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  • : Site consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.
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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.

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3 octobre 2006 2 03 /10 /octobre /2006 12:42

 

 

 

 

 

 

Dans mon dernier message consacré à Maryse Choisy (Julien Champagne entre chien et chat, 21 septembre 2006), je n'avais pas tort, finalement, de vous recommander son livre Sur le chemin de Dieu on rencontre d'abord le diable (Emile-Paul, 1977).

Cet ouvrage, qui en fait relate ses mémoires de 1925 à 1939, la révèle effectivement d'abord pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une femme forte, à la personnalité à la fois...fragile et affirmée, bref attachante.

Oh dans ces "mémoires d'une pudique impudeur", il n'est pas directement question de Julien Champagne, bien sûr.

Mais on y retrouve, tenez, René Guénon, rencontré chez Paul Bourget, vers 1925 justement:

"Soudain je fus prise d'une crise de prophétie.

- Vous ne resterez pas à Paris. Vous retournerez en Orient. Non, pas en Asie...Plutôt en Méditerranée. Vous deviendrez une sorte de demi-dieu. Vous serez suivi par toutes les personnes qui recherchent les vérités secrètes. Une doctrine sortira de vous...

Il répliqua sur le même mode d'outre-monde, la voix vêtue de voiles:

- Vous aussi, vous deviendrez très célèbre...Mais les gens ne comprendront pas de suite votre rire. Vous serez grande."

Rapprochons-nous encore d'"Hubert", et voici l'inquiétant docteur Alexandre Rouhier (Champagne au Grand Lunaire, 25 juin 2006), et cette fois, en outre, c'est la peintre qui parle, après la deuxième guerre mondiale et le grave accident  qui frappa Maryse en 1945, lequel lui inspire un tableau:

"Ca commençait à ressembler à un paysage un peu terrifiant...de l'eau sous les montagnes, un défilé, un vieux Temple...

Dans le catalogue de la galerie de la rive gauche où j'exposai mes oeuvres en 1947, cette toile portait le titre de Temple englouti.

Enthousiasmé par le quelque chose d'étrangement inquiétant qui se dégage de cette peinture, le Dr Rouhier tint à l'accrocher dans sa librairie Véga.

J'eus beaucoup d'occasions de la vendre. J'ai refusé. Je ne saurais dire pourquoi j'y tiens."

Mais revenons à l'époque de Julien Champagne, et sans nous éloigner pour autant du soufisme guénonien retrouvons en 1932...Carlos Larronde (Le maître verrier et Julien Champagne, 21 septembre 2006).

"Mon premier maître fut soufi. Il se nommait Richardson. Selon la coutume musulmane nous l'appelions Murchid.

Ses disciples étaient des écrivains et des journalistes. Fernand Divoire m'introduisit dans ce cercle où je revis Carlos Larronde, qui était quelqu'un d'important à la radio.

Murchid nous enseigna la méditation, le vide, le lotus et quelques autres exercices de yoga. Un peu courte, sa philosophie. En revanche, son intuition nous étonnait."

En fait, Richardson prédit l'assassinat du président de la République Paul Doumer, survenu la même année. Curieusement, toujours en 1932, Ralph Soupault caricaturait dans le magazine Comoedia un gouvernement de femmes, où Choisy était Président du Conseil...

"Cet événement nous secoua", commente brièvement Maryse Choisy à propos de la disparition de Paul Doumer, et non de la mort de Champagne. Et elle ajoute aussitôt:

"Moi je créai un hebdomadaire ésotérique: Votre Bonheur, puis Consolation. Henri Bergson me donna un brillant article pour le premier numéro...

Après quelque temps, je me vis entourée de petits mages qui rêvaient d'aventures faustiennes. Ils évoquaient un ange dont le nom se terminait en ael et s'étonnaient qu'il cassât de la vaisselle.

Après Péladan je découvrais qu'il était dangereux de fréquenter des alchimistes et des groupes d'occultistes sans être rattachée à quelque vraie et grande Eglise.

Je cherche Dieu dans tous les cieux. Depuis trois ans je suis inquiète. Je demande des prêtres à tous mes amis...Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père."

Voilà qui, je crois, est clair. Nous reviendrons plus tard, j'espère, sur Votre Bonheur et Consolation.
Dans l'attente, je vous propose de savourer avec moi la première et la dernière phrase de ces mémoires de Maryse Choisy, dont le titre me rappelle beaucoup cette citation du "grand intuitif" que fut Emile-Jules Grillot de Givry, in Le Grand OEuvre: Celui qui ne descend pas ne montera pas:

http://www.evene.fr/tout/grillot-de-givry

"J'écris pour les berceaux...je regarde le monde avec des yeux qui ne sont pas encore nés. Dans le lait de la tendresse humaine je verse l'élixir de ma propre vie." Et

"Tant que mes projets s'inscriront dans le plan du cosmos, il ne peut rien m'arriver de fâcheux. Mon Dieu, que votre volonté soit faite!"

 

Ou encore, dans L'être et le silence (éditions du Mont-Blanc, Genève, 1964):

 

"Peut-être ne puis-je écrire que pour les berceaux?". Et ibidem, "tout vieillard qui ne s'est pas construit un corps glorieux retombera en enfance."

http://touscesgens.hautetfort.com/archive/2007/09/02/maryse-choisy.html

 

mc.champagne

 

 

Plus près encore si c'est possible de l'alchimie, lisons ensemble ce bref et beau poème extrait de son recueil Fugues (Jean-Renard, Paris, 1942):

 

Déjà curieusement intitulé Harmonie des sphères, il s'achève de façon éloquente ou comme on voudra limpide: "Dans l'Athanor le ciel vient boire."

 

mcathannor.champagne

mc1942.champagne

 

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2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 11:27


Il est peut-être opportun que je vous signale la parution de la deuxième partie de mon petit article sur Julien Champagne dans la livraison de ce mois de l'excellente revue électronique mensuelle de Thierry Emmanuel Garnier, La lettre de Thot (N°46, octobre 2006):

http://thot-arqa.org/arcadia/accueil.html

Je suppose que votre attention aura été attirée, quand vous aurez lu ces quelques lignes, par les illustrations qui se trouvent à la fin de l'articulet en question, et que je reproduis ici.

Le thème du dessin de Julien Champagne dont il s'agit nous est déjà connu, puisque nous en avons déjà traité en son temps (Champagne aux métaux planétaires, 7 avril 2006). Il s'agit, à nouveau, d'une des planches originales du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, qui a été illustré par Julien Champagne.


Le dessin du haut était jusqu'alors inédit. Il avait été confié à la revue Arcadia, à fins de publication, par le libraire parisien Dominique Nicol, que nous avons déjà rencontré (De Nadar à Champagne, 7 mai 2006), et dont la librairie L'Oiseau Livre:

http://www.galaxidion.com/oiseau/

semble décidémment être une mine ouverte à l'attention du chercheur.

Ce dessin est actuellement détenu en collection privée.
Voici donc une sûre indication du fait que les planches originales des Fulcanelli n'ont pas disparu en totalité.

Cette excellente nouvelle nous permet à l'évidence d'augurer d'autres découvertes à venir, d'oeuvres déjà connues ou non de Julien Champagne.

Et sans vouloir faire de peine à Evelyne Segaud, au contraire, ni d'ailleurs aux éditeurs successifs des Fulcanelli, quelle qualité de trait, quand on compare cette épreuve aux reproductions jusqu'alors offertes aux lecteurs du Mystère des Cathédrales, quel talent!

 

On pourra d'ailleurs admirer une nouvelle reproduction du travail à la gouache de Julien Champagne dans l'excellent site La rue de l'alchimie, qu'Ibrahim vient opportunément de mettre à jour début 2009:

 

http://hermetism.free.fr/Julien_Champagne_Metaux_planetaires.htm

 



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1 octobre 2006 7 01 /10 /octobre /2006 19:13


Au tournant du mois, je vous propose de revenir sur l'astrologie de Julien Champagne, avec laquelle nous nous sommes déjà familiarisés par deux fois (Astrologie de Champagne, 28 mai 2006, et Champagne en verseau, 10 juin 2006).

