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  • : Site consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.
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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.

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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 21:04


Ou 1908 de Champagne, puisque cette année-là "Hubert" parachève un traité d'alchimie, intitulé tout bonnement La Vie Minérale, écrit resté à ce jour non publié, et dont nous vous présentons donc, en ce jour de la Trinité, quelques extraits du début et de la fin.

C'est je crois pour l'instant la seule preuve évidente d'un intérêt précoce du peintre et dessinateur pour la science hermétique, même s'il est réputé avoir rencontré Fulcanelli dès 1905, et être passé en 1910 à son service. 1910, moment où il produit ses premières illustrations pour le Mystère des Cathédrales, année également où il réalise sa superbe composition du Vaisseau du Grand OEuvre...

Et puis voici enfin un Julien Champagne dont il est désormais impossible de prétendre qu'il fut un vulgaire copiste de traités anciens, pour ne pas dire un plagiaire ou pire encore. Comme pour l'heure nous ne savons rien de la genèse de ce manuscrit, en dehors du fait qu'il ne comporte pas d'illustrations, ce qui pourra sembler notable, et qu'il fut relié à une époque indéterminée, nous ne pouvons nous prononcer sur les motivations qui furent celles de l'artiste et alchimiste: Accession à un voeu exprimé par Fulcanelli?


Quoiqu'il en soit, l'essai de Julien Champagne se présente sous les auspices du clacissisme le pur, comme en témoigne son sous-titre...en caractères gothiques: Etude de Philosophie Hermétique et d'Esotérisme Alchimique. Voici bien une dénomination qui nous rappelle en outre fortement celles choisies pour leurs écrits par Fulcanelli et Eugène Canseliet.

Naturellement, Hermès, dieu éponyme des Philosophes, s'impose à notre attention d'entrée de jeu: "Revenez à vous même, vous qui marchez dans l'erreur, qui languissez dans l'ignorance; éloignez-vous de la lumière ténébreuse."

Puis aussitôt, et ceci me semble être très fulcanellien d'inspiration, il cède place à un savant plus proche de nous, l'illustre astronome et mathématicien Pierre-Simon Laplace (1749-1827), dont je vous laisse découvrir la leçon toujours actuelle de constante ouverture d'esprit et de soigneuse humilité, ainsi que de recours vigilant à une expérimentation qui reçoit également les faveurs de la pratique alchimique.


C'est le même Laplace, aujourd'hui réputé avoir déclaré à l'empereur Napoléon 1er qu'il n'avait que faire de l'hypothèse de Dieu, qui affirmait pourtant:

« Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, la position respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, elle embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers, et ceux du plus léger atome. Rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux. »

A sa suite, ne soyons certes pas surpris de trouver, appelé à la rescousse de ses références concordantes par un Julien Champagne décidémment plus érudit qu'on ne le croyait, et cette fois dans le rôle de l'épistémologue, le génial visionnaire que fut aussi l'auteur du roman Notre-Dame de Paris, "écrit tout entier sous le charme de l'alchimie."


Puis l'auteur fonde très vite le début de son témoignage sur un certain nombre d'auteurs qui tous font partie du corpus traditionnel de l'alchimie occidentale: Artephius, Flamel, Philalèthe, Valentin entre autres figurent bien au nombre de ces "textes classiques" qui sous-tendront plus tard tout un traité d'Eugène Canseliet.

Mais si Champagne leur fait explicitement obédience, leur rendant un hommage mérité pour avoir perçu l'unité profonde de la matière, c'est qu'il s'est longuement appliqué à vérifier la véracité de leurs dires:

"Comme eux j'ai pu, à force d'étude, d'expériences laborieuses et de persévérance, me pénétrer de cette idée qu'un principe unique et primitif devait, en se diversifiant par évolutions et transformations successives, demeurer le véritable et seul créateur de toutes les substances du macrocosme." Celui qui s'exprime ainsi est bien devenu philosophus per ignem.


Champagne reviendra d'ailleurs sur cette même idée dans les toutes dernières lignes de son opuscule, qui cher Vérax comporte tout de même une bonne centaine de pages:

"Concentrer l'Energie minérale sous une Forme capable d'opérer la transmutation métallique; enchaîner l'enseignement philosophique aux opérations manuelles; rendre manifeste et tangible ce qui est occulte par les voies simples de l'expérience, tel est le but de la Science Hermétique."

Et de témoigner de sa certitude profonde que cet idéal est accessible, et fut atteint par nos anciens Maîtres: "Les Alchimistes, en se basant sur elle, ont atteint ce prodigieux sommet; ils ont cueilli - après combien d'efforts - la Rose Mystérieuse."



"Quelle splendide figure, remarquera Fulcanelli à propos de l'alchimiste de Notre Dame, que celle du vieux maître, qui scrute, interroge, anxieux et attentif, l'évolution de la vie minérale, puis contemple enfin, ébloui, le prodige que sa foi seule lui laissait entrevoir!" (Mystère des Cathédrales).

Et dans les Demeures Philosophales: "L'activité vitale, très apparente chez les animaux et les végétaux, ne l'est guère moins dans le règne minéral, bien qu'elle exige de l'observateur une attention plus aiguë. Les métaux, en effet, sont des corps vivants et sensibles...

Qu'est-ce que la dilatation et la contraction, sinon deux effets du dynamisme métallique, deux manifestations de la vie minérale? Pourtant, il ne suffit pas au philosophe de noter seulement l'allongement d'une barre de fer soumise à la chaleur, il lui faut encore rechercher quelle volonté occulte oblige le métal."


Voici sans doute pourquoi Julien insiste tant en définitive sur la nécessité de "l'observation constante, persévérante et raisonnée des phénomènes biologiques."

Je viens d'apprendre que Fabrice Bardeau est passé il y a quelques semaines. Naturopathe de profession, il fut aussi et peut-être d'abord alchimiste.

Nous lui devons en particulier nombre de volumes dignes d'intérêt, tels Les clefs secrètes de la chimie des Anciens (Laffont, 1975 et 1992) et la présentation d'une curieuse édition par Savary de l'Alchimie de Flamel du chevalier Denis Molinier (1989).



Dans son Présence de Fulcanelli, Artero rappelle qu'en 1978, Fabrice Bardeau participa à la défunte librairie parisienne La Table d'Emeraude à une alchimique conversation dont Eugène Canseliet fut un autre des acteurs.

Pour Eugène, on pouvait dire aussi à cette époque que l'alchimie connaît une sorte de renouveau, de renaissance. De ce renouveau et de cette renaissance, Fabrice, nous te sommes en partie redevables.

Bonne route sur ton nouveau chemin, et que notre Bonne Déesse t'ouvre tout grand ses bras secourables non moins que  maternels.

 

fabricebardeau.champagne




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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 12:19


En ce lendemain de la sainte Estelle, je me propose d'invoquer devant vous une Sainte Trinité réputée hérésiarque, dont mes deux filles ont pu voir une représentation à l'actuelle exposition parisienne au titre si alchimique: Une image peut en cacher une autre (Grand Palais, catalogue RMN, 2009).

Cette figuration, due à un anonyme du XVIIIème siècle allemand, me semble exemplaire de la manière dont, du Moyen Âge à la Renaissance, l'unité de la personne divine fut illustrée, dans les Alpes notamment, et devenue des plus rares pour cause d'ostracisme ecclésial, est au cas particulier visible à l'ordinaire au musée autrichien Charles-Auguste (Volkskundemuseum) de Salzbourg.

"Isis, Cérès, Cybèle, trois têtes sous le même voile", nous explique Fulcanelli à l'orée de son Mystère des Cathédrales. Or je voudrais remarquer ici, sans aucunement vouloir blasphémer, que nous retrouvons cette trinité voilée dans le "mystère Fulcanelli" lui-même: Fulcanelli, Julien Champagne, Eugène Canseliet.

Quant à la trinité alchimique, Eugène Canseliet est peut-être celui qui s'est exprimé, sinon complètement, du moins le plus clairement, dans ses Deux Logis Alchimiques:

"RUACH ELOHIM est l'Esprit de Dieu, sans lequel les opérations hermétiques ne se différencieraient pas des manipulations couramment effectuées par les chimistes dans les laboratoires...

Emanation du Père, l'Esprit permet à l'homme, qu'il collabore intimement avec le Tout-Puissant, dans la création microcosmique dont la matière vierge (mater sive materia virgo) est le chaos originel. De là naît la trinité..."Les trois sont admirables, Dieu et l'homme, la mère et la vierge, triple et un."

Et d'ajouter, cher Hervé This, que "seule peut permettre la réalisation philosophale, en apparence chimérique, l'identité de la matière et de l'esprit."


Pousuivant donc notre petite enquête sur la famille de Champagne, nous en arrivons à cette curieuse photo de son grand-père paternel, qu'il semble avoir tant chéri, qu'il s'agisse de Jean-Alexandre Champagne (1815-1889) ou d'Alfred Alphonse Champagne.

La question suivante est naturellement: Pourquoi? Et pourquoi cet imposant vieillard nous est-il arrivé ainsi, sous la forme d'un cliché qu'on dirait pris dans un de nos modernes "photomatons"?

Encore une fois, quel rapport particulier "Hubert" at-il entretenu avec cet aïeul?

Nous avons déjà rencontré récemment le père et la mère de Julien:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-24607594.html

Ils sont ici accompagnés d'un Loulou meilleur ami de l'homme que leur fils aima tant à dessiner, comme en témoignent ses carnets de croquis.

Mais quel fut le rôle exact, s'il y en eut un, du papa de Champagne, Alphonse Hubert (1854-1922) qui fut cocher, dans sa rencontre ô combien importante avec la famille Lesseps? Walter Grosse affirme que tel fut bien le cas.



Quant à sa maman, Pascaline Julienne Antonine Quinot (1854-193?) elle figure, cher Quinze, sur cette nouvelle photo en compagnie de sa fille Reine, de dix ans la cadette de Julien, et du mari de cette dernière.

Sur ce dernier, qui n'est autre que Gaston Devaux, nous allons revenir un peu plus avant. Mais je voudrais d'abord constater avec vous que la pièce d'état-civil ci-dessous établit clairement que Renée, comme on l'appelle aussi plus couramment, a officiellement porté un prénom légèrement différent.

Walter Grosse, déjà maintes fois cité, et dont le livre sur Fulcanelli nous est annoncé d'ici à l'été, a donc eu encore une fois raison sur ce point: Dans les familles du début du XXème siècle, et dans celle de Champagne en particulier, on a eu le patronyme singulièrement balladeur.


