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  • : Site consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.
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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.

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14 octobre 2006 6 14 /10 /octobre /2006 19:45


Voici sans doute avec celui de notre ami espagnol Otero (Julien Champagne et le Bec Hellouin, 24 août 2006) et bien sûr celui de Geneviève Dubois un des meilleurs livres sur Fulcanelli qui soient parus à ce jour.

Ma fée Clochette à moi me souffle d'ailleurs dans l'oreille que cette série-là n'est pas prête de s'achever. Elle pourrait même s'allonger dans les prochains mois et les prochaines années.

Mais est-il de mauvais livres sur cet alchimiste? Personnellement je ne le crois pas, s'y intéresser c'est un peu déjà comme une sorte de grâce, à mon avis, un peu du même genre que celle qui nous pousse en général à l'étude de l'alchimie...

Quoiqu'il en soit, le travail de Frédéric Courjeaud: Fulcanelli, une identité révélée (Claire Vigne, 1996) s'avère remarquable à plusieurs égards, comme au demeurant bien d'autres de cet éditeur dont on peut à bon escient selon moi regretter la disparition prématurée.

On n'est pas forcé pour autant d'adhérer de façon inconditionnelle à la thèse de Courjeaud, qui finalement nous propose d'identifier Fulcanelli à l'astronome Camille Flammarion (1842-1925).

Il n'en demeure pas moins qu'il a su mettre...en lumière certains aspects peu connus de la biographie et de l'oeuvre d'un homme dont l'attrait pour l'ésotérisme était connu, certes, mais dont beaucoup ignoraient jusqu'à ce que Frédéric l'écrive que ce "ponte" de la Société Astronomique de France avait aussi participé à une toute autre aventure: celle de la Société Alchimique de France.

Autre SAF donc, dont la juxtaposition à la première s'avère conforme, il nous faut bien le noter, à l'esprit qui est celui même de l'hermétisme: "as above, so below."

J'avais d'ailleurs - il y a déjà dix ans, comme le temps passe, aurait mélancoliquement  constaté Robert Brasillach - eu le plaisir de m'entretenir de son livre avec Frédéric Courjeaud, qui en me recevant chez lui m'a fait le plaisir de me le dédicacer.

Bref, un auteur sympathique, et un livre méritoire dont on peut regretter qu'il n'ait pas eu plus d'écho, ni de suite connue, car notre professeur d'histoire nous propose là une étude admirablement construite et particulièrement bien écrite sur les divers "fulcanellisables".

Et avant de coaguler sur Camille Flammarion, il se livre à un vigoureux solve des prétendants que pour lui il convient d'écarter résolument.

Parmi ceux-ci, car bien entendu nous y arrivons sans coup férir, un certain Julien Champagne, que Courjeaud appelle Jean-Julien Champagne, et auquel il consacre tout un chapitre de son essai.

Hélas, trois fois hélas, Frédéric dans ces quelques pages déploie toute son énergie à pulvériser - sans doute à juste titre - la thèse soutenue par Robert Ambelain puis par Geneviève Dubois selon laquelle Fulcanelli est Champagne.

Et de ce point de vue, d'ailleurs, il est convaincant à mes yeux. Mais voilà, il est manifeste dès le début de son argumentation qu'il ne s'est pas vraiment soucié de faire des recherches sur le peintre:

"De J.J. Champagne, nous savons peu de choses." Et notre ami enchaîne approximations et erreurs.

"Il serait surprenant qu'un enfant né en proche banlieue parisienne, d'une famille aisée, ait attendu l'âge de sept ans pour admirer une cathédrale gothique." Soit, mais Julien Champagne, dont le père était cocher, est-il vraiment issu d'un milieu bourgeois?

"Il étudia les Beaux-Arts", exact, mais quelle imprécision!

"Il  fit partie du groupe des Veilleurs dans les années (dix neuf cent) vingt, où il rencontra certainement Schwaller de Lubicz." Oui, il fut dans l'orbite de ce groupe, mais sa rencontre avec Schwaller remonte à 1913.

Et pour finir, le poncif que pour ma part je trouve pour le moins réducteur: " La fin de sa vie fut misérable, minée par l'alcool, la drogue et la gangrène, qui l'emporta au mois d'août 1932." Imagine-t-on un instant son ami Eugène Canseliet conserver son estime à un tel déchet?

Dans sa hâte simplificatrice, Frédéric Courjeaud va même jusqu'à cautionner sur Julien Champagne les affirmations d'Ambelain qu'il dénonce par ailleurs:

"Ces renseignements peu glorieux sur l'exacte personnalité de Champagne nous sont donnés par Ambelain."

Quel dommage, quelle tristesse! En définitive, Coujeaud, avec d'excellentes intentions sans aucun doute, non seulement ne nous apporte rien de neuf sur notre peintre et dessinateur, mais contribue bien involontairement, je l'admets volontiers, à son occultation.

Pour reprendre son expression même: Solve!



Et pour terminer sur une note positive, voici sur Camille Flammarion deux passages percutants du livre de Thierry Emmanuel Garnier: Sur les remparts de Saint Jean d'Acre (Arqa, 2005).

Le premier est de Thierry lui-même:

"Camille Flammarion, astronome français certes, mais aussi grand hermétiste et médium hors pair étudia dans Les Phénomènes de la Foudre (Paris, 1905) les propriétés de celle-ci.

