l'identité de l'Adepte.

Oh, elle est brève, au cas particulier, cette information, imprécise, même: 1897, Fulcanelli a 58 ans, Champagne fait son service militaire.

Pas de quoi faire un post, donc, même si je n'ai lu cela nulle part ailleurs. Seulement voilà...

bec-hellouin-1976-tour-st-nicolas.champagne.jpg

L'ami Zadith est passé par là, et heureusement, dans le Forum de la Librairie du Merveilleux:

http://forum.aceboard.net/?login=50340
http://forum.aceboard.net/50340-2490-11094-1-CHAMPAGNE.htm

Et de nous signaler un très curieux article de René Marlière dans le numéro 368 de la revue Atlantis, consacré en 1992 aux demeures philosophales méconnues.

Oui, je sais, l'auteur a pu être inspiré par Otero. Mais tout de même, voici ce qu'il nous y dit en substance:

"L'abbaye bénédictine du Bec-Hellouin fut elle une demeure philosophale? De la florissante école du XIème siècle il reste des bâtiments conventuels reconstruits au XVIIIème siècle alignant 40
fenêtres apparemment identiques et pourtant toutes différentes; et la tour Saint Nicolas du XVème siècle.

Au sommet de celle-ci, sur un merlon sculpté, parmi d'autres graffiti, il en est un, bien dessiné, très creusé, qui a dû exiger un long travail à son auteur, J.Champagne.

Des inscriptions voisines situent l'ensemble de ces gravures personnelles à la fin du XIXème siècle.

Champagne avait vingt ans en 1897 et le Bec-Hellouin, depuis l'Empire, était un haras militaire chargé de la remonte. Julien Champagne fit-il son service dans la cavalerie? Et son esprit, de ce
fait ou pour toute autre raison locale, s'ouvrit-il à la cabale?"

 

atlantis368.champagne.jpg

Que l'esprit de Julien Champagne se soit ouvert à la cabale, me semble un fait avéré si on prend en compte son goût patenté des mystifications et surtout un précoce intérêt pour l'alchimie, qui
paraît même antérieur à sa majorité. S'il est le J.Champagne qui a laissé son nom au faîte de la tour Saint Nicolas, il avait déjà sans doute à ce moment oeuvré dans son propre laboratoire.

Ceci mis à part, tout ce que nous dit René Marlière dans ces quelques lignes me semble confirmé par les faits.

L'abbaye du Bec-Hellouin, dans l'Eure, dont l'orthographe capricieuse : Helluin, Halluin, Hallouin...semble faite pour décourager les curiosités, est une des plus anciennes de France, et son
jumelage avec celle de Canterbury, en Angleterre, pratiquement millénaire:

http://www.jedecouvrelafrance.com/f-2576.eure-abbaye-bec-hellouin.html
http://www.abbayedubec.com/
http://www.monum.fr/visitez/decouvrir/fiche.dml?lang=fr&id=68
http://www.visitorama.com/ppi/27/abbaye-Bec-Hellouin.htm
http://www.normandieweb.org/27/brionne/lebechellouin/index.html

Elle est également connue de certains universitaires ou autres amateurs spécialisés de par les marques de maçons ou tailleurs de pierre qu'on peut y trouver. Parmi les artisanats locaux, j'ai
relevé la présence d'un atelier de céramique, d'une poterie...

Cependant,  sauf à en savoir plus sur la signification profonde de ces quarante fenêtres qui ont  tant frappé Marlière, où à y découvrir des motifs ésotériques, dans la tour ou dans le
cloître, qui remonte également au XVème siècle, je n'ai rien trouvé pour l'instant de probant pour pouvoir l'ériger au rang de demeure philosophale.

 

behelluin.champagne.jpg

Elle en tout cas n'en a pas besoin, elle a bien d'autres mérites. Tenez, prenez un de ses abbés les plus connus, Anselme d'Aoste (1033-1109).

En voilà un encore dont le patronyme est du genre balladeur. Car nous avons affaire ici également Anselme du Bec, à Anselme de Canterbury, ou Cantorbury, dont il fut plus tard archevèque, et puis
un peu plus tard bien sûr...à Saint Anselme.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Anselme_de_Cantorb%C3%A9ry
http://perso.orange.fr/sos.philosophie/anselme.htm

Il a tout de même réussi à précéder Thomas d'Aquin, Descartes, Leibniz et Kant en s'aventurant sur le terrrain de la recherche d'une preuve ontologique de l'existence de Dieu. Cette preuve, il la
voulait rationnelle, déjà: "Dieu est parfait, donc il existe."

