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  • : Site consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.
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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.

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7 septembre 2006 4 07 /09 /septembre /2006 18:38


Si je vous demande quel livre commence par cette phrase surprenante: "Je revenais d'une banlieue spongieuse où Fulcanelli m'avait donné rendez-vous", vous me répondez...

Lady Long Solo de André Hardellet? Bravo, belle érudition! Mais l'avez-vous lu? Sinon faites-le, je pense que cette très belle fiction poétique est comme l'oeuvre de Julien Champagne: insuffisament connue.

Bon d'accord, le rapport entre André et "Hubert", vu sous cet angle, est un peu mince, mais je vais bien entendu essayer de vous persuader que ce n'est pas le seul. Et puis tout de même il y a cette mention de Fulcanelli.

Comment? Fulcanelli n'aurait jamais donné de rendez-vous dans une banlieue spongieuse, lui qui après la dernière guerre mondiale en date invita son disciple Eugène Canseliet à lui rendre visite dans une hacienda sévillanne? Je vous l'accorde, mais n'oublions pas que ce récit est une oeuvre de fiction, et que de surcroît Hardellet y fait dans le surréalisme onirique.

Ceci dit, vous connaissez comme moi le lien fort qui existe entre surréel - ou fantastique - et alchimie, lien dont je compte bien continuer à vous entretenir, et si vous consultez la nouvelle que Claude Seignolle a tirée du voyage de Canseliet que je viens de mentionner dans son recueil Invitation au château de l'étrange, vous verrez que ce Fulcanelli là, après tout, n'est pas moins improbable que d'autres.

D'autant qu'en ce moment des Fulcanelli il y en a plus qu'il n'en faut, alchimistes ou pas. On est ainsi balloté entre l'auteur d'un "faux" Finis Gloriae Mundi, un blogger politique qui s'est sans vergogne aucune autoproclamé Fulcanelli...

A tout prendre, je préfère encore celui d'Hardellet, au moins on sait d'emblée que son personnage est imaginaire.

Encore qu'il a avec le vrai Fulcanelli des ressemblances notoires: "Cette après-midi, fait-il dire à son héros, Fulcanelli m'avait affirmé être près d'obtenir le rubis d'éternité, cette pierre qui sous nos yeux rassemble le passé, le présent et l'avenir en un cercle unique; la possédait-il maintenant dans son creuset et était-ce elle qui agissait à mon insu sur la matière?"


Je pense qu'André Hardellet (1911-1974) vient en fait par cette phrase de nous livrer la genèse même de son petit livre.

N'oublions pas en effet que Lady Long Solo est paru en 1971 (chez Pauvert, bien sûr) et que Pauvert venait précisément, en 1964 et 1965, de rééditer les "vrais" Fulcanelli, et qu'il avait de même commencé de publier l'oeuvre de Canseliet (Alchimie, 1964, Le Livre Muet, 1967).

Et puis cette traversée des apparences, "les portes de la perception" comme eût dit Aldous Huxley ayant été ouvertes, l'alchimiste qui a réussi ne fait-il pas partie de ces somnambules, pour reprendre cette fois l'expression d'Arthur Koestler, capables d'appréhender simultanément ou presque plusieurs niveaux de réalité?

C'est la qualité même que Fulcanelli prête aux Rose-Croix, et après son odyssée hispanique déjà évoquée ci-dessus Eugène Canseliet lui-même s'est dit convaincu de la possibilité de la superposition, de la coexistence d'univers parallèles.

Quant à André, ou à son double, il rencontre au cours de sa singulière pérégrination parisienne, quelques rares mais très curieux personnages, dont comme par hasard Gérard de Nerval, dont l'Aurelia a manifestement pu aussi l'inspirer.

Et Gérard Labrunie l'entraîne dans une bien étrange promenade en Lutèce profonde, dont comme il se doit certains hauts lieux du Paris alchimique, chers à un Bernard Roger, sont comme les étapes obligées. Citons la fontaine Saint-Michel, sculptée rappelons le par une épouse d'Eliphas Levi, la Tour Saint-Jacques...

Seulement voilà, le Paris que notre promeneur découvre après sa rencontre avec Fulcanelli est  un Paris aux pavés envahis par les herbes folles, ce Paris dépeuplé ou presque est un Paris hors du temps, un Paris où passé, présent et avenir se croisent et se mêlent...

Mais je ne veux pas vous priver du plaisir de découvrir cette merveilleuse déambulation parisienne, ce voyage au coeur d'un Paris magique, aussi je vous conseille pour en savoir un peu plus d'acheter cet ouvrage certes parfois inégal, du moins quand vous aurez la chance de le trouver, et en attendant, faites si vous voulez comme moi pour le découvrir:

http://ingirum.blogspirit.com/hardellet_andre/ 


Le découvrir ou le redécouvrir, car il peut-être temps d'en finir avec l'approximation tapageuse d'un Hardellet chantre de l'érotisme banal voir de la pornographie la plus vulgaire. C'est vrai que l'auteur de Lourdes, lentes (1969) a été condamné pour outrage aux bonnes moeurs un an avant sa mort.

Mais n'oublions pas non plus que dès 1958 un André Breton lui disait à propos de son roman Le seuil du jardin:  "Vous abordez là en conquérant  les seules terres lointaines qui m'intéressent, et la reconnaissance que vous y poussez offre un nouveau ressort à tout ce que je connais comme raisons de vivre."

http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Hardellet

Et rappelons-nous tout de même que c'est un poème d'André Hardellet qui a donné naissance à la splendide rengaine entonnée par Guy Béart, Patachou et bien d'autres, le fameux Bal chez temporel (1957) qui après tout aurait bien pu fournir le titre de Lady Long Solo:

http://www.paroles.net/chansons/11287.htm
http://www.partitions101.net/modules.php?name=Toune&toune=bal_chez_temporel&refered
http://lyricsplayground.com/alpha/songs/b/balcheztemporel.shtml

Terminons maintenant cette brève incursion dans l'intemporel avec Julien Champagne. Pour illustrer son Lady Long Solo, André Hardellet s'est vu adjoindre le talentueux dessinateur Serge Bajan, dont comme vous avez vu le trait inspiré et elliptique à la fois ajoute bien à mon avis au mystère ou au moins à la fantaisie de l'oeuvre.

Au point qu'on n'imagine pas cette oeuvrette sans ses dessins, comme personnellement je n'imagine pas les Fulcanelli sans Champagne. Et pourtant, me direz-vous...

Il y a certes une différence peut-être, Bajan a travaillé semble-t-il à partir du texte d'Hardellet, mais sans instructions spéciales de ce dernier. Mais il y a aussi un point commun cependant, comme Champagne, comme d'autres artistes aussi, en partie sans doute pour les besoins de cette cause, Serge a quasiment laissé ses personnages dans la pénombre, il nous a délivré un message essentiellement monumental.

Ceci dit, et pour nous quitter sur une note plus légère, sachez que quand le promeneur solitaire d'Hardellet se réveille, car il se réveille en définitive, il trouve sur son lit un bouquet d'au-delà que lui offre la dame de ses pensées, un bouquet composé de fleurs dont la couleur est chère à tous les alchimistes, et particulièrement à Fulcanelli et Champagne: Des violettes.

 

 

 

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5 septembre 2006 2 05 /09 /septembre /2006 20:46


Sauf erreur, je vous entraîne ce jour pour la quatrième fois à l'hotel Lallemant de Bourges. Après Champagne à l'hotel Lallemant (25 mars 2006), Julien Champagne au matras (25 mai 2006), et Julien Champagne au rebis (25 juillet 2006), nous voici donc cette fois devant le bas-relief dit de La Toison d'Or.

La planche XXXII de l'édition originale du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, dessinée par Julien Champagne, est en effet consacrée à cette partie de la chapelle de l'hotel.

Dans l'édition Pauvert du même ouvrage, le cliché correspondant porte le numéro XLIII

"Un superbe bas-relief peint, exécuté dans la manière du saint Christophe de la loggia, nous dit Fulcanelli, a pour sujet le mythe paien de la Toison d'or."



Et l'Adepte de remarquer aussitôt que cette oeuvre, que l'on découvre tout d'abord en en entrant dans la chapelle, est un très beau paysage sur pierre, rehaussé de couleur, mais faiblement éclairé, et rempli de détails curieux que la patine du temps rend difficiles à étudier.

"Au centre d'un cirque de rochers moussus, aux parois verticales, une forêt, dont le chêne forme la principale essence, dresse ses troncs rugueux et développe ses frondaisons.

Des clairières laissent apercevoir divers animaux d'identification malaisée, - dromadaire, boeuf ou vache, grenouille au sommet d'un rocher, etc., - qui viennent animer l'aspect sauvage et peu engageant du site.