Il indique page 240 de son ouvrage qu'un des effets les plus curieux produits sur les métaux qu'elle frappe, concerne la polarité magnétique que la foudre communique à des objets de fer et d'acier, quels qu'ils soient.

L'aimantation occasionnée dans certains cas étant si forte que certains objets foudroyés étaient capables de soulever trois fois leur poids.

Ces précisions de détail n'étant pas sans un rapport certain avec diverses expérimentations que le savant mena à Juvisy-sur-Orge et dont il ne fit jamais officiellement état."

Le second extrait du même livre serait dû à "AA":

"Qui peut encore supposer qu'il eût été envisageable de pratiquer l'autopsie d'une biographie pour jeter en pâture à la foule ignorante le message non altéré de l'universelle Rose+Croix et des authentiques  Frères d'Héliopolis.

Camille Flammarion fut de ceux qui surent préserver jusqu'à la transparence l'ubiquité de son anonymat."

 

FC.champagne

 





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10 octobre 2006 2 10 /10 /octobre /2006 19:30


D'un château l'autre, eût introduit Louis-Ferdinand Céline: Après Léré, Dampierre-sur-Boutonne, où nous voici devant la dernière série des caissons de la galerie haute qui aient été dessinés et publiés par Julien Champagne.

Septième série, donc, après la sixième qui a fait l'objet de mon article Champagne au colloque Canseliet du 29 septembre 2006, et série qui constitue la planche XXXII de l'édition originale des Demeures Philosophales de Fulcanelli.

Dans l'édition Pauvert, la même planche également dessinée porte le numéro XXXIV. Détaillons-en les emblèmes.


"Dans ce bas-relief, commente Fulcanelli, Cupidon, l'arc d'une main et de l'autre une flèche, chevauche la Chimère sur un amas de nuages constellés.

Le phylactère qui souligne ce sujet indique qu'Eros est ici le maître éternel: .AETERNVS.HIC.DOMINVS."

Personnification mythique de la concorde et de l'amour, Eros est, par excellence, le seigneur, le maître éternel de l'Oeuvre.

"Lui seul peut réaliser l'accord entre des ennemis qu'une haine implacable pousse sans cesse à s'entre-dévorer."

C'est donc le médiateur qu'incarne ici Cupidon. Quant à la Chimère, la mythologie nous apprend qu'elle portait trois têtes différentes: une de lion, l'autre de chèvre et la troisième de dragon.

"En analysant le symbole dans l'ordre des apparitions successives, la première place appartient au dragon...notre matière initiale, le sujet même de l'art."

Enfant du sujet des sages, le lion vient ensuite mais témoigne dès sa naissance d'une inconcevable aversion pour sa mère.

"De ce contact étroit et prolongé du soufre-lion et du dissolvant dragon se forme un être nouveau, représenté par la chèvre, ou si l'on préfère la Chimère elle-même."

Cette chèvre n'est autre que le mercure philosophique, issu de l'alliance du soufre et du mercure principes, lequel possède toutes les facultés requises pour devenir le fameux bélier à toison d'or.


"Nous retrouvons ici un motif déjà rencontré ailleurs et surtout en Bretagne. C'est une hermine, figurée à l'intérieur d'un petit enclos que limite une claie circulaire, symbole particulier de la reine Anne."

Son épigraphe, précise Fulcanelli, renferme le même sens et emploie presque les mêmes mots que la fameuse devise de l'Ordre hermétique de l'Hermine: Malo mori quam foedari, je préfère la mort à une souillure.

"L'inscription gravée sur le phylactère de notre caisson porte: .MORI.POTIVS.QUAM.FEDARI. Plutôt la mort que la souillure. Belle et noble maxime d'Anne de Bretagne."

Mais dans l'ésotérisme de l'Art sacré, poursuit l'Adepte, l'hermine, image du mercure philosophique, signale la netteté absolue d'un produit sublimé, que l'adjonction du soufre, ou feu métallique, contribue à rendre plus éclatant encore.

"L'hermine pure et blanche apparaît ainsi comme un emblème expressif du mercure commun uni au soufre-poisson dans la substance du mercure philosophique."

Quant à la clôture, elle nous révèle quels signes extérieurs constituent le meilleur critérium d'obtention du produit secret, ou mercure animé, à l'issue d'une préparation canonique.

"Le caractère propre du mercure est précisément d'affecter à sa surface un réseau de lignes entre-croisées, tressées à la manière des paniers d'osier, d'autant plus apparentes que la matière est plus pure."

Cette purification progressive, simple mais fastidieuse, est cependant le préalable indispensable de la réussite.

"Quoiqu'on fasse ou qu'on veuille tenter, jamais l'esprit ne demeurera stable dans un corps immonde ou insuffisamment purifié."

La devise, toute spirituelle, qui accompagne notre hermine, le proclame: Plutôt la mort que la souillure.


"Quatre cornes d'où s'échappent des flammes, avec la devise: .FRVSTRA. Vainement."

C'est pour Fulcanelli la traduction lapidaire des quatre feux de la coction. Mais il met aussitôt en garde les débutants pressés:

"Nous devons prévenir les artistes qui tenteront de réaliser l'OEuvre en soumettant l'amalgame philosophique aux températures croissantes des quatre régimes du feu, qu'ils seront infailliblement victimes de leur ignorance et frustrés du résultat escompté."