Ce coup-ci, l'horoscope d'Hubert est tiré par Evelyne Segaud, que nous avons également rencontrée à deux reprises (Julien Champagne versus Evelyne Segaud, 8 avril 2006, et Julien Champagne en Eliphas Lévi, 10 septembre 2006).

Le thème natal ci-dessus est tiré de son livre Pourquoi Jean Julien Hubert Champagne était bien Fulcanelli, les preuves (L'auteur, 2001). Je crois que le mieux est de lui laisser la parole:

"La meilleure façon de parvenir au résultat, c'est de déterminer si Jean Julien Hubert Champagne avait bien les capacités requises, non seulement pour rédiger mais surtout pour créer Le Mystère des Cathédrales et Les Demeures Philosophales.

Le meilleur moyen d'y parvenir est d'analyser son thème astrologique natal, et particulièrement les données correspondant à la carrière professionnelle grâce à laquelle il resterait connu. Regardons pour cela où le Milieu du Ciel (MC) prend naissance, et quels sont les planètes et astéroïdes qui occupent la maison X.

Le MC prend naissance en Capricorne, à 2°, ce qui donne une maison X sous une puissante influence saturnienne. Rappelons, pour ceux qui ont fait un peu d'astrologie, qu'une maison X capricornienne implique, bien sûr, un désir de gloire, mais signifie également une notoriété arrivant en général en fin de vie, à moins bien sûr que le Soleil ou une fécondation lunaire soient présents.

Or, Le Mystère des Cathédrales parut en 1926, Les Demeures Philosophales en 1930, et Julien Champagne mourut en 1932, sans avoir beaucoup profité de la notoriété qu'auraient pu lui donner ses ouvrages.

La maison X trouve de l'aide auprès des signes zodiacaux suivants: Verseau (demi-sextile), Lune noire moyenne en Verseau (demi-sextile), Soleil en Verseau (demi-sextile). Nous retrouvons ici l'importance saturnienne, puisque le Verseau est une autre demeure de Saturne, bien qu'avec un symbolisme différent de celui du Capricorne.

C'est en effet le siège de l'Idéal humain, des groupements sociaux, de la technologie et de la recherche. Or ici la Lune noire moyenne, en conjonction avec le Soleil, féconde particulièrement ce signe, offrant une aide précieuse, dans le domaine de la recherche, à la réalisation de la carrière.

Continuons: Saturne en Poissons se trouve en sextile avec le MC Capricorne, c'est-à-dire qu'il participe activement à sa propre réussite, aidé de plus par le demi-sextile entre le MC et son autre demeure le Verseau. Une parfaite harmonie saturnienne!

Saturne se trouve ici en Poissons, en maison XII, celle des choses occultes, donc de l'occultisme, comprenant la religion. Saturne religieux, en sextile avec le MC, relié (à 1° près) par demi-sextile au Soleil en Verseau, signe de la recherche, représente donc l'aide apportée par la religion au domaine de la recherche, aboutissant à la carrière professionnelle. Résultat: Le Mystère des Cathédrales.

Le MC forme ensuite un trigone avec Neptune en début Taureau d'une part, et Chiron en fin de Bélier d'autre part, le tout en maison I (celle de la personnalité, de l'ego). Chiron, ce savant puissant, se trouve en Bélier, signe créatif par excellence puisque celui de l'énergie primitive ayant servi à créer êtres et choses, en conjonction avec Neptune l'inspirateur, et le Taureau, domaine de la vache féconde, de la bonne nourriture et de la cuisine.

Or deux arts nécessitent les mêmes qualités: la cuisine et la chimie, puisque dans les deux cas il s'agit de combiner des éléments en vue d'un résultat escompté. Le don pour la science chimique offre ici un terrain propice à la réalisation de la carrière. Par ailleurs, l'alliance Chiron-Neptune, Chiron se trouvant en Bélier, permet à l'inspiration neptunienne de guider la créativité du savant Chiron.

Voyons maintenant les aspects figurant sur l'autre côté du MC. Jupiter, à 23° en Sagittaire, est en conjonction avec la maison X. Jupiter, maître du Sagittaire, est ici chez lui et doublement, puisqu'en maison IX, amplifiant le secteur de l'ésotérisme qui, grâce à la conjonction de la planète avec le MC, jouera un rôle capital dans la réalisation de celui-ci, d'autant que le MC se trouve de plus en demi-sextile avec le signe du Sagittaire.

Nous trouvons ensuite un sextile MC - signe du Scorpion. Le sextile MC - Scorpion représente l'alchimie "fertilisant" le MC pour aider à sa réussite. Nous avons ensuite un trigone MC - signe de la Vierge, signe dominé par Mercure le rationaliste, qualité essentielle à la recherche quelle qu'elle soit.

Un quiconce avec le Lion, signe dominé par le Soleil, et Priape, symbole d'une activité inlassable, le tout en maison V, maison des enfants, qu'ils soient de chair, de pensée ou d'art, nous donne une idée de l'importance des oeuvres réalisées pour la carrière.

Enfin, dans la maison X elle-même, nous trouvons: Pallas en parfaite conjonction avec le MC, en conjonction avec Vénus et Cérès, celle-ci étant en conjonction avec Vesta, elle-même en conjonction avec la maison XI.

Nous avons ici, dans la définition du rôle joué par Pallas (ou Palladion), étant donné le sextile qu'elle forme avec le signe alchimique du Scorpion, un rapport évident avec l'alchimie, point fort du natif. Prédestination alchimique s'il en fut d'avoir, en parfaite conjonction avec le MC, cette Pallas ou Palladion!

Dans le thème, Pallas est en conjonction avec Vénus, maîtresse du signe de la Balance, domaine du couple, des associations, de la justice, de l'art, mais aussi de la religion. Vénus est aussi maîtresse du Taureau, ce signe donne parfois un don pour la chimie.

Dans le cas de Champagne, Vénus agit sous son triple aspect: art (peinture), religion (les peintures illustrant Le Mystère des Cathédrales) et chimie.

La Vénus de Champagne est particulièrement fécondée par:

- un sextile Noeud lunaire Nord - Saturne en Poissons en maison XII (peinture des oeuvre religieuses en rapport avec l'alchimie: conjonction Vénus - Pallas - MC)

- un trigone avec la Lune en Taureau en maison I, la Lune étant elle-même en conjonction avec Neptune l'inspirateur (travaux d'art)

- un demi-sextile avec Junon en Sagittaire en maison VIII (alchimie-ésotérisme)

- un trigone avec le Noeud Sud en Vierge (méthode et rationalisme)

- un demi-quintile avec la Lune noire vraie en Verseau en maison XI (technique, recherche)

- un demi-quintile avec le signe du Sagittaire (ésotérisme)

- un bi-quintile avec le signe des Gémeaux (communication, écriture)

- sa conjonction avec Cérès, déesse de la moisson, la rend particulièrement féconde, d'autant que cette dernière est aidée par:

. un demi-sextile avec Mercure en Verseau XI (intellect donnant des dons pour la technologie et la recherche d'autant plus poussés que Mercure est en conjonction avec le Soleil et les deux Lunes noires, vraie et moyenne)

. un sextile avec le Noeud Nord en Poissons en XII, lui-même en conjonction avec Saturne (religion, occultisme)

- un trigone avec la Lune en Taureau (art, alchimie)

- un quinconce avec la maison III (communication, écriture)

- un demi-sextile avec la maison IX (ésotérisme)

- un trigone avec le Noeud Sud en Vierge (méthode, rationalisme)

- un demi-quintile avec Mars en Sagittaire en maison VIII (travail alchimique et ésotérisme)

- un quintile avec le Scorpion (alchimie).

La conjonction de Cérès avec Vesta, déesse indiquant où brûle la flamme intérieure du natif (ici en Capricorne, maison X, indiquant le désir de gloire), assure la réalisation de ce désir. Or Cérès se trouve en conjonction, non seulement avec Vesta et Vénus, mais aussi avec le MC et Pallas, dont nous avons vu le rapport avec l'alchimie.

De tout ce qui précède, on peut tirer les conclusions suivantes, absolument évidentes: les dons de peintre de Jean Julien Hubert Champagne n'ont eu comme utilité que d'aider à la réalisation de la carrière que lui imposait son destin: la recherche alchimique, ceci de diverses façons: conrètement (pratique de la science alchimique), étude des philosophies ésotériques, peinture et enfin écriture.