Mais voici Reine ou Renée (1887-1955) sur un autre cliché, qui cette fois-ci émane tout simplement de son passeport. Son affection pour son peintre de frère fut telle, nous l'avons déjà vu, qu'elle se fit le porte-parole de ses ultimes volontés:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-4464119.html

Et pour ce faire elle n'hésita pas à s'ouvrir de ces dernières auprès d'un René Schwaller, enclin pour des raisons déjà évoquées maintes fois à subventionner la sépulture de son ami défunt, ce qui une fois de plus réduit à néant les assertions selon lesquelles ce dernier se serait rendu coupable à son égard d'un quelconque larcin, ou de quelque malversation que ce soit.


Or, aux temps pas si lointains où Renée ou Reine Devaux devait signer son passeport pour se rendre dans un autre pays d'Europe, nous apprenons que celle qui fut, vraisemblablement comme son mari, institutrice dans la Somme, à Raincheval, s'est rendue en Angleterre, peu après le milieu des années 1920.

Fut-elle seule ou accompagnée, dans ce voyage, dont nous ignorons l'objet?

En tout cas il me paraît qu'il est intervenu entre la publication du Mystère des Cathédrales, et celle des Demeures Philosophales, autre ouvrage de Fulcanelli.


Et nous en arrivons au mari de Reine, Gaston Devaux (1881-1969), beau-frère donc de Julien Champagne, dont il épousa la soeur en 1910, l'année même où "Hubert" passa au service de Fulcanelli, Devaux qui n'est nul autre que le secrétaire présumé du dit Fulcanelli:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-5039674.html

Dès avant la publication de l'édition originale du Mystère, il semble bien, si l'on suit Robert Amadou, et même Eugène Canseliet, que ce dernier n'eut plus d'autre contact avec Fulcanelli, à partir du début des années 1920, et postérieurement bien sûr à la transmutation de Sarcelles en 1922, que par le truchement de Devaux.

Ce dernier paraît d'ailleurs avoir également servi de boites aux lettres avec Julien Champagne, si je ne me trompe pas, notamment vis-à-vis de René Schwaller. Quoiqu'il en soit, voici à ma connaissance la première photo publiée de cet homme des plus mal connus.



Mais pour cette fois terminons-en avec une publication des plus récentes, celles de l'essai si bien écrit et au titre si alléchant d'Hervé This: La sagesse du chimiste (L'oeil neuf, 2009).

Le distingué physico-chimiste nous y apparaît animé des meilleures intentions du monde, et puisqu'il est aussi, non seulement gourmet, mais gastronome, à ce qu'il apparaît, concédons-lui d'emblée que son petit livre est littéralement truffé ou si vous préférez entrelardé de réflexions subtiles, elles-mêmes étayées de faits des plus concrets.

Las, de cette charmante lecture, nous retirons l'impression très nette qu'il hésite à trancher entre ceux qu'il nomme les chimistes fous et les chimistes sages. Pire peut-être, il nous est apparu qu'il tend à confondre, peut-être intentionnellement, les uns et les autres. Et à ranger les alchimistes plutôt parmi les premiers...


C'est ainsi qu'après avoir admis très volontiers que le chimiste est sage, quand il sait l'histoire de sa science, nous lisons un peu effaré, il est vrai, que pour lui "le chimiste sage sait que sa science plonge ses racines dans l'alchimie, où la folie côtoie la sagesse." Mais en fait on s'aperçoit assez vite que dans son esprit, la science est d'invention récente...

Et plus précisément de Lavoisier et du XVIIIème siècle, pour ce qui concerne l'ancienne philosophie naturelle ou physique. Donc This en dépit de ses affirmations nous apparaît bien tout ignorer de l'Alchimie, dans son opuscule par ailleurs si intellectuellement stimulant.

Et c'est sans doute bien dommage, car cette Science aurait pu aider Hervé à répondre à cette question qu'il se pose à bon escient: "Serait-il fou de croire à une énergie vitale d'une nature qui échapperait à la chimie?"


Ou à cette autre: "Le chimiste est-il sage, quand le propre de sa science est la transformation de la matière?"



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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 17:39


En ce lundi pascal, souffrez que nos pensées s'envolent vers les familles Champagne et Canseliet, qui ont toutes deux tellement souffert de l'apostolat hermétique dévolu à Julien et Eugène.

A Isabelle Canseliet je dédie tout spécialement cette rose fraichement coupée, dont en 1896 Julien s'essaya à coloriser le dessin, ainsi que le montre une partie de son carnet aimablement communiquée par Xavier.

Isabelle nos prières elles aussi vont vers vous, vous que votre père élut en vue de la publication peut-être toujours possible de ses carnets de notes alchimiques, "selon que c'est justice", n'hésita-t-il pas d'ajouter.


La justice des hommes, parfois rien moins qu'humains, étant ce qu'elle est et ce que nous savons, sans doute pensait-il avant tout à une autre justice, celle là immanente.

Une justice qui étant celle de Dieu ne pourra que se manifester un jour ou l'autre, et le plus tôt à mon avis sera le mieux.

Vers ses dix-neuf ans, donc, Julien Champagne, qui a déjà sans doute commencé d'oeuvrer en alchimie, poursuit également ses travaux de peintre et de dessinateur, futur "maître du pinceau et du crayon", comme en témoigne probablement cet aimable portrait d'une demoiselle Tortolani dont il est permis de penser qu'elle fut de ses parages.


De façon certes nettement plus austère, "Hubert" se lance aussi dans des études anatomiques qui en ce temps là faisaient indubitablement partie des figures imposées d'un cursus classique.

C'est ainsi que de la royale basilique de Saint-Denis, probablement visitée avec les meilleures intentions du monde, il tire ce saisissant croquis du gisant du roi français Henri II, réalisé au XVIème siècle par nul autre que Germain Pilon.

Et de la reine Anne de Bretagne (et de France) cet autre magnifique aperçu, cette fois d'après un compagnon mal identifié de l'italien Jean Juste, aperçu qui fut peu ou prou créé à la même époque que le précédent.


Comment pourrait-on évoquer ainsi, de façon apparemment morbide, la putréfaction de la chair qui nous est à tous échue, que nous appartenions au vulgum pecus ou à la société que l'on dit haute, quand on n'aurait pas, chevillée à l'âme et au corps, foi en la résurrection?

Et aussi comment ne pas relever dans le même temps le caractère quasiment prémonitoire de ces deux esquisses, quand on connaît à présent le travail postérieur sur les mêmes monuments qui fut celui d'un Pierre Jahan, illustrateur photographique de Fulcanelli comme Champagne l'a été - et l'est - par la gouache?

Mais bien sûr ici la synchronicité va bien au delà, puisque Saint-Denis abrite les tombeaux des Valois, si chers à Pierre Dujols et à Fulcanelli, et que "la duchesse en sabots", comme on surnomma la reine Anne, est à Nantes comme à Saint-Denis entourée des quatre vertus cardinales que devait un peu plus tard reproduire Julien Champagne.


"Cueur de vertus orne dignement couronne", Anne dixit.  Ainsi en est-il encore, exactement, en alchimie.

La famille de Juste étant italienne, on pourra sans doute interpréter comme un autre intersigne le fait que la même année Julien Champagne se soit inspiré d'un très printanier portrait de jeune fille dans une autre de ses épreuves, inspirée celle là de l'école de Luca della Robbia (XVème siècle).

Déjà présente à Nantes, l'école italienne, si importante dans l'étude des vertus en particulier, s'affirme ainsi comme celle qui témoigne le mieux du passage du temps du Mystère des Cathédrales à celui des Demeures Philosophales.


De retour en 2009, nous avons ouvert avec quelque espoir l'Histoire de l'Alchimie d'Alain Queruel (Trajectoires, Piktos). Cette espérance n'est pas totalement déçue.

En effet, l'auteur, qui a exercé des responsabilités dans l'industrie chimique, et enseigne dans ce domaine, nous brosse en généraliste un "survol" de l'Art Royal qui a le mérite à la fois de situer la Science dans ses diverses époques et courants de pensée, sans se limiter à une approche franchouillarde, et de donner sur les derniers siècles (XIXème et XXème)  un résumé qui inclut sans barguigner Cyliani et Chevreul, Berthelot, Fulcanelli et Canseliet.

Hélas, cent fois hélas, l'alchimie n'est définie qu'à la fin, de façon juste mais pauvre (obtention de la pierre philosophale) et outre les erreurs ponctuelles sur lesquelles je m'empresse de passer, l'appréciation portée dans l'ensemble ne s'écarte guère des idées erronées en vogue: Les alchimistes se sont présumément heurtés à "l'échec de la transmutation."


Les mauvaises langues, constatant que Queruel a également publié un De l'alchimie du Moyen Age à la chimie moderne (Massanne, 2007) et un Découvrir la franc-maçonnerie (Eyrolles, 2008) en concluront peut-être que nous assistons ici à la nième tentative, comme les autres destinée à rester infructueuse, de promouvoir l'alchimie spéculative aux dépens de l'opérative.

Et ce alors, s'esbaubiront certains, y compris dans les Loges, que l'alchimie opérative a été pratiquée par nombre de francs-maçons, et in situ,  au moins jusqu'au XIXème siècle.

Mais s'agissant de Julien Champagne - et dans ce blog - je ne peux pas ne pas relever l'énormité qui consiste à colporter la légende de l'emprunt à René Schwaller du prétendu manuscrit, qui aurait été écrit par ce dernier, de la première oeuvre connue de Fulcanelli, pour ensuite déclarer tout tranquillement: "Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Champagne a continué à recevoir des subsides de Schwaller." Evidemment et nous le savons bien la réalité est ô combien différente.


De cet ouvrage récent sur l'alchimie, dont je m'en voudrais de ne pas relever cependant qu'il reste de lecture agréable, passons à un livre d'alchimie, que vient de nous procurer une amie. L'Esprit dans la Philosophie Hermétique de Fulcanelli (2008) se présente en outre comme une édition privée, ce qui nous permet à nouveau de souligner la vivacité et le caractère à la fois souterrain et contemporain, en même temps que traditionnel, de la littérature alchimique.

Ce bref opuscule réservé aux "Amateurs de Science" se présente en fait comme un ensemble d'extraits du Mystère et des Demeures, qui tous sont relatifs à l'Esprit. Nous sommes donc bien ici dans une démarche d'étude de la théorie alchimique, sur un sujet capital, puisque l'alchimie est une chimie spirituelle.

Je me bornerai à en rapporter deux citations, la première et la dernière: "L'art gothique est l'art de la Lumière ou de l'Esprit." (Mystère) et "L'évangile solaire traduit ésotériquement le trajet de l'astre et celui de ses rayons, revenus à leur premier état de splendeur. Il marque le début d'une ère nouvelle, l'exaltation du pouvoir radiant sur la terre régénérée et le recommencement de l'orbe annuel et cyclique." (Demeures)


Arrivés à ce stade, nous nous sentons comme obligés de  remarquer que le ou les auteurs de L'Esprit tangentent le troisième livre, à ce jour non publié, de Fulcanelli: La Fin de la Gloire du Monde.