Et de conseiller de considérer avant toute chose le rapport que les Sages ont établi entre le feu et le soufre.

"Les quatre degrés de l'un doivent infailliblement corrrespondre aux quatre degrés de l'autre."

Enfin, il renvoie à la minutieuse description de la coction par Philalèthe, dont il fait remarquer qu'au lieu d'être directe, comme on le croit généralement, elle comporte plusieurs phases ou régimes, simples réitérations d'une seule et même technique.

"A notre avis, ces paroles représentent ce que l'on a dit de plus sincère sur la pratique secrète des quatre degrés du feu."


"Près de l'arbre aux fruits d'or, un dragon robuste et trapu exerce sa vigilance à l'entrée du jardin des Hespérides.

Le phylactère particulier à ce sujet porte, gravée, cette inscription: .AB.INSOMNI.NON.CVSTODITA.DRACONE. En dehors du dragon qui veille, les choses ne sont pas gardées."

Fulcanelli indique alors que le dragon est choisi comme représentant hiéroglyphique de la matière minérale brute avec laquelle on doit commencer l'OEuvre. C'est dire, enchaîne-t-il, le soin qu'il faut apporter à l'étude des signes extérieurs et des qualités capables d'en permettre l'identification.

"Chargé de surveiller l'enclos merveilleux où les philosophes vont quérir leurs trésors, le dragon passe pour ne jamais sommeiller. Ses yeux ardents demeurent constamment ouverts.

Il ne connaît ni repos ni lassitude et ne saurait vaincre l'insomnie qui le caractérise et lui assure sa véritable raison d'être."

A cette vitalité perpétuelle et latente du dragon et donc du sujet s'ajoute leur caractère uniformément bien peu engageant:

"La cristallisation spéciale de celui-ci se trouve clairement indiquée par l'épiderme écailleux de celui-là."

Semblables sont les couleurs, car la matière est noire, ponctuée de rouge ou de jaune, comme le dragon qui en est l'image. Quant à la qualité volatile du minéral élu, nous la voyons traduite par les ailes membraneuses dont le monstre est pourvu.

"Parce qu'il vomit, dit-on, quand on l'attaque, du feu et de la fumée, et que son corps finit en queue de serpent, les poètes l'ont fait naître de Typhon et d'Echidna...Le dragon tient du premier sa nature chaude, ardente, sulfureuse, tandis qu'il doit à sa mère sa complexion froide et humide, avec la forme caractéristique des ophidiens."

A l'exclusion des autres minéraux et des autres métaux, il conserve les principes nécessaires à l'élaboration du Grand OEuvre.

"Il en est le dépositaire, le conservateur vigilant, et notre Adepte parle en sage lorsqu'il enseigne qu'en dehors de cet être solitaire les choses philosophales ne sont pas gardées, puisque nous les chercherions vainement ailleurs."


"Un cygne, majestueusement posé sur l'eau calme d'un étang, a le col traversé d'une flèche. Et c'est sa plainte ultime que nous traduit l'épigraphe de ce petit sujet agréablement exécuté:

.PROPRIIS.PEREO.PENNIS. Je meurs par mes propres plumes."

L'oiseau, en effet, fournit l'une des matières de l'arme qui servira à le tuer.

"Ce bel oiseau, ajoute Fulcanelli, dont les ailes sont emblématiques de la volatilité, et la blancheur neigeuse l'expression de la pureté, possède les deux qualités essentielles du mercure initial ou de notre eau dissolvante."

Il doit être vaincu par le soufre, - issu de sa substance et que lui-même a engendré, - afin d'obtenir après sa mort ce mercure philosophique, en partie fixe et en partie volatil, que la maturation subséquente élèvera au degré de perfection du grand Elixir.

"Tous les auteurs enseignent qu'il faut tuer le vif si l'on désire ressusciter le mort...

Le bon artiste n'hésitera donc pas à sacrifier l'oiseau d'Hermès, et à provoquer la mutation de ses propriétés mercurielles en qualités sulfureuses, puisque toute transformation reste soumise à la décomposition préalable et ne peut se réaliser sans elle."


"Deux cornes d'abondance s'entrecroisent sur le caducée de Mercure. Elles ont pour épigraphe cette maxime latine:

.VIRTVTI.FORTVNA.COMES. La fortune accompagne la vertu."

C'est, explique Fulcanelli, de la vertu secrète du mercure philosophique, figuré par l'image du caducée, que l'auteur de ces symboles entend parler.

"Les cornes d'abondance traduisent l'ensemble des richesses matérielles que la possession du mercure assure aux bons artistes.

Par leur croisement en X, elles indiquent la qualité spirituelle de cette noble et rare substance, dont l'énergie brille comme un feu pur, au centre du corps exactement sublimé."

Sur le caisson de Dampierre, insiste-t-il, les deux serpents montrent des têtes canines, l'une de chien, l'autre de chienne, version imagée des deux principes contraires, actif et passif, fixe et volatil, le chien de Corascène et  la chienne d'Arménie d'Artéphius, mis au contact du médiateur figuré par la baguette magique, qui est le feu secret.