Le MC de Champagne, par sa conjonction avec Pallas ou Palladion, indiquait une spécialisation sans équivoque: l'alchimie, point fort du natif. Il devint un excellent peintre, mais manqua toujours, dans ce domaine, de ce que l'on a coutume d'appeler le génie."

Voire...


Pousuivant notre petit tour du monde des publications fulcanelliennes, je voudrais pour terminer signaler aujourd'hui l'abondance des éditions hispaniques, à l'intention de nos amies et amis espagnols et hispanophones.

Cette couverture de Las Moradas Filosofales (Les Demeures Philosophales) de Fulcanelli est celle de l'éditeur Plaza & Janes, à Barcelone, en Espagne, en 1969. Elle s'inspire pour l'essentiel de l'édition Pauvert de 1965 et elle est bien complète des préfaces d'Eugène Canseliet

Elle sera réimprimée en 1973. En 1977, Plaza & Janes en était à la cinquième édition...En 2000 les Ediciones Indigo ont à leur tour publié les Demeures Philosophales, toujours "en Barcelona."

En 1989, Miguel Anguel Munoz Moya les a éditées également, mais...à Séville. A ma connaissance, il n'a toutefois fait paraître que le premier tome des Demeures.



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29 septembre 2006 5 29 /09 /septembre /2006 13:18


La sixième série des caissons alchimiques de la galerie haute du chateau de Dampierre-sur-Boutonne, dessinée par Julien Champagne, constitue la planche XXXI de l'édition originale des Demeures Philosophales de Fulcanelli.

Ce dessin de Julien Champagne est également reproduit dans l'édition Pauvert, où la planche correspondante porte le numéro XXXIII. Passons comme à l'accoutumée ces caissons en revue, l'un après l'autre.


"Là où Louis Audiat reconnaît la figure de Dieu le Père, nous voyons simplement celle d'un centaure, qu'une banderole, portant les sigles du sénat et du peuple romain, cache à demi. Le tout porte un étendard dont la hampe est solidement fichée en terre", explique Fulcanelli.

"Il s'agit donc bien, poursuit-il, d'une enseigne romaine, et l'on peut conclure que le sol sur lequel elle flotte est lui-même romain. D'ailleurs, les lettres .S.P.Q.R. abréviatives des mots Senatus PopulusQue Romanus accompagnent ordinairement les aigles et forment, avec la croix, les armes de la Ville éternelle."

Pour cet auteur, les alchimistes nomment terre romaine et vitriol romain la substance terrestre qui fournit le dissolvant des Sages, sans lequel il serait impossible de réduire les métaux en eau mercurielle, ou, si l'on préfère, en vitriol philosophique.

Fulcanelli semble alors indiquer que ce vitriol est double, et cite à ce propos Basile Valentin: "L'on peut, de Mars et de Vénus, faire un magnifique vitriol dans lequel les trois principes se rencontrent, lesquels servent souvent à l'enfantement et production de notre pierre."


Le sujet de ce bas-relief est assez singulier, selon Fulcanelli. "On y voit un jeune gladiateur, presque un enfant, s'acharnant à taillader, à grands coups d'épée, une ruche emplie de gâteaux de miel et dont il a ôté le couvercle. Deux mots en composent l'enseigne: .MELITVS.GLADIVS. Le glaive miellé."

Pour l'auteur, cet acte bizarre d'adolescent fougueux et emporté, livrant bataille aux abeilles comme Don Quichotte à ses moulins, n'est au fond que la traduction symbolique du premier travail, variante originale du thème si connu et si souvent exploité en hermétisme, le frappement du rocher.

"Le gladiateur tient la place de l'alchimiste. La jeunesse du personnage exprime cette simplicité qu'il faut savoir observer tout au long de l'ouvrage. D'autre part, si l'Adepte de Dampierre accorde la préférence au gladiateur, c'est pour signifier que l'artiste doit travailler ou combattre seul contre la matière."

Quant à la ruche, elle doit le privilège de figurer la pierre à cet artifice cabalistique qui fait dériver ruche de roche par permutation de voyelles.

"Les maîtres de l'art nous affirment qu'il faut commencer par frapper la pierre, roche ou ruche, qui est notre matière première, avec l'épée magique du feu secret, afin de déterminer l'écoulement de cette eau précieuse qu'elle renferme dans son sein. Car le sujet des sages n'est guère qu'une eau congelée."


"Le soleil, perçant les nues, darde ses rayons vers un nid de farlouse, contenant un petit oeuf et posé sur un tertre gazonné. Le phylactère, qui donne au bas-relief sa signification, porte l'inscription: .NEC.TE.NEC.SINE.TE. Non pas toi, mais rien sans toi."

Allusion au soleil, père de la pierre, suivant Hermès et la pluralité des philosophes hermétiques, avance Fulcanelli.

"L'astre symbolique, figuré dans sa splendeur radiante, tient la place du soleil métallique, ou soufre."

C'est ce soufre, conjoint au mercure, qui collabore à la génération de l'oeuf des philosophes en lui donnant la faculté végétative.

"Ce père réel de la pierre est donc indépendant d'elle, puisque la pierre provient de lui, d'où la première partie de l'axiome: nec te; et comme il est impossible de rien obtenir sans l'aide du soufre, la seconde proposition se trouve justifiée: nec sine te."


"Clos de son étroit couvercle, la panse rebondie mais fendue, un vulgaire pot de terre remplit, de sa majesté plébéienne et lézardée, la surface de ce caisson.

Son inscription affirme que le vase dont nous voyons l'image doit s'ouvrir de lui-même et rendre manifeste, par sa destruction, l'achèvement de ce qu'il renferme: .INTVS.SOLA.FIENT.MANIFESTA.RVINA."

Ce sujet est selon Fulcanelli d'autant plus original que son symbolisme se rapporte à la voie sèche, dite encore OEuvre de Saturne, aussi rarement traduite en iconographie que décrite dans les textes.

"Basée sur l'emploi de matériaux solides et cristallisés, la voie sèche (ars brevis) exige seulement le concours du creuset et l'application de températures élevées."

Mais à l'inverse de la voie humide, dont les ustensiles de verre permettent le contrôle facile et l'observation juste, la voie sèche ne peut éclairer l'opérateur, à quelque moment qu'il soit du travail.

"Pourtant, à l'extrémité de sa carrière, l'investigateur apercevra un signe, le seul, celui dont l'apparition indique le succès et confirme la perfection du soufre par la fixation totale du mercure; ce signe consiste dans la rupture spontanée du vaisseau."


"Une main céleste, dont le bras est bardé de fer, brandit l'épée et la spatule. Sur le phylactère, on lit ces mots latins: PERCVTIAM.ET.SANABO. Je blesserai et je guérirai."

Pour Fulcanelli, l'épée qui blesse et la spatule chargée d'appliquer le baume guérisseur ne sont en vérité qu'un seul et même agent, doué du double pouvoir de tuer et de ressusciter, de mortifier et de régénérer, de détruire et d'organiser.

"L'investigateur en possession du dissolvant, seul facteur susceptible d'agir sur les corps, de les détruire et d'en extraire la semence, n'aura qu'à rechercher le sujet métallique qui lui paraîtra le mieux approprié à remplir son dessein.

Ainsi, le métal dissous, broyé, "mis en pièces", lui abandonnera ce grain fixe et pur, esprit qu'il porte en soi, gemme brillante, parée de magnifique couleur, première manifestation de la pierre des sages, Phoebus naissant et père effectif du grand Elixir."


"Un lierre est figuré enroulé autour d'un tronc d'arbre mort, dont toutes les branches ont été coupées de main d'homme. Le phylactère qui complète ce bas-relief porte les mots: .INIMICA.AMICITIA. L'amitié ennemie."

Fulcanelli estime que la pierre, c'est-à-dire le sujet minéral des philosophes, est figurée sur le présent motif par le lierre, plante vivace, d'odeur forte, nauséabonde, tandis que le métal a pour représentant l'arbre inerte et mutilé.

"Notre arbre, étant à la fois scié et étreint, nous devons penser que le créateur de ces images a désiré indiquer clairement le métal et l'action dissolvante exercée contre lui...Mais le métal, quoique entièrement attaqué, n'est solubilisé qu'en partie.