Nous croyons toujours que le Finis Gloriae Mundi a existé ou existe, et nous nous sommes laissés dire il n'y a guère que quelqu'un de crédible affirme l'avoir lu. Des passages de ce livre pourraient d'ailleurs bien figurer dans Les douze Clefs de Basile Valentin, telles que publiées par Eugène Canseliet, et dont certaines notes, de bas de page ou autres, et entre autres sur Cimiez, paraissent issir de la blanche "patte"  de Fulcanelli.

Mais puisque l'Alchimie est aussi l'Art de Musique, quittons-nous pour cette fois sur cet admirable couple de violoneux, croqué toujours en 1896 par un Julien Champagne qui ne l'oublions pas fut aussi violoniste, pianiste...bref, totalement artiste.



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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 19:45

Bernard Allieu & Bernard Lonzième - Index Général de
Après avoir en son temps salué comme il se doit le travail considérable accompli par Jean Laplace dans l'établissement de son précieux Index Canseliet:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3652718.html

j'estime indispensable de recommander à l'attention générale la véritable somme que constitue l'Index Fulcanelli de Bernard Allieu et de son compère Bernard Lonzième, paru dès 1992 et dont je m'étonne encore une fois qu'il soit toujours disponible à la vente.

Comment peut-on prétendre traiter valablement, non pas de "l'énigme Fulcanelli", mais de façon plus profonde de l'oeuvre fulcanellienne, sans avoir eu recours au préalable à une oeuvre presque aussi titanesque que celui qui l'a inspirée?


Dans son récent livre Présence de Fulcanelli (Arqa, 2008) Jean Artero rappelle d'ailleurs, à juste titre selon nous, cette citation du principal disciple de l'auteur du Mystère des Cathédrales et des Demeures Philosophales:

"Les auteurs actuels ne savent pas suffisamment à quel point l'index analytique est un outil indispensable à l'étudiant, durant sa quête laborieuse." (Eugène Canseliet)

Point d'autant plus capital s'agissant de Fulcanelli que pour Canseliet sa méthode consiste à décrire par le menu les opérations de l'OEuvre, après les avoir séparées en diverses parties.

"C'est le grand mystère que nous avons fréquemment touché au cours de cette étude, en le morcelant au hasard des emblèmes, afin que seul l'investigateur perspicace puisse en connaître les qualités." (Fulcanelli)

 

Grasset D'Orcet - Matériaux Cryptographiques Tome Premier

Grasset D'Orcet - Matériaux Cryptographiques Tome Second.




Vous avez dit emblèmes? Dans son bouquin, Artero fait tout de même un petit reproche à Allieu, qui s'est surtout attaché au texte de Fulcanelli et nettement moins aux illustrations de Julien Champagne.

Soit, mais tout de même, quelle mine! D'ailleurs je vous souhaite vivement, tenez, de ne pas la laisser trop tôt, ou de ne pas la connaître trop tard, suivant la saynette reproduite sur la couverture du Lonzième & Allieu, que nous avions déjà rencontrée lors d'une de nos visites au chateau de Dampierre-sur-Boutonne:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3725184.html

Mais les mérites d'Allieu ne s'arrêtent pas là...

Dès 1976 puis 1983, Benard Allieu avait en fait, avec  Alain Barthélémy, publié en deux tomes de Matériaux cryptographiques les principaux articles de Sosthène Grasset d'Orcet (1828-1900), ami de Fulcanelli et que ce dernier cite en exemple à propos de la cabale solaire, de la langue des oiseaux, bref du langage hermétique ou alchimique.

Avant cette initiative, les écrits pourtant passionnants de Sosthène étaient d'un accès des plus difficiles. Et Bernard de récidiver, cette fois aux éditions des trois R, en donnant encore, en 2002, un troisième recueil de la prose de Grasset d'Orcet, intitulé pour le coup Hiéroglyphie dans l'art antique.

Ajoutons que la même année, les éditions des trois R ont également publié un essai fouillé de Lucie Bonato sur notre cryptologue: Sosthène Grasset et la découverte de l'archéologie chypriote.

Et terminons en nous étonnant avec Artero, qui en reproduit la signature autographe, qu'il semble impossible actuellement d'obtenir le moindre portrait de d'Orcet, photo, dessin, ou peinture.

 

Grasset D'Orcet - Hyéroglyphie dans l'Art Antique.champag
Julien Champagne, qui n'a peut-être pas connu Grasset d'Orcet, puisqu'il a rencontré Fulcanelli en 1905, n'est pas totalement absent cependant de l'Index Fulcanelli, n'en déplaise à Artero. Comme Fulcanelli ne le cite jamais, à ma connaissance, il est en fait mentionné dans Mystère et Demeures par leur rédacteur et préfacier Eugène Canseliet, et Allieu et Lonzième ont bien entendu référencé les entrées correspondantes, dont voici les plus significatives:

"Et maintenant, qu'il me soit permis, au nom des Frères d'Héliopolis et au mien, de remercier chaudement l'artiste à qui mon maître confia l'illustration de son oeuvre. C'est en effet au talent sincère et minutieux du peintre Julien Champagne que Le Mystère des Cathédrales doit d'envelopper son ésotérisme austère d'un superbe manteau de planches originales." (Mystère)

"Ainsi l'infaillibilité de la plaque sensible, dans la confrontation de la plastique origiinale,  vient-elle proclamer la conscience et l'habileté de l'excellent artiste qui connut Fulcanelli en 1905, dix années avant que nous reçussions le même privilège inestimable, lourd cependant et trop souvent envié." (Mystère)

"Il me semblerait n'avoir point tout dit, si j'omettais de signaler les remarquables et splendides dessins du peintre Julien Champagne. L'excellent artiste mérite encore ici les plus grand éloges." (Demeures)

"Notre ami regretté Julien Champagne." (Demeures)


Bref, nous devons être reconnaissants, me semble-t-il, à Allieu et Lonzième d'avoir allumé cette belle chandelle que constitue...à mes yeux en tous cas leur volumineux Index Fulcanelli. Je me suis laissé dire que peu avant son décès Eugène Canseliet approuva le projet de cette belle réalisation, en vue de laquelle il aurait promis une préface de son crû, préface qu' hélas il n'eut pas le temps de rédiger.

"Mieux vaut allumer une chandelle que maudire l'obscurité", proclame en effet la vignette suggestive que j'emprunte au récent et troublant ouvrage historique de Nicodème, au titre si alchimique au demeurant: L'Odyssée du Lys (Atelier Blanche, 2009).

A ce propos, Canseliet nous a rapporté un trait d'humour fulcanellien dont je ne crois pas que ni Laplace, ni Allieu, ni Artero l'aient mis en exergue ou même mentionné jusqu'alors. Il s'agissait en fait d'un jeu de mots à partir d'une marque (Visseaux) de fabriquants de produits d'électricité. Fulcanelli a bien sûr transformé devant son élève son slogan publicitaire le plus connu (les petites Visseaux font les grandes lumières) en "les petits vaisseaux font les grandes lumières."

Il manquait à cette anecdote une illustration, et la voici. Comment trouvez-vous les couleurs de l'OEuvre?

http://www.towncalleddobson.com/images/fulcanelli.png



FULCANELLI pcc Archer

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 21:57




André Breton (1896-1966) me dit-on n'est pas à la mode. Le temps me semble donc venu de nous intéresser à cet homme finalement parvenu à cet état enviable de "grand indésirable" qu'il souhaita pour lui-même, et à son oeuvre dont je ne doute pas pour ma part qu'elle lui fit cotoyer certain "grand transparent" de notre connaissance.

Dans son ouvrage incontournable d'anthologie de textes alchimiques, qui vient de faire l'objet en 2009 par la grâce d'Almora d'une nouvelle édition fortement revue, Françoise Bonardel écrit encore, à propos de Philosopher par le feu:

"L'existence d'une affinité pour ainsi dire naturelle entre poésie et alchimie nous est devenue familière depuis qu'Arthur Rimbaud fit de son Alchimie du Verbe le manifeste poétique de la modernité, dont se recommanderont plus tard André Breton et ses amis, séduits par la surréalité supposée avoir déjà été celle de l'ancienne alchimie."

Plus tard sans doute, mais à quel point?

 

bonardelfrancoise.champagne




Dès 1950 Michel Carrouges, "ami cher" d'Eugène Canseliet, a dans son André Breton et les données fondamentales du surréalisme (Gallimard), ouvrage que Breton n'hésitera pas à appuyer, montré que la relation entre l'alchimie et l'école dont André reste le pape sont quasi structurelles:

"L'enthousiasme de Breton pour "l'admirable XIVème siècle", siècle d'or de l'alchimie, l'attraction si puissante qu'exerce sur lui la tour Saint-Jacques, liée, dit-il lui-même, à l'histoire secrète de l'alchimie, tout cela n'est point de l'archéologie ni de la fantaisie, mais révèle le lien profond qui existe entre alchimie et surréalisme, entre la transmutation alchimique et la métamorphose poétique."

Vingt ans plus tard, en 1970 et toujours chez Gallimard, Philippe Audoin dans son Breton (Pour une bibliothèque idéale) relève bien chez notre poète, dès 1929, à propos de son Second manifeste du surréalisme, qu'"il suffit de retenir comme marquant une étape dans la pensée de son auteur, les nombreuses références qu'il y fait à la tradition ésotérique, à l'alchimie, à la magie."

Et ce Breton là, occultiste, tenté par l'astrologie, sensible à la parole de la franc-mançonnerie, n'est certes guère contesté, y compris de nos jours:

http://www.histoires-litteraires.org/les%20articles/artlassalle.htm
http://www.baglis.tv/index.php?option=com_content&task=view&id=309&Itemid=80


Non, ce qui est en question, c'est plutôt finalement la précocité ou non de cet engagement en alchimie du chercheur de l'or du temps, puisqu'en 1990 encore, dans sa biographie parue chez Calmann-Lévy, Henri Béhar à propos de Fulcanelli et de l'année 1952 évoque l'hypothèse de "lectures nouvelles" d'André Breton.

Pour la clarté de notre petite démonstration du mois, rappelons ici que les manuscrits de Fulcanelli furent remis par ce dernier à son disciple en 1923, que son Mystère des Cathédrales fut publié pour la première fois en 1926, et ses Demeures Philosophales en 1930.

