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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.
Dimanche 10 décembre 2006


" A Nice, se retrouvent certains frères d'Elie, dans la demeure du Comte Prozor où sont organisées des réunions à thèmes philosophiques et hermétiques. Nous pouvons voir les Schwaller, les Celli, les Coton-Alvart, etc...

A Paris, ils sont tous les invités de Nathalie Clifford-Barney, la richissime américaine, amie de Milosz, qui reçoit au 20 rue Jacob, dans un petit temple maçonnique "Le Temple de l'amitié" et des soirées se donnent aussi chez les de Lesseps, avenue Montaigne.

C'était un petit monde, toujours les mêmes, qui fréquentait à la fois les sociétés initiatiques et les salons littéraires et scientifiques.

Dans le sein des "Veilleurs" s'épanouissait la "Fraternité d'Elie" composée de 12 "Frères" parmi lesquels : René Schwaller, Milosz, Henri Coton-Alvart, Elmiro Celli, Gaston Revel, Carlos Larronde, René Bruyez, Luis de la Rocha, Louis Alainguillaume, Le Carpentier, etc...

Les Frères d'Elie furent donc liés à Champagne."


De qui, cette citation? Geneviève Dubois, bien sûr:

http://www.eklectic-librairie.com/ArticlesAuteurs/GenevieveDubois.htm

Pourquoi mentionner maintenant cet article extrait, non de son livre Fulcanelli dévoilé, mais de de la revue "Regards", n°2? C'est que je voudrais ce jour vous entretenir de "l'amazone" franco-américaine Natalie Clifford Barney (1876-1972), dont par conséquent voici et le temple et la loge, et des portraits suggestifs.

A mon sens, et je compte bien vous en apporter d'autres justifications que celle de ses liens avec les Veilleurs de René Schwaller, elle n'a pas pu ne pas connaître Julien Champagne.


Mais d'abord, permettez-moi de remercier un de nos lecteurs de m'avoir incité à lire le livre qu'en 1976 Jean Chalon a consacré à Barney: Portrait d'une séductrice (Stock).

C'est de cet ouvrage que sont extraits nombre de clichés reproduits ici, et c'est à sa lecture que j'ai pu m'apercevoir, notamment,  que la "Sapho de Washington" puisque c'est ainsi que s'y intitule la photo ci-dessus,  a été dès l'enfance une proche des soeurs Shillito, comme elle originaires de l'Ohio - Etat des Etats-Unis qui, comme on le sait, est avant tout celui du petit pull marine d'Isabelle Adjani.


Sacrée piscine! Quoi, vous avez dit Shillito? Bon sang, mais c'est bien sûr, nous revoici en présence de la Mary de mon article Julien Champagne et Mary Shillito du 31 août 2006...

Les deux soeurs Shilitto , Mary et...Violette, cher Patrick Rivière, sont en fait des amies d'enfance de Natalie.

C'est d'ailleurs Violette, prématurément décédée en 1901, qui présentera Natalie à l'un de ses amours, la poétesse Pauline Tarn, plus connue sous le nom de René(e) Vivien (1877-1909):

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9e_Vivien
http://www.ieeff.org/vivien.htm

En 1901, Renée publie son premier recueil, Etudes et préludes. Il est pour "N", "pour Elle".


Insatiable conquérante, Clifford Barney va toute sa vie durant collectionner les aventures, essentiellement féminines.

Vers 1909, rapporte Chalon, "Natalie traverse l'Europe pour y traquer jusqu'à Saint-Pétersbourg sa dernière proie, l'artiste Henriette Roggers. Déplacement inutile: la séductrice a été évincée par un séducteur, un colonel russe.

Pour se consoler, pendant le retour, elle lit le Candide de Voltaire." Rappelons-nous, tout de même, que la dite Henriette Roggers passe pour avoir été un modèle de Julien Champagne
(Henriette Roggers et Champagne, 18 août 2006).


C'est à ce moment (1909) qu'elle découvre son "antre" du 20 rue Jacob. Et dès cette (belle) époque, elle est amie d'Anatole France, lui même proche de Fulcanelli et Champagne
(Anatole France et Julien Champagne, 22 février 2006).

Alors que la première guerre mondiale est sur le point d'éclater, "Natalie va souvent déjeuner à Saint-Cloud chez Anatole France."

France dont elle louera "l'incorrigible, charmante et timide politesse."