Personnellement, cependant, ce que je préfère en lui, c'est un autre aspect de sa pensée: Il met l'homme au centre de la création, réfléchit sur le sens de l'incarnation...et cherche même à
trouver d'autres arguments prouvant l'existence de la divinité, qui seraient cosmologiques.

Là on se rapproche clairement d'une démarche alchimique, à mon sens, d'autant que cet homme de raison était aussi un homme d'intuition. Après tout, il aurait aussi bien pu écrire: "Nous
ressentons Dieu comme parfait, donc il existe."

Vous doutez, hommes et femmes de peu de foi? Alors, voici la citation de ce docteur de l'Eglise, père de la scolastique, que je préfère:

"Je ne cherche pas à comprendre afin de croire, mais je crois afin de comprendre. Car je crois ceci: A moins que je croie, je ne comprendrai pas."

http://www.mariedenazareth.com/2286.1.html

 

oterofr.champagne.jpg

 

AVMGP
Ave , Virgo , Maria , Gratia Piena

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23 août 2006 3 23 /08 /août /2006 22:24

pl-14.champagne

Nous voici maintenant devant la planche XIV de l'édition originale du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, illustré par Julien Champagne.

Dans l'édition Pauvert, elle est remplacée par deux clichés en noir et blanc, dont l'ordre est à nouveau inversé, et qui portent respectivement les numéros XXIV et XXV.

Ces deux médaillons du porche central de Notre-Dame de Paris sont classiquement supposés représenter la discorde pour l'un, et pour l'autre l'inconstance.

Dans le livre de Fulcanelli, ils portent naturellement des appellations bien différentes, le premier étant dénommé La Dissolution. Combat des deux Natures, et le second L'Entrée du Sanctuaire.


discorde2.champagne

"Pour être humain et familier, le style de Notre-Dame n'en est ni moins noble, ni moins expressif, commente notre Adepte en cet endroit.

Les deux natures y sont figurées par des enfants agressifs et querelleurs qui, en en venant aux mains, ne se ménagent point les horions.

Au plus fort du pugilat, l'un d'eux laisse choir une pierre, l'autre un pot. Il n'est guère possible d'écrire avec plus de clarté ni de simplicité l'action de l'eau pontique sur la matière grave,
et ce médaillon fait grand honneur au maître qui l'a conçu."

Fulcanelli reviendra dans ses Demeures Philosophales et sur cette eau pontique, et sur le combat des natures. Concernant ce second point, il explique, ouvrant Le grimoire du chateau de Dampierre
et citant Limojon dans son Triomphe Hermétique:

"Notre pierre naît de la destruction de deux corps." Nous préciserons que, de ces corps, l'un est métallique, l'autre minéral, et qu'ils croissent tous deux dans la même terre."


inconstance2.champagne

"A droite du porche, nous dit ensuite Fulcanelli du deuxième bas-relief, le septième médaillon nous montre un vieillard prêt à franchir le seuil du Palais mystérieux.

Il bient d'arracher le vélum qui en dérobait l'entrée aux regards profanes. C'est le premier pas accompli dans la pratique, la découverte de l'agent capable d'opérer la réduction du corps fixe,
de le réincruder, selon l'expression reçue, en une forme analogue à celle de sa prime substance."

Et Fulcanelli de préciser aussitôt, charitablement, ce qu'il faut entendre par cette réincrudation: Il s'agit tout simplement de rendre vivants les métaux morts. Mais il va encore plus loin dans son explication:

"Le vieillard n'est autre que notre Mercure, agent secret dont plusieurs bas-reliefs nous ont révélé la nature...Quant au Palais, il représente l'or vif, ou philosophique, or vil, méprisé de l'ignorant, et caché sous des haillons qui le dérobent aux yeux, bien qu'il soit fort précieux à celui qui en connaît la valeur."

vitrailinconstance2.champagne

Et le Philosophe dévolu au XXème siècle ne s'arrête pas en si bon chemin, poursuivant ainsi son élucidation:

"Nous devons voir en ce motif une variante de l'allégorie des Lions vert et rouge, du dissolvant et du corps à dissoudre.

En effet, le vieillard, que les textes identifient à Saturne, - lequel, dit-on, dévorait ses enfants, - était jadis peint en vert, tandis que l'intérieur du Palais offrait une coloration pourpre."

Fulcanelli nous a déjà révélé à quelle source on peut se référer pour rétablir, grâce au coloris original, le sens de toutes ces figures. Tous ces motifs se retrouvent en effet, et en couleurs, dans les vitraux de Notre-Dame, en particulier dans ses rosaces, et notamment, comme en fait foi le cliché ci-dessus, dans la grande rose.