"Ce sont ces mêmes serpents qu'Hercule enfant étouffe dans son berceau, les seuls agents dont l'assemblage, le combat et la mort, réalisés par l'entremise du feu philosophique, donnent naissance au mercure hermétique vivant et animé."

Comme ce double mercure possède double volatilité, les ailes du pétase, opposées à celles des talonnières sur le caducée, servent à exprimer ces deux qualités réunies.


Voici maintenant les tables de la loi hermétique, sur lesquelles on lit une phrase française, singulièrement présentée: .EN.RIEN.GIST.TOVT.

"Devise primordiale, avance Fulcanelli, que se plaisent à répéter les philosophes anciens, et par laquelle ils entendent signifier l'absence de valeur, la vulgarité, l'extrême abondance de la matière basique d'où ils tirent tout ce qui leur est nécessaire."

Aux yeux du sage, le fer, ce paria de l'industrie humaine, est incomparablement plus noble que l'or et l'or plus méprisable que le plomb...ou le cuivre. Ce souverain n'a de riche et précieux que le vêtement, qui dissimule un corps inerte.

"Dépouillé de son manteau, il révèle alors la bassesse de ses origines et nous apparaît comme une simple résine métallique, dense, fixe et fusible, triple qualité qui le rend impropre à la réalisation de notre dessein."

C'est donc non pas à l'or mais à la pierre brute et vile qu'il convient de s'adresser, sans répugnance pour son aspect misérable, son odeur infecte, sa coloration noire, ses haillons sordides.

"Ce sont précisément ces caractères peu séduisants qui permettent de la reconnaître, et l'ont fait regarder de tout temps comme une substance primitive, issue du chaos originel, et que Dieu, lors de la Création et de l'organisation de l'univers, aurait réservée pour ses serviteurs et ses élus."

Tirée du Néant, elle en porte l'empreinte et en subit le nom: Rien.

"Mais les philosophes ont découvert qu'en sa nature élémentaire et désordonnée, faite de ténèbres et de lumière, de mauvais et de bon rassemblés dans la pire confusion, ce Rien contenait Tout ce qu'ils pouvaient désirer."


"La lettre majuscule H surmontée d'une couronne n'offre plus aujourd'hui qu'une inscription en partie martelée, mais qui se lisait autrefois:

.IN.TE.OMNIS.DOMINATA.RECVMBIT. En toi repose toute puissance."

La lettre H, commente Fulcanelli, ou du moins le caractère graphique qui lui est apparenté, a été choisi par les philosophes pour désigner l'esprit, âme universelle des choses, ou ce principe actif et tout-puissant que l'on reconnaît être, dans la nature, en perpétuel mouvement, en agissante vibration.

"C'est l'indication du premier échelon de l'échelle des sages, scala philosophorum, de la connaissance acquise de l'agent hermétique, promoteur mystérieux des transformations de la nature minérale, et celle du secret retrouvé de la Parole perdue."

Cet agent était jadis désigné, entre les Adeptes, sous l'épithète d'aimant ou d'attractif.

"Le corps chargé de cet aimant s'appelait lui-même Magnésie, et c'est lui, ce corps, qui servait d'intermédiaire entre le ciel et la terre, se nourrissant des influences astrales, ou dynamisme céleste, qu'il transmettait à la substance passive, en les attirant à la manière d'un aimant véritable."

Quant à la couronne qui complète ce signe important, c'est la couronne royale des élus.

"Notre couronne est précisément le domicile d'élection de l'esprit. C'est une misérable substance, ainsi que nous l'avons dit, à peine matérialisée, mais qui le renferme en abondance."

C'est là ce que les philosophes antiques ont fixé dans leur corona radiata, décorée de rayons en saillie, laquelle n'était attribuée qu'aux dieux ou aux héros déifiés.

"Ainsi expliquerons-nous que cette matière, véhicule de la lumière minérale, se révèle, grâce à la signature rayonnante de l'esprit, comme la terre promise réservée aux élus de la Sapience."


"C'est un symbole ancien et souvent exploité que nous rencontrons en ce lieu: le dauphin entortillé sur le bras d'une ancre marine.

L'épigraphe latine qui lui sert d'enseigne en donne la raison: .SIC.TRISTIS.AVRA.RESEDIT. Ainsi s'apaise cette terrible tempête."

Sous le nom de dauphin, d'échénéide ou de rémora, ce poisson, rappelle Fulcanelli, caractérise le principe humide et froid de l'OEuvre, qui est le mercure, lequel se coagule peu à peu au contact et par l'effet du soufre, agent de dessication et de fixité.

"Ce dernier est ici figuré par l'ancre marine, organe stabilisateur des vaisseaux, auxquels il assure un point d'appui et de résistance à l'effort des flots."

La longue opération qui permet de réaliser l'empâtement progressif et la fixation finale du mercure offre une grande analogie avec les traversées maritimes et les tempêtes qui les accueillent.

"C'est une mer agitée et houleuse que présente en petit l'ébullition constante et régulière du compost hermétique...Le dauphin nage à la surface des flots impétueux, et cette agitation dure jusqu'à ce que le rémora, hôte invisible des eaux profondes, arrête enfin, comme une ancre puissante, le navire allant à la dérive."