Aussi est-il recommandé de réitérer fréquemment l'affusion de l'eau sur le corps, pour en extraire le soufre ou la semence "qui fait toute l'énergie de notre pierre;"

Et le soufre métaliique reçoit la vie de son ennemi même, en réparation de son inimitié et de sa haine.

"Cette opération, que les sages ont appelée réincrudation ou retour à l'état primitif, a surtout pour objet l'acquisition du soufre et sa revivification par le mercure initial."


"Perçant les nuées, une main d'homme lance contre un rocher sept boules qui rebondissent vers elle. Ce bas-relief est orné de l'inscription: .CONCVSSVS.SVRGO. Heurté, je rebondis."

Image, commente Fulcanelli, de l'axiome hermétique Solve et coagula, dissous et coagule. Ce sont les fruits du labeur hermétique que la main céleste jette contre le rocher, emblème de la substance mercurielle.

"Chaque fois que la pierre, fixe et parfaite, est reprise par le mercure afin de s'y dissoudre, de s'y nourrir de nouveau, d'y augmenter non seulement en poids et en volume, mais encore en énergie, elle retourne par la coction à son état, à sa couleur et à son aspect primitifs."

On peut donc dire qu'après avoir touché le mercure elle revient à son point de départ.

"Ce sont ces phases de chute et d'ascension, de solution et de coagulation qui caractérisent les multiplications successives qui donnent à chaque renaissance de la pierre une puissance théorique décuple de la précédente."


"C'est un arbre mort, aux branches coupées, aux racines déchaussées, que nous présente ce bas-relief.

Il ne porte point d'inscription, mais seulement deux signes de notation alchimique gravés sur un cartouche; l'un, figure schématique du niveau, exprime le Soufre; l'autre, triangle équilatéral à sommet supérieur, désigne le Feu."

Fulcanelli rappelle ici que l'arbre desséché, que nous avons déjà rencontré ailleurs, est un symbole des métaux usuels réduits de leurs minerais et fondus, auxquels les hautes temprératures des fours métallurgiques ont fait perdre l'activité qu'ils possédaient dans leur gîte naturel.

"C'est pourquoi les philosophes les qualifient de morts et les reconnaissent impropres au travail de l'OEuvre, jusqu'à ce qu'ils soient revivifiés, ou réincrudés selon le terme consacré, par ce feu interne qui ne les abandonne jamais complètement."

Les métaux, fixés sous la forme industrielle que nous leur connaissons, gardent encore, au plus profond de leur substance, l'âme que le feu vulgaire a resserrée et condensée, mais qu'il n'a pu détruire.

"Et cette âme, les sages l'ont nommée feu ou soufre, par ce qu'elle est véritablement l'agent de toutes les mutations...Cherchez donc le soufre dans le tronc mort des métaux vulgaires, et vous obtiendrez en même temps ce feu naturel et métallique qui est la clef principale du labeur alchimique."


"Une pyramide hexagonale, faite de plaques de tôle rivées, porte accrochés à ses parois, divers emblèmes de chevalerie et d'hermétisme, pièces d'armure et pièces honorables: targes, armet, brassard, gantelets, couronne et guirlandes.

Son épigraphe est tirée d'un vers de Virgile (Enéide, XI, 641): .SIC.ITVR.AD.ASTRA. C'est ainsi qu'on s'immortalise."

Et Fulcanelli d'identifier cette construction pyramidale, dont la forme rappelle celle de l'hiéroglyphe adopté pour désigner le feu, comme nous venons de le voir, à l'Athanor, mot par lequel les alchimistes signalent le fourneau philosophique indispensable à la maturation de l'OEuvre. Mais ce fourneau n'est pas, bien entendu, celui du vulgaire.

"La matière seule étant le véhicule du feu naturel et secret, immortel agent de toutes nos réalisations, reste pour nous l'unique et véritable Athanor (du grec Athanatos, qui se renouvelle et ne meurt jamais)."

Ce feu est double, il renferme à la fois les vertus attractives, agglutinantes et organisatrices du mercure, et les propriétés siccatives, coagulantes et fixatives du soufre.

"Ainsi, la matière détruite, mortifiée puis recomposée en un nouveau corps, grâce au feu secret qu'excite celui du fourneau, s'élève graduellement à l'aide des multiplications, jusqu'à la perfection du feu pur, voilée sous la figure de l'immortel Phénix: sic itur ad astra.

De même l'ouvrier, fidèle serviteur de la nature, acquiert, avec la connaissance sublime, le haut titre de chevalier, l'estime de ses pairs, la reconnaissance de ses frères et l'honneur, plus enviable que toute la gloire mondaine, de figurer parmi les disciples d'Elie."




La cité d'Elie n'étant autre qu'Héliopolis, on comprend mieux, désormais, pourquoi Fulcanelli recommanda à son disciple Eugène Canseliet d'user à bon escient de son titre de Frère Chevalier
d'Héliopolis.

A l'occasion du centenaire de la naissance de Canseliet, un colloque lui fut dédié en 2000 à Paris, auquel votre serviteur eut le bonheur d'assister, et qui s'acheva à La Sorbonne. Il est excessivement dommage que les actes n'en aient pas été publiés.

Nous devons donc savoir gré à Pierre-Alexandre Nicolas, des Editions Arcadis, et à sa revue L'Alchimie, d'avoir dans le numéro 6 de cette dernière, partiellement pallié ce manque, au premier trimestre 2001.

http://www.lirexpress.com/advanced_search_result.php?keywords=ARCADIS&osCsid=
a4e2eb52e5c8ca552b471e82851fd6cb&x=2&y=11

Et alors à Julien Champagne, me direz-vous, aucune revue n'a encore daigné consacrer sa couverture? Si fait, si fait, mais "demain est un autre jour".




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27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 18:54


Fulcanelli ne le cite que dans Le Mystère des Cathédrales. Et pourtant son empreinte s'étend bien au-delà de ces quelques mentions, et marque également, en particulier, certains passages des Demeures Philosophales du même auteur.

Je veux parler ici des travaux pour le moins non conformistes du docteur Gustave-Joseph Witkowski (1844-1923), dont vous constaterez avec moi qu'il est pratiquement un contemporain du mentor de Julien Champagne et d'Eugène Canseliet.

Je ne vais pas me livrer ici à une étude bio-bibliographique de ce médecin littérateur, actuellement bien oublié, mais que nous avons déjà rencontré lors de notre article Jean Schemit éditeur de Champagne (30 avril 2006).

En effet, cet auteur méconnu qui signant G.J. s'est parfois vu gratifier du prénom de Jules ou de Jean, et dont le troisième "petit nom" était Alphonse, a comme Fulcanelli à l'origine été publié par Schemit.

J'ai déjà rappelé les titres de ces principaux ouvrages, du moins de ceux qui ont attiré sur leur rédacteur l'attention de certains ésotéristes avertis; ce sont précisément ceux que Schemit, probablement averti lui-même, a publiés.

 

witkowski2010.champagne

 

L'art profane à l'église comporte en fait deux parties: France, 1908, dont nous voyons ici la page de garde, et Etranger (même année). La première partie a été réimprimée par Nabu Press (Etats-Unis) en 2010 et 2011.

http://www.uread.com/book/lart-profane-lglise-gustave-joseph/9781142885045

Présenté comme son complément, L'art chrétien, ses licences suivra en 1912, toujours chez Schemit.

Parfois licencieux en effet, ces trois livres, qui avaient été précédés des Seins dans l'histoire (Maloine, 1903) et des Seins à l'église (Maloine, 1907), visent en fait surtout à montrer que l'art religieux ne parvient pas toujours à s'abstraire - et heureusement  estime manifestement Witkowski - des pesanteurs de la chair pour s'élever d'entrée de jeu dans les sphères célestes.

Que leur auteur fut friand chasseur d'images équivoques ou scabreuses est incontestable. Il n'empêche que le résultat de cette quête constitue un ensemble où, pour reprendre l'expression d'Eugène Canseliet, "iconographie et texte uniquement axés sur le bizarre et semblablement étrangers à l'édification, sont riches, très souvent, de cet hermétisme que Jean Schemit avait décelé, avec autant de conviction que de sagesse."