On pourra notamment y vérifier qu'ayant ôté "la nuée sur le sanctuaire" qui inspira à Eckartshausen son plus célèbre traité, notre artiste, loin d'être inconstant et de quitter le temple, s'apprête bien à y pénétrer.

L'ésotérisme dans sa discrète précision prend bien ici le pas sur le trop rapide coup d'oeil jeté avidement par l'exotérisme moralisant. Il est vrai que là encore la maîtrise du concepteur s'avère extrême, et est bien de nature à induire en erreur le scrutateur indigne: Notre vieillard lui tourne le dos, il est tourné vers le Palais du Roi.


combatdesnatures.champagne

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21 août 2006 1 21 /08 /août /2006 20:40

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Lors de ses séjours chez les Schwaller près de Grasse, dans les Alpes Maritimes, à la fin des années 1920 et au début des années 1930 (voir mes posts Schwaller et Champagne et Schwaller croque Champagne du 2 février 2006, et Julien Champagne au Mas de Cocagne du 9 avril 2006), Julien Champagne a pu rencontrer non seulement le couple Aor-Isha, mais aussi leurs enfants.

Jeanne Germain, puisqu'ainsi s'appelait Isha de son nom de jeune fille, avait eu quatre enfants, dont deux d'une précédente union avec l'armateur Georges Lamy, dont elle devint veuve avant d'épouser René Schwaller, qui avait travaillé pour sa firme (voir mon post Julien Champagne et Allainguillaume du 3 mars 2006).

Selon certaines informations, Louis Allainguillaume, lui aussi employé de Lamy, et ami de Julien Champagne jusquà la fin de la vie de ce dernier, pourrait d'ailleurs être le véritable père de deux des enfants de Jeanne Lamy.

Toujours est-il qu'Isha eut deux fils et deux filles, dont deux, Jeanne et Jacques, semblent avoir décédé précocement et peut-être tragiquement. Son autre fils et son autre fille sont Jean Lamy, déjà mentionné, et Lucie Lamy, à qui ce post est consacré pour l'essentiel.

 

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Faute de pouvor pour l'instant vous proposer des photos de Lucie et Jean Lamy, j'ai pensé qu'il vous serait agréable de retrouver leur maman et leur beau-père, sans doute vers l'époque de leur union en 1927 (quoique selon certaines sources, celle-ci remonterait à 1920).

Ils achèteront la propriété "Les Platanes" au Plan-de-Grasse deux ans plus tard, et c'est Isha qui la baptisera "Lou Mas de Cocagno."

Quand Julien Champagne leur y rendra visite en 1929, puis vers 1930, il a donc pu rencontrer non seulement René Schwaller et son épouse, mais aussi les deux enfants survivants de cette dernière, Jean et Lucie Lamy.

Est-ce pendant une de ces visites que ce farceur d'"Hubert", qui se faisait passer pour Fulcanelli auprès d'Aor, lui dédicacera Le Mystère des Cathédrales, dont il n'est après tout "que" l'illustrateur?


Je l'ignore à ce stade, mais voici en tout cas un nouveau cliché de cette dédicace, qui cette fois ne doit rien au livre de Geneviève Dubois sur Fulcanelli (voir mon post Dédicaces de Julien Champagne, 27 février 2006).

 

aor3.champagne

Seulement voilà, le travail de Dubois reste capital...Elle nous apprend en particulier que Lucie Lamy a connu - et mésestimé dit-elle, Julien Champagne:

"La belle-fille de René Schwaller, Lucie Lamy, n'apprécie guère l'alchimiste. Elle le dira plus tard en expliquant qu'il se comportait de façon odieuse et qu'il était très porté sur la boisson. En fait, il ne correspondait en rien à l'idée qu'elle se faisait d'un philosophe."

Dubois ne nous précise pas si Jean Lamy, le beau-fils, a également eu des relations avec Julien Champagne, même si cela peut paraître probable. Ce médecin avait au moins en tout cas une passion en commun avec ce dernier, le goût du tabac:

"Son cabinet était au second étage de la maison. Il occupait trois pièces qui empestaient la fumée de cigarettes dont il abusait. Il devait d'ailleurs décéder pour avoir trop fumé."

 

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Si nous cherchons maintenant à en savoir un peu plus sur Lucie Lamy (1908-1984), nous allons de surprise en surprise. Car elle présente plus d'un point commun avec Julien Champagne, qu'elle est supposée pourtant avoir pris en grippe.