Une pellicule couvre toute la superficie, et, s'épaississant, s'affermissant chaque jour, marque le triomphe de la terre sur l'eau, du sec sur l'humide, et l'époque du nouveau Phénix.

"Dans le bouleversement général et le combat des éléments s'acquiert cette paix permanente, l'harmonie résultant du parfait équilibre des principes, symbolisés par le poisson fixé sur l'ancre: sic tristis aura resedit."

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En guise d'addendum, notons que la série suivante, dernière et huitième des caissons alchimiques du château de Dampierre-sur-Boutonne ne comporte selon Fulcanelli qu'un seul caisson consacré à la science d'Hermès.

Ce caisson n'est pas reproduit dans les Demeures Philosophales et il ne semble pas qu'il ait été dessiné par Julien Champagne.

"Il représente des roches abruptes dont la silhouette sauvage se dresse au milieu des flots. Ce tableau lapidaire porte pour enseigne: .DONEC.ERVNT.IGNES. Tant que durera le feu."

Allusion, d'après l'Adepte, aux possibilités d'action que l'homme tient du principe igné, âme ou lumière des choses, unique facteur des mutations matérielles.

"Des quatre éléments de la philosophie antique, trois seulement figurent ici: la terre, représentée par les rochers, l'eau par l'onde marine, l'air par le ciel du paysage sculpté. Quant au feu, animateur et modificateur des trois autres, il ne semble exclu du sujet que pour mieux souligner sa prépondérance."

Et Fulcanelli de développer une magnifique méditation sur l'élément feu, que je regrette d'abréger, mais j'en profite pour vous inciter à lire ce véritable morceau de bravoure, digne de figurer  dans toute anthologie, fût elle littéraire, scientifique ou hermétique:

"Tant que durera le feu, la vie rayonnera dans l'univers...tant que durera le feu, la matière ne cessera de poursuivre sa pénible ascension vers l'intégrale pureté...Tant que durera le feu, l'homme sera en rapport direct avec Dieu, et la créature connaîtra mieux son Créateur."

Et il martèle finalement:

"Ce que nous devons surtout retenir, comme ayant la priorité dans la science qui nous intéresse, c'est la haute vertu purificatrice que possède le feu.

Principe pur par excellence, manifestation physique de la pureté même, il signale ainsi son origine spirituelle et découvre sa filiation divine."

 

 

 

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8 octobre 2006 7 08 /10 /octobre /2006 18:23


Dans son livre Fulcanelli dévoilé (Dervy, 1992 et 1996), Geneviève Dubois affirme que Julien Champagne séjourna un certain temps près de Bourges:

"En 1921 Jean-Julien Champagne est invité à venir travailler sur le tracé d'un plan de réfrigirateur au chateau de Léré, dans le Berry.

Cette demeure appartient à Pierre, l'un des fils de Ferdinand de Lesseps."

Rappelons au passage que Serge Hutin identifiait précisément Fulcanelli à Pierre de Lesseps (revue Le monde inconnu N°118, 1990).

"Le constructeur du canal de Suez, précise Dubois, avait acheté cette propriété laissée à l'abandon avec l'argent provenant de la vente d'un bien situé près de Paris et appartenant à sa belle-mère.

Il fit cultiver les terres, construisit une ferme modèle et restaura le vieux chateau, possession d'Agnès Sorel."

Geneviève a apparemment tiré ces dernières informations d'un article de Ferdinand de Lesseps: Trente ans de ma vie, paru en 1887 dans la Nouvelle Revue. Curieux tout de même, de voir apparaître dans ce paysage la favorite de Charles VII, que l'alchimiste Jacques Coeur fut accusé d'avoir empoisonnée, alors qu'il fut au moins son ami.

A Léré, poursuit Dubois, "J.Champagne enseigne également le dessin. Il utilise aussi, à volonté, le laboratoire mis à sa disposition pour continuer ses expériences alchimiques.

Mais il reste peu de temps dans le Berry puisqu'en 1922 il revient à Paris."

Une autre version de ce séjour dans le Cher de Julien Champagne se trouve dans le "dossier Fulcanelli" du numéro IX des Cahiers de la revue La tour saint Jacques (numéro spécial Parapsychologie, 1962), sous la plume de Robert Ambelain:

"En 1921, Ferdinand de Lesseps fit construire au chateau de Leroi un laboratoire d'alchimie destiné à son propre fils qui commença à y travailler avec Champagne pour maître...

Nous n'avons pu identifier le chateau de Leroi, et ne sommes même pas certain de l'orthographe du nom.

Peut-être s'agit-il du chateau de Leré, dans l'arrondissement de Bourges, qui appartient maintenant à la famille Varenart de Billy...

C'est durant son séjour au château de Leroi, où il était "officiellement" professeur de dessin du jeune de Lesseps, que Champagne connut les sculptures de l'hotel Lallemand (sic), à Bourges...

Combien de temps demeura-t-il au château de Leroi? Nous ne savons, mais il est certain que, arrivé en 1921, il en était parti en 1922."

Dans la même revue, Eugène Canseliet répliquant à Ambelain propose encore une autre orthographe pour ce château, et paraît considérer que Champagne y a résidé plus longtemps que ne le pensent Ambelain et Dubois, avant de rejoindre comme lui la rue Rochechouart à Paris:

"Quant aux livres, ils étaient à peu près absents de sa mansarde qui, probablement, n'avait pas douze mètres carrés de superficie et se montrait fort semblable à la mienne, louée, elle aussi, au retour de Loroy, dans le printemps de 1925."

