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En terminant notre précédent article en décembre 2025, nous vous avons présenté tous nos voeux pour 2026, année du centenaire de la publication du premier livre de Fulcanelli, Le Mystère des Cathédrales, illustré par notre cher Julien Champagne.
Nous allons commencer cette dernière de façon qui pourra sembler nettement plus anecdotique, quoique elle soit significative pour nous, puisqu'elle est aussi celle du vingtième anniversaire de la création de ce blog.
Et débuter notre propos de ce jour par une réflexion que nous nous sommes faites maintes fois, sans parvenir jusqu'alors à l'exprimer de façon aussi nette. Fulcanelli nous a notamment appris à nous souvenir que l'âge de la pierre a précédé celui du papier; nous voici entrés semble-t-il dans celui de l'électron; espérons que cette dématérialisation croissante s'accompagne d'un accroissement de spiritualité.
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Toujours est-il que de ce point de vue notre contribution depuis deux décennies peut présenter à nos yeux une certaine utilité, même si l'ère de Gutenberg n'est pas pour autant révolue, on peut en tout cas l'espérer, là encore.
Mais c'est sans doute bien à Internet désormais d'accompagner le rôle dévolu autrefois au papyrus, et au livre depuis maintenant quelques siècles. Et plus précisément, pour ce qui nous concerne, aux ouvrages de la Tradition hermétique et alchimique. Donc n'hésitons pas à y insister: Hier, il fallait sans doute que le livre prolonge la pierre. Actuellement, ledit livre doit être au moins complété par l'électron.
De la Tradition, ou des traditions, puisque tel est bien le titre du fort volume dont vient de nous gratifier Aaron Cheak: Alchemical traditions, Rubedo Press, Auckland (Nouvelle-Zélande), 2025.
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Aaron que nous avons déjà rencontré il y a peu (cf. notre article Champagne en Rubedo) et qui dirige la maison d'édition dont il s'agit. Nous avons ici affaire, au demeurant, à la seconde édition d'un essai qui était initialement paru en 2013, et qui a été republié, après avoir été augmenté, à la fin de l'année dernière.
Il se présente à nous sous la forme d'une oeuvre collective dans laquelle Cheak se taille, comme il se doit, la part du lion, et qui quoi qu'il en soit correspond bien à son intitulé, ce qui déjà n'est pas un mince compliment, puisque ce qu'il nous est proposé d'y lire, c'est bien un panorama des diverses traditions alchimiques.
Ces traditions multiples y sont évoquées de l'Antiquité à ce que notre collectif d'auteurs appelle "l'avant-garde", c'est-à-dire certains succédanés alchimiques propres au XXème siècle (tels l'oeuvre de Jung et le mouvement surréaliste):
Alchemical Traditions: From Antiquity to the Avant-Garde | Rubedo Press
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A tout seigneur, tout honneur: Aaron Cheak nous y propose ainsi un développement substantiel sur le taoïsme qui imprègne l'alchimie chinoise.
Puis le même s'attaque à la Nigredo au sein de l'alchimie égyptienne, et puis encore à la cosmogonie de l'alchimie musulmane...
Nous ne mentionnerons pas aujourd'hui l'ensemble des contributions tant elles sont nombreuses, et parce que tel n'est pas notre sujet; mais pour vous montrer que ce travail volumineux constitue une espèce de somme qu'on ne saurait négliger, même s'il ne peut prétendre être complet, sachez que l'immortalité selon l'alchimie hindoue, notamment, fait également l'objet d'une contribution signée, elle, de David Gordon White.
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Et l'alchimie française, me direz-vous? Et bien elle n'est pas absente elle non plus, avec en particulier une dissertation de Mirco Manucci sur le Mutus Liber d'Altus:
Reading as alchemical process, que je suis tenté de traduire par De la lecture dans le processus alchimique, étude qui fait bien entendu référence au Lege (Lis) de la célèbre formule latine de l'alchimie classique reprise dans le Livre Muet (un ouvrage sur lequel au demeurant Eugène Canseliet disserta naguère si savamment):
Ora, lege, lege, lege, relege, labora et invenies (prie, lis, lis, lis, relis, travaille et tu trouveras).
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Si maintenant nous en venons à l'alchimie française contemporaine, cette fois, nous allons sans grande surprise retrouver le maître des lieux, Aaron Cheak, dont nous avions déjà précédemment (en septembre) relevé la dilection pour René Schwaller, dit de Lubicz.
C'est l'alchimie de ce dernier qui fait l'objet de cette nouvelle dissertation, centrée sur tel Sel principe, lequel, dans l'oeuvre de Schwaller-AOR, serait l'agent de toutes les mutations, matérielles comme spirituelles.