D'abord, elle partage avec lui une aptitude, un talent, un don, celui du dessin et peut-être de la peinture. Ensuite, comme celle d'"Hubert", son oeuvre a été à mon sens assez largement occultée.

Dès 1938, année de ses trente ans et aussi année de l'installation pour quinze ans des Schwaller en Egypte (dont quatorze passés à Louxor), elle se joint aux recherches conduites avec le peintre Alexandre Stoppelaere et les archéologues Alexandre Varille et Clément Robichon. L'année précédente, ces derniers avaient paraître chez Paul Hartmann un ouvrage intitulé En Egypte. C'est la naissance du "groupe de Louxor", contesté par l'égyptologie officielle.

Cette expérience d'après Dubois l'a marqué, puisque des années plus tard, un témoin constatera: "Son long séjour en Egypte l'avait prématurément vieilli. Elle était là, effacée, alors qu'elle avait de très grandes qualités pour le dessin et aurait pu se mettre en valeur."

 

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Ces qualités pour le dessin, elle les mettra dans un premier temps exclusivement au service d'Aor, dont elle illustrera bon nombre de livres, avant de faire de même pour une partie de ceux d'Isha. Et pourtant...

Le même témoin cité par Dubois constatera bien des années plus tard: "Lucie n'avait pas le droit d'intervenir ni d'ailleurs de sortir de la maison. Elle vivait recluse."

De même, son nom n'apparaîtra pas guère les couvertures des ouvrages d'Aor, publiés à partir de 1952, année du retour au Plan-de-Grasse;  cela nous rappelle tout de même quelque chose! Seule sa maman semble avoir agi différemment, comme en témoignent les deux clichés d'Her-Bak que je reproduis; encore s'agit-il d'une édition anglo-saxonne.

http://www.innertraditions.com/Contributor.jmdx?action=displayDetail&id=357

 

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Dans le livre d'Isha sur son mari René Schwaller: Aor (La Colombe, 1963), on trouve d'ailleurs au détour d'une page cet hommage généralement ignoré et finalement inattendu:

"Pendant le séjour à Louxor, qui dura quinze ans, la fille d'Isha, Lucie Lamy, relevait minutieusement le plan, les bas-reliefs et les inscriptions de tous les murs du temple, qui permirent ensuite à Aor, pendant les dix années qui suivirent son retour en France, de composer son monumental ouvrage Le Temple de l'Homme."

Mais Lucie Lamy, qui me paraît avoir été une femme de caractère, ne s'arrêtera pas en bon chemin, et après la mort de ses parents, intervenue en 1961-1962, publiera aussi ses propres oeuvres.

En 1982, son nom apparaît ainsi, comme co-auteur, à côté de celui de René Schwaller sur un au moins des deux tomes des Temples de Karnak (Dervy). Les photos sont de Georges et Valentine de Miré, et Lucie y signe "notices, schémas et dessins" (traduction en anglais, 1999).

En 1981, c'est en anglais que sont d'abord édités, semble-t-il, ses Egyptian Mysteries (Thames & Hudson, Londres, Crossroad, New York). Honte à mon sens pour l'édition et l'égyptologie françaises, et c'est une édition italienne qui interviendra l'année suivante, deux ans avant celle du décès de l'auteur. Je ne connais pour l'instant d'autre publication nationale des Mystères Egyptiens que celle du Seuil en 1991.

Encore paraît-elle être...traduite de l'anglais! Sans vouloir être complets, mentionnons aussi une édition espagnole (Misterios Egipcios, Debate, 1989 et 1996).

Ce livre serait le produit de ses travaux sur les hiéroglyphes, poursuivis dans le droit fil de ceux de ses parents avec une égyptologue suédoise, Gertrude Englund, et aurait été réalisé en collaboration avec Suzanne Lawlor, une Australienne.

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Pourquoi cet ostracisme si français envers Lucie? Et bien, comme déjà dit, les positions des Schwaller et en général du "groupe de Louxor" sont jugées hétérodoxes:

http://levity.com/alchemy/afrm0250.html

Lucie Lamy et les autres "tendent à démontrer que la mentalité égyptienne, construite sur une realité naturelle est à l'inverse de la notre. Cette position suscitera des controverses et mènera à la fameuse ..." Querelle des égyptologues " (Extraits du Mercure de France, Paris, octobre 1951)."

" A travers les monuments pharaoniques et l'enseignement ésoterique et de sagesse des hiéroglyphes, la recherche " du geste juste " devient la recherche " du geste juste au moment juste ".