Relevons enfin le fait que dans son livre paru en 1976, The alchemist of the rocky mountains (Paracelsus Research Society), l'alchimiste américain Frater Albertus (Richard Albert Riedel, 1911-1984) affirme que Fulcanelli opéra en 1937 une transmutation devant témoins au château de Léré, près de Bourges, château qui était alors la propriété de Pierre de Lesseps:

http://homepages.ihug.com.au/~panopus/rockymts/chapt4.htm

Walter Grosse pour sa part, dans son blog consacré à Fulcanelli, estime que Léré appartenait à Paul de Lesseps:

http://www.fulgrosse.com/article-3362253.html

Sur Paul de Lesseps, on pourra se reporter à mon article Champagne et Paul de Lesseps du 23 juillet 2006. Le château de Léré existe bien en tout cas, il est même classé monument historique depuis...1922:

http://www.patrimoine-de-france.org/oeuvres/richesses-23-8092-64309.html#fiche

Cette demeure, oeuvre de la famille de Louzeau, et dite château de Villattes, remonte à la fin du XVème siècle ou au début du XVIème.

Elle est aux dernières nouvelles propriété d'une société privée. Mais je n'ai pu établir pour l'instant de lien confirmé avec la famille de Lesseps.

J'aime beaucoup, en tout cas, ce qui est dit sur le site ci-dessus de son oratoire, aménagé dans la tour d' angle nord-est; il présente un rare décor peint à la fin du XVIIème siècle : dans une architecture de marbre feint, les seigneurs de Villattes invoquent le Saint-Esprit.

Quant à Loroy, située également en Berry, il s'agit en fait d'une abbaye cistercienne du XIIIème siècle, hélas ruinée au cours des guerres de religion.

Alain-Fournier y aurait situé le cadre de l'étrange fête de son roman récemment porté à l'écran: Le grand Meaulnes. "Féérie pour une autre fois", eût conclu Louis-Ferdinand Céline.


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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 21:24



Voici maintenant une oeuvre de Julien Champagne en couverture d'une revue. Cette première ne sera sans doute pas la dernière.

Vous avez bien sûr reconnu le frontispice du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, déjà plusieurs fois évoqué ici (Champagne et Fulcanelli, 31 janvier 2006, Champagne en 1912, 17 juillet 2006, et D'Henri Chacornac à Champagne, 26 juillet 2006).


La revue dont il s'agit est Initiation et Science, revue des époux Lavritch, qui annonce ainsi dans son numéro 44 de 1957 la réédition des ouvrages de l'Adepte dévolu au XXème siècle (deuxième édition des livres de Fulcanelli, confer mon post Julien Champagne à l'Omnium Littéraire, 9 mars 2006).

Dans cette même livraison d'Initiation et Science, on peut lire un intéressant article de Claude d'Ygé, intitulé Le Mystère des Cathédrales et l'énigme Fulcanelli.


Dans cet article, Claude d'Ygé de Lablatinière (1912-1964) passe en revue deux hypothèses émises quant à l'identité de Fulcanelli: Fulcanelli serait Pierre Dujols ou Julien Champagne.

Rappelons à ce propos l'étroitesse des liens entre Julien Champagne et le libraire et ésotériste Pierre Dujols de Valois, ami proche de Fulcanelli (Julien Champagne et le libraire du merveilleux, 19 avril 2006). Mais qui est Claude d'Ygé?


Pour Serge Hutin, dans le numéro 63 d'Initation et Science (1965), il fut initié à l'alchimie par son père, qui était avocat.

Je suis certain qu'entre les deux guerres mondiales il fut un proche du cénacle d'ésotéristes que l'on trouvait dans l'entourage de Maryse Choisy comme CJF l'écrit dans sa préface à l'édition Bailly de son deuxième ouvrage publié.

On doit notamment en effet à Claude d'Ygé deux anthologies hermétiques de qualité, préfacées toutes deux par Eugène Canseliet, Anthologie de la poésie hermétique (Montbrun, 1948, puis Dervy, 1976) et Nouvelle Assemblée des Philosophes Chymiques, Dervy, 1954 et 1972, puis Bailly, 1991).

Dans cette dernière édition, on pourra lire également le texte de d'Ygé sur les Rose-Croix et les rosicruciens, paru en 1936 dans le premier numéro de la revue Les études mystérieuses. La même année, il avait publié un article dans Consolation, "la revue de Jules Boucher et Maryse Choisy."

Parmi les proches de d'Ygé à cette époque, on peut citer, outre Eugène Canseliet, Alexandre Rouhier, Robert Ambelain, Gaston Sauvage...On est vraiment très près,ici, de Julien Champagne. Mentionnons aussi sa relation avec Pierre Geyraud, alias Pierre Guyader, connu pour ses ouvrages sur l'occultisme à Paris, et que nous avons rencontré en évoquant le Grand Lunaire.

Claude d'Ygé aurait également participé aux activités du groupe inspiré et dirigé à Montparnaux par la sulfureuse Maria de Naglowska, qui édita en 1932, l'année même de la mort de Champagne, La lumière du sexe (Editions de la Flèche, chez l'auteur).