Je relève également que le même Béhar rappelle que "dans ses Entretiens de 1952, Breton a fixé à ses dix-sept ans le moment où il se reconnaît des goûts et des résistances bien à lui." Ah, le bel âge! Nous sommes donc ici vers 1913.

Enfin je note que Béhar (toujours lui) rapporte à propos de 1917 cette fois une anecdote que je trouve significative: "André va écouter Paul Valéry louer les mérites d'un politicien poète, André Lebey, dans le salon de madame Aurel, l'une de ces égéries qui font et défont les réputations. Ainsi le maître (Valéry) galvaude-t-il son talent en représentations mondaines!" Peut-être, ou peut-être pas, mais Breton le suit.


Après avoir dès 1976 rendu public dans la revue Question de un article sur article sur les rapports noués par André avec l'alchimie, Richard Danier leur a finalement consacré tout un ouvrage, L'hermétisme alchimique chez André Breton, publié par Ramuel en 1997. Il s'y livre à une interprétation de trois oeuvres du poète:

Nadja (1927), L'Amour fou (1936), et Arcane 17 (1947). Préfacée par le très alchimique et très fulcanellien Patrick Rivière, son étude met en évidence une prégnance certaine dans ces oeuvres de la trame fondamentale et commune qui les sous-tend, et qui bien sûr ressortit à l'alchimie.

Mais Nadja (1927) peut-il être vraiment considérée comme le point de départ de l'alchimie "bretonienne"? Personnellement j'en doute fortement, puisque je le vois dès 1925, dans sa Lettre aux voyantes (!), célébrer ainsi, et de façon on ne peut plus canonique, la démarche d'un des alchimistes médiévaux les plus célèbres:

"L'invention de la Pierre Philosophale par Nicolas Flamel ne rencontre presque aucune créance, pour cette simple raison que le  grand alchimiste ne semble pas s'être assez enrichi. Outre, pourtant, les scrupules de caractère religieux qu'il put avoir à prendre un avantage aussi vulgaire, il y a lieu de se demander en quoi eût bien pu l'intéresser l'obtention de plus de quelques parcelles d'or, quand avant tout il s'était agi d'édifier une telle fortune spirituelle."


Si nous nous tournons maintenant du côté des amitiés d'André Breton, je constate que viennent à nous aussitôt et Paul Eluard et Louis Aragon.

Si on suit Béhar, il semble bien qu'il se soit lié avec ce dernier, comme lui étudiant en médecine, dès 1917, et avec le premier en 1919.

Or nous avons déjà dans ce blog rencontré ces deux poètes, tous deux acteurs incontestables, que ce fût directement ou non, de l'énigme Fulcanelli.

Paul semble avoir été l'amant d'un modèle de Julien Champagne, illustrateur  de Fulcanelli, pour son tableau éponyme du Vaisseau du Grand OEuvre, réalisé en 1910:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-1734641.html

Eugène Canseliet, disciple de Fulcanelli, lie d'ailleurs ce modèle à Irène Hillel-Erlanger, dont elle aurait fréquenté le salon artistique.

Louis quant à lui passe de son côté pour avoir été... fort lié à cette dernière, dont les hermétiques Voyages en kaléidoscope (1919) firent aussitôt de sa part l'objet d'un compte-rendu élogieux dans la revue Littérature:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-6153071.html

Et attirèrent également très tôt l'attention d'un Fulcanelli dûment chapitré à leur sujet par son élève Canseliet, au point que le Maître mentionnera les Voyages dans ses Demeures Philosophales. Nous sommes donc ici (au plus tard) en 1923.


En 1924, Anatole France, ami de Fulcanelli, décède. Il eut droit à des obsèques solennelles, dont Canseliet se souvient: "J'y fus avec Fulcanelli, qui bouleversé par l'agonie longue et cruelle de son vieux camarade, avait voulu que je l'accompagnasse." Et il ajoute:

"Quant à l'auteur des Noces corinthiennes (France) il est difficile de passer sous silence le scandale de l'odieux pamphlet au titre macabre: Un cadavre, qui plongea Fulcanelli dans la stupeur." Le pamphlet en question fut notamment conçu à l'initiative de Breton.

Tollé général chez les gens de lettres, souligne Béhar. Mais est-ce la seule explication de la stupeur de Fulcanelli? En 1930 Un cadavre fut  suivi d'un brûlot homonyme, visant cette fois André lui-même, "créateur véritable et mainteneur opiniâtre du Mouvement surréaliste, qui, déjà et depuis longtemps, était gagné à l'hermétisme de l'ancestrale tradition." (Canseliet)

Au-delà de la foucade provoquante du futur auteur de l'Anthologie de l'humour noir, je vois à cet épisode et à ceux qui le précèdent une explication simple: Si Breton ne connut pas forcément Fulcanelli, Fulcanelli connaissait Breton. Comme Hillel, Milosz, Roussel  et bien d'autres, André a en effet lui aussi fréquenté le salon des Lesseps, dont Fulcanelli fut sans doute un familier, et peut-être bien une figure.


Sur ce point précis, je m'empresse de céder la parole à l'ami Jean Artéro, qui dans son Présence de Fulcanelli (Arqa, 2008) précisait déjà, s'agissant de Roussel et de sa proximité avec les Lesseps:

"Et tant d'autres à sa suite, au premier rang desquels figure, chère Hester Albach, le poète chercheur de "l'or du temps", et j'ai nommé le pape du surréalisme, André Breton, de surcroît entiché du "magnétiseur" Roussel, Breton pour qui "la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogamme."

Et Artéro de citer ses confrère et consoeur ès études fulcanelliennes, Patrick Rivière et Geneviève Dubois: "Ainsi voyait-on avenue Montaigne (au salon des Lesseps) des hommes politiques d'orientations diverses, de même que le fondateur du mouvement surréaliste André Breton. C'est lors d'une soirée que l'auteur de Nadja et d'Arcane 17 sympathisa avec Eugène Canseliet." (Rivière).

Dubois confirme: "Toute une joyeuse bande fréquentait l'avenue Montaigne. certains poètes symbolistes étaient du nombre, tel André Breton." CQFD. Et rappelons-nous avec Béhar que Breton avait allègrement daté le surréalisme de 1919. Breton qui, affirme Philippe Lavergne (André Breton et le mythe, José Corti, 1985), ne s'est jamais démis des impératifs qui avaient été les siens dès 1919.


Némo c'est quelqu'un. On est souvent parti tous les deux en ballade, patte dessous, bras dessus, et tout d'un coup la dernière fois il a voulu continuer tout seul sur le chemin. A l'heure qu'il est il doit toujours être, comme personne, sur le sentier de la paix, et peut-être après tout n'a-t-il fait que me montrer la voie, le chien de l'alchimiste. Puisse Notre Seigneur, notre compagnon, nous accompagner encore pendant de nombreuses promenades.

Ce tout-tout d'exception est-il donc dans le tarot l'image de Dieu qui chemine à nos côtés?
http://www.ff-tarot.com/tarologie/la-symbolique-du-chien-tarot-de-marseille.html

"Le chien protège.
Dieu veille donc sur nous tout au long de notre cheminement. Nous pouvons donc être en confiance. Une fois lancé dans l’aventure, nous savons que son soutien nous est acquis, fidèle comme celui du chien.
Le chien surveille.
Dieu est aussi là pour nous maintenir sur le droit chemin, si j’ose ainsi m’exprimer. Dieu est là pour nous pousser (c’est bien visible sur la carte) à aller jusqu’au bout. Pas question d’abandonner en chemin !"

 

"Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires
Ses cicatrices d'évasion
Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe
La vie de la présence rien que de la présence
Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là
Je n'y suis guère hélas
Et pourtant quand nous ferions le jeu de ce que nous faisons mourir
Plutôt la vie...(André Breton)



Fulcanelli a donc connu André, et Breton cotoyé Canseliet (1899-1982) bien plus tôt qu'on ne veut ordinairement le croire. Et Julien Champagne?

Compte tenu de la proximité de ce dernier avec Roussel et avec la famille Lesseps, on peut considérer leur rencontre comme non seulement possible, mais probable en l'état actuel des choses.

Quoi d'étonnant par conséquent à voir de nos jours encore l'illustrateur de Fulcanelli inspirer tel artiste surréaliste? Rien, me direz-vous et certes vous aurez raison.

Voici donc cher Cosy Ray un extrait d'un  tout récent tableau de l'Ane Onyme (le seigneur des ânes) dont un des liens ci-dessous permet de se faire une idée et qui (autre lien) n'est pas sans nous rappeler certaine photographie d'"Hubert". Intitulé paraît-il La femme invisible, et concocté en hommage à Roussel, il me paraît qu'il se trouve ici comme en singulière -et secrètement stellaire- situation:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-17159081.html
http://in-memoriam-raymond-roussel.over-blog.com/



"A flanc d'abîme, construit en pierre philosophale, s'ouvre le château étoilé." Cette citation d'André Breton, qui provient  de L'Amour fou, est maintes fois reprise par ses analystes, au premier rang desquels aurait pu figurer son compère en surréalité Julien Gracq (André Breton, José Corti, 1948).

Alchimie du Verbe rimbaldien? Sans doute. Mais aussi, certainement, "fils du soleil", 
Verbe de l'Alchimie fulcanellienne.

"Nous le pain sec et l'eau dans les prisons du ciel
Nous les pavés de l'amour tous les signaux interrompus
Qui personnifions les grâces de ce poème
Rien ne nous exprime au-delà de la mort...
Plus tard vous apprendrez qui nous sommes
Nos travaux sont encore bien défendus...
Ne demandez pas où vous êtes
Nous le pain sec et l'eau dans les prisons du ciel
Le jeu de cartes à la belle étoile
Nous soulevons à peine un coin du voile."



pcc ARCHER

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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 00:01


A chacun et chacune, excellente année 2009, emplie comme il se doit de pantagruèleries, et donc hermétique et alchimique à souhait.

Qu'en particulier Mars et Vénus, vêtus ou non et éveillés ou pas, telle ici cette Vénus endormie, vous soient propices, aux unes et aux autres.  Et que diantre ferait Vénus sans son Mars, et réciproques amants.


En cette saint Jean d'hiver où je commence à rédiger pour notre plaisir à tous, à ce que je veux croire, et peut-être aussi pour l'instruction de certains de nos frères et soeurs, mon petit article actuellement mensuel, je voudrais tout de go réexprimer ma sincère gratitude à David, pour m'avoir récemment remémoré l'existence du spectaculaire recueil La danse de la mort, consacré en 1976 par la Galerie de Seine à Jorge Camacho.