Et puis, bien sûr, en plein conflit de 1914-1918, voici venir le Veilleur Milosz, qui lit au temple de l'Amitié sa traduction du Faust de Goethe. "Un bombardement ne suffira pas à interrompre cette lecture que l'on poursuivra à la lueur d'une chandelle."

Milosz, qualifié par l'Amazone de "seul mystique réussi que je connaisse", a lui aussi succombé aux envoûtements de la séductrice. Il termine immanquablement ses lettres par une formule magique: "J'embrasse les ailes de mon ange."

Dans un des livres qu'elle a consacré au poète lituanien, O.V. Milosz (L'Age d'Homme, 1996), Alexandra Charbonnier souligne que ce dernier devint vite un habitué des "vendredis" de Natalie.

Elle et lui se verront jusqu'en 1937, et après la mort du "métaphysicien", Clifford Barnier fondera une association pour l'édition de son oeuvre, et la célébration de son souvenir.


Alexandra fait également mention dans son essai d'une liste que Natalie aurait elle même dressé de ses oeuvres, écrites tantôt en français, et tantôt en anglais.

Car l'Amazone a aussi été une artiste, et dirais-je, ...un penseur redoutable. Je retiendrai en tout cas de cette liste, outre Aventures de l'esprit (1929), The city of the flower, oeuvre non datée, donc éternelle.

Il s'agit d'un poème avec enluminures, qui n'existerait qu'à un exemplaire. Cette oeuvre est donc aussi unique.

"Pour apporter quelque chose, dit justement Natalie, il faut venir d'ailleurs."

Mais restons-en à Clifford Barney, telle qu'en elle-même:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Natalie_Clifford_Barney
http://www.natalie-barney.com/

Son portrait "à la cape de fourrure" réalisé en 1897 par sa maman, elle-même artiste peintre, figure désormais au Smithonian Museum of American Art.

Pour Jean Chalon, lui aussi séduit sur le tard, elle s'applique à "mettre en pratique l'un de ses plus chers axiomes - et nietzschéens - : Devenez ce que vous êtes."


Je m'en voudrais de quitter Natalie sans vous citer encore de ses pensées, qui, Champagne ou pas,  ne peuvent que nous la faire aimer.

Voici donc, rapporté par Chalon, un extrait de ses Eparpillements (1910), d'où l'alchimie me semble superbement transparaître :

"Toute expression, tout art est une indiscrétion que nous commettons envers nous-mêmes. Et ceci ne provient pas d'une "pauvreté", mais d'un surcroît de richesse, car c'est ainsi que nous faisons vivre les quelques heures de notre vie au-delà d'elles-mêmes.

Et devant nos passés, la discrétion n'est qu'un oubli sans valeur, stérile...Je crois qu'il est pieux d'honorer nos morts de quelques paroles par lesquelles ils peuvent encore se survivre, et de leur donner au lieu d'un néant silencieux et graduel, quelque épitaphe inspirante et courageuse de ce qu'ils furent.

Car il est peut-être coupable de laisser se dissiper sans voix et sans chants ces prodigues qui, de la vie même, ont fait leurs chefs-d'oeuvre.

L'histoire de leurs amours, pieusement recueillies, a embelli le monde; c'est l'aumône que leurs richesses nous font. Elle est également leur seule postérité.

Il y a aussi des indiscrétions de silence. Et ne serait-ce pas la pauvreté sans recours que de laisser mourir ce qui est mort?"

Magnifique! A propos, connaissez vous le sceau de l'Amazone? Il figure une main tenant une flèche, le tout entouré de sa devise: Spes anchora vitae.

Et toujours selon Chalon, une de ses expressions favorites est: "Il faut inventer sa vie." A Jean Chalon, elle dira aussi:

"A bientôt, mon Jean, à toujours."

Dans son tout récent Guide du Paris initiatique (Dualpha, 2006), Richard Raczynski confirme finalement: "Nathalie Barney fréquentait le Paris occulte."

Il attribue à Milosz, ami de longue date, cette transition entre le monde des lettres et celui de l'ésotérisme.