Sur le sol herbeux croissent des fleurs et des roseaux du genre phragmites. A droite, la dépouille du bélier est posée sur un quartier de roche en saillie, et gardée par un dragon dont on voit la silhouette menaçante se découper sur le ciel.

Jason lui-même était figuré au pied d'un chêne, mais cette partie de la composition, sans doute peu adhérente, s'est détachée de l'ensemble."

Je serais curieux de savoir d'où Fulcanelli a tiré cette dernière information. Amis et amies lecteurs et lectrices, question posée. En tout cas, la fable de la Toison d'or est pour lui une énigme complète du travail hermétique qui doit aboutir à la Pierre Philosophale.

"Dans le langage des Adeptes, on appelle Toison d'or la matière préparée pour l'OEuvre, ainsi que le résultat final.

Ce qui est très exact, puisque ces substances ne se différencient qu'en pureté, fixité et maturité. Pierre des Philosophes et Pierre Philosophale sont donc deux choses semblables, en espèce et en origine, mais la première est crue, tandis que la seconde, qui en dérive, est parfaitement cuite et digérée...

La vérité apparaît voilée sous deux images distinctes, celle du chêne et du bélier, lesquelles ne représentent, comme nous venons de le dire, qu'une même chose sous deux aspects différents.

En effet, le chêne a toujours été pris, par les vieux auteurs, pour désigner le nom vulgaire du sujet initial, tel qu'on le rencontre dans la mine...

Ce minéral a pour hiéroglyphe céleste le signe astronomique du Bélier (Aries)."

Ouvrez, c'est-à-dire décomposez cette matière, recommande alors Fulcanelli, tâchez d'en isoler la portion pure, ou son âme métallique, selon l'expression  consacrée. Alors, conclut-il,

"vous comprendrez pourquoi la Toison d'or est suspendue au chêne, à la manière de la galle et du kermès, et vous pourrez dire, sans offenser la vérité, que le vieux chêne hermétique sert de mère au mercure secret."


Dans le numéro 66 de la revue Atlantis, paru en juin ou juillet 1936,  Eugène Canseliet a consacré au mythe de la Toison d'or un article qu'il reprendra et augmentera trente ans plus tard, à l'occasion de la parution chez Pauvert de son recueil Alchimie (1964).

Bien entendu, il s'y fait d'abord l'écho de la voix, ou de la voie, de son Maître:

"La Toison d'or, déclare la Grande Encyclopédie, est la matière employée à l'Oeuvre philosophale, et le nom symbolique de la pierre philosophale."

Puis, après avoir rappelé le conseil d'Hermès dans sa Table Smaragdine,

"Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais, doucement, avec grande industrie",

il notera que l'image de cette séparation nous est offerte par le bélier Chrysomelle, dont la merveilleuse dépouille devait éveiller la convoitise des Argonautes. Pour lui, il n'est jusqu'au patronyme de Jason qui ne soit un symbole de l'ouvrage hermétique:

"Le nom même de Jason rappelle cette teinte que composent les deux couleurs extrêmes de l'OEuvre, le bleu et le rouge; la première emblématique du mercure, la seconde du soufre."

Et d'affirmer à cet endroit que, comme d'autres ordres de chevalerie médiévaux,  l'ordre de la Toison d'or fondé par Philippe le Bon dut en fait  sa création à l'antique tradition alchimique, au miracle physique que constitue la pierre philosophale.

Parmi ces ordres figure également celui de La Table Ronde, auquel appartenait Jean Lallemant, dont à l'instar des sculptures dont il a orné son hotel, les armes personnelles,  où figurent à la fois le pourpre et les trois roses, tendent à nous faire penser qu'il pourrait bien être allé au bout du Grand OEuvre.

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4 septembre 2006 1 04 /09 /septembre /2006 12:18


Je crois bien que c'est Atorène, dans son remarquable ouvrage : Le laboratoire alchimique, paru en 1981 chez Guy Trédaniel, qui le premier a attiré l'attention sur le le fait que Julien Champagne - et d'ailleurs Eugène Canseliet - a été pendant un certain temps le voisin du père de Stéphane Grappelli.

Ce livre a ensuite été traduit en espagnol (El laboratorio alquimico, Luis Carcamo, 1989, et Humanitas, 1998) et en italien (Il laboratorio alchemico, Mediterranee, 1996). Comme je n'ai sous la main que cette dernière édition, et que les autres semblent actuellement épuisées, voici la citation correspondante, dans la langue de Pétrarque et Dante et extraite de la notice biographique que l'auteur consacre à Eugène Canseliet:

"1925 - All'inizio dell'anno si stabilisce, insieme con J.J. Champagne, al numero 59 bis di via Rochechouard (sic) a Paragi, ciascuno in una mansarda al sesto piano. La camera accanto alla sua è occupata dal padre di Stéphane Grappelli."

Et grâce à la "toile" et à Patrick Rivière, voici le texte équivalent dans l'idiome de Rabelais et de Cyrano de Bergerac:

"1925 - En début d'année, il s'installe avec J.J. Champagne au 59 bis de la rue Rochechouard (resic) à Paris, chacun dans une mansarde au sixième étage. La chambre qui jouxte la sienne est occupée par le père de Stéphane Grappelli."

http://www.alchymie.net/alchimistes/e_canseliet.htm



Bien entendu, Eugène Canseliet avait lui-même et si j'ose dire par avance confirmé ce point (notamment dans ses Alchimiques mémoires de la revue La Tourbe des Philosophes, numéro 3, 1978). Julien Champagne et lui ont donc occupé leurs "mansardes" respectives,  à cette
même adresse, de 1925 à  1932, année du décès de Champagne.

Mais qu'en dit pour sa part le grand violoniste Stéphane Grappelli (1908-1997)? Et bien, ouvrons le livre de ses propres mémoires, intitulé Mon violon pour tout bagage, paru de son vivant en 1992 chez Calmann-Lévy.

Superbe titre d'ailleurs, qui rappelle en particulier celui d'une pièce de théatre du bel écrivain que  fut Jean Anouilh - Le voyageur sans bagage-, titre philosophique s'il en est, voire évidemment alchimique, par exemple si l'on songe au mythe rosicrucien des "nobles voyageurs".

Et bien, Grappelli confirme! Oh il n'évoque directement ni Champagne, ni Canseliet, mais pour lui, le 59 bis de la rue Rochechouart est bien resté manifestement lié à sa prime enfance, auprès de ses parents, que nous voyons ci-dessus avec leur fils en 1909.

Hélas, il aura la douleur de perdre très tôt sa maman, Anna, à l'âge de quatre ans, et c'est à l'occasion de ce deuil que son père Ernesto et lui ont emménagé dans leur nouveau logis, peu avant la première guerre mondiale, probablement vers 1912:

"Après sa disparition, nous avons échoué, rue de Rochechouart, au 59 bis, dans une chambre de bonne du sixième étage."

Cet étage sera aussi une douzaine d'années plus tard celui où résideront Canseliet et Champagne. Et Grappelli de tracer alors de son papa d'origine italienne un portrait émouvant, qui aurait sans doute plu à nos deux alchimistes:

"C'était une espèce d'érudit, bohème. Il était licencié ès lettres. Pour lui, l'argent n'avait guère d'importance. Il vivait au jour le jour. Il passait le plus clair de son temps à la Bibliothèque nationale, à traduire Virgile et d'autres auteurs latins ou grecs anciens."

Ernesto était aussi mélomane et c'est lui qui, le premier, donna à Stéphane le goût de la musique. Après la guerre, il s'établira en Alsace avec une autre Anna, et en 1923, à quinze ans, son fils se retrouvera seul rue Rochechouart. Mais avant de le quitter, il lui fit cadeau d'un violon...

Notons encore que Grappelli a également appris précocement à jouer du piano. Et qu'entre deux tournées, jusqu'en 1931 au moins, il est resté fidèle à sa chambre de la rue Rochechouart.

Non seulement donc il a pu, mais il a dû rencontrer à maintes reprises, peut-être de façon épisodique, et Eugène et Julien, ce dernier, né un an après Ernesto, étant certes d'une autre génération; mais Canseliet, lui, aurait presque pu être pour lui une sorte de frère aîné.

Je ne voudrais pas quitter Grappelli sans ajouter que sa musique reste vivante, et qu'avec celle de ses amis Django Reinhardt, Yehudi Menuhin et autres, elle continue et continuera sans doute longtemps à toucher le coeur des hommes, fussent-ils les plus humbles.


Je voudrais aussi vous signaler que dans un DVD où il fait le bilan de sa carrière, Stéphane évoque là encore le fameux 59 bis:

http://www.fnac.com/Shelf/article.asp?PRID=1439600&Mn=3&Origin=fnac_google&Ra=-3&To
=0&Nu=2&Fr=3

Mais en retrouvant Champagne, allons-nous quitter Grappelli? Pas sûr. Dans mon article Canseliet ami de Champagne (11 février 2006), j'ai déjà mentionné le fait que pour Eugène Canseliet Julien Champagne, passé maître dans l'art du pinceau et du crayon, en était aussi un...
dans celui du violon.