Soyons honnête cependant, et reconnaissons que si l'on excepte ses trois publications schemitiennes, le distingué et prolifique docteur n'a guère bouleversé les annales médicales et littéraires:

http://ucsfcat.ucsf.edu:2082/search/a?Witkowski%2C+G.-J.+(Gustave+Joseph)%2C+1844-1923

Aussi prenons congé de son individualité terrestre, en saluant son érudition et également son humour, certes noir, d'un genre que n'aurait probablement pas désavoué un Julien Champagne.

Voici donc le faire-part "anticipé" de décès qu'il rédigea à son propre usage, et qui figure dans le post-scriptum de son Art chrétien.

 

GJW.champagne

 

Et prenons avec Fulcanelli et son dessinateur le chemin du mausolée François II de Nantes, dessiné par Jean Perréal et sculpté par Michel Colombe,qui fait l'objet de tout un chapitre des Demeures Philosophales.

Witkowski dans son Art profane à l'église y traite bien de la statue représentant la force, que nous avons brièvement étudiée en son temps (Champagne force aimant, 11 mars 2006).

A l'époque, Nantes était en Loire-Inférieure, et c'est donc à propos de ce département que notre libertin de toubib aborde vaillamment, mais très précisément, la cathédrale Saint-Pierre et ce tombeau:

"Aux angles du tombeau de François II, duc de Bretagne, et de Marguerite de Foix, sa seconde femme, les quatre Vertus cardinales se tiennent debout.

C'est la Justice, sous les traits de la fille des défunts, Anne de Bretagne; puis la Force, la Prudence, et la Sagesse qui a un double visage de jeune femme et de vieillard.

La force porte sur chaque sein un soleil, la source de toutes les forces vives et créatrices de la Nature (figure 329)."

Cette figure, dont il est inutile désormais de se demander pourquoi elle a été choisie plutôt que d'autres, a été dessinée vraisemblablement par G.A. Payraud, d'après nous explique Witkowski l'Iconographie de Monseigneur Barbier de Montault.


C'est curieusement encore la force - il est vrai un des chefs-d'oeuvre et de Colombe et de Champagne - qui sera choisie pour illustrer seule le même monument dans le remarquable petit livre de Josane Charpentier, compagne de Louis Charpentier, auteur notamment des Mystères de la cathédrale de Chartres (Laffont, 1985).

Je veux parler de La France des lieux et demeures alchimiques (Retz, 1980). Préfacé par Eugène Canseliet, qui était un ami du couple, et peut-être illustré par sa fille Isabelle Canseliet, cet ouvrage gagnerait à mon avis à être repris dans une perspective plus large, vraisemblablement européenne.


Voici pour terminer ce que dit Josane de la force ainsi statufiée:

"La tête couverte d'un casque au mufle de lion, la Force porte un corselet d'armure finement ciselé.
Elle tient de la main gauche une tour, tandis que de la droite, elle en arrache un petit dragon ailé, tout en lui tordant le cou.

Pour l'alchimiste, ce dragon représente la matière première, volatile, qu'on appelle mercure commun. On peut donc considérer la tour comme l'enveloppe, la gangue ou la minière du dragon, voire son refuge, d'où il faudra l'extraire, même en employant la force, tel qu'on sépare le mercure de la matière brute.

Cette interprétation se trouve en quelque sorte confirmée, car elle porte sur ses bras une longue écharpe: elle s'est donc dévoilée et laisse supposer un sens caché, qu'il importe de découvrir.

On remarque également que les écailles, sur la gorgerette de la cuirasse, rappellent celles du dragon. Et des écailles de poisson sont disposées en demi-cercle autour de la taille. Or, le poisson est le symbole du soufre, comme le dragon est un emblème mercuriel."



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25 septembre 2006 1 25 /09 /septembre /2006 07:33


Après notre dernier article sur le manoir lexovien de la salamandre (Etoile de Champagne, 23 septembre 2006), dont nous avions alors franchi la porte, poursuivons sans nous désunir notre chemin de promenade vers le premier étage.

"Au premier étage du manoir de Lisieux, nous explique Fulcanelli dans ses Demeures Philosophales, et taillé dans le pilier gauche de sa façade, un homme d'aspect primitif soulève et paraît vouloir emporter un écot d'assez forte dimension."

Intitulée L'Homme à l'écot du poteau cornier, la planche correspondante, dessinée par Julien Champagne, porte dans l'édition originale des Demeures le numéro IV et est remplacée dans
l'édition Pauvert par une photo sensiblement différente (planche VII).


Ce symbole, qui semble fort obscur, cache cependant pour Fulcanelli le plus important des arcanes secondaires de l'alchimie.

"L'écot dont s'est saisi cet artisan d'un autre âge ne paraît guère devoir servir qu'à son génie industrieux. Et pourtant, c'est bien là notre arbre sec."

Tel est, précise-t-il bientôt, l'hiéroglyphe adopté par les philosophes pour exprimer l'inertie métallique, c'est-à-dire l'état spécial que l'industrie humaine fait prendre aux métaux réduits et fondus.

"L'ésotérisme hermétique démontre, en effet, que les corps métalliques demeurent vivants et doués du pouvoir végétatif, tant qu'ils sont minéralisés dans leurs gîtes.

Il s'y trouvent associés à l'agent spécifique, ou esprit minéral, qui en assure la vitalité, la nutrition et l'évolution jusqu'au terme requis par la nature."

Au contraire, ajoute-t-il, les minerais qui ont subi le grillage et la fusion ne possèdent pas d'agent vital propre.

"Les sages nous disent qu'ils sont morts, du moins en apparence, parce qu'il nous est impossible, sous leur masse solide et cristallisée, d'évertuer la vie latente, cachée au profond de leur être.

Ce sont des arbres morts, bien qu'ils recèlent encore un reste d'humidité, lesquels ne donneront plus de feuilles, de fleurs, de fruits, ni surtout, de semence."


Que faire à ce stade? Fulcanelli explique que la réincrudation qu'il s'agit opérer ne peut consister en un retour pur et simple du métal à son état primitif.

En effet, rappelle-t-il, suivant un axiome philosophique souvent énoncé, les corps n'ont point d'action sur les corps. Seuls les esprits sont actifs et agissants.

"L'animation du métal est réalisée par cet agent vital dont nous avons parlé. C'est lui l'esprit qui s'est enfui du corps lors de sa manifestation sur le plan physique;

c'est lui l'âme métallique, ou cette matière première qu'on n'a point voulu désigner autrement, et qui fait sa résidence dans le sein de la Vierge sans tache."

L'animation du métal, conclut-il, vitalisation de l'arbre sec, est donc à proprement parler la résurrection du mort.


Souvenons-nous que nous avons déjà rencontré, il y a tout juste un mois, l'arbre sec et l'arbre vert lors de notre examen  de la première série des caissons alchimiques de la galerie du chateau de Dampierre-sur-Boutonne (De Diane de Poitiers à Champagne, 26 août 2006).

Pour sa part, Eugène Canseliet, dans l'article de son recueil Alchimie (Pauvert, 1964) consacré à l'arbre alchimique est à son tour revenu sur le thème de l'arbre sec:

"Faut-il voir dans le chaos dont parlent les alchimistes, - et que Dieu garda sur la terre comme une parcelle précieuse de la matière primordiale, à la disposition des hommes de bonne volonté, faut-il voir dans ce chaos, cet arbre de la vie qu'on rencontre si fréquemment dans l'imagerie alchimico-religieuse?

Certes oui, parce qu'il se complète, dans l'hermétique réalisation, de l'arbre sec, hiéroglyphe du corps mort et privé d'âme, qu'il lui faudra ressusciter et animer par son eau vive.

Sur les deux parties opposées du petit monde philosophal, l'un ne saurait croître sans l'autre, tandis qu'ils poussent séparément leurs racines, le premier dans le ciel, le second au sein de la terre."


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24 septembre 2006 7 24 /09 /septembre /2006 12:22


Grâce à Walter Grosse de qui j'en profite pour recommander à nouveau le site dédié à Fulcanelli:

http://www.fulgrosse.com/

voici une adresse de Julien Champagne qui ne me paraît pas encore avoir été relevée. "Hubert" a incontestablement en 1905, époque à laquelle il a rencontré Fulcanelli, vraisemblablement dans la capitale, habité à Paris au 20 de la rue Torricelli, dans le 17ème arrondissement.