"Celui-ci présenta à Nathalie Barney un groupe issu du "Cercle Apostolique" et de son ordre intérieur "les Veilleurs": la Fraternité d'Elie."

http://www.ruevisconti.com/LaRueMysterieuse/TempleAmitie.html


Et n'oublions pas non plus dans le cercle de ses relations, un certain Coton-Alvart, lui aussi frère d'Elie, qui connut Julien Champagne:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3552044.html

Enfin, Fulcanelli lui-même, dont  Champagne fut l'illustrateur des oeuvres, eut pour dernier domicile connu  un appartement jouxtant le Temple de l'amitié de Natalie:

http://www.fulgrosse.com/article-4011092.html

"Les arbres du jardin du Temple de l'amitié sont visibles de toute la partie latérale de l'immeuble 12, rue Jacob."

Peinte ici en 1920 par son double, sa compagne d'artiste Romaine Brooks (1874-1970), et désormais visible au musée Carnavalet, une femme cavalière, une gazelle amazone galope pour l'éternité. Noire cabale en sol majeur!

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Jeudi 7 décembre 2006

Calendrier a décidemment raison. En dépit de ce que je pensais, et affirmais par conséquent, dans mon article Champagne au mont Saint Michel du 26 novembre 2006, et de façon plus précise dans sa partie consacrée aux commentaires, Allieu et Lonzième dans leur précieux Index Fulcanelli font bien mention de la légende qui dans l'édition Omnium Littéraire des Demeures Philosophales est associée aux première et quatrième de couverture.

Je rectifie donc de moi même, dont acte, et mea culpa. J'ai par contre vainement cherché dans le même ouvrage une indication équivalente concernant les illustrations similaires du Mystère des Cathédrales, dont il s'agit en ce jour de la Saint Ambroise. Y trouverez-vous une nouvelle imprécision de ma part? J'attends sur ce point vos remarques éclairées.

Ces "culs de lampe", pour reprendre l'expression consacrée, qui ornent la première publication du premier ouvrage de Fulcanelli, ont d'ailleurs le privilège, si je ne me trompe à nouveau, de figurer dans toutes les éditions, Schemit comme Omnium, et finalement Pauvert.

La question suivante, pour reprendre un mode de raisonnement très anglo-saxon, est bien entendu d'où viennent-elles. Et puis après un Français s'exclamera bien sûr: Mais qu'est-ce que tout cela signifie, bon Dieu?

Si j'avais sur ce dernier point à faire un pari, je dirais que très probablement l'image ci-dessus nous offre une représentation du miroir de la nature, où la mort est centrale, mais d'où la vie masculine et féminine jaillit quasi miraculeusement.

Et que cette vie et même cette survie naturelle et surnaturelle, bref cette vie double, prend appui sur l'image ci-dessous.

Voilà de belles paroles, me direz-vous, mais revenons-en à la question fondamentale de l'origine de ces emblèmes symboliques. Et me voici bien embarrassé.

J'ai à tout hasard ouvert pour répondre à cette interrogation légitime les exemplaires dont je dispose en ce moment des ouvrages de ce bon docteur Witkowski sur L'art profane à l'église (1908) dont nous avons déjà dit quelques mots à propos de la cathédrale de Nantes (François II et Julien Champagne, 27 septembre 2006).

Et, par chance et avec sans doute aussi l'aide des "destins", j'y ai trouvé une piste sur ces oeuvres, une indication, en tout cas, que je vous soumets illico.


Nous sommes ici dans la Somme, en la cathédrale d'Amiens, et plus précisément devant une des cent vingt stalles du choeur.

Convenez avec moi que s'il n'y a pas forcément identité complète, du moins la ressemblance des deux dessins ( le Witkowski au-dessus, le Fulcanelli au-dessous) est plus que frappante.

Naturellement, si je puis dire, Witkowski interprète et décrit ce motif à sa manière, autrefois inimitable. Pour lui, il représente

"le culte de la volupté. Deux ribauds supplient l'idole de leur âme, les mains jointes, de partager "son coeur et le reste." Ils sont enchaînés à leur passion par une chaîne de fleurs."

Quant au premier dessin de Champagne, que Witkowski ne reproduit pas, il renverrait, sauf erreur de ma part, et toujours selon lui, à la

"lubricité. Tandis qu'une "fillette" se mire dans un miroir, son galant de passage tient derrière elle une tête de mort, l'image de la brièveté des charmes féminins et de l'existence, ou encore un avertissement des dangers du libertinage:

Il n'est fisicien ne mire
Tant saiche les aultres guerir
Quy à ce myrouer ne se mire
Et que tous ne faillent mourir."