Et il y a encore un autre témoignage, intéressant à bien des égards, qui tendrait à confirmer que Champagne a aussi enseigné, et à prouver qu'à lui non plus le piano n'était pas inconnu. Ce témoignage nous est rapporté par Robert Amadou dans le numéro 75 du magazine L'Autre monde (1983). Le voici, dans les mots de Robert:

"Un lecteur qui a désiré gardé l'anonymat m'apporte des éléments d'information que je vais résumer.

Son premier souci est de défendre la mémoire de Julien Champagne. En particulier, il a trouvé dans mon article l'écho d'une accusation d'ivrognerie qui fut portée contre Julien Champagne, et il s'indigne: C'est une calomnie.

Sa marraine a travaillé avec Champagne qui était son professeur de piano et de dessin et dont elle fut amoureuse."

CQFD. Mais la suite n'est pas mal non plus:

"Elle veillait aux feux de l'athanor et assista à la première transmutation que Champagne réalisa, en présence et avec l'aide d'Eugène Canseliet., dans une chambre d'hôtel.

De l'or philosophal obtenu en cette occasion servit pour une bague qu'elle portait et qui a aujourd'hui disparu.

Disparue aussi, après la mort de Champagne, une petite valise de couleur verte, enlevée par un disciple.

Lors de ses expériences alchimiques au bois de Boulogne, Champagne fut blessé à la jambe par une explosion.

Il fut accusé de sorcellerie et connut des démêlés avec l'autorité militaire, "car il gênait tout le monde."

Sans commentaires.


Pour conclure, certes provisoirement, voici une hémérocalle, fleur de jardin qui en anglais porte le nom poétique de daylily, ou lis de jour.

Cette espèce particulière a été baptisée Stéphane Grappelli. La forme de ses pétales me rappelle fortement celle du Sceau de Salomon.

Il s'agit là d'un hybride de création récente (1999). Parmi ses "parents", j'ai relevé les patronymes de Magicien de cour et de Déesse de l'amour.

 

C'est en tout cas Walter Grosse qui en publiant les résultats d'un recensement de 1926 a confirmé la réalité de ce qui précède:

 

http://fulgrosse.over-blog.com/article-6434752.html

 



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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 17:13


La planche XXVIII de l'édition originale des Demeures Philosophales de Fulcanelli, illustrée par Julien Champagne, est de nouveau consacrée aux caissons alchimiques de la galerie du premier étage du château de Dampierre-sur-Boutonne.

Cette troisième série de caissons est bien sûr également reproduite dans l'édition Pauvert des Demeures (tome 2, planche XXX, 1977).

Je vous propose cette fois encore de passer en revue les emblèmes qui la composent, et ce l'un après l'autre.


"La figure géométrique que nous rencontrons ici, nous dit Fulcanelli, ornait fréquemment les frontispices des manuscrits alchimiques du moyen âge.

On l'appelait communément Labyrinthe de Salomon, et nous avons signalé ailleurs qu'elle se trouvait reproduite sur le dallage de nos grandes églises ogivales.

Cette figure porte la devise: .FATA.VIAM.INVENIENT. Les destins trouveront bien leur voie."

Pour l'Adepte, le labyrinthe est le symbole parlant du Grand OEuvre considéré sous l'angle de sa réalisation matérielle et exprime les deux grandes difficultés que comporte l'ouvrage:

"De ces deux points, le premier regarde la connaissance de la matière, qui assure l'entrée, et celle de sa préparation, que l'artiste accomplit au centre du dédale.

Le second concerne la mutation, par le secours du feu, de la matière préparée. L'alchimiste refait donc, en sens inverse, mais avec prudence, lenteur, persévérance, le parcours rapidement effectué au début de son labeur."

Et de préciser que c'est à cette seconde phase ou période de l'OEuvre que s'applique l'enseigne latine:

"A partir du moment où le compost, formé de corps vitalisés, commence son évolution, le mystère le plus impénétrable couvre alors de son voile l'ordre, la mesure, le rythme, l'harmonie et le progrès de cette admirable métamorphose que l'homme n'a point la faculté de comprendre ni d'expliquer.

Abandonnée à son propre sort, soumise aux affres du feu dans les ténèbres de son étroite prison, la matière régénérée suit la voie secrète tracée par les destins."


"Dessin effacé, sculpture au relief disparu. Seule, l'inscription subsiste, et la netteté de sa gravure tranche sur l'uniformité nue du calcaire environnant; on y lit: .MICHI.CELVM. A moi le ciel!"

Pour Fulcanelli, cette expression est moins celle de l'idée présomptueuse et baroque d'une illusoire conquête de l'empyrée que d'un espoir radieux dirigé vers la connaissance des choses célestes. Parvenu au résultat tangible du labeur hermétique, le philosophe n'ignore plus quelle est la puissance, la prépondérance de l'esprit.

"Aussi, peut-on conserver l'espoir d'obtenir, par le simple examen du labeur spirituel dans l'ouvrage hermétique, les éléments d'une conception moins vague du Grand OEuvre divin, du Créateur et des choses créées."


Faisant probablement allusion à l'étude déjà citée de Louis Audiat, Fulcanelli précise d'emblée à propos de ce caisson:

"Nos prédécesseurs n'ont reconnu, dans ce petit sujet, que le symbole attribué au roi de France Henri II.

Il se compose d'un simple croissant lunaire, que cette devise accompagne: .DONEC.TOTVM. IMPLEAT.ORBEM. Jusqu'à ce qu'il emplisse toute la terre."

Pour l'Adepte, la lune marque en fait le but final de l'OEuvre au blanc. C'est en effet au règne de la lune que paraît la couleur caractéristique de l'argent, c'est-à-dire le blanc.

"A cette phase de la coction le rebis offre l'aspect de fils fins et soyeux, de cheveux étendus à la surface et progressant de la périphérie vers le centre.

D'où le nom de blancheur capillaire qui sert à désigner cette coloration. La lune, disent les textes, est alors dans son premier quartier.

Sous l'influence du feu, la blancheur gagne en profondeur, atteint toute la masse et vire, en surface, au jaune citron. C'est la pleine lune; le croissant s'est amplifié jusqu'à former le disque lunaire parfait: il a complètement empli l'orbe."


"Fixée sur un tronc d'arbre couvert de feuilles et chargé de fruits, une banderole déroulée porte l'inscription: .MELIVS.SPE.LICEBAT. Certes, on pouvait espérer mieux."

Pour Fulcanelli, nous avons ici affaire à une image de l'arbre solaire que signale le Cosmopolite dans son allégorie de la forêt verte.

"Notre Adepte entend ainsi parler du premier soufre, qui est l'or des sages, fruit vert, non mûr, de l'
arbor scientiae.

Si la phrase latine traduit quelque déception d'un résultat normal, et que beaucoup d'artistes seraient bien aises d'obtenir, c'est qu'au moyen de ce soufre on ne peut encore espérer la transmutation. L'or philosophique, en effet, n'est pas la pierre."

Mais, ajoute-t-il, si le découragement n'atteint pas le disciple, qu'il suive l'exemple de Saturne et redissolve dans le mercure, selon les proportions indiquées, ce fruit vert que la bonté divine lui a permis de cueillir, et il verra ensuite, de ses yeux, se succéder toutes les apparences d'une maturation progressive et parfaite.


"Deux pélerins, pourvus chacun d'un chapelet, se rencontrent à proximité d'un édifice, -église ou chapelle, - que l'on aperçoit au second plan.

De ces hommes fort âgés, chauves, portant la barbe longue et le même vêtement, l'un soutient sa marche à l'aide d'un bâton; l'autre, qui a le crâne protégé par un épais capuce, semble manifester une vive surprise de l'aventure, et s'écrie:

.TROPT.TART.COGNEV.TROPT.TOST.LAISSE."

Pour Fulcanelli, sous l'aspect du premier vieillard, c'est le mercure, notre fidèle serviteur, qui est figuré.

"Le chapelet qu'il tient forme, avec le bourdon, l'image du caducée, attribut symbolique d'Hermès...La matière dissolvante est communément reconnue, entre tous les philosophes, pour être le vieillard, le pélerin et le voyageur du grand Art."

Et le second peregrinus,  me direz-vous?

"Quant au vieil alchimiste, si joyeux de cette rencontre, s'il n'a point su jusqu'ici où trouver le mercure, il montre assez combien pourtant la matière lui en est familière, car son propre rosaire, hiéroglyphe parlant, représente le cercle surmonté de la croix, symbole du globe terrestre et signature de notre petit monde.