Je ne sais si vous arriverez à déchiffrer mon cliché extrait de la liste ad hoc des résidents parisiens par arrondissement, dénichée par Grosse, mais il établit qu'un Jean Julien Champagne, né le 23 janvier 1877 à Levallois Perret , élève aux Beaux Arts, vivait alors à cette adresse.

D'après Walter, il y résidait encore en 1907. Il me précise voir dans cette "liste électorale" qu'Alfred Alphonse Champagne, né à Béalcourt (Somme) le 18 décembre 1878 habitait également à cet endroit en 1905, mais plus en 1907.

Il pense qu'Alfred Alphonse pourrait être un cousin de Jean Julien. Toujours à la même adresse, il lit qu'habitait en 1905 et 1907 Alphonse Hubert Champagne, né à Paris le 5 août 1854. Pour lui, cet "agriculteur" ou employé d'agriculteur serait le père de Julien Champagne.

Il aurait été en fait employé au ministère de l'Agriculture entre 1900 et 1914 et la famille Champagne aurait habité la rue Toricelli jusqu'au début de la première guerre mondiale.

Je relève pour ma part que la déclaration de naissance de Julien:

http://archer.over-blog.net/article-2258329.html

établit que son père, effectivement prénommé Alphonse Hubert, était cocher. Et qu'il était effectivement âgé de 23 ans en 1877.

Il est tout de même amusant de constater, et ceci devrait plaire entre autres à Patrick Rivière, que Champagne ait résidé dans la rue d'un "thermo-maître".

En effet, Evangelista Torricelli ou Toricelli (1608-1647), élève et disciple de Galileo Galilei, passe pour être l'inventeur, ou un des inventeurs, du baromètre à mercure:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Evangelista_Torricelli
http://mendeleiev.cyberscol.qc.ca/Chimisterie/2001-2002/andersonk.html
http://www.utc.fr/~tthomass/Themes/Unites/Hommes/torr/depart_torr.html



Je voudrais pour terminer ce post revenir avec vous un instant sur la dernière demeure de Julien Champagne.

Comme nous l'avons vu avec mon article du 25 février 2006:

http://archer.over-blog.net/article-1985596.html

il est enterré au cimetière d'Arnouville-lès-Gonesse, actuellement situé dans le Val d'oise (ex Seine et Oise).

Dans son Fulcanelli dévoilé, Geneviève Dubois nous précise la localisation exacte de sa tombe: carré D, numéro 45.

Elle nous fournit également deux clichés de celle-ci, dont le premier a déjà été reproduit par votre serviteur, et dont voici le second.

"La plaque a été enlevée ou volée", constate-telle avec nous. Dans Le Forum de la Librairie du Merveilleux:

http://forum.aceboard.net/?login=50340

Julien Champagne fait l'objet de deux "fils":

http://forum.aceboard.net/recherche.php?login=50340&posteur=&ou=2&forum=2498&mot=CHAMPAGNE&go=1

Sur le second, Ibrahim propose de restaurer la sépulture mutilée, et je m'associe bien sûr à cette heureuse initiative.

Ceci dit, foi de Saint Jacques, la tombe est vide, la pierre est nue, Champagne vit.


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23 septembre 2006 6 23 /09 /septembre /2006 10:18

C'est avec cette belle gravure romantique du manoir de la salamandre ou si vous préférez de la maison François 1er, à Lisieux, que je vous propose de revenir maintenant pour la troisième fois, en compagnie de Fulcanelli et de son dessinateur Julien Champagne, sur ce logis alchimique qui fut vraisemblablement édifié et occupé par un Adepte, resté dans un anonymat total.

Sans pouvoir conclure, Fulcanelli s'est cependant livré à son propos à toute une étude historique qui l'a conduit à se demander si cet alchimiste n'aurait pas été proche du groupe d'hermétistes qui à cette époque ont oeuvré, à Caen et à Flers, et qu'on connaît généralement sous le nom générique des "alchimistes de Flers": Grosparmy, Valois, et Vicot.

Sur le manoir de Lisieux et son histoire, sur laquelle nous reviendrons j'espère, n'hésitez pas dans l'attente à consulter:

http://hdelboy.club.fr/salamandre_lisieux.html
http://www.bmlisieux.com/normandie/maisonlx.htm

Dans mes précédents articles sur ce charmant édifice hélas disparu (Champagne lexovien, 17 avril 2006 et Champagne et le manoir de Lisieux, 28 aout 2006), je n'ai pas abordé l'une des pièces maîtresses de la "méson", qui est tout simplement sa porte d'entrée. Ouvrons donc ensemble cette porte, étudiée en détail par Fulcanelli dans le chapitre des Demeures Philosophales qu’il a consacré au manoir.

Et précisons d’emblée que la planche V de l'édition originale des Demeures, oeuvre de Julien Champagne, n'étant qu'imparfaitement remplaçée dans l'édition Pauvert de 1977 par un cliché que je trouve pour ma part peu élégant (planche VIII), j'ai choisi de vous en présenter un autre.



"Nous voici, nous dit donc Fulcanelli, à l'entrée, close depuis longtemps du joli manoir. La beauté du style, le choix heureux des motifs, la délicatesse de l'exécution font de cette petite porte l'un des plus agréables spécimens de la sculpture sur bois au XVIème siècle.

C'est une joie pour l'artiste, autant qu'un trésor pour l'alchimiste, que ce paradigme hermétique exclusivement consacré au symbolisme de la voie sèche, la seule que les auteurs aient réservée sans en fournir d'explication."

L'Adepte précise alors que dans l'analyse de ce paradigme, il respectera l'ordre du travail, sans se laisser guider par des considérations d'ordre esthétique ou de logique architecturale, et ce afin de rendre plus sensible aux étudiants la valeur des emblèmes examinés.

Et il enchaîne aussitôt:


"Sur le tympan de l'huis aux panneaux sculptés, on remarque un intéressant groupe allégorique composé d'un lion et d'une lionne se faisant vis-à-vis. Ils tiennent tous deux, par leurs pattes antérieures, un masque humain personnifiant le soleil, cerné d'une liane recourbée en manche de miroir."

Fulcanelli estime que lion et lionne, principe mâle et vertu femelle, reflètent l'expression physique des deux natures, de forme semblable, mais de propriétés contraires, que l'art doit élire au début de la pratique.

"De leur union, accomplie selon certaines règles secrètes, provient cette double nature, matière mixte que les sages ont nommée androgyne, leur hermaphrodite ou Miroir de l'Art.

C'est cette substance, à la fois positive et négative, patient contenant son propre agent, qui est la base, le fondement du Grand OEuvre."


"Au poteau d'huisserie gauche de la porte que nous étudions, un sujet en haut-relief attire et retient l'attention.

Il figure un homme richement vêtu du pourpoint à manches, coiffé d'une sorte de mortier, et la poitrine blasonnée d'un écu montrant l'étoile à six pointes.

Ce personnage de condition, campé sur le couvercle d'une urne aux parois repoussées, sert à indiquer,  suivant la coutume du moyen âge, le contenu du vaisseau."

C'est, ajoute Fulcanelli, la substance qui, au cours des sublimations, sélève  au-dessus de l'eau, qu'elle surnage comme une huile; c'est l'Hypérion et le Vitriol de Basile Valentin, le lion vert de Ripley et de Jacques Tesson, en un mot la véritable inconnue du grand problème.

Et il termine, naturellement, par une explication du motif de la salamandre:

"Voici maintenant le dernier sujet décoratif de notre porte. C'est une salamandre servant de chapiteau à la colonnette torse du jambage droit.

Elle nous paraît être, en quelque sorte, la fée protectrice de cette agréable demeure, car nous la retrouvons sculptée sur le corbeau du pilier médian, situé au rez-de-chaussée, et jusque sur la lucarne du grenier.

Il semblerait même, étant donné la répétition voulue du symbole, que notre alchimiste eût une préférence marquée pour ce reptile héraldique."