Et comme vous pouvez vous en douter, la relation qui a existé entre Schwaller et Champagne conduit notre hermétiste néo-zélandais à traiter au passage de l'énigme Fulcanelli; c'est ainsi qu'Aaron évoque, pour notre plus grand plaisir, la figure de Julien.
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Pour notre plus grand plaisir, parce qu'après avoir rayonné dans le monde francophone, puis récemment italophone (voir notre article Julien Champagne e italiano), "Hubert" ne sera plus, désormais, un inconnu dans les milieux ésotériques et alchimiques, si importants également, des nombreux pays anglophones, comme nous avons c'est vrai déjà pu le constater récemment (cf. à nouveau Champagne en Rubedo).
Pour Cheak, il est clair en tout cas que Julien a fait partie, avec d'autres comme Pierre Dujols et Eugène Canseliet notamment, d'un petit aréopage dont Fulcanelli serait une pure et simple émanation, ce qui n'est certes pas notre avis à nous; mais son point de vue rejoint il est vrai en la matière ceux de Geneviève Dubois et André Vandenbroek (vide André Vandenbroek gomme Julien Champagne), sachant qu'Aaron mentionne explicitement le fait que ce dernier aurait reçu à ce sujet une confidence très claire de René Schwaller.
Schwaller qui serait pour Aaron Cheak le mentor principal de Champagne, lequel aurait été pour lui un de ses aides au laboratoire, ou même son principal collaborateur en alchimie (pendant une vingtaine d'années, avance-t-il).
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Son approche de ce dossier reste selon nous ambigüe, toutefois, dans la mesure où dans le même temps il rapporte (à raison) la parenté évidente de style entre Dujols-Magophon dans son Hypotypose au Mutus Liber d'Altus et celui de Fulcanelli dans ses livres parus.
De même il n'ignore en aucune façon le fait que Julien ait de son côté revendiqué dans certaines de ses dédicaces le nomen choisi par l'Adepte (en les signant AhS Fulcanelli).
Enfin si apparemment ce blog lui est inconnu, il renvoie bien au travail de Jean Artero sur Champagne (Mercure Dauphinois, 2014) à propos de la possibilité (que nous soutenons également pour notre part) que tout ce beau monde ait été inspiré et conduit par un Maître resté anonyme: Fulcanelli.
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Aaron laisse encore planer un doute sur les relations de Julien avec les autres membres du groupe qu'il évoque, quand il relate le fait (selon lui) que ce dernier considérait Dujols (et non Schwaller) comme son maître en alchimie.
Enfin, il mentionne avec honnêteté les accointances de Champagne avec le clan Lesseps, en nous semblant d'évidence leur prêter comme Artero une dimension hermétique ou alchimique.
A contrario, rien dans son article d'Alchemical Traditions qui est consacré à AOR ne pointe le rôle de théoricien de l'alchimie qui fut aussi celui de Champagne.
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Il méconnaît ici, délibérément ou non, cet aspect de la personnalité d'"Hubert", qui pour lui reste donc essentiellement d'une part l'illustrateur de Fulcanelli, et d'autre part un praticien de l'alchimie.
Bien que se référant à la biographie de Jean sur Julien, il ne nous paraît pas en avoir pris personnellement connaissance, du moins pas au point de reconnaître la pertinence de la réflexion de Julien Champagne telle qu'elle s'exprime dans son essai sur La Vie Minérale.
Rien dans son propos n'indique non plus ce que notre artiste de prédilection a pu tirer par écrit du manuscrit Yardley, qui est pourtant si proche de la culture alchimique anglo-saxonne, et dont les éditions des Trois R ont même produit une version anglicisée (Mr Yardley's process):
Éditions Les Trois R - Book details of Mr Yardley's Process English version
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Même si l'intérêt de cet ouvrage collectif n'est pas en cause, ni bien entendu celui de son article sur René Schwaller qui y figure et que nous venons modestement d'analyser, on peut regretter ce petit manque, car il aurait été facile à Cheak de l'éviter.
Il eût simplement fallu pour cela qu'il ait gardé en mémoire le travail accompli par John Koopmans et Christer Böke, qu'il a également édité et dont nous vous avons récemment entretenu: La Clef du cabinet hermétique, Rubedo, 2020.
Et La Vie Minérale et le Yardley y figurent. Donc, selon nous, nous avons affaire ici à une simple question de mise à jour d'Alchemical traditions, dans la mesure où sa publication en 2013 ne pouvait qu'ignorer la parution intervenue postérieurement, en 2020. Il ne s'agit là, finalement, du moins on peut le penser à notre avis, que d'une légère incohérence dans sa réédition de 2025.
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