On comprend alors pourquoi le malheureux artiste regrette cette reconnaissance tardive, et son ignorance d'une substance commune, qu'il avait à sa portée, sans jamais penser qu'elle pût lui procurer l'eau mystérieuse, vainement cherchée ailleurs..."


"Dans ce bas-relief sont figurés trois arbres voisins et de pareille grandeur: deux de ceux-ci montrent leur tronc et leurs rameaux desséchés, tandis que le dernier, resté sain et vigoureux, paraît être à la fois la cause et le résultat de la mort des autres.

Ce motif est orné de la devise: .SI.IN.VIRIDI.IN.ARIDO.QVID. S'il en est ainsi dans les choses verdoyantes, qu'en sera-t-il dans les choses sèches?"

Fulcanelli considère ici que suivant le principe d'analogie, ce qui se passe dans le règne végétal doit trouver son équivalence dans le règne minéral.

"Les trois arbres constituent ainsi un emblème transparent de la façon dont naît la pierre des philosophes, premier être ou sujet de la pierre philosophale...

Telle est l'origine de notre pierre, pourvue dès sa naissance de la double disposition métallique, laquelle est sèche et ignée, et de la double vertu minérale, dont l'essence est d'être froide et humide.

Ainsi réalise-t-elle, en son état d'équilibre parfait, l'union des quatre éléments naturels, que l'on rencontre à la base de toute philosophie expérimentale."


Après avair remarqué que le motif ci-dessus est curieusement sculpté de façon à ce qu'il apparaisse couché, à l'inverse des autres, et l'ayant donc redressé pour en faciliter la lecture, voyons ensemble ce que nous en dit l'Adepte:

"Dressée sur son bâti, et plongeant à demi dans l'auget, une meule de grès n'attend plus que le rémouleur pour la mettre en action.

Toutefois, l'épigraphe de ce sujet, qui devrait en souligner la signification, semble au contraire ne présenter aucun rapport avec lui; et c'est avec une certaine surprise qu'on y lit cette inscription singulière:

.DISCIPLVS.POTIOR.MAGISTRO. L'élève est-il supérieur au maître?"

Pour Fulcanelli, la meule représente le dissolvant hermétique ou premier mercure, et le rémouleur, ici non représenté, n'est autre que le soufre.

"De cet ouvrage, quel est le maître? Evidemment, celui qui aiguise et qui fait tourner la meule, - ce rémouleur absent du bas-relief-, c'est-à-dire le soufre actif du métal dissous.

Quant au disciple, il représente le premier mercure, de qualité froide et passive, que certains dénomment fidèle et loyal serviteur, et d'autres, eu égard à sa volatilité, servus fugitivus, l'esclave fugitif."

Et de répondre à la question du philosophe que jamais l'élève ne pourra s'élever au-dessus du maître, mais qu'avec le temps, le disciple, passé maître à son tour, deviendra l'alter ego de son précepteur:

"Car si le maître s'abaisse jusqu'au niveau de son inférieur dans la dissolution, il l'élèvera avec lui dans la coagulation, et la fixation les rendra semblables l'un à l'autre."


"La tête de Méduse, posée sur un socle, montre son rictus sévère et sa chevelure entrelacée de serpents; elle est ornée de l'inscription latine:

.CVSTOS.RERVM.PRVDENTIA. La prudence est la gardienne des choses."

Mais prudentia, enchaîne aussitôt Fulcanelli, désigne aussi la sagesse. Et le nom même de Méduse exprime la pensée dont on s'occupe, l'étude favorite.

En outre, il rappelle que Méduse changeait en pierre ceux dont le regard rencontrait le sien, et qu' avec ses deux soeurs, Euryale et Sthéno, cette Gorgone exprime symboliquement l'idée de pouvoir et d'étendue propre à la philosophie naturelle.

"Ces relations convergentes, qu'il nous est interdit d'exposer plus clairement, permettent de conclure que, en dehors du fait ésotérique précis mais à peine effleuré, notre motif a pour mission d'indiquer la sagesse comme la source et la gardienne de toutes nos connaissances, le guide sûr du laborieux à qui elle découvre les secrets cachés dans la nature."


"Posé sur l'autel du sacrifice, un avant-bras est consumé par le feu. L'enseigne de cet emblème igné tient en deux mots:

.FELIX.INFORTVNIVM. Heureux malheur!"

Pour l'Adepte, qui comme souvent appuie son  argumentation sur l'étymologie grecque, l'avant-bras humain sert d'hiéroglyphe à la voie courte et abrégée. Mais il ajoute qu'il symbolise aussi, pour les mêmes raisons, le tour de main, le procédé spécial, une manière personnelle de travail. En quoi consiste-t-il pour l'alchimiste?

Fulcanelli affirme que ce tour de main se réduit en fait à l'application d'un feu très énergique,ajoutant:

"Ce feu n'est pas seulement figuré, sur notre bas-relief, par les flammes, il l'est encore par le membre lui-même, que la main indique comme étant un bras dextre...

On sait assez que que la locution proverbiale "être le bras droit" se rapporte toujours à l'agent chargé d'exécuter les volontés d'un supérieur, - le feu dans le cas présent."

Mais il précise également que quiconque, ignorant le tour de main de l'opération, se risque à l'entreprendre, doit tout craindre du feu. L'expérience se termine le plus souvent par l'explosion du creuset et la projection du four. Et si le cherchant a la chance d'en sortir sain et sauf

"alors il pourra s'écrier, comme notre philosophe: Heureux malheur! Car l'accident, l'obligeant à réfléchir sur la faute commise, lui fera découvrir sans doute le moyen de l'éviter, et le tour de main de l'opération régulière."

Certes, cette chance n'est hélas pas le lot commun, et la prudentia évoquée précédemment nous semble en définitive à reconseiller.

Suivant certaines sources, l'accident contre lequel Fulcanelli nous met en garde aurait à l'époque qui nous intéresse causé le décès de Louise Barbe, et les projections entraînées par l'explosion dont il s'agit pourraient bien expliquer aussi la "maladie" qui fut fatale à Julien Champagne.

Mais pour terminer sur une note optimiste, je voudrais vous présenter maintenant la plus "exotique" des éditions connues actuellement du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli.

Cette édition nipponne de 2002 est, je puis en témoigner, d'une grande qualité, et on peut toujours se la procurer sur le site japonais d'Amazon:

http://www.amazon.co.jp/%5927%8056%5802%306e%79d8%5bc6/dp/433604449X/sr=8-2/qid=
1157295375/ref=sr_1_2/503-3292395-3650333?ie=UTF8&s=gateway

Inutile en outre pour commander le livre d'apprendre la langue des samouraïs, il vous suffira d'un peu d'anglais!

 



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2 septembre 2006 6 02 /09 /septembre /2006 15:18


Dans le numéro IX des Cahiers de La Tour Saint-Jacques (1962), que nous avons déjà mentionné à maintes reprises, et qui est principalement consacré à un dossier Parapsychologie, Robert Ambelain, au seuil de son article : Jean-Julien Champagne, alias Fulcanelli, mentionne une oeuvre d'"Hubert" que nous aimerions bien exhumer avec vous.

Il s'agit, nous dit-il, d'un ex-libris réalisé pour son maître et ami Jules Boucher, dont la description me paraît digne d'être rapportée:

"Une voûte surbaissée de style flamboyant, que supportent deux piliers gothiques, découvre et encadre une partie du vaste désert de Libye.

Au fond, apparaissent les trois pyramides de Chéops, de Chephrem et de Mykérinos, ainsi que la grande route des caravanes reliant la haute et la basse Egypte.

Elles s'éclairent sous le rayonnement du soleil levant, tandis qu'au ciel la lune achève de décliner sur l'horizon.

Ainsi se trouvent marqués, dans le temps, l'origine égyptienne des sciences et leur apogée au Moyen Age; puis, dans l'espace, l'opposition équivalente du Soleil et de la Lune, prototype du symbolisme universel.

Au premier plan, un livre ouvert, que regarde curieusement un petit caméléon, emblème des manifestations colorées qu'une même substance emprunte dans ses réactions multiples, porte la devise du Créateur des choses: "Ego eïmi to Alpha kai to Omega..." je suis l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin."

Et Ambelain d'ajouter: "Un texte, en nos archives, de la main même de Jules Boucher, témoigne que cette description est de Jean-Julien Champagne lui-même et, au-delà de la science du dessinateur, d'une perception particulièrement subtile des aspects supérieurs de la vieille science d'Hermès.

Avec d'autres, il témoigne contre la thèse d'un Champagne ignorant l'alchimie et simplement relégué au rang d'illustrateur d'ouvrages alchimiques."