D'Ygé aurait fait partie de ses disciples sous le nomen de Frater Lug. Après 1945, il fut employé à la librairie ésotérique parisienne Saint-Jacques. Il manifesta l'intention d'en ouvrir une lui-même, mais "Le Songe Verd" ne vit jamais le jour.

Il était alors un ésotériste connu et reconnu, fréquenté notamment par Henri Hunwald, René Alleau, Bernard Husson et...Michel Butor, qui sera plus tard l' auteur il est vrai du très alchimique Portrait de l'artiste en jeune singe (1967).



Selon CJF, d'Ygé serait également l'inspirateur, pour le moins, de l'Anthologie de l'alchimie de Bernard Husson (Belfond, 1971).

Quand la mort emporta Claude d'Ygé, il préparait une nouvelle édition très augmentée de son premier livre, ainsi que deux ouvrages plus personnels: Le symbolisme des pierres précieuses, pour lequel il s'était fait conseiller par Alexandre Rouhier, et Verbe, son et lumière.

Le manuscrit de ce dernier travail, en particulier, semble avoir mystérieusement disparu. Les deux, en fait, pour CJF.


Le premier livre paru de Claude est significativement  dédié "aux F. de la Fraternité d'Héliopolis qui date de toujours."

Pour nous faire une petite idée de la qualité et de la hauteur de la pensée de ce libraire bibliopole dont le parcours me fait finalement penser à celui de Pierre Dujols, voici pour terminer un court extrait de son deuxième ouvrage édité:

"Que ceux qui pensent que l'Alchimie est strictement de nature terrestre, minérale et métallique, s'abstiennent.

Que ceux qui pensent que l'Alchimie est uniquement spirituelle s'abstiennent.

Que ceux qui pensent que l'Alchimie est seulement un symbolisme utilisé pour dévoiler analogiquement le processus de la "Réalisation spirituelle", en un mot, que l'homme est la matière et l'athanor de l'OEuvre, qu'ils abandonnent."

http://touscesgens.hautetfort.com/archive/2007/01/12/d-yge-de-lablatiniere-claude-d.html



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3 octobre 2006 2 03 /10 /octobre /2006 12:42

 

 

 

 

 

 

Dans mon dernier message consacré à Maryse Choisy (Julien Champagne entre chien et chat, 21 septembre 2006), je n'avais pas tort, finalement, de vous recommander son livre Sur le chemin de Dieu on rencontre d'abord le diable (Emile-Paul, 1977).

Cet ouvrage, qui en fait relate ses mémoires de 1925 à 1939, la révèle effectivement d'abord pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une femme forte, à la personnalité à la fois...fragile et affirmée, bref attachante.

Oh dans ces "mémoires d'une pudique impudeur", il n'est pas directement question de Julien Champagne, bien sûr.

Mais on y retrouve, tenez, René Guénon, rencontré chez Paul Bourget, vers 1925 justement:

"Soudain je fus prise d'une crise de prophétie.

- Vous ne resterez pas à Paris. Vous retournerez en Orient. Non, pas en Asie...Plutôt en Méditerranée. Vous deviendrez une sorte de demi-dieu. Vous serez suivi par toutes les personnes qui recherchent les vérités secrètes. Une doctrine sortira de vous...

Il répliqua sur le même mode d'outre-monde, la voix vêtue de voiles:

- Vous aussi, vous deviendrez très célèbre...Mais les gens ne comprendront pas de suite votre rire. Vous serez grande."

Rapprochons-nous encore d'"Hubert", et voici l'inquiétant docteur Alexandre Rouhier (Champagne au Grand Lunaire, 25 juin 2006), et cette fois, en outre, c'est la peintre qui parle, après la deuxième guerre mondiale et le grave accident  qui frappa Maryse en 1945, lequel lui inspire un tableau:

"Ca commençait à ressembler à un paysage un peu terrifiant...de l'eau sous les montagnes, un défilé, un vieux Temple...

Dans le catalogue de la galerie de la rive gauche où j'exposai mes oeuvres en 1947, cette toile portait le titre de Temple englouti.

Enthousiasmé par le quelque chose d'étrangement inquiétant qui se dégage de cette peinture, le Dr Rouhier tint à l'accrocher dans sa librairie Véga.

J'eus beaucoup d'occasions de la vendre. J'ai refusé. Je ne saurais dire pourquoi j'y tiens."

Mais revenons à l'époque de Julien Champagne, et sans nous éloigner pour autant du soufisme guénonien retrouvons en 1932...Carlos Larronde (Le maître verrier et Julien Champagne, 21 septembre 2006).

"Mon premier maître fut soufi. Il se nommait Richardson. Selon la coutume musulmane nous l'appelions Murchid.

Ses disciples étaient des écrivains et des journalistes. Fernand Divoire m'introduisit dans ce cercle où je revis Carlos Larronde, qui était quelqu'un d'important à la radio.

Murchid nous enseigna la méditation, le vide, le lotus et quelques autres exercices de yoga. Un peu courte, sa philosophie. En revanche, son intuition nous étonnait."

En fait, Richardson prédit l'assassinat du président de la République Paul Doumer, survenu la même année. Curieusement, toujours en 1932, Ralph Soupault caricaturait dans le magazine Comoedia un gouvernement de femmes, où Choisy était Président du Conseil...