Pour lui, la salamandre est l'hiéroglyphe du feu secret des sages:

"Dans l'élaboration du mercure, rien ne saurait se substituer au feu secret, à cet esprit susceptible de l'animer, de l'exalter et de faire corps avec lui, après l'avoir extrait de la matière immonde...

Ce Bélier "qui cache en soy l'acier magique" porte ostensiblement sur son écu l'image du sceau hermétique, astre aux six rayons.

C'est donc dans cette matière très commune que nous devons rechercher le mystérieux feu solaire, sel subtil et soufre spirituel, lumière céleste diffuse dans les ténèbres du corps, sans laquelle rien ne peut se faire et que rien ne saurait remplacer."

 

 



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21 septembre 2006 4 21 /09 /septembre /2006 22:29


Peut-on en un seul article prétendre présenter Maryse Choisy (1903-1979), cette femme actuellement un peu oubliée aux multiples vies, et donc à l'individualité particulièrement riche, sinon complexe, voire étrange?

A vrai dire, je n'en aurai pas la prétention, car de quelle Maryse devrais-je sinon vous entretenir? De
la philosophe, de la psychanalyste, de la journaliste,  de la féministe, de l'amazone, de l'épouse, de la mère, de l'artiste peintre, de la mystique, et j'en passe, c'en est à se demander si cette amie des bêtes, qui a aussi fondé une alliance mondiale des religions, n'a pas réussi un improbable doublement, voire triplement de personnalité.

Pour vous en faire une idée, lisez le livre que lui a consacré Bernard Guillemain, Maryse Choisy ou l'amoureuse sagesse (CAMC Hachette, 1959), ou jetez un coup d'oeil à quelques sites:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maryse_Choisy
http://en.wikipedia.org/wiki/Maryse_Choisy
http://www.hommes-et-faits.com/contributions/bio_Choisy.html
http://www.lemondeduyoga.org/htm/lavie/article.php?ID_ARTICLE=27

Ou encore, et c'est peut-être mieux, finalement, lisez du Choisy!

Avant donc d'en venir à son penchant avéré pour l'ésotérisme, qui la relie au destin de Julien Champagne, disons quand même quelques mots de ce parcours hors norme. Pour simplifier, je dirais qu'elle s'est surtout fait connaître avant le second conflit mondial comme une sorte de publiciste...omnivore.

Et qu'après 1945 elle me paraît surtout s'être consacrée à deux des facettes principales de ses talents dans le relationnel et l'écriture, avec d'une part une discrète mais mémorable contribution à l'école française de psychanalyse, et de l'autre un rapprochement contesté mais évident avec l'église, et même avec toutes les églises.

Docteur en philosophie, ayant étudié à la Sorbonne et à Cambridge, elle est dans un premier temps très influencée par la pensée d'Henry Bergson, une influence qui ne se démentira pas.

Ses premiers contacts avec la psychanalyse sont houleux, puisqu'elle interrompt brutalement ses entretiens avec un certain docteur Sigmund Freud. Elle sera ensuite plus proche de Carl Gustav Jung, et ceci la rapproche déjà de l'alchimie.

Ses premières publications sont diverses: elle écrit des poèmes, des "romans philosophiques", mais très tôt se lance dans le journalisme grand public, avec quelques récits où transparaît clairement son caractère d'aventurière: Un mois chez les filles (1929), Un mois chez les hommes et L'amour dans les prisons (1930) asseoient sa notoriété.

Parallèlement, elle flirte avec le courant surréaliste (autre penchant intéressant d'un point de vue hermétique) et particulièrement...avec Joseph Delteil. Elle s'en séparera pour affirmer son propre moi (Delteil tout nu, 1930).

Mais dès 1929 Maryse a une crise mystique. Ellle s'en arrange en écrivant une Sainte Thérèse de Lisieux! Et surtout, tournant de sa vie, elle épouse Maurice Clouzet. En 1932, naît ainsi une Colette Clouzet. Sa marraine? L'écrivaine Colette, bien sûr.

En 1946, Maryse Choisy fonde Psyché, revue internationale de psychanalyse et des sciences de l'homme.

Le premier numéro s'en ouvre, avec éclat, par une étude de Louis de Broglie: La réalité des molécules et l'oeuvre de Jean Perrin...aussitôt suivie par une méditation du père Pierre Teilhard de Chardin, dont Maryse Choisy sera une proche: Le cône du temps.

Maryse est alors dans l'orbite du psychanalyste français René Laforgue. Elle est thérapeute et parmi ses disciples figure un certain Jacques Lacan.

La même année 1946 , Choisy écrit Contes pour ma fille...et quelques autres, et commence bientôt sa période indienne. Elle part pour l'Inde, pour la seconde fois, en 1952 et est reçue par le "pandit" Jawaharlal Nehru...

En 1965, elle créera l'Alliance mondiale des religions, qui suscitera en particulier l'adhésion enthousiaste du révérend père et futur cardinal Jean Daniélou.

Quel parcours! Si je devais vous conseiller de Maryse un autre livre que ceux déjà cités, ce serait non pas La guerre des sexes, réédité en 1970, mais plutôt ses mémoires de 1977, opportunément intitulés Sur le chemin de Dieu, on rencontre d'abord le diable.

En effet, et nous en revenons maintenant à ce diable de Julien Champagne, l'intérêt de Maryse Choisy pour l'occultisme est ancien. Dès 1929 elle publie un volume sur La chirologie.

Mais surtout, en 1935, elle participe à la création de l'Association pour la rénovation de l'occultisme traditionnel (AROT):

http://www.franc-maconnerie.org/web-pages/hermetisme/occultisme.htm
http://ufoweb.free.fr/dossier-soc-secretes.htm
http://www.psychiatrie-und-ethik.de/rundbriefe/Rb1_05.htm

L'AROT, organisation très confidentielle, semble d'ailleurs avoir été créée au sein d'un hebdomadaire de grande diffusion qu'elle dirigeait alors: Votre bonheur, qui s'est également "avant guerre" appelé Consolation.

Parmi ses quelques rares membres, nous retrouvons des hommes que nous avons déjà rencontrés par ailleurs, tels Jules Boucher et Robert Ambelain (Champagne et Jules Boucher,
13 février 2006, Champagne à l'ombre de Robert Ambelain, 4 mai 2006).

Cette AROT a été villipendée, peut-être à juste titre, par Luis Miguel Martinez Otero, dans son Fulcanelli, une biographie impossible, Arista (1989).

On pourra également se reporter, à propos de Votre bonheur, à mon article Julien Champagne en parapsychologie, 2 septembre 2006.

On retrouve encore Maryse Choisy avec Oswald Wirth, dans une Société des sciences anciennes dont on ne sait à peu près rien...

Rappelons enfin que c'est en 1936, dans la revue Consolation, dirigée par elle, que paraîtra un article de J.B. (Jules Boucher), sur la croix d'Hendaye, article que reproduit Geneviève Dubois dans son Fulcanelli dévoilé (Dervy, 1992 et 1996), et croix sur laquelle nous entendons revenir, naturellement.

Cet article serait paru dans le numéro 37 (30 avril 1936). Il aurait été précédé d'un autre dans le 26
(13 février 1936).

Ne perdons pas de vue, en effet, que la croix d'Hendaye refera son apparition, comme déjà souligné, dans la deuxième édition du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, avec des dessins de Julien Champagne (Omnium Littéraire, 1957). L'année suivante, Maryse fait d'ailleurs paraître un livre étrange, tout empli de réminiscences et de prémonitions: Mais la terre est sacrée...

 

MCsignure.champagne

 

Ne quittons pas en tout cas, et peut-être provisoirement, Maryse Choisy, sans mentionner de cet auteur un texte très intéressant de 1947, consacré aux symboles et aux mythes:

http://www.hommes-et-faits.com/ima_cult/Mc_Symbole_01.htm

En voici les dernières lignes:

"Allons toujours à la plus grande vie...Nous sommes ce champ de bataille perpétuel où les instincts de vie triomphent pour quelques années seulement des instincts de mort qui nous reprennent à l'heure de l'agonie.

Pour sortir de cette duperie individuelle, pour monter sur le plan de l'éternel, nous devons d'abord dépasser ce qui en nous est voué à la destruction finale.

Seul l'amour oblatif - l'expression supérieure des instincts de vie - peut nous faire accéder au Tout et nous rendre indépendants du temps, de l'espace, de la désintégration.