Sur ce dernier point, je donne personnellement raison à l'auteur de Dans l'ombre des cathédrales. Mais Ambelain va plus loin, et nous rapporte avec précision les circonstances dans lesquelles il eut à prendre connaissance de l'existence de cet emblème:

"C'est en 1935, à la Saint-Jean d'été, que dans un grand hebdomadaire de vulgarisation de l'occultisme, dirigé alors par Maryse Choisy, Jules Boucher publia un premier article consacré à l'alchimie, article dans lequel le public fut mis en présence de Jean-Julien Champagne, avec la description de l'ex-libris."

Et il nous donne aussitôt la référence du numéro de la revue contenant l'article: Votre bonheur, numéro 13, 20 juin 1935.

Je crois qu'ici quelques commentaires de ma part seront les bienvenus. D'abord, nous avons déjà rencontré Jules Boucher: Je vous renvoie en particulier à mon courrier Champagne et Jules Boucher du 13 février 2006.

Ensuite, je peux vous annoncer que nous le retrouverons, ainsi que Maryse Choisy, une "drôle de dame", psychanalyste à ses heures, dont on peut dire dès à présent qu'elle a eu plusieurs vies, et aussi qu'elle a eu des liens étroits avec Jules Boucher.

Notez bien aussi que nous sommes en 1935. Julien Champagne a disparu depuis trois ans, et cette année-là précisément, une rumeur parcourt les milieux ésotériques: Fulcanelli est comme le Grand Pan, il n'est pas mort, a émigré "tras los montes", voire en Amérique latine, et s'apprête à faire paraître son troisième ouvrage: Le fameux Finis Gloriae Mundi.

Outre la couverture du numéro ad hoc de La Tour Saint-Jacques, j'ai reproduit intentionnellement celle de l'édition espagnole du livre de Kenneth Rayner Johnson: El Misterio Fulcanelli ( Martinez Roca, 1981), déjà cité (Inactualité de Julien Champagne, 15 avril 2006), et sur lequel j'aurai également sans doute à revenir.

Il y a deux raisons à cela. La première est que cette couverture nous donne une occasion d'admirer le vitrail correspondant au bas-relief "de l'alchimie", étudié en son temps (Julien Champagne dessine l'alchimie, 5 février 2006).

La seconde est un peu plus sophistiquée. Dans cet ouvrage, Rayner Johnson évoque l'épisode rapporté ci-dessus par Ambelain, avec force détails, mais sa version est légèrement différente. Avec ce qui pourrait au premier abord passer pour le résultat de la merveilleuse imprécision de la langue anglaise, il ne dit pas ex-libris, mais "illustration".

Seulement voilà, lui aussi insiste: "an illustration Champagne had designed for a book by Boucher", soit en espagnol: "una ilustracion dibujada por Champagne para un libro de Boucher."
Et en bon français: "Une illustration que Champagne avait conçue pour un livre de Boucher."

Et bien, je ne suis pas sûr que ce faisant Rayner Johnson soit dans l'erreur. La description d'Ambelain n'est-elle pas un peu trop complexe, s'agissant d'un ex-libris? Il a fallu, si ce n'est pas le cas, que la vignette fût de grandes dimensions...

En tout cas, cette description me rappelle fortement celle donnée par Jean Laplace (De Champagne à Jean Laplace, 29 juillet 2006) du frontispice commandé à Julien Champagne par Fulcanelli pour son troisième livre, finalement non paru...le Finis Gloriae Mundi.



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1 septembre 2006 5 01 /09 /septembre /2006 17:58


Nous avons déjà consacré un article à la maison d'Adam et Eve, au Mans, parfois dite de Jean de l'Espine, du nom du médecin et astrologue qui la fit construire au XVIème siècle: Champagne manceau: Adam et Eve, 18 février 2006.

On en sait peu sur le Jean en question, il aurait publié un almanach en 1534, postérieurement à la construction de sa maison, dont on sait qu'elle fut un temps occupée par deux médecins.

Après son décès, la maison d'Adam, Eve...et Jean échut à son fils Raphaël de l'Espine, qui la vendit en 1556.

A cette maison est consacré tout un chapitre des Demeures Philosophales de Fulcanelli, dont l'édition originale fut illustrée par Julien Champagne.

Nous avons vu que le premier bas-relief évoqué, classiquement dit d'Adam et Eve, a donné son nom à ce logis, mais qu'il est aussi dit parfois d'Ariane et de Bacchus.

Cette orientation mythologique, ou si vous voulez mytho-hermétique de la façade tout entière, semble confirmée par un second motif, moins visible car il surplombe le premier.

Il est consacré à l'enlèvement de Déjanire, titre même de la planche XII des Demeures, le dessin de Champagne étant remplacé dans l'édition Pauvert par un cliché qui en constitue la planche XV, et que je reproduis également.


"Au-dessus des coqs, gardiens du vase fructifère, explique Fulcanelli, se voit un panneau de plus grande dimension, malheureusement fort mutilé, dont la scène figure l'enlèvement de Déjanire par le centaure Nessos."

Et de nous rappeler la fable grecque. Hercule ayant obtenu la main de Déjanire voulut traverser un fleuve en compagnie de sa nouvelle épouse et le centaure, qui se trouvait dans le voisinage,  offrit de transporter la belle sur l'autre rive.  S'apercevant rapidement de la tentative de rapt,  le mari imprudent blessa mortellement le ravisseur en lui décochant un flèche trempée dans le sang de l'hydre.

Agonisant, l'homme-cheval remit alors...à sa monture sa tunique teinte de son sang, l'assurant qu'elle lui servirait à rappeler son époux si celui-ci s'avérait volage. En fait, cette tunique, dont elle eut effectivement l'usage, causa la mort d'Hercule qui l'ayant endossée, ressentit aussitôt de telles souffrances qu'il se jeta dans les flammes d'un brasier qu'il avait lui-même allumé.

Et Déjanire se tua de désespoir en apprenant la fatale nouvelle. Triste histoire, donc que celle de "la tunique de Nessos" (ou Nessus). Mais aussi légende alchimique...


"Nessos, nous dévoile l'Adepte, représente la pierre philosophale, non encore déterminée ni affectée à l'un quelconque des grands genres naturels, dont la couleur varie du carmin au brillant écarlate...

Hercule figure le soufre de l'or dont la vertu réfractaire aux agents les plus incisifs ne peut être vaincue que par l'action du vêtement rouge, ou sang de la pierre...

Déjanire, femme d'Hercule, personnifie le principe mercuriel de l'or, qui lutte de concert avec le soufre auquel il est conjoint, mais succombe néanmoins sous l'ardeur de la tunique ignée."

Si vous trouvez que l'histoire est tout de même bien sombre, et sa fin particulièrement tragique, vous apprécierez peut-être comme moi cette belle porcelaine allemande de 1957, inspirée par notre cher Raymond Peynet (1908-1999).

Car l'artiste peut comme ici suspendre le vol du temps, en laissant Nessos et Déjanire dans le mitan du fleuve. Vous ai-je dit que ce fleuve s'appelle Evène (doux, facile, en grec)? Reprenons le fil
de l'eau:

"Hercule n'entre pas dans les eaux du fleuve et Déjanire le traverse sur la croupe de Nessos. C'est la solution de la pierre qui fait le sujet du passage allégorique de l'Evène, et cette solution s'obtient aisément, de manière douce et facile."

La "méson" du Mans ayant été récemment restaurée, pourquoi finalement se priver d'un cliché de ce bas-relief dans son état actuel?


Dans le numéro 45 de ce mois de septembre 2006 de l'excellent webzine mensuel de Thierry Emmanuel Garnier, La Lettre de Thot:

http://thot-arqa.org/arcadia/accueil.html

vous trouverez le début d'un petit article de votre serviteur sur Julien Champagne. Son titre : Julien Champagne dévoilé. Suite j'espère en octobre 2006.

cpaenfantsmans.champagne


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31 août 2006 4 31 /08 /août /2006 19:22

Après deux premiers posts sur les époux Dina (Champagne: sur les traces de Gaston Sauvage, 8 juillet 2006, et Sphinx de Champagne, 12 août 2006), je vais ce soir vous entraîner à nouveau dans leur demeure philosophale des Avenières.

J'ai déjà produit des portraits de Assan Farid Dina, mais pas encore de son épouse Mary Shillito. En voici donc trois, tous des plus rares.

Le premier, hélas peu suggestif, est extrait du livre électronique d'Alain Bocher de Trégor, Message à la Femme du Verseau, que je vous recommande à nouveau, cette fois après en avoir pris connaissance.

J'en ai extrait également la lame de l'ermite, qui conclut ce courrier, et qui fait partie du tarot de la chapelle des Avenières. J'y reviendrai tout à l'heure.