C'est-à-dire que les Schwaller intègrent maintenant la vision cosmique et universelle des choses, en replacant les faits matériels dans un contexte spirituel beaucoup plus élevé et large. C'est une recherche intense des grandes lois d'harmonie universelle, valables pour l'alchimie mais aussi dans d'autres domaines. C'est la recherche du monde des causes...

Certains ouvrages sont étonnants, notamment Le Roi de la Théocratie Pharaonique où Schwaller écrit au sujet de la pierre philosophale, du but du Grand OEuvre, du feu vital et du mystère du commencement dans l'OEuvre, en particulier, " Faire comprendre la réalité de la Science sacrée....est toute la raison d'être de ce petit livre. "

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Avant de revenir sur Lucie Lamy, disons tout de même dès à présent quelques mots de son frère Jean (1910-1982), dont la personnalité semble également digne d'intérêt.

En 1952, explique Dubois, il était devenu propriétaire du Mas de Cocagne, racheté à son beau-père par mensualités.

"C'était, dit Geneviève, un médecin très sensible sur le plan du diagnostic; il soignait par homéopathie à l'aide de teintures qui avaient été mises au point à Suhalia."

Comme Lucie, il se situait donc à sa manière dans la lignée des travaux des Schwaller. D'ailleurs, scoop:

"Il utilisait un appareil inventé par René Schwaller: le phonophorèse."  Et Dubois d'ajouter en référence son livre paru en 1967 chez Maloine: "Acupuncture: Phonophorèse, technique-clinique."

Ce qu'elle ne dit pas, c'est que cet ouvrage en deux tomes a été illustré...gagné! par Lucie Lamy, et en couleurs s'il vous plait. Le frère et la soeur sont restés proches l'un de l'autre. Geneviève ajoute tout de même qu'il était très aimé dans le pays pour sa précision et son désintéressement. Souvent, il ne prenait pas d'honoraires aux patients dans le besoin.

JL.champagne

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Le docteur Lamy devait d'ailleurs pratiquer la médecine chinoise traditionnelle, puisque le tome deux de sa "somme" est consacré aux organes yang.

Il ne semble pas au demeurant que le phonophorèse ait été oublié, il intéresse toujours, du moins...en milieu allemand:

http://www.vgm-verlag.de/phonophorese.htm

Pour Dubois, c'est le bon docteur Lamy qui les dernières années faisait vivre la maisonnée. Il déplorait en particulier de n'avoir pu rassembler lui-même les quelque cinquante millions de centimes de l'époque nécessaires à l'édition des livres de René Schwaller.

D'après Erik Sablé dans son ouvrage sur Schwaller (Dervy, 2003), il aurait tout de même financé la première édition du Temple de l'Homme. Il aurait également aidé le fils de Schwaller, Guy.

Jean Lamy se maria avec sa collaboratrice Rosy après le décès de ses parents (1968); il eut lui aussi un fils, Jean-Christophe...j'aime à la fois le prénom cher à Romain Rolland et cette idée d'une "dynastie" de Jeans.

 

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Et Lucie, me direz-vous? Et bien il semble que quand Jean est devenu le propriétaire des "Platanes", ou peu après, elle ait fait le choix de s'éloigner un tantinet de cette famille qui l'étouffait tout de même passablement. D'après Sablé, elle aurait mal supporté le mariage de son frère.

Elle acheta une propriété dans le Var, près du Thoronet, ville où d'ailleurs elle est enterrée. Si ses travaux égyptologiques publiés ou non , vous intéressent, je crois bien que par donation sa bibliothèque a rejoint la fondation et par la même occasion le chateau de Coubertin, en vallée de Chevreuse:

http://www.coubertin.fr/fondation/collec.htm
http://www.museums-of-paris.com/musee_fr.php?code=523
http://www.parc-naturel-chevreuse.fr/connaitre_village_saintremy_2.php

em.champagne


Finalement que nous disent-ils, les dessins de Lucie Lamy, portant l'oeuvre de son beau-père, comme ceux de Julien Champagne ont porté, portent et porteront celle de Fulcanelli? Que le temple est dans l'homme, certes, de la mort à la vie, mais aussi qu'il est partout dans la nature, dont le verbe est identique et immuable, en Egypte comme ailleurs, "sur la terre comme au ciel", hier comme aujourd'hui, et demain.

Ce credo est celui-là même de l'alchimie. Merci siempre, l'amie de lumière!

luciesignure.champagne


LL.champagne


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