Quel mythe nous donnera rapidement ce plus grand amour, pour vaincre la guerre et la destruction? On cherche un mythe moderne...

On cherche...Et s'il était déjà trouvé?"





Mystique gris pcc
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17 septembre 2006 7 17 /09 /septembre /2006 13:43


Sauf erreur, voici après notre article "Champagne et le caput mortuum" (11 septembre 2006) la dernière planche que nous devions évoquer de Julien Champagne qui soit consacrée à l'hotel Lallemant de Bourges, dans l'édition originale du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli.

Elle y porte le numéro XXXIV et est remplacée dans l'édition Pauvert par le cliché XLV. Comme son titre l'indique, elle n'illustre qu'un fragment du plafond de la chapelle.



En effet, sur la trentaine de caissons alchimiques que comporte ce plafond, qui est comme un modèle réduit de la galerie du chateau de Dampierre-sur-Boutonne, Fulcanelli a curieusement choisi de n'en faire reproduire que six.

"Notre intention, explique-t-il, n'est pas d'analyser par le menu toutes les images qui décorent les caissons de ce plafond modèle dans le genre.

Le sujet, fort étendu, nécessiterait une étude spéciale et nous obligerait à de fréquentes redites."

Cette étude, il l'entreprendra pourtant sur Dampierre, dans Les Demeures Philosophales, à propos d'un ensemble architectural bien plus volumineux...

"Nous nous bornerons donc, annonce l'Adepte, à en donner une rapide description et à résumer ce qu'expriment les plus originaux."

Quant à nous, nous allons bien entendu nous concentrer sur les six caissons dessinés par Julien Champagne, que comme pour Dampierre nous allons aborder un par un.


J'ai pensé qu'il pourrait être intéressant de reproduire à côté des dessins d'"Hubert " ceux de Christian Dumolard dans son excellent site de La Rue de l'Alchimie:

http://hermetism.free.fr/archi-lallemant.htm

Notons d'ailleurs en passant que Bourges a ou a eu une rue de l'alchimie. Notons surtout qu'avec Jean-Jacques Mathé, Christian Dumolard est un des très rares auteurs à avoir étudié de près les caissons de la chapelle de l'hotel Lallemant.

Les Croquis du plafond alchimique de l'hôtel Jean Lallemant à Bourges de Christian Dumolard ont paru en 1982, puis semble-t-il en 1991 aux éditions L'Or du Temps.

 

CDchampagne



Le livre de Jean-Jacques Mathé sur L'interprétation alchimique des caissons de l'hotel Lallemant a été publié aux éditions belges du Baucens en 1976.

Je m'inspirerai également, bien entendu, de l'excellente étude d'Hervé Delboy sur le même monument:

http://hdelboy.club.fr/plafond_lallemant.html
http://hdelboy.club.fr/plafond_lallemant.pdf

Mais il va aussi de soi que pour chaque emblème,  je signalerai la mention qui en est faite par Fulcanelli, fût-elle laconique.

C'est précisément le cas, en particulier, du premier d'entre eux, puisque l'Adepte se contente d'écrire à son propos:

"Nous remarquons aussi le livre ouvert dévoré par le feu."

Ce symbole du livre ouvert ou fermé est bien connu, nous avons déjà compris que le livre ouvert représente pour sa part la matière préparée, ouvrée.

Delboy cite ici Eugène Canseliet:

"Cet emblème allégorise la liquation de la matière au début du Grand OEuvre, exactement la séparation de la lumière d'avec les ténèbres par l'intervention du fer ouvrant, avec l'aide du feu, le grand Livre de la Nature."


Fulcanelli n'est guère plus disert à propos de notre second caisson, qu'il se contente de décrire et de commenter ainsi:

"La colombe auréolée, radiante et flamboyante, emblème de l'esprit."

La colombe, ajoute et confirme Delboy, exprime au mieux les félicités à venir, pour l'artiste qui aura su peser juste les matières de l'OEuvre: L'esprit, l'âme et le corps.

Que ce volatile soit ici plus spécialement voué à la représentation de l'illumination nécessaire à cette juste pesée me semble être bien souligné par les langues de feu qui l'entourent et semblent en émaner, et qui nous rappellent celles de la Pentecöte.

Du troisième caisson, Fulcanelli ne dit que quelques mots, se montrant là encore extrêmement...lapidaire:

"Le corbeau igné, juché sur le crâne qu'il becquète, figures assemblées de la mort et de la putréfaction."

Dumolard identifie pour sa part ce volatile avec le faucon pèlerin des chasses royales du Moyen Age et de la Renaissance, et cite Charles d'Arcussia, grand fauconnier royal:

" Il faut préférer le faucon parce qu'il est le signe hiéroglyphique de la victoire et parce que les os de ses cuisses attirent l'or comme l'aimant attire le fer."


Pour Delboy, le corbeau est l'autre nom que l'on donne au laiton, à l'airain, bref à l'amalgame philosophique.

Les Latins dédièrent sa constellation à Apollon, parce qu'il désaltéra le dieu de la lumière. C'est donc l'oiseau du soleil, ce qu'on aurait tendance à oublier, les alchimistes ne cessant de parler de tête de corbeau lorsqu'ils veulent signifier leur putréfaction.

Peut-être tient-on ici l'explication de cette parabole obscure de Philalèthe: "Le lion mourant, naît le corbeau."

Nouvelle illustration du fait que c'est la mort qui détient le secret de la vie.

Le quatrième motif est tout de même un peu moins austère et - peut-être par coïncidence - Fulcanelli se montre un peu plus bavard à ce moment précis:

"L'ange qui fait tourner le monde à la façon d'une toupie, sujet repris et développé dans un petit livre intitulé Typus Mundi, oeuvre de quelques pères Jésuites."


Dans cette toupie, Delboy voit un bilboquet et estime que ce jouet nous renvoie à un artifice précis:

"L'ange dévide un fil qui s'entoure autour d'une sphère surmontée du symbole cruciforme, en somme de la stibine."

C'est pour lui indiquer par là le mouvement requis au troisième oeuvre, où l'artiste doit entretenir un va-et-vient incessant de son compost.

Et de citer de nouveau Canseliet:

"La pénétration de la matière brute et frigide par l'esprit incisif et igné, celle du globe par le fer, demeure tributaire du tour de main que la Nature exige de l'artiste la copiant et lui aidant."

Fulcanelli précise que le cinquième caisson se rapporte à "la calcination philosophique, symbolisée par une grenade soumise à l'action du feu dans un vase d'orfèvrerie.

Au-dessus du corps calciné, ajoute-t-il, on distingue le chiffre 3 suivi de la lettre R, qui indiquent à l'artiste la nécessité des trois réitérations d'un même procédé."


L'Adepte ajoute d'ailleurs avoir déjà plusieurs fois insisté sur la nécessité de ces réitérations. Il ne se prive pas, pourtant, d'y revenir encore peu après, en analysant l'énigme de la crédence de l'hôtel Lallemant, que nous avons déjà exposée (Julien Champagne au rebis, 25 juillet 2006):

"Les trois grenades ignées du fronton confirment cette triple action d'un unique procédé, et, comme elles représentent le feu corporifié dans ce sel rouge qu'est le Soufre philosophal, nous comprendrons aisément qu'il faille réitérer trois fois la calcination de ce corps pour réaliser les trois oeuvres philosophiques."

"Enfin, écrit Fulcanelli, l'image suivante représente le ludus puerorum commenté dans la Toison d'or de Trismosin et figuré d'une manière identique:

Un enfant fait caracoler son cheval de bois, le fouet haut et la mine réjouie."


Delboy rapproche ce fouet qui fustige de la marotte des fous, et donc du mercure. Mais de quel mercure s'agit-il? Il semble pencher pour le premier. Et de citer...Fulcanelli:

"On sait qu'après leur sortie d'Egypte les enfants d'Israël durent camper à Réphidim, où il n'y avait point d'eau à boire; Moïse par trois fois frappa de sa verge le rocher Horeb, et une source d'eau vive jaillit de la pierre aride."

Et le cheval, me direz-vous? Peut-être symbolise-t-il le langage des simples, des parvuli, qui est aussi celui de la Nature, des Rois et des Dieux.


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