Voici, amies lectrices et amis lecteurs, l'état présent de mes recherches sur ce point, que je soumets encore une fois (encore une foi) à votre sagacité.

Et ceci n'est pas un vain mot, puisque je tiens ici à remercier tous ceux et celles qui lisant ce "blog" ou ne le lisant pas, m'ont permis enfin de découvrir la dernière édition roumaine du Mystère des Cathédrales.

J'y ai notamment appris de son préfacier Dan Alexe que selon Sarane Alexandrian, dans son Histoire de la  philosophie occulte  (Seghers, 1983, Petite Bibliothèque Payot,  1994),  Fulcanelli ne serait autre que Julien Champagne.

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Lundi 4 décembre 2006
Dans un article en espagnol paru au début de ce mois de décembre 2006 sur le site de la remarquable revue hermétique Azogue et consacré à la littérature alchimique hispanique de 1889 à 1946, José Rodriguez Guerrero présente une exposition virtuelle fondée sur sa bibliothèque personnelle:

http://www.revistaazogue.com/expo1.htm

De cette présentation extrêmement intéressante je voudrais retenir ce soir, en la Sainte Barbara,
celle qui est vouée à un livre paru en 1943, et qui  consiste en une présentation des Monuments alchimiques de Barcelone, la capitale catalane.

Son auteur se présente comme Hélias Herrero et pour Azogue ce nom est plutôt un pseudonyme. Toujours d'après cette revue, l'ouvrage en question a clairement été inspiré par les deux livres de Fulcanelli, dont les éditions originales parurent, on le sait, en 1926 et 1930.

Herrero en est réputé attribuer la paternité à Julien Champagne. D'après Guerrero, dans le prologue de son livre, l'auteur dédie sa prose "au maître Hubert, philosophe et artiste, qui par la pénétrante subtilité de son ingéniosité a dévoilé les clefs hermétiques des demeures philosophales."

Guerrero relève également en note de pied de page une référence à Gaston Sauvage (1888-1975 selon lui), que nous avons déjà rencontré (Julien Champagne et l'histoire d'une transmutation, 11 février 2006, et Champagne: sur les traces de Gaston Sauvage, 8 juillet 2006).

Il affirme que dans un catalogue de la librairie parisienne L'Intersigne d'Alain Marchiset (catalogue N°60),

http://www.livresanciens.eu/catalogue.php?catnr=74

il est fait mention à propos de l'ouvrage de Stanislas de Guaïta sur Les sciences maudites, dont un exemplaire parut chez Durville en 1920, d'un bristol de la main de Gaston Sauvage: "provenant de la bibliothèque de Jules Boucher, ami et collaborateur de Fulcanelli."

Cet exemplaire serait annoté par Julien Champagne, et Guerrero en tire argument pour se rallier à la thèse d'Ambelain et, dit-il, de Dubois, selon qui Fulcanelli fut Champagne.

C'est peut-être ici le lieu et le moment de rappeler à l'intention de nos amis hispanophones et des autres que dès 1967, à Barcelone précisément, l'éditeur Plaza & Janes fit paraître la première version espagnole du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, manifestement inspirée de celle parue en France en 1964 chez Pauvert.

Elle fut suivie d'une seconde édition, toujours barcelonaise, et par la même maison, dans une année faste, comme chacun le comprendra: 1968.


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Dimanche 26 novembre 2006

Je pense personnellement qu'on aurait tort de négliger les vignettes qui ornent les première et quatrième de couverture des ouvrages de Fulcanelli.

L'exemple de "l'écu final" qui agrémente la fin du texte du Mystère des Cathédrales, sur lequel nous avons déjà réfléchi (Julien Champagne et l'écu final, 18 février 2006) et sur lequel nous reviendrons peut-être, nous y incite en tout cas.

Ces vignettes non signées sont-elles de Champagne? Rien ne le prouve, mais rien non plus ne permet d'en douter. Je prends pour ma part le pari qu'elles sont bien l'oeuvre de Julien.

Dans un livre d'alchimie, c'est peu de dire que rien ne doit être a priori considéré comme étant laissé au hasard. Commençons donc, en ce dimanche du Christ Roi, notre examen de ces motifs par ceux qui décorent l'édition originale des Demeures Philosophales, et que j'ai reproduits dans l'ordre inverse, au début et à la fin de cet articulet.