Comme nous avons déjà rendu justice à l'excellent poète et peintre cubain:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3409533.html

je voudrais ce jour m'intéresser avec vous principalement à la substantielle et donc rabelaisienne introduction de René Alleau à ce livret, qui est tout bonnement intitulée Hypnos et Thanatos, ou le Philosophe dans le paysage.


Quand j'ai vu pour la première fois, nous explique Alleau, les tableaux de Jorge Camacho sur ce thème de "la danse de la mort", ce n'est pas l'imagerie macabre du XVe siècle qu'évoqua ma mémoire mais, aussitôt et comme spontanément, l'admirable gravure de Giulio Campagnola (1482-1515): "Le philosophe hermétique dans le paysage"
(1509).

Cette gravure, souvent intitulée également L'astrologue, et reproduite ci-dessus, inspire alors à René les commentaires suivants:


"Le critique allemand G.F. Hartlaub, l'un des mieux informés des relations étroites de la peinture et de la gravure de la Renaissance avec l'alchimie et la "Haute Science" hermétique, ne nous apprend pourtant presque rien sur la signification ésotérique et initatique de ce chef-d'oeuvre (Der Stein der Weisen, München, 1959). Il se borne à le rapprocher du célèbre tableau "Les trois Philosophes" de Giorgione, dont Campagnola aurait gravé sur cuivre des motifs picturaux.

Constatons d'abord, poursuit René Alleau, des faits assez évidents. Après un siècle de mutisme total des ténors universitaires "positivistes" à propos des rapports entre l'ésotérisme hermétique et l'art de la Renaissance, les travaux érudits d'Albert-Marie Schmidt, de Paul Arnold, de François Secret en France, de Van Lennep en Belgique, ont montré de façon irréfutable historiquement et philosophiquement le rôle capital de la "Haute Science" dans la poésie, la gravure et la peinture de cette époque."


Et de se livrer alors à une analyse détaillée de la gravure, que je suis tenté de qualifier de saturnienne et à laquelle je me permets de vous renvoyer sans autre forme de procès, car si elle vaut le détour, mon propos de ce jour se situe...ailleurs.

Dans un premier temps cependant, je noterai avec vous que l'auteur inspiré d'Aspects de l'alchimie traditionnelle eût pu également, mais sans doute a-t-il jugé cela superfétatoire, citer en référence à l'appui de sa thèse ô combien pertinente les travaux de Fulcanelli sur l'art monumental et la statuaire de la Renaissance, comme du Moyen Age d'ailleurs.

Mais surtout, et pour en venir au fait, comment a-t-il pu ne pas relever, ne serait-ce qu'in-petto, la similitude de nom que chacun constatera avec nous, entre Giulio Campagnola et Julien Champagne? Nul doute à mon avis qu'elle eût également frappé ce jeune berger si négligemment appuyé sur un tronc de chêne, mais aussi tellement attentif, n'en doutons pas, à l'enseignement du vieil art.


Dans son savant ouvrage sur Le laboratoire alchimique (Guy Trédaniel, 1981, traduit depuis en italien et espagnol),  Atorène s'est penché assidument sur ce genre de coïncidences, qui sont sans doute autant de clins d'oeil des Parques.

Si ce terrain, assure-t-il, ne s'avère pas très alchimique, ce qui à mon sens serait tout de même à démontrer, il n'en contribuera pas moins à décaler  l'étudiant de la réalité ordinaire. De cette réalité qui quelque part nous retient captifs, ajouterai-je.

Là encore je ne m'appesantirai pas sur la plupart des exemples qu'il prend, et dont Richard Khaitzine vient encore de se faire l'écho dans son récent livre Comprendre l'alchimie (Médiadit, 2008).


Mais tout de même, comment ne pas relever une autre homonymie, celle qui à quelques siècles ou décennies de distance là encore rapproche Eugène Canseliet, ami de Julien Champagne, de Francisco Cancellieri (1751-1826).

Cet autre Transalpin a en particulier, comme notre compatriote, disserté sur l'alchimique  villa Palombara de Rome. Les deux ouvrages datent respectivement de 1806 (Dissertazioni con le bizarre iscrizioni della villa Palombara, Rome)
et 1945 (Deux logis alchimiques, Paris).

Si nous voulons bien nous laisser prendre la main par l'ange de l'intuition, notre récolte n'en sera que plus fructueuse, et on ne pourra qu'être frappés, au demeurant, du fait que comme Cancielleri et Canseliet nous ont surtout légué des oeuvres écrites, Campagnola et Champagne sont d'abord peintres et graveurs. Et ces derniers du moins, si l'on veut bien suivre Alleau et très modestement votre serviteur, sont de surcroît tous deux des artistes hermétiques.


Dans un ordre d'idées voisin, Paul Le Cour cité par Jean Artero dans son ouvrage nouvellement paru Présence de Fulcanelli (Arqa, 2008), estimait déjà que les noms portés par certains hommes semblent avoir été parfois préparés de longue date, par on ne sait quel destin, afin de servir de devise à ceux auxquels ils étaient destinés.

Mais à tout seigneur tout honneur, et puisque voici désormais que Julien Champagne invite lui-même sur son site son compère Giulio Campagnola, disons quelques mots de ce dernier. Nous baptisera-t-il dans l'eau comme Jean Baptiste, ou comme le Christ Sauveur dans le feu?

A l'instar de Julien, Giulio est assez mal connu, disons plutôt d'ailleurs: méconnu. Sur la grande toile du réseau d'Ariane, il est cependant possible de recueillir suffisamment d'informations pour se faire une petite idée de ce que fut sa vie, et son oeuvre:

http://en.wikipedia.org/wiki/Giulio_Campagnola
http://www.spamula.net/blog/archives/000339.html


Je relèverai également quelques unes des études qui lui ont été consacrées, que ce fût totalement (Emile Galichon, Giulio Campagnola, peintre graveur du XVIème siècle, Claye, 1862; Paul Kristeller, Giulio Campagnola, Kupferstiche und Zeichnungen, Cassirer, Berlin, 1907) ou en partie (Georges Duplessis, Les merveilles de la gravure, Hachette, 1869, 1871, 1877, 1882...).

On ne peut pas ne pas être immédiatement frappé au premier abord par le fait que, comme Champagne, Campagnola fut un artiste éclectique, linguiste talentueux, poète, et musicien notamment.

Il existe entre eux un point commun supplémentaire, si j'ai bien compris, qui est que les dessins de l'un comme de l'autre nous sont partiellement parvenus, alors que leurs peintures présentement recensées sont totalement ou presque totalement inexistantes.


Enfin, avant de vous laisser vous en aller, et si possible vous envoler sur les ailes de l'aigle, clairvoyantes et clairvoyants, je souhaite appeler votre attention sur l'influence sur Guilio Campagnola d'un certain Andrea Mantegna, qu'il semble bien avoir pu cotoyer, au demeurant, Mantegna sur l'oeuvre duquel François Trojani nous a gratifié naguère d'une belle étude, à la fois historique, tarologique et alchimique (Suite d'estampes de la Renaissance italienne dite Tarots de Mantegna, ou jeu du gouvernement du monde au Quattrocento, Seydoux, 1985).


Et puisque nous voici dans une période faste, et donc de charité romaine, je ne peux en définitive faire moins que de vous signaler la parution récente en Italie d'une nouvelle édition du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, dont je sais gré à Nemo Captain de me l'avoir signalée il n'y a guère.

Elle est due à l'heureuse initiative du regretté Paolo Lucarelli, et est parue en 2005 aux éditions Mediterranee de Rome, toute parée des dessins originaux d'un certain Julien Champagne.

Voici donc à tous égards une démarche que je trouve exemplaire pour ma part, et dont on ne peut que souhaiter vivement qu'elle soit imitée, ici comme ailleurs.

http://www.zen-it.com/ermes/Lucarelli/introfulcanelli.htm

 

paololucarelli.champagne



La mort a dansé l'année achevée. D'immortelle vie point l'année nouvelle. Au gui l'an neuf! Ou comment disent nos amis les druides: O Ghel an Heu: Que le blé germe, que le blé lève.





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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 15:57

yardleytranche.champagne
Nous avons certes déjà rencontré Julien Champagne en copiste:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-2131079.html

A-t-il écrit lui-même un traité d'alchimie? Nous le saurons peut-être "un jour ou l'autre." En tout cas, le voici, en 1912-1913, tout occupé de traduire et de présenter un ouvrage peu connu de science hermétique: le manuscrit Yardley, joignant d'ailleurs à son travail une notice bibliographique extraite du catalogue N°5 de son ami et vraisemblablement employeur Pierre Dujols (mars 1913).


Sans doute n'est-il pas anodin de relever, grâce à Vérax,  le fait qu'à cette époque, il connaît déjà Fulcanelli depuis plus d'un lustre et a quelques années auparavant réalisé pour lui divers tableaux et gravures, dont le frontispice du Mystère des Cathédrales, publié dès 1912 dans un catalogue de la librairie Chacornac:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3308771.html



Un Fulcanelli d'ailleurs très anglophile, puisque les seules "demeures philosophales" non françaises faisant dans ses ouvrages l'objet d'illustrations de Champagne sont à l'heure actuelle précisément britanniques.

Et un Fulcanelli ami de "l'illustre Berthelot", Julien dixit, lequel pour s'entourer de conseils avisés sur son travail vraisemblablement destiné à l'édition fait appel à un élève de l'auteur de L'origine de l'Alchimie, le comte de Belfort de la Roque, qui je l'avoue est pour moi un parfait inconnu à l'heure actuelle.

Quant à madame Paul Vulliaud, Annie Sullivan, dont du même coup nous apprenons que Julien Champagne en fut un familier, au point de la consulter également, elle ne nous avait jusqu'alors laissé de souvenir que par le truchement de son époux, auteur notamment du Cantique des cantiques (1925) et de La fin du monde (posthume, 1952).


Pour en venir à ce fameux manuscrit Yardley, il nous est impossible de ne pas relever également le fait que Fulcanelli le mentionne au chapitre "alchimie et spagyrie" de son second livre hermétique:

"Parmi les archimistes ayant utilisé l'or pour l'augmenter, à l'aide de formules qui les conduisirent au succès, nous citerons Yardley, inventeur anglais d'un procédé transmis à M. Garden, gantier à Londres, en 1716, puis communiqué par M. Ferdinand Hockley au docteur Sigismond Bacstrom, et qui fit l'objet d'une lettre de celui-ci à M. L. Sand, en 1804."

Fulcanelli en profite d'ailleurs pour préciser, en "footnote", que le docteur Bacstrom fut affilié à la Société hermétique fondée par l'Adepte de Chazal, qui habitait l'île Maurice, dans l'océan Indien, à l'époque de la Révolution française.