Les deux autres clichés m'ont été fournis par un aimable correspondant, membre de l'association culturelle La Salévienne, qui s'efforce de préserver et promouvoir le patrimoine historique de cette région de Savoie.

La seconde photo est inédite, elle est extraite d'un reportage sur la banquet qui a suivi en 1931 l'inauguration de la route de La Salève, financée par Mary.

Pour l'ensemble de ses bonnes oeuvres, notre héritière s'était l'année précédente vu décerner la croix de chevalier de la légion d'honneur.

Enfin, le dessin qui la représente est extrait d'un article d'un périodique savoyard, Le Messager, ô Hermès. Cet article paru en 2003 prouve à l'évidence que le souvenir des Dina reste vivace, au moins localement.


Soit, me direz-vous, mais quoi de neuf sur le fond? Et bien nous avançons, lentement, mais nous avançons. Avec quelques nouvelles réponses, et aussi avec de nouvelles questions.

Prenez Mary Shillito. Décédée à 62 ans, en 1938, d'un arrêt du coeur consécutif à un accident, elle est morte et enterrée à Genève.

Fille de Gordon et de Jane Gaff Shillito, elle serait donc bien née en 1876, et non en 1878 comme elle le prétendait, peut-être en se rajeunissant de deux ans par coquetterie.

Mary a eu une descendance, puisque ses obsèques ont été payées par sa petite fille, Béatrice Shillito.

Notez que le sénateur Fernand David, qu'on a vu inaugurer avec elle la route ci-dessus mentionnée, et qui a probablement préfacé un ou des ouvrages de Gaston Sauvage, ami de Julien Champagne, a eu également un ou des petits enfants.

Sur Mary Shillito, je vous engage à visiter à l'occasion l'excellent site La rue de l'alchimie:

http://hermetism.free.fr/Avenieres/avenieres%2054.htm

Et Assan Farid Dina? Et bien, il semble qu'il soit né à Pamplemousse (île Maurice), encore que son acte de naissance n'ait encore pu être localisé.

Lui aussi paraît avoir encore des descendants, peut-être ceux de son frère. Comme la famille de Mary, celle d'Assan paraît actuellement non francophone mais anglophone, et toutes deux auraient des résidents britanniques et/ou nord-américains.

Parmi les inconnues qui concernent Dina, je mentionnerai le lieu de son tombeau, égyptien, sans doute, mais est-il à Suez, comme on le prétend parfois, ou au Caire, comme le dit entre autres Alain Bocher?

Tout cela est certes bel et bon, objecterez-vous à nouveau, mais quid du château des Avenières, cher à Mary comme à Assan?


Le livre d'Alain Bocher fourmille à son sujet d'informations et d'illustrations intéressantes, en particulier il présente une série assez complète, je trouve, de vues sur sa chapelle alchimique.

Je suis d'ailleurs encore à la recherche d'une autre source d'information, mentionnée sur le site de La Salévienne: un article de J.F. de Moussy de Sales, Historique et symbolisme du château des Avenières, paru en 1996 dans la Revue Savoisienne de la Société Florimontane d'Annecy.

Mais dans l'attente, que nous apprend Bocher?

Il nous dit notamment que le tarot de la chapelle des Avenières a sans doute été conçu par Oswald Wirth, dont nous avons vu le rôle voisin de celui de Julien Champagne auprès des Chacornac.

marie--g--e.champagne.jpg

Il nous dit aussi que Wirth, "incontournable artiste peintre", était à une époque comme René Guénon un proche de Mary Shillito.

Que les Guénon comme les Wirth sont venus se reposer aux Avenières. Que Papus y ait venu également, ainsi que le Maître Philippe de Lyon "dont l'atelier et l'athanor de la rue aux Boeufs à Lyon étaient très souvent désertés pour se joindre à ses amis au château des Avenières."

Je crois donc que cette boucle là est désormais bien bouclée, même s'il faudra peut-être encore la reboucler.


Pour l'instant, nous allons refermer ce post sur cette splendide lame de l'Ermite, - hermit en anglais, - conçue par Dina et peut-être Wirth.

Coiffé d'un bonnet que l'on pourrait croire phrygien, vêtu de pourpre, l'initié s'avance, sur un chemin de braises, tenant haut sa lanterne aux foudres de Zeus. L' a-t-il allumé, ce feu du soleil, à un volcan?

 

Georges Humbert vient en tout cas de consacrer un bien beau petit livre aux Avenières, à l'occasion du centenaire de ce château, intervenu il y a quelques mois:

 

http://www.1berger.com/unberger.html

 

"Mon petit doigt m'a dit" qu'il est même préfacé par un connaisseur: André Dussolier.


 


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30 août 2006 3 30 /08 /août /2006 13:19


La planche XXVII de l'édition originale des Demeures Philosophales de Fulcanelli, illustrée par Julien Champagne, est consacrée à la deuxième série des caissons de la galerie du premier étage du château de Dampierre-sur-Boutonne.

Dans l'édition Pauvert de 1977, la planche équivalente porte le numéro XXIX. Je vous en propose comme pour la série précédente (De Diane de Poitiers à Champagne, 26 août 2006) un bref examen de chaque emblême, fondé sur les descriptions et explications de Fulcanelli.


"Gisante sur le sol, une lanterne décrochée dont le portillon s'entr'ouvre montre sa chandelle éteinte.

Le phylactère qui signe ce sujet contient un avertissement à l'usage de l'artiste impatient et versatile: .SIC.PERIT.INCO(N)STANS. Ainsi périt l'inconstant."

Comme la lanterne sans lumière, commente l'Adepte, sa foi cesse de briller; il cherche vainement, dans les ténèbres qui l'environnent, cette clarté qu'on ne saurait trouver qu'en soi-même. Mais pour lui, l'image est plus difficile à interpréter que l'inscription. Il avance donc plusieurs déchiffrements possibles du symbole de la lanterne, dont un appliqué à la voie courte:

"Ce n'est plus le feu élémentaire, mais le feu potentiel, flamme secrète de la matière même ...Quel est donc ce feu mystérieux, naturel, inconnu, que l'artiste doit savoir introduire dans son sujet?"

La plupart des philosophes, répond-il, désignent cette lumière interne sous l'épithète de feu de lampe.

"Notre feu secret, dit Basile Valentin, "ne brûle pas et n'est pas brûlé"...Tel est bien notre vase, dispensateur du feu des sages, c'est-à-dire notre matière et son esprit, ou, pour tout dire, la lanterne hermétique."

Une enveloppe minérale, conclut Fulcanelli, contient ce feu de lampe qui n'a besoin que d'être excité par le feu ordinaire pour opérer les plus surprenantes métamorphoses.


"Deux vases, l'un en forme de buire repoussée et ciselée, l'autre, vulgaire, pot de terre, sont figurés dans un même encadrement qu'occupe cette parole de saint Paul:

.ALIVD.VAS.IN.HONOREM.ALIVD.IN.CONTVMELIAM. Un vaisseau pour des usages honorables, un autre pour de vils emplois."

Et Fulcanelli de dégager aussitôt la plus évidente des interprétations de ces deux vases:

"L'un est le vase de la nature, fait de la même argile rouge qui servit à Dieu pour former le corps d'Adam; l'autre est le vase de l'art, dont toute la matière est composée d'or pur, clair, rouge, incombustible, fixe, diaphane et d'incomparable éclat.

Et ce sont là nos deux vaisseaux, lesquels ne représentent véritablement que deux corps distincts contenant les esprits métalliques, seuls agents dont nous ayons besoin."

Mais l'Adepte précise aussitôt que ces vaisseaux ne figurent pas seulement deux matières, ou plutôt une seule matière à deux états de son évolution, mais qu'ils symbolisent encore deux voies, la longue, qui utilise le vase de l'art, et la brève, celle du vase de nature.


"Coupé par le milieu, un serpent, malgré le caractère mortel de sa blessure, croit cependant pouvoir vivre longtemps dans cet état.

.DVM.SPIRO.SPERABO. lui fait-on dire. Tant que je respire, j'espère."

Pour Fulcanelli, le serpent, image du mercure, exprime, par ses deux tronçons, les deux parties du métal dissous, que l'on fixera plus tard l'une par l'autre, et de l'assemblage desquelles il prendra sa nature nouvelle.

"Le soufre et le mercure des métaux, extraits et isolés sous l'énergie désagrégeante de notre premier agent, ou dissolvant secret, se réduisent d'eux mêmes, par simple contact, en forme d'huile visqueuse, onctuosité grasse et coagulable, que les Anciens ont appelée humide radical métallique et mercure des sages...

Cette liqueur, malgré son apparente homogénéité, est réellement composée des deux éléments fondamentaux de tous les corps métalliques, et peut être considérée logiquement comme représentant un métal liquéfié et réincrudé, c'est-à-dire artificiellement remis en un état voisin de sa forme originelle.