Pourquoi commencer ici par la fin? D'abord parce que  dans la science qui nous occupe, et qui est précisément, comme dirait Muriel Cerf, celle des fins dernières,  c'est justement la connaissance poussée de l'aboutissement de l'OEuvre qui permet au...débutant de moins errer.

Au cas particulier, il se trouve en outre que la vignette reproduite ci-dessus a déjà été commentée, et ce sont ces commentaires justement qui vont ce soir nous servir de fil conducteur.

Je ne compte pas cette fois essayer d'interpréter avec vous le sens alchimique des armes parlantes dont il s'agit.

Si je le faisais, je commencerai d'ailleurs sans doute de toute façon par ce lionceau à la crinière tressée comme la ceinture berruyère de l'Offerus de Bourges, avant même de m'intéresser au bouclier qu'il tient dressé, à son chevron, à ses besants et cette étoile que l'on pourrait croire tous issus des neiges éternelles...

Mais voilà, il se trouve qu'on a cru reconnaître dans cette pièce héraldique les armes d'un abbé du mont Saint-Michel, Robert Jolivet. Les dites armes seraient d'ailleurs toujours visibles sur une des tours de la Merveille.

Grâce à Calendrier, rappelons en tout cas qu'elle figurent dans le recueil qu'un élève de Viollet-le-Duc, Edouard Corroyer, a en 1877 (une année fétiche de ce blog) consacré à l'Histoire et aux légendes du mont.



Robert II Jolivet fut effectivement le trentième abbé du Mont, de 1410 à 1444. Il est resté célèbre pour avoir fortifié l'abbaye de 1415 à 1420, avant de passer dans le parti anglais. Malgré cela, les Anglais assiégeant l'abbaye ne purent l'emporter. Juste retour des choses, et gloire à l'Archange!

C'est peut être le moment de rappeler que René Alleau, "historien des sciences" né en 1917 et disciple d'Eugène Canseliet,  a non seulement écrit un livre sur les Aspects de l'alchimie traditionnelle (1953), mais aussi a publié un ouvrage sur les Enigmes et symboles du mont Saint-Michel (1970):

http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=livAut&auteur_id=1469

Cet abbé Jolivet nous renvoie quoi qu'il en soit  par homonymie à François Jollivet-Castelot (1874-1937), alchimiste parfois un peu rapidement rangé parmi les spagyristes ou "hyperchimistes", et dont d'autres au contraire ont voulu faire un fulcanellisable, en tirant justement argument de la présence des armes de Jolivet sur la couverture d'un livre de Fulcanelli. Je fais ici bien sûr allusion à la thèse - et le mot est topique - de Pierre Pelvet.


Je n'ai pas l'intention de m'immiscer dans ce débat, car tel n'est pas l'objet de ce blog. Mais je voudrais tout de même dire quelques mots de ce savant douaisien, que l'on voit ici dans son laboratoire,  car le moins que l'on puisse dire est qu'il a marqué l'histoire de l'alchimie occidentale au tournant du XXème siècle. Et aussi parce que certains membres de son entourage sont également de celui de Julien Champagne.

D'abord, hommage à Douai, et secondairement à mon fils, cette cité nordique abrite toujours une école des mines...

Ensuite, quelques mots sur l'oeuvre justement d'un de ses enfants: La vie et l'âme de la matière (1894); L'Hylozoïsme; l'Alchimie (1896); Comment on devient alchimiste (1897) et en 1901 La science alchimique.

Je ne cherche pas à être complet, mais je voudrais citer également Les sciences maudites (1900), avec des aquarelles de Léon Galand et Paul Girou, parmi lesquelles celle, charmante et  ô combien symbolique reproduite ci-dessous.

Dans son livre Fulcanelli dévoilé, Geneviève Dubois précise que Jollivet fut membre du Groupe Indépendant d'Etudes Esotériques, créé en 1889 et devenu en 1894 l'Ecole Hermétique.

Toujours selon Geneviève, le même Castelot créa en 1896 la Société Alchimique de France (SAF), dont la revue s'appela d'abord L'Hyperchimie, puis en 1904 Nouveaux horizons et après 1920 La Rose-Croix.



Les statuts de cette SAF ont été très opportunément imprimés par Les Editions Maçonniques dans leur réédition en 2006 de Comment on devient alchimiste.

J'aimerais en profiter pour rappeler que ce livre de Jollivet-Castelot a été préfacé par Papus (Gaboriau et Champagne, 6 mars 2006).