Or Bacstrom (1750?-1805) est un alchimiste bien connu, au moins en Angleterre et comme disait Eugène Canseliet de tous les "Anglais d'Amérique" et d'ailleurs.

Son Anthologie alchimique en particulier a été publiée dès 1960 (à petit tirage, certes) et régulièrement rééditée depuis, et reste disponible pour le public anglophone:

http://ramsdigital.com/author/Bacstrom.html

Et si on veut bien accorder crédit à la notice biographique ci-dessus, il paraît évident qu'il ait détenu entre autres manuscrits alchimiques une oeuvre de John Yardley.




Une partie au moins de la collection Bacstrom de manuscrits alchimiques fut au siècle dernier acquise par l'hermétiste nord-américain Manly Palmer Hall, et il semble bien que celui de Yardley ait été du nombre:

http://www.alchemywebsite.com/almss16.html

Né au Canada, Manly P. Hall (1901-1990) est d'ailleurs un auteur réputé outre-Atlantique où il a notamment fondé en 1934 une société hermétisante, voire alchimisante: la Philosophical Research Society (PRS).

http://en.wikipedia.org/wiki/Manly_Palmer_Hall
http://prs.org/mphbio.htm

Son ouvrage le plus connu reste un texte de jeunesse, The secret teaching of all ages (1928).

http://www.sacred-texts.com/eso/sta/index.htm

En 1976, il a cependant aussi publié Orders of the Great Work, qui est sans doute son titre le plus alchimique:

http://www.amazon.com/Orders-Great-Work-Alchemy-Manly/dp/0893145343



En 1986, la PRS a rassemblé en volume les livres et manuscrits alchimiques de la collection Hall. Le manuscrit Yardley y figure bien et compte tenu de l'orthographe du nom de son auteur occupe même la dernière place du catalogue, dont je vous livre "ex abrupto" le détail de la notice:

"The processes of Mr. John Yardley of Worcester:

This is a series of recipes for the "acuation" of mercury, represented as the principal and fundamental step in the transmutation of metals. The idea proceeds "from the foundation of the Process of the celebrated Irenaeus Philatheta and Philatheta Philoponus, "as discovered by John Yardley, "a glover of Worcester, communicated by him in a Letter in the year 1716."

After many failures in experiments, starting from his youth, Yardley finally abandoned the use of animal and vegetable substances for work only with the strictly metallic. He concludes:

"All what I write here is certain and true, and has often been done by me, and I can say, that it has been given to me by the Giver of every Good and perfect Gift."

Nothing else is known of the glover of Worcester. He is mentionned in one of the Bacstrom papers in the Mellon collection."


Grâce à la charmante et érudite libraire parisienne Florence de Chastenay, nous avons pu vérifier récemment l'exactitude de la citation d"Hubert."

Dans sa thèse de doctorat tirée à petit nombre, René Allendy fait montre d'une science certaine, s'agissant notamment des symboles alchimiques figurant à l'entrée de Notre-Dame de Paris. C'est à Guillaume de Sildy, un des architectes de la cathédrale, précise-t-il, qu'on en serait redevable.

Mais voici la suite de la citation concernant le document Hockley, qui elle non plus ne manque pas de sel:

"Il est dit dans ce document que la Société (de la Rose-Croix) existe depuis plus de deux siècles et demi, c'est-à-dire au moins depuis 1540; qu'elle se sépara de la franc-maçonnerie avec laquelle elle était d'abord unie.

On lit, dans ce document, que les membres de la R.-C. avaient l'obligation de tenir leur Société secrète, d'initier avant leur mort un ou deux disciples, hommes ou femmes, de garder une apparence pauvre, de fuir la renommée, et de faire la charité secrètement."



Si Julien Champagne avoue modestement s'être fait aider sur le strict plan linguistique, il n'en demeure pas moins que la qualité proprement alchimique du manuscrit recopié et traduit lui a semblé suffisante à lui aussi pour justifier de sa part un labeur des plus significatifs.

Que nous dit-il d'important à ce sujet dans sa brève, voire laconique introduction? Pour lui, il est indéniable que Yardley a connu le processus du Grand OEuvre dans son entier.

Je remarquerai ensuite qu'il conseille pour profiter de la lecture de ce texte de s'être imprégné au préalable, et même d'avoir "confronté" entre eux les philosophes ou alchimistes classiques.

Il affirme encore qu'il manque ici (comme souvent) deux points essentiels: le début et la fin. Enfin, il estime que "le mercure commun est le sujet initial de la pierre des philosophes."



Quant aux procédés de Yardley, dont hélas je ne puis dans le cadre de ce court article vous présenter qu'un aperçu des plus elliptiques, je remarque surtout qu'après avoir lu tous les auteurs, il a principalement conclu de ses nombreux échecs préalables ce qui suit:

"Ayant été dans ma jeunesse un fervent d'expériences chimiques, lesquelles ne m'ont pas servi à grand-chose, j'ai trouvé enfin que l'OEuvre fondamentale ne pouvait être accomplie, relativement à l'amélioration des métaux, qu'en des choses d'espèce et de nature métalliques, parce que par et dans les métaux les métaux doivent être perfectionnés."




Avant d'en terminer, en ce jour béni de la sainte Lucie, je m'en voudrais de ne pas signaler "à la foule nombreuse" des curieux de l'Art une nouvelle et heureuse initiative des éditions Arqa de Thierry Emmanuel Garnier, lesquelles après avoir édité cette année le livre de mon ami Jean Artero sur Fulcanelli viennent de clore le cycle calendaire et astral sur un coup d'éclat, qu'il convient de saluer comme il se doit.

Quelle bonne idée, en effet, que celle d'offrir à nouveau aux amateurs et aux étudiants le texte souvent méconnu d'André Savoret, ami d'Eugène Canseliet, sur l'alchimie!

Publié en 1947, peu après les Deux logis du "Maître de Savignies", il n'a été repris jusqu'alors qu'en recueil (Alchimie, Albin Michel, 1978, et Dervy, 1996).

http://thot-arqa.org/boutique/boutique.html



Pour le druide Savoret, rappelons-le hinc et nunc, "l'alchimie vraie, l'alchimie traditionnelle, est la connaissance des lois de la vie dans l'homme et dans la nature et la reconstitution du processus par lequel cette vie, adultérée ici-bas par la chute adamique, a perdu et peut recouvrer sa pureté, sa plendeur, sa plénitude et ses prérogatives primordiales:

Ce qui, dans l'homme moral s'appelle rédemption ou régénération; réincrudation dans l'homme physique; purification et perfection dans la nature, enfin dans le règne minéral proprement dit, quintessenciation et transmutation."



Hélas finalement - good news, bad news - je viens d'apprendre qu'une de nos trop rares alchimistes contemporaines, et j'ai nommé Tanya, vient de quitter le plan terrestre.

Françoise Burel, des éditions Ramuel, puiqu'il s'agit de toi et de tout ce que tu as fait pour l'alchimie, je te dédie cet articulet.

http://www.ramuel.com/

Et notre poète alchimiste de service (j'ai nommé Joker de Carreau) ne m'en voudra pas j'espère si je dépose encore aux pieds de Tanya cette rose bleue de sa composition, des plus naturelles et à la fois des plus surnaturelles:

De tous temps l’Alchimie fut une science divine,
Et aujourd’hui encore, en alcôves secrètes,
D’anonymes artistes, sans qu’on ne le devine,
Font éclore des pierres une Lumière discrète.

http://ora-et-labora.frenchboard.com/alchimie-sujets-varies-f10/alchimique-attitude-t64.htm

Un abrazo, Tanya et joyeux Noël à chacune et à chacun d'entre nous.



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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 14:46



Non, pas Paulina 1880, n'en déplaise à Pierre-Jean Jouve: Champagne 1895. Où est-il notre "Hubert", en cette année de ses quelque dix-huit printemps?

Et bien rue Danton, à Levallois-Perret (Seine), il me semble bien. Notons avec amusement qu'il semble y résider déjà à un 59bis, chiffre qui décidémment lui semble avoir été dévolu.

Parallèlement cet artiste en herbe commence à fréquenter l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Aussi en ce jour de la saint Léon (on est presque à Noël) voudrais-je vous entraîner à nouveau, grâce à Xavier,  vers le petit maquis de ses délectables carnets de croquis privés, déjà visités par une fois, en ce qui concerne 1894, et en continuant de faire référence aux dessins exhumés naguère par Geneviève Dubois:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3509041.html
http://www.archerjulienchampagne.com/article-19286180.html

Le fil rouge que je vous propose pour ce soir est celui de la famille proche de Julien Champagne, déjà abordé entre nous sur le plan photographique:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-22031213.html

Dans un premier temps, cependant, je vous invite à nous fortifier dans l'idée d'un dessinateur précocémment attiré par les motifs à caractère religieux, comme en témoigne cette sainte Catherine de l'église de Béalcourt (Somme).


Voici donc maintenant, toujours de Julien, une partie de cartes familiale que Paul Cézanne (1839-1906) n'aurait peut-être pas renié, lui dont le célèbre tableau bistrotier sur le thème fut vraisemblablement réalisé au début des années 1890.


Le père et la mère de Champagne, d'abord, mais un des fistons n'est manifestement pas loin de la table ronde disposée comme il se doit sous le lustre de la salle à manger...


Voici donc Félix, croqué par "Hubert": A-t-il emprunté une carte à sa maman? Et pendant ce temps-là, que fait-elle, notre Renée de soeur?

Sage comme...une image (pieuse), Renée: Jouerait-elle à la poupée?


Sans transition aucune, permettez-moi également de vous signaler que les éditions Allia viennent d'avoir l'heureuse idée de célébrer le quarantième anniversaire de la parution de l'article fondateur de René Alleau sur l'alchimie (Encyclopedia Universalis, 1968), en le republiant sous forme d'un élégant livret, tout bonnement intitulé Alchimie:

http://www.alliaeditions.com/Catalogueview.asp?ID=442

De la vigoureuse préface concoctée par Michel Bounan, je voudrais retenir avec vous ces lignes actuellement -et inactuellement- ô combien lourdes de sens:

"Pour les actuels calomniateurs de l'alchimie, qui mentent impudemment à propos des transmutations métalliques, il s'agit de montrer à un public peu regardant que les experts "scientifiques" (y compris en sciences dites "humaines") sont plus aptes à gérer les affaires de ce monde qu'ils qu'ils ont mis en faillite, que ceux pour  qui la Poésie ne doit plus être un art d'agrément destiné à se reposer d'affaires plus sérieuses, mais un mode de connaissance autentique..."