Mais ces éléments, se trouvant simplement associés et non radicalement unis, il semble raisonnable que notre symboliste ait songé à figurer le mercure sous l'aspect d'un reptile sectionné, dont les deux parts conservent chacune leur activité, leurs vertus réciproques.

Et c'est là ce qui justifie l'exclamation de confiance fixée sur l'emblème lapidaire: tant que je respire, j'espère."


"Posée sur le fond d'un boisseau renversé, une chandelle brûle. Ce motif rustique a pour épigraphe:

.SIC.LVCEAT.LVX.VESTRA. Que votre lumière brille ainsi."

Il est écrit, rappelle Fulcanelli, qu'on n'allume point une chandelle pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur un chandelier. Pour lui, la flamme indique l'esprit métallique.

"De même, voyons-nous, dans l'OEuvre, la nécessité de rendre manifeste ce feu interne, cette lumière ou cette âme, invisible sous la dure écorce de la matière grave. L'opération qui servit aux vieux philosophes à réaliser ce dessein, fut nommée par eux sublimation...

L'esprit gagne la surface externe de la substance brassée...C'est alors qu'il prend, en se coagulant, une couleur blanche éclatante, et sa séparation de la masse en est rendue très facile, puisque la lumière s'est, d'elle même, placée sur le boisseau, laissant à l'artiste le soin de la recueillir."


"Une banderole mouvante accusait ici le sens symbolique d'un dessin aujourd'hui disparu. Si nous en croyons l'Epigraphie Santone, celui-ci figurait  "une main tenant une pique."

Il n'en reste rien actuellement que le phylactère et son inscription, amputée des deux dernières lettres:

.NON.SON.TALES.NVS.AMOR(ES). Ce ne sont pas là nos amours. Mais cette phrase espagnole, solitaire, au texte vague, ne permet guère de commentaire sérieux. Plutôt que répandre une version erronée, nous préférons garder le silence sur ce motif incomplet."

Précisons tout de même que Fulcanelli se réfère ici à l'ouvrage de Louis Audiat, Epigraphie Santonne et Aunisienne, J.B. Dumoulin, Paris, et L. Clouzot, Niort, paru en 1870, et que nous avons déjà rencontré cet auteur (Julien Champagne dans pierre, 21 mai 2006).


"Un petit quadrupède, que l'état lépreux du calcaire ne permet pas d'identifier, paraît enfermé dans une cage d'oiseau.

Ce motif a beaucoup souffert. De sa devise, on lit à peine deux mots: .LIBERTA.VER, appartenant à cette phrase conservée par quelques auteurs: .AMPASA.LIBERTA.VERA.CAPI.INTVS. Voilà où mène l'abus de la liberté."

Pour Fulcanelli, il est vraisemblablement question, en ce sujet, de l'esprit, d'abord libre, puis emprisonné à l'intérieur du corps comme en une cage très forte.

"Mais il semble évident aussi que l'animal, tenant la place ordinaire d'un oiseau, apportait, par son nom ou par son espèce, une signification spéciale, précise, facile à situer dans le travail."


"D'épaisses nuées interceptent la lumière du soleil et couvrent d'ombre une fleur agreste qu'accompagne la devise: .REVERTERE.ET.REVERTAR. Retourne, et je reviendrai."

Fulcanelli estime que de ce petit sujet se dégage ésotériquement l'artifice de la solution du soufre par le mercure, la plante exprimant la vertu végétative de celui-ci, et le soleil la nature ignée de celui-là.

"L'opération est d'autant plus importante qu'elle conduit à l'acquisition du mercure philosophique, substance vivante, animée, issue du soufre pur radicalement uni à l'eau primitive et céleste."

Le caractère extérieur, ajoute-t-il, permettant l'identification certaine de cette eau, est une figure étoilée et rayonnante que la coagulation fait apparaître à sa surface.

"L'étoile, - manifestation extérieure du soleil interne, - se représente chaque fois qu'une nouvelle portion de mercure vient baigner le soufre indissous, et qu'aussitôt celui-ci cesse d'être visible pour reparaître à la décantation, c'est-à-dire au départ de la matière astrale.

"Retourne, dit le fixe, et je reviendrai." A sept reprises successives, les nuées dérobent aux regards tantôt l'étoile, tantôt la fleur, selon les phases de l'opération...et cette vérité se voit confirmée jusqu'à la fin de l'OEuvre."


"Un fruit, que l'on prend généralement pour une poire, mais qui peut avec autant de vraisemblance être une pomme ou une grenade, prend sa signification de la légende sous laquelle il figure:

.DIGNA.MERCES.LABORE. Travail dignement récompensé."

Ce fruit symbolique, selon Fulcanelli, n'est autre que la gemme hermétique, pierre philosophale du Grand OEuvre ou Médecine des anciens sages appelée encore Absolu, Petit Charbon ou Escarboucle précieuse (carbunculus), le soleil brillant du microcosme et l'astre de l'éternelle sapience.

"Ce fruit est double, car on le cueille à la fois sur l'Arbre de Vie, en le réservant spécialement aux usages thérapeutiques, et sur l'Arbre de Science, si l'on préfère l'employer à la transmutation métallique.

Ces deux facultés correspondent à deux états d'un même produit, dont le premier caractérise la pierre rouge, translucide et diaphane, destinée à la médecine en qualité d'or potable, et le second, à la pierre jaune, que son orientation métallique et sa fermentation par l'or naturel ont rendue opaque."

Le fruit hermétique, conclut-il, porte en soi la plus haute récompense que Dieu, par l'entremise de la nature, puisse apporter ici-bas aux hommes de bonne volonté.


"L'effigie du serpent Ouroboros se dresse sur le chapiteau d'une élégante colonne. Ce curieux bas-relief est distingué par l'axiome:

.NOSCE.TE.IPSVM. Traduction latine de l'inscription grecque qui figurait au fronton du célèbre temple de Delphes...Connais-toi toi-même."

Telle est, avance Fulcanelli, l'affirmation de la loi analogique qui donne la clef du mystère.

"Ce qui caractérise précisément notre figure, c'est que la colonne chargée de supporter le serpent emblématique se trouve renversée par rapport au sens de l'inscription.

Disposition voulue, réfléchie, préméditée, donnant à l'ensemble l'apparence d'une clef et celle du signe graphique à l'aide duquel les Anciens avaient coutume de noter leur mercure. Clef et colonne de l'OEuvre sont d'ailleurs des épithètes appliquées au mercure."

C'est dans le mercure, commente l'Adepte, que les éléments s'assemblent dans leur proportion convenable et leur qualité naturelle.

"C'est de lui que tout provient, parce que seul il a le pouvoir de dissoudre, mortifier et détruire les corps, de les dissocier, d'en séparer les portions pures, de les joindre aux esprits et de générer ainsi de nouveaux êtres métalliques."


Avant de quitter provisoirement les Demeures Philosophales, je voudrais terminer ce post en présentant à l'intention de nos amies et amis lusophones, du Portugal, du Brésil ou d'ailleurs, une toute récente édition d'As Moradas dos Filosofos (Madras, 2006).

Je pense qu'il s'agit là d'une édition brésilienne, qui a été précédée en 1989 par une publication portugaise du même ouvrage par Edicoes 70: As Mansoes Filosofais.



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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 11:37

AVDB.champagne

 

avdbsignure.champagne



Quand on a lu le livre présenté par Saul Bellow qu'André Vandenbroeck a consacré à René Schwaller (Al-Kemi, A memoir, Lindisfarne Press, 1987, encore réédité en 2000), on ne peut à mon avis se défendre d'un sentiment de gêne.

L'auteur et son épouse Goldian ont fréquenté les Schwaller à Grasse, pendant dix-huit mois, en 1959 et 1960, soit peu de temps avant le décès de leurs hôtes.

André a visiblement été fortement influencé par l'enseignement reçu de René, influence qui se ressent jusque dans le titre de son premier livre, Philosophical Geometry (Sadhana Press, 1972, puis Inner Traditions, 1987). Par contre il ne dissimule pas l'hostilité réciproque dont ont été imprégnées ses relations avec Isha, qu'il accuse grosso modo d'avoir dévoyé la pensée du "maître."

Il faut lui reconnaître cependant qu'il a beaucoup oeuvré avec sa femme pour le renom en milieu anglo-saxon de la pensée d'Aor, au travers de diverses traductions: Sacred Science: The King of Pharaonic Theocracy (Inner Traditions, 1982), The Egyptian Miracle (Inner Traditions, 1985), Esoterism and Symbol (Inner Traditions, 1985).