On voit dans ces statuts que les fondateurs de la SAF sont sept. Outre Jollivet, secrétaire général, "un comité de perfectionnement a été  constitué, comprenant Dr Papus, SV M. Haven Sédir".

Sur Haven et Sédir, je vous renvoie principalement à mon article Champagne et l'homme de désir, 10 août 2006.

Parmi les membres fondateurs, "les docteurs Encausse, et MM. H.E. Lalande...de Guaïta et Tabris (Cf. Julien Champagne en maçonnerie égyptienne, 19 novembre 2006).

Enfin parmi les membres honoraires, citons Camille Flammarion (membre d'une autre SAF, celle d'Astronomie, cher Frédéric Courjeaud) et August Stindberg:

http://fr.wikipedia.org/wiki/August_Strindberg


Et après celà, ne croyez surtout pas que le dramaturge suédois bien connu Strindberg fut une exception, et que la renommée internationale de la société alchimique française soit un épiphénomène.

Dès 1897, dans un article intitulé "The alchemical revival", Henry Carrington Bolton la cite nommément et analyse son impact, vu des Etats-Unis. Cet article de la revue américaine Science sera repris devant l'American Chemical Society. Sur Carrington Bolton, voyez:

http://www.chemicalheritage.org/about/boltonia%C2%AD6.pdf

Enfin, en 1926, année de publication de l'édition originale du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, Jollivet-Castelot était en correspondance avec Harvey Spencer Lewis,l'"imperator" de l'ordre rosicrucien AMORC, comme en fait foi le document ci-dessus, également reproduit.

Sur ce dignitaire américain, je vous renvoie par exemple à:

http://www.crc-rose-croix.org/histoire/lewis.asp



Mais pour ne pas paraître avoir quitté Julien Champagne, je souhaite aussi relever le fait que certains des autographes de Jollivet-Castelot portent comme ici des initiales que nous avons déjà vues et que nous reverrons j'espère.

Enfin, et je terminerai donc par là, la première  vignette de couverture des Demeures Philosophales de Fulcanelli, avec son écailleuse tête de poisson, nous rappelle peut-être que le mont Saint-Michel est dit au péril de la mer, et que ni le sel ni la voie humide ne sont absents de la quête alchimique.

Peut-être est-elle, du moins si je suis Walter Grosse, également destinée à appeler notre attention à la fois sur le fait que certain ancêtre de Champagne était fondeur, et sur celui que la symbolique du campanile est elle-même profondément alchimique.

Toujours grâce à Calendrier, et à ses commentaires ci-dessous, nous savons en tout cas que cette cloche décidemment des plus fulcanellienne nous vient du Finis Terrae:

http://campanologie.free.fr/Records.html



Que l'ange qui veille sur le mont, et qui m'est cher à plus d'un titre, car je me souviens parfaitement de certain envol, veuille bien étendre sa protection sur nous, tous et toutes.

http://www.linternaute.com/video/115274/mont-saint-michel/


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Dimanche 19 novembre 2006

Dans son livre Fulcanelli dévoilé, Geneviève Dubois qualifie l'entourage de Julien Champagne d'éminemment franc-maçon.

Et elle cite sa source, qui est excellente : L'ouvrage  de Serge Caillet, La Franc-Maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm, Cariscript, 1988.

Ce dernier essai a reparu en 2003 chez Dervy, et quand on le consulte on est effectivement intrigué par un certain nombre de faits et documents relatés ou reproduits dans cette édition augmentée.

Je voudrais d'abord ici rendre hommage au sérieux de Serge, dont l'érudition n'a d'égale que celle de son préfacier, lequel n'est autre que Robert Amadou, que nous avons déjà rencontré.

Et pour cause, tous deux, tout comme d'ailleurs Robert Ambelain et Jules Boucher, autres familiers de ce blog, savent de quoi ils parlent, puisqu'ils appartiennent à la même obédience maçonnique.

Sans vouloir vous infliger un cours sur cette obédience, je crois devoir préciser qu'elle se caractérise de mon point de vue de...profane, d'une part par une certaine effervescence, qui la fait tolérer en son sein le pire (des charlatans) et le meilleur (des spiritualistes), d'où un mélange qui est en permanence détonant et qui explique son cheminement passablement chaotique (encore de nos jours).