Sentence de vie à laquelle il me semble bien qu'Alleau, dont nous avons récemment célébré ici même les nombreux mérites, 

http://www.archerjulienchampagne.com/article-18622923.html

a par avance répondu comme en écho:

"Or tout art est inconcevable sans une matière, et c'est pourquoi la notion "spirituelle" ou purement "psychologique" est aberrante, car elle méconnait la fonction principale de l'alchimie: délivrer l'esprit par la matière en délivrant la matière elle-même par l'esprit.

Cette mutuelle délivrance ne peut être accomplie que par l'art suprême, le traditionnel "Art d'Amour" de la chevalerie de tous les temps...

C'est ce qu'annonce un vitrail alchimique où l'on voit Dieu créant le monde et l'homme, et où l'on peut lire ces mots: "Comment fut fait notre premier père, en belle et due image de Dieu. Comment il nous le faut refaire."


Telle est bien en effet cette source de toute vie, à laquelle nous sommes conviés de toute éternité à nous rendre pour y boire à satiété:

http://www.navigo.com/wm/paint/auth/ingres/ingres.source.jpg

et dont Jean-Auguste Dominique Ingres (1780-1867) s'est voulu l'illustrateur inspiré, de 1820...à 1856. Il a donc, trente-six années durant, porté ce chef-d'oeuvre.

Petites nouvelles techniques d'automne, avant de presque terminer pour cette fois, qui peuvent en particulier intéresser nos amies et amis "accros" des nouvelles technologies:

"Désormais vos blogs et le portail d'Overblog sont optimisés pour vos téléhones mobiles en suivant l'adresse : http://adressedublog/mobile.

Si vous possédez un Iphone, nous avons développé une version spécialement adaptée : http://adressedublog/iphone." Voici ce que cela donne pour les téléphones mobiles:

http://www.archerjulienchampagne.com/mobile

Ah oui, j'allais oublier de vous fournir aussi des nouvelles récentes de Fulcanelli, le maître de Julien Champagne et Eugène Canseliet. He is as alchemy does, alive and well, thanks to God. En fait, ces nouvelles sont espagnoles, si l'on en croit la fiction très érudite de José Luis Corral (El dueno del secreto, Marlow, 2008):

"Fulcanelli està vivo y vive en Sevilla!" Est-il me direz-vous question dans ce roman de son dessinateur? Evidemment, et vie d'amant.

http://www.interplanetaria.com/ficha.php?id=FulcanelliDuenoSecreto


"On se lasse de tout, excepté de connaître", a autrefois psalmodié le grand initié que fut Virgile. Heureuse maxime qu'il y a environ deux siècles maintenant Victor Hugo, autre maître inspiré de l'écriture, a commenté à sa façon: "Dans connaître, il y a naître".

Au-delà des naissances latentes chères à Arthur Rimbaud, voici peut-être venu celui des connaissances et des affinités effectives, et électives.



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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 18:38




Ayant eu le bonheur d'assister le 1er octobre à la "conférence" marseillaise de Jean Artero sur le mystère Fulcanelli, j'ai pu aussi, en cette ville éternelle où la mer se mêle au soleil, et où vers 1915 Eugène Canseliet rencontra Fulcanelli et Julien Champagne, arpenter cette belle crypte de l'abbaye de Saint Victor que nous avons déjà évoqué plusieurs fois sur ce blog et dont la célèbre vierge noire fut dessinée par "Hubert":

http://www.archerjulienchampagne.com/article-2181595.html
http://www.archerjulienchampagne.com/article-2628203.html


Si cette vierge est reproduite dans le premier livre de Fulcanelli (Le Mystère des Cathédrales), c'est dans le second (Les Demeures Philosophales) que le Maître alchimiste dévolu au  XXème siècle résume de la façon suivante la légende qui s'y rapporte, légende dite des cierges verts:

"Voici cette naïve et précieuse tradition hermétique:

Une jeune fille de l'antique Massilia, nommée Marthe, simple petite ouvrière, et depuis longtemps orpheline, avait voué à la Vierge noire des Cryptes un culte particulier. Elle lui offrait toutes les fleurs qu'elle allait cueillir sur les coteaux, - thym, sauge, lavande, romarin, - et ne manquait jamais, quelque temps qu'il fît, d'assister à la messe quotidienne.

La veille de la Chandeleur, fête de la Purification, Marthe fut éveillée, au milieu de la nuit, par une voix secrète qui l'invitait à se rendre au cloître pour y entendre l'office matinal. Craignant d'avoir dormi plus qu'à l'ordinaire, elle se vêtit en hâte, sortit, et comme la neige, étendant son manteau sur le sol, réfléchissait une certaine clarté, crut l'aube prochaine.

Elle atteignit vite le seuil du monastère, dont la porte se trouvait ouverte. Là, rencontrant un clerc, elle le pria de bien vouloir dire une messe en son nom; mais, dépourvue d'argent, elle fit glisser de son doigt un modeste anneau d'or, - sa seule fortune, - et le plaça, en guise d'offrande, sous un chandelier d'autel.

Aussitôt la messe commencée, quelle ne fut pas la surprise de la jeune fille en voyant la cire blanche des cierges devenir verte, d'un vert céleste, inconnu, vert diaphane et plus éclatant que les plus belles émeraudes ou les plus rares malachites! Elle n'en pouvait croire ni détacher ses yeux...

Quand l'Ite missa est vint enfin l'arracher à l'extase du prodige, quand elle retrouva au dehors le sens des réalités familières, elle s'aperçut que la nuit n'était point achevée: la première heure du jour sonnait seulement au beffroi de Saint-Victor.

Ne sachant que penser de l'aventure, elle regagna sa demeure, mais revint de bon matin à l'abbaye; il y avait déjà, dans le saint lieu, un grand concours de peuple. Anxieuse et troublée, elle s'informa; on lui apprit qu'aucune messe n'avait été dite depuis la veille.

Marthe, au risque de passer pour visionnaire, raconta alors par le menu le miracle auquel elle venait d'assister quelques heures plus tôt et les fidèles, en foule, la suivirent jusqu'à la grotte. L'orpheline avait dit vrai; la bague se trouvait encore au même endroit, sous le chandelier, et les cierges brillaient toujours sur l'autel, de leur incomparable éclat vert."


Et Fulcanelli de se référer explicitement à propos de ce charmant conte ésotérique à "la petite pièce versifiée intitulée La Légende des Cierges verts, par Hippolyte Matabon. Marseille, J.Cayer, 1889."

De s'y référer, certes, mais sans le citer...Artero l'ayant lue en entier pendant son laius, je m'autorise à vous en infliger à mon tour les dernières strophes:

"Pour Marthe ainsi, -jour mémorable! -
La Vierge avait, dans sa bonté,
Fait luire le signe admirable,
Symbole d'immortalité!

Depuis lors, quand la Crypte sainte
Solennise la Chandeleur,
On voit brûler dans cette enceinte
Des cierges de verte couleur.

Et Marseille emporte, fidèle,
L'un de ces cierges merveilleux,
Bénits dans l'antique Chapelle,
Palladium de nos aïeux!"



Une anonyme Notice sur les cryptes de Saint Victor, publiée en 1864 et que Fulcanelli a par conséquent pu consulter sans en faire état, qualifie d'"immémorial" l'usage de ne distribuer et brûler dans la chapelle que des bougies vertes, pendant l'octave de la chandeleur.

On y trouve d'ailleurs une belle gravure de Notre Dame de confession, vulgairement appelée Vierge noire de Saint Victor.


L'érudit et pieux auteur de cet opuscule particulièrement documenté y fournit de plus une curieuse variante de la "légende des bougies vertes", qu'il tire d' une livraison de 1849 du périodique Le Spectateur du Midi, non sans ajouter à son propos:

"Nous la reproduisons d'autant plus volontiers que nous avons entendu nous même bien des fois raconter à nos grands parents cette vieille histoire qui faisait le charme de nos jeune années."

J'en trouve le début tout simplement spectaculaire:

"En ce temps là donc vivait une bonne jeune fille nommée Marie, bien dévote à la benoite Vierge."

Quant à la fin, et bien la voici:

"Mais Dieu voulut couronner Marie de la couronne de gloire et peu de temps après elle alla recevoir dans les cieux la récompense de sa constante piété.

Et depuis lors, pendant l'octave de la Chandeleur, on ne brûle dans ce sanctuaire que des bougies vertes et chaque fidèle emporte chez soi le cierge béni de la même couleur; car chacun est persuadé que c'est un préservatif contre bien des dangers, et Dieu qui voulut récompenser Marie de sa piété se plaît à protéger ceux qui conservent avec foi ce cierge béni."

L'article est signé des initiales A.C.



Dans sa riche plaquette sur La chandeleur à Saint Victor (Paroisse Saint Victor, Marseille, 1994, quatrième édition en 1998), le Père Jean-Pierre Ellul ne semble pas connaître la Notice citée plus haut, mais se réfère pour sa part au livre du prêtre marseillais François Marchetti, Explications des usages et Coutumes des Marseillais (1680).

Cet ouvrage réédité en 1980 par Jeanne Laffitte, à Marseille comme il se doit, lui permet d'attester de l'existence dès le XVIIème siècle de la coutume qui nous occupe en ce dimanche:

"Jugez quel était le zèle de nos ancêtres, qui nous ont appris par leur exemple à révéler le jour de cette fête par la splendeur de la lumière et par la mystérieuse couleur des cierges qu'on y distribue, la merveille d'une divine Maternité, avec le privilège d'une parfaite virginité."


Au cours de sa causerie marseillaise sur Fulcanelli, Artero a insisté sur le tout et le rien où gît ce dernier, bref sur Omne et Nemo, en mentionant certain alchimiste de sa connaissance.

Et bien figurez vous qu'un certain Captain Nemo vient de nous gratifier d'une nouvelle version italienne du classique "livre secret " d'Artephius, où il est forcément question de Fulcanelli, d'Eugène Canseliet et donc je suppose et j'espère de Julien Champagne:

http://www.lulu.com/browse/preview.php?fCID=4255348


Mais on ne quitte pas Marseille...Ou alors on la quitte sans la quitter vraiment. En voulez-vous une preuve d'évidence?

Dans sa belle brochure sur Saint-Victor, Ellul termine son incitation au pélerinage par un florilège bien senti sur la Vierge Marie.

Je ne résiste pas à la tentation de vous proposer ces lignes inspirées de Joseph Delteil, bien faites pour plaire à son admiratrice d'un temps Maryse Choisy, qui à mon sens figurent à juste titre parmi les poèmes finaux, non sans relever avec toute l'humilité et toute l'indulgence qui conviennent le fait qu'ici on a vraisemblablement confondu ou en tout cas voulu rapprocher Marseille et...Marceille:

"Pour moi ce qui compte ce sont les puissances du coeur. Quand j'étais très jeune, à côté de mon village de Pieusse (Aude), il y avait une vieille chapelle qui s'appelle Notre-Dame de Marseille.