Mais voilà, comme d'autres auteurs avant et après lui, en rapportant les propos de René Schwaller sur "l'affaire Fulcanelli", il a parfois tendance à confondre tout simplement Fulcanelli et son illustrateur Julien Champagne. Et ce dernier s'en trouve - une nouvelle fois - pour ainsi dire "gommé", ce qui, vous l'admettrez est tout de même un comble pour un dessinateur.

Un exemple? Pour Vandenbroeck, ce n'est pas Champagne que Schwaller a rencontré en 1913 à la Closerie des Lilas, mais Fulcanelli. Mais bien sûr, me direz-vous, puisqu'Aor avait été persuadé - et par Champagne lui-même - que Champagne n'était autre que Fulcanelli. Et bien justement non, ce n'est pas évident.


Que dit vraiment Schwaller dans le livre de Vandenbroeck? En fait on a l'impression qu'il a surtout peur de trop en dire.

Curieusement en apparence, il affirme d'entrée de jeu à son interlocuteur que la question de l'identité de Fulcanelli n'est pas si importante. Ensuite, il paraît pencher pour la création d'une "personnalité littéraire" par un petit cercle composé de Champagne, Canseliet, Boucher et Sauvage. Et enfin, c'est vrai qu'à certains moments, si du moins on suit Vandenbroeck, on a l'impression qu'il assimilerait volontiers Champagne à Fulcanelli.

La seule constante à mon sens dans ce fatras est qu'à la fin de sa vie Aor est encore marqué par sa coopération avec Fulcanelli. Qu'elle lui semble avoir été pour lui cardinale.

Je serai donc tenté de formuler à ce stade l'hypothèse de travail suivante. Fulcanelli a vraiment oeuvré avec Schwaller, indépendamment des relations de ce dernier avec Champagne, que Fulcanelli peut d'ailleurs fort bien lui avoir présenté, ou lui avoir envoyé. Farfelue, mon hypothèse? Ce n'est pas certain.

Voyez la chronologie de ces années: 1910, Champagne a déjà réalisé un certain nombre de travaux pour Fulcanelli. 1912, publication dans la bibliographie occulte de Chacornac d'une de ces oeuvres (le frontispice du Mystère des Cathédrales). 1913, première rencontre entre Champagne et Schwaller.

Et puis...


Dans l'appendice de notes et commentaires qui figure à la fin d'Al-Kemi, Vandenbroeck cite une lettre que Lucie Lamy (belle-fille d'Aor, et fille d'Isha) lui a envoyé en 1974. Il n'en publie qu'un extrait, mais je le trouve extrêmement éclairant. Le voici:

"Vous me parlez de la relation Aor-Fulcanelli. Nous parlions un jour de Fulcanelli au Docteur Rouhier (Véga-Paris) et celui-ci sourit et, plissant malicieusement les yeux, répondit: "Fulcanelli? Lequel? A sa suite, je répète: Qui est Fulcanelli? Savez-vous quelle fut sa relation avec Aor? Vous m'intriguez."

Rouhier, familier de Champagne et que nous avons déjà rencontré (Champagne au Grand Lunaire, 25 juin 2006), savait que son ami n'était qu'un des Fulcanelli possibles. Il savait que derrière lui, il y avait le véritable Fulcanelli.

Quant à Lucy, qui se considérait comme une disciple de Schwaller, elle nous confirme dans l'idée que la collaboration entre Fulcanelli et Aor a été significative. Et aussi, et peut-être surtout, qu'elle sait pertinemment que Champagne, qu'elle a côtoyé plusieurs fois à Grasse chez ses parents, alors qu'elle avait une vingtaine d'années, et qui a dû faire l'objet avec eux de bien des conversations, n'est pas Fulcanelli.

Deux petites incidentes pour terminer. Lucie Lamy est l'auteur du dessin reproduit ci-dessus, qu'on trouve aussi dans les notes et commentaires de Vandenbroeck, et qui représente les armes d'Eze-sur-Mer, dans les Alpes Maritimes comme Grasse. Il est extrait du Temple dans l'Homme de Schwaller, et est illustratif à mon point de vue du parallélisme des travaux d'Aor et de ceux des "Frères Chevaliers d'Héliopolis."

Et puis finalement, comment ne pas s'étonner à nouveau, à la fois du retentissement international de la "Fulcanelli legend" (Vandenbroeck dixit), dificilement séparable à ce jour de celui de l'oeuvre même de Fulcanelli, et de la tendance récurrente, voire généralisée, à oublier l'apport considérable sur ce dernier plan d'un Julien Champagne.

On ne trouve pratiquement que des photos, et presque aucun de ses dessins, dans les nombreuses éditions étrangères qui existent désormais, aussi bien du Mystère des Cahédrales que des Demeures Philosophales. Comme dans la pourtant très belle publication allemande du Mysterium der Kathedralen (Oriflamme, 2004).

"Moriendo Renascor"

isia.champagne




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28 août 2006 1 28 /08 /août /2006 15:05


Depuis mon Champagne lexovien du 17 avril 2006, je ne vous ai plus entretenu du Manoir de la salamandre de Lisieux. Et pourtant, il n'a pas fini de nous livrer ses secrets, n'est-ce pas, Mulciber?

Reprenons donc l'édition originale des Demeures Philosophales de Fulcanelli, illustrée par Julien Champagne. La planche VI en est précisément consacrée à notre manoir, dont elle représente le faîte, côté rue. Elle est intitulée La Salamandre et les deux Dragons de la lucarne.

La planche qui lui correspond dans l'édition Pauvert est une photographie, que voici également, et qui porte le numéro IX. Pour la petite histoire, le mot lucarne, ô Grasset d'Orcet, y est écrit avec un
"grand" L.

Toujours pour l'anecdote, un des possesseurs de ce cliché a dû être inspiré en le voyant par l'iconographie et l'histoire de la salamandre, puisqu'on distingue en haut et à droite de cette épreuve le mot François 1er.

Il est vrai que dans certains documents cette maison, pour des raisons évidentes, est également dite "de François 1er".


Le thème ou si vous préférez le mythe de la salamandre est si important pour l'alchimiste Fulcanelli qu'il l'a fait figurer en frontispice des Demeures, frontispice consacré à l'Hôtel du Bourgtheroulde à Rouen, lui aussi du XVIème siècle et que nous avons déjà évoqué (post Champagne et la salamandre, 1er mars 2006, où François 1er est d'ailleurs mentionné).

Dans le chapitre lexovien de son ouvrage, l'Adepte se livre à un examen de sa signification en alchimie sur lequel je reviendrai sans doute plus tard, car une salamandre décore également la porte d'entrée du manoir. Il fait donc remarquer à nouveau la place importante qu'occupe, parmi les sujets emblématiques du petit hôtel de Lisieux, la salamandre, enseigne particulière de son modeste et savant propriétaire. Et il poursuit:

"On la retrouve jusque sur la lucarne du faîte, presque inacessible et dressée en plein ciel. Elle y étreint le poinçon du chapeau, entre deux dragons sculptés parallèlement sur le bois des jouées."


Et de concentrer alors, très logiquement, ses explications sur les deux dragons:

"Ces deux dragons, l'un aptère (sans ailes), l'autre chrysoptère (aux ailes dorées), sont ceux dont parle Nicolas Flamel en ses Figures hierogliphiques, et que Michel Maïer (Symbola aureae mensae, Francofurti, 1617) regarde comme étant, avec le globe surmonté de la croix, des symboles particuliers au style du célèbre Adepte.

Cette simple constation démontre la connaissance étendue que l'artiste lexovien avait des textes philosophiques et du symbolisme spécial à chacun de ses prédécesseurs."

Poursuivons donc le couple dragonnier, et retrouvons-le au chapitre L'Homme des Bois des Demeures:

Ils désignent, nous dit Fulcanelli, les deux matières, active et passive, dont la réaction mutuelle fournit, à la fin du combat philosophique, la première substance de l'OEuvre.

"Certains auteurs, - Nicolas Flamel et Basile Valentin en particulier, - ont donné à ces éléments l'épithète conventionnelle de dragons; le dragon céleste, qu'ils représentent ailé, caractérise le corps volatil, le dragon terrestre, aptère, le corps fixe."

Sur ce sujet du combat des deux natures, vous pourrez également vous reporter à mon post du 12 juillet 2006: Julien Champagne aux marmousets.

Mais la salamandre dans tout ça, me direz-vous? Quelle place tient-elle auprès de ces dragons?


Précisément, elle est comme dit Fulcanelli entre les dragons. Alors, les sépare-t-elle ou au contraire les unit-elle? Ou encore est-elle le produit final de la réunion des deux antagonistes?

Fulcanelli à mon avis répond immédiatement mais indirectement à cette redoutable question:

"Le choix même de la salamandre nous mène à penser que notre alchimiste dut chercher longtemps et employer de nombreuses années à la découverte du feu secret...verbe incarné, esprit céleste corporifié dans toutes les choses de ce monde."



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