Et d'autre part par une certaine propension à l'ésotérisme, à l'hermétisme, notamment dans leurs aspects martiniste et swedenborgien.


Je ne connais pas Serge Caillet, mais outre son livre, que je me permets de vous recommander même s'il est d'abord difficile, vous pourrez vous faire une bonne idée de qui il est au travers du site de son Institut Eléazar:

http://www.institut-eleazar.org/index.php?option=com_content&task=view&id=24&Itemid=53

Il y propose en particulier un cours de martinisme.

Maintenant, que nous apprend ou que nous confirme Caillet (que je ne dissocie pas d'Amadou dans ce qui suit)? D'abord, comme en fait foi le premier cliché que dès 1894 un des frères Thomas, familiers de Champagne, est un "frère" de la maçonnerie égyptienne. Il s'agit ici d'Albéric.

On pourra utilement à ce propos se reporter à mon article du 4 juin 2006: Champagne ami des frères Thomas.

Ensuite, qu'Abel Thomas est en 1986 un "vénérable" de la même obédience. Son frére Albéric apparaît parmi ses adjoints.


Le Chacornac qui fait partie des membres actifs est sans doute encore à l'époque Henri Chacornac.

Voyez à ce sujet mes posts Champagne au pays Chacornac (3 juin 2006) et D'Henri Chacornac à Champagne (26 juillet 2006).

Le fils d'Henri, Paul, qui reprendra la librairie de son père, apparaîtra plus tard et tout naturellement dans le même paysage. Selon Serge Caillet, il sera le trésorier du "convent" parisien de 1908, dont j'ai reproduit ci-dessous une photo tirée de son ouvrage.

A son endroit, je vous renvoie à mon article De Paul Chacornac à Julien Champagne du 24 octobre 2006.

Rappelons tout de même qu'un des Thomas était associé de Pierre Dujols, ami et employeur de Champagne, et que de même Champagne a travaillé pour les Chacornac.

Et qu'Abel pourrait être à l'origine du premier livre sur le poële alchimique de Zurich, étude parue justement en 1896.


Souvenons-nous également qu'en 1908, Julien Champagne connaît sans doute déjà Fulcanelli, et que ses premiers dessins alchimiques connus remontent à 1910-1911.

Le frontispice du Mystère des Cathédrales, d'allure clairement...égyptienne, sera d'ailleurs publié pour la première fois en 1912 par la maison Chacornac (mon article Champagne en 1912, 17 juillet 2006).

Mais revenons en 1896, et donc aux dix-neuf ans de Julien, et regardons ensemble cette liste de membres actifs de la maçonnerie.

Et oui, vous avez bien vu, les frères Thomas ne sont pas les seuls domiciliés au 10 rue Durand-Claye...

Qui est donc ce Lalande, sinon Emmanuel Lalande (1868-1926), dit Marc Haven, intime de Papus et auteur comme Pierre Dujols d'une introduction à l'alchimique Mutus Liber:

http://www.arbredor.com/auteurs/haven.html


Et qui est enfin ce Philipon, sinon René Philipon, alias Jean Tabris (1869 ou 1870-1936), chevalier de la rose croissante, féru du rosicrucien Stanislas de Guaïta et membre comme Sédir de la Société alchimique de France?


Sur Sédir, un temps lui aussi maçon égyptien, ami des Thomas et de Philipon, et employé des Chacornac, je vous incite à relire  au besoin : Champagne et l'homme de désir, 10 août 2006.

N'oublions pas également que c'est apparemment le bibliophile Philippon qui a "orienté" vers l'occultisme le fondateur de la maison Chacornac.

Comment conclure après tout cela? Des questions subsistent, par exemple est-il question de Fulcanelli dans le Caillet?

Oui, un renvoi alléchant, intitulé avec point d'interrogation à la clé "pseudo de Fulcanelli", mais à la page correspondante on ne lit qu'une mention de Jules Boucher, magicien et disciple ou supposé tel du maître de Julien Champagne et Eugène Canseliet.

Et de la famille Lesseps, dont le partriarche Ferdinand s'y connaissait tout de même en Egypte, et dont Dubois dit à son propos qu'en 1876 un banquet maçonnique eut lieu en son honneur? Dont elle dit que ses fils étaient "aussi" probablement maçons? Rien du tout...

Et enfin, bien sûr, nada sur Julien Champagne. Mais alors, sur son entourage...

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