Là, dans une niche, était une Vierge noire taillée dans un vieux bois et toute enguirlandée de richesse. Cette Vierge a la réputation de sourire à ceux et à toutes celles qui s'approchent d'elle avec le coeur pur. Eh bien! moi, j'ai l'impression qu'elle m'a toujours souri."


Dans le numéro 26 de la revue Liber Mirabilis (2002-2003) Myriam Philibert revient elle aussi sur la signification symbolique, hermétique et alchimique de la verdeur des cierges de "Marseille la mystérieuse":

"Il faut se rappeler qu'il s'agit de naissance, sur le plan végétal donc de printemps. En matière d'alchimie, deux interprétations sont possibles: les trois couleurs de l'OEuvre, le noir qui devient vert, le blanc et le rouge. Mais on peut aussi envisager les trois principes: soufre (rouge ou jaune), mercure (blanc), sel (vert)."

Enfin, à propos de fenou ou de feu nouveau, je vous propose, entre mistral et tramontane,  d'aller faire une jolie ballade dans les jardins bloggeurs de Denise, et ce n'est certes pas de ma part une quelconque galéjade:

http://roukyben.over-blog.com/article-20523790.html
http://roukyben.over-blog.com/article-20613168.html
http://roukyben.over-blog.com/article-20539029.html


"Opere finito sit laus et gloria Christo."

ARCHER

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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 20:50


Goutted'or, tu me manques. Claro que si! Matthieu n'étant pas Thomas, voici en public hommage à notre platonique amitié, désormais entre parenthèses, un petit compliment de ma rustre façon, et un cygne de connivence, que je te dédie, ainsi qu'à cette chère Renée de Brimont, baronne ou baronnesse de son état.


Tiens, je réalise brusquement qu'elle porte le même prénom que la soeur de Julien, alias Hubert, curieux tout de même.

Mais me direz-vous, trêve de marivaudage, venons en au fait: Que diable cette spendide petite nièce d'Alphonse de Lamartine vient-elle donc faire dans notre jolie galée?


Il est bien vrai qu'elle ne figure pas à l'Index Fulcanelli d'Allieu, mais...à celui de Laplace sur Canseliet, voici que, brièvement, certes, Brimont la mystérieuse nous apparaît en pleine lumière.

T(15-16), 10 annonce Jean Laplace de façon lapidaire. Ce qu'il faut entendre, bien entendu, comme page 10 du numéro 15-16 de la revue La tourbe des philosophes (1981). 1981 hélas...Eugène Canseliet un an plus tard quittera ce monde.

Mais heureusement en 1981 il peut encore écrire cette superbe page d'alchimiques mémoires, qu'il scelle d'ailleurs de son titre si envié de F.C.H.:


"Milosz s'occupait beaucoup des oiseaux, avec une particulière tendresse, profonde et motivée. Il donnait l'impression d'une parfaite compréhension physique de leurs chants et de leurs cris.

Je conserve en mémoire la vision des instants où il vint avenue Montaigne, en compagnie de la baronne Renée de Brimont qui s'intéressait aux travaux ésotériques du poète. La beauté de cette personne, sa charmante féminité, étaient exceptionnelles, de sorte qu'il m'arriva d'entendre qu'elle était la femme qui offrait le plus d'attrait au sein du gotha parisien.

Si de Lubicz crut alors qu'il avait découvert, sur le plan de l'esprit, l'épouse qu'il avait tant recherchée, tout au moins avait-il trouvé celle qui s'appliqua à faire connaître son oeuvre poétique. Ainsi écrivit-il à l'intention de cette Dame du grand monde:

"Mais aujourd'hui une compagne de service chemine dans mon ombre, à moi fils du Cosmopolite errant." Oscar-Wadislas de Lubicz eut-il connaissance de la langue des oiseaux?

Ce qui est sûr, c'est qu'il aimait le monde naturellement ailé; tellement, qu'il l'allait alimenter à Fontainebleau, et qu'il y acquit même une modeste maisonnette, afin d'y installer un nourrissoir."

Tout ce bref passage de l'alchimiste de Savignies dégage comme une odeur de sainteté, me semble-t-il, et fleure bon l'invisible présence de Fulcanelli. Et donc à cette époque de Julien Champagne.




Après la mort du poète, René de Prat (Renée de Brimont) commentera sardoniquement dans les "Cahiers Milosz": "Une femme! s'écria le fonctionnaire; je savais bien qu'il y avait une femme dans cette affaire!"

Mais nous avions en fait déjà rencontré René(e) dans sa relation de complicité avec Milosz le mystique, Milosz l'hermétiste...l'alchimiste:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-14321731.html

"Pour son amie Renée de Brimont, il est incontestable que Milosz croyait à l'alchimie. "Il croyait à sa nécessité, à sa réalité sur le plan spirituel. S'il pressentit l'alchimie comme un retour à l'unité sur le pan physique, il ne s'en est ouvert à personne."

Or, selon Alexandra Charbonnier, Prat est un, voire le  "confident privilégié" de Milosz.


Charbonnier qui au demeurant s'explique parfaitement que notre baronnet(te) fut reçue chez les Lesseps: "Une partie de la carrière diplomatique de Ferdinand se déroula à Madrid sous les auspices de Lamartine. Ce qui explique que la petite nièce du poète, la baronne Renée de Brimont, eut ses entrées dans ce milieu, tant pour ses origines que pour ses talents littéraires."

Alexandra affirme même, s'agissant de la pensée de Milosz, que son égérie l'a pénétrée au point de la faire sienne dans son essai sur Milosz et le mystère de l'Etoile du Matin (Fontaine, 1942). Elle "le commente au moyen de la linguistique comparée. En cela elle suit les méthodes de son ami."

Mais écoutons Renée: "Tout ici bas n'est que métamorphose. La Création, pour Milosz, n'avait qu'un but: sensibiliser et affiner la conscience humaine; changer, transmuer l'homme terrestre, le rendre à "la première Nature", à l'Etoile du Matin, à la Terre édénique."


Née de Beaumont, ajoute Alexandra Charbonnier, la baronne écrivit un roman, le Roman de la Rose, où elle met en scène le théosophe Louis Claude de Saint Martin, "père fondateur" du martinisme.

Elle précise un peu plus loin que ce roman, qui s'appellerait en fait Belle Rose (Cahiers libres, 1931), a pour héros le thaumaturge et mystagogue Martines de Pasqually (1727-1774) et son secrétaire Saint Martin (1743-1803).

Brimont écrivit d'ailleurs en 1930 dans la revue ésotérique Le voile d'Isis un article sur le mariage de Pasqually.

A son actif, on trouve également pour Charbonnier trois ouvrages de poésie: L'Essor (Plon, 1908), Tablettes de cire (Calmann-Lévy, 1913, couronné par l'Académie), et, sous le nom de Antoine (!) de Brimont, Mirages (Emile-Paul, 1919).

Renée aurait connu Milosz dans les salons du peintre Eyre de Lanux en 1915. Eyre devait faire plus tard le portrait de madame de Brimont, qui conclut finalement l'auteure de Milosz, l'étoile au front (Dervy, 1993) fut également "amie de miss Barney", autre grande admiratrice de l'écrivain franco-lithuanien.
Renée de Brimont resta d'autre part toujours fidèle au souvenir de son ancêtre Alphonse de Lamartine et lui consacra plusieurs publications: Lamartine fantaisiste (Plon, 1923), Autour de Graziella (Champion, 1931).

Citons d'elle également Les oiseaux (Portiques, 1932, au titre si miloszien), et Les fileuses (Corréa, 1937). Brimont fut elle donc une parque?

Psyché (Plon, 1924) la fait comme miss Barney passer pour "lesbienne":

http://romanslesbiens.canalblog.com/archives/brimont_renee_de___psyche___1924/index.html
http://storage.canalblog.com/27/81/296109/20113136.pdf

Mais alors, comment qualifier L'Arche (Emile Paul, 1927)?


Heureusement pour elle (et pour nous), Brimont inspira le compositeur Gabriel Fauré (1845-1924), qui mit en musique plusieurs de ses poèmes, ceux de Mirages, ceux de Psyché...Comme l'écrit un quidam -ou une quidame, - "quand c'est du Fauré, c'est forcément sublime"!

http://www.recmusic.org/lieder/f/faure.html
http://www.fnacmusic.com/album/a3a3cdab-db3c-46f3-a428-7a6c796a2bb1.aspx
http://www.recmusic.org/lieder/b/brimont/

Dans un enregistrement récent, Fauré et Brimont avoisinent d'ailleurs Poulenc et Eluard, le hasard, si hasard il y a, fait décidément fort bien les choses. Quand donc a-t-il fait prendre à Renée son essor? Je ne sais à ce jour. D'après Alexandra, il l'a ravie à notre affection "après 1942."


Et avant de presque nous quitter sur une Pentecôte néerlandaise du XVIème siècle qui j'espère tombe à pic sans pour autant couler de même, pourquoi ne pas découvrir ensemble tel automnal Cygne sur l'eau, de Brimont, et toujours ensemble écouter ce merveilleux chant du cygne de Fauré:

http://lecygne.free.fr/Art44.html

Ma pensée est un cygne harmonieux et sage
Qui glisse lentement aux rivages d'ennui
Sur les ondes sans fond du rêve, du mirage,
De l'écho, du brouillard, de l'ombre, de la nuit.

Il glisse, roi hautain fendant un libre espace,
Poursuit un reflet vain, précieux et changeant,
Et les roseaux nombreux s'inclinent lorsqu'il passe,
Sombre et muet, au seuil d'une lune d'argent;

Et des blancs nénuphars chaque corolle ronde
Tour à tour a fleuri de désir ou d'espoir...
Mais plus avant toujours, sur la brume et sur l'onde,
Vers l'inconnue fuyant glisse le cygne noir.

Or j'ai dit: "Renoncez, beau cygne chimérique,
A ce voyage lent vers de troubles destins;
Nul miracle chinois, nulle étrange Amérique
Ne vous accueilleront en des havres certains;

Les golfes embaumés, les îles immortelles
Ont pour vous, cygne noir, des récifs périlleux;
Demeurez sur les lacs où se mirent, fidèles,
Ces nuages, ces fleurs, ces astres et ces yeux.

Enfin, voici pour les amateurs du "mystère Fulcanelli" l'annonce d'une prochaine conférence de Jean Artero à Marseille ("bien sûr" à la société théosophique):

http://librairieletoiledumage.blogspot.com/2008/08/confrence-la-societ-thosophique-de.html



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