"Cet événement nous secoua", commente brièvement Maryse Choisy à propos de la disparition de Paul Doumer, et non de la mort de Champagne. Et elle ajoute aussitôt:

"Moi je créai un hebdomadaire ésotérique: Votre Bonheur, puis Consolation. Henri Bergson me donna un brillant article pour le premier numéro...

Après quelque temps, je me vis entourée de petits mages qui rêvaient d'aventures faustiennes. Ils évoquaient un ange dont le nom se terminait en ael et s'étonnaient qu'il cassât de la vaisselle.

Après Péladan je découvrais qu'il était dangereux de fréquenter des alchimistes et des groupes d'occultistes sans être rattachée à quelque vraie et grande Eglise.

Je cherche Dieu dans tous les cieux. Depuis trois ans je suis inquiète. Je demande des prêtres à tous mes amis...Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père."

Voilà qui, je crois, est clair. Nous reviendrons plus tard, j'espère, sur Votre Bonheur et Consolation.
Dans l'attente, je vous propose de savourer avec moi la première et la dernière phrase de ces mémoires de Maryse Choisy, dont le titre me rappelle beaucoup cette citation du "grand intuitif" que fut Emile-Jules Grillot de Givry, in Le Grand OEuvre: Celui qui ne descend pas ne montera pas:

http://www.evene.fr/tout/grillot-de-givry

"J'écris pour les berceaux...je regarde le monde avec des yeux qui ne sont pas encore nés. Dans le lait de la tendresse humaine je verse l'élixir de ma propre vie." Et

"Tant que mes projets s'inscriront dans le plan du cosmos, il ne peut rien m'arriver de fâcheux. Mon Dieu, que votre volonté soit faite!"

 

Ou encore, dans L'être et le silence (éditions du Mont-Blanc, Genève, 1964):

 

"Peut-être ne puis-je écrire que pour les berceaux?". Et ibidem, "tout vieillard qui ne s'est pas construit un corps glorieux retombera en enfance."

http://touscesgens.hautetfort.com/archive/2007/09/02/maryse-choisy.html

 

mc.champagne

 

 

Plus près encore si c'est possible de l'alchimie, lisons ensemble ce bref et beau poème extrait de son recueil Fugues (Jean-Renard, Paris, 1942):

 

Déjà curieusement intitulé Harmonie des sphères, il s'achève de façon éloquente ou comme on voudra limpide: "Dans l'Athanor le ciel vient boire."

 

mcathannor.champagne

mc1942.champagne

 

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2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 11:27


Il est peut-être opportun que je vous signale la parution de la deuxième partie de mon petit article sur Julien Champagne dans la livraison de ce mois de l'excellente revue électronique mensuelle de Thierry Emmanuel Garnier, La lettre de Thot (N°46, octobre 2006):

http://thot-arqa.org/arcadia/accueil.html

Je suppose que votre attention aura été attirée, quand vous aurez lu ces quelques lignes, par les illustrations qui se trouvent à la fin de l'articulet en question, et que je reproduis ici.

Le thème du dessin de Julien Champagne dont il s'agit nous est déjà connu, puisque nous en avons déjà traité en son temps (Champagne aux métaux planétaires, 7 avril 2006). Il s'agit, à nouveau, d'une des planches originales du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, qui a été illustré par Julien Champagne.


Le dessin du haut était jusqu'alors inédit. Il avait été confié à la revue Arcadia, à fins de publication, par le libraire parisien Dominique Nicol, que nous avons déjà rencontré (De Nadar à Champagne, 7 mai 2006), et dont la librairie L'Oiseau Livre:

http://www.galaxidion.com/oiseau/

semble décidémment être une mine ouverte à l'attention du chercheur.

Ce dessin est actuellement détenu en collection privée.
Voici donc une sûre indication du fait que les planches originales des Fulcanelli n'ont pas disparu en totalité.

Cette excellente nouvelle nous permet à l'évidence d'augurer d'autres découvertes à venir, d'oeuvres déjà connues ou non de Julien Champagne.

Et sans vouloir faire de peine à Evelyne Segaud, au contraire, ni d'ailleurs aux éditeurs successifs des Fulcanelli, quelle qualité de trait, quand on compare cette épreuve aux reproductions jusqu'alors offertes aux lecteurs du Mystère des Cathédrales, quel talent!

 

On pourra d'ailleurs admirer une nouvelle reproduction du travail à la gouache de Julien Champagne dans l'excellent site La rue de l'alchimie, qu'Ibrahim vient opportunément de mettre à jour début 2009:

 

http://hermetism.free.fr/Julien_Champagne_Metaux_planetaires.htm

 



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1 octobre 2006 7 01 /10 /octobre /2006 19:13


Au tournant du mois, je vous propose de revenir sur l'astrologie de Julien Champagne, avec laquelle nous nous sommes déjà familiarisés par deux fois (Astrologie de Champagne, 28 mai 2006, et Champagne en verseau, 10 juin 2006).

Ce coup-ci, l'horoscope d'Hubert est tiré par Evelyne Segaud, que nous avons également rencontrée à deux reprises (Julien Champagne versus Evelyne Segaud, 8 avril 2006, et Julien Champagne en Eliphas Lévi, 10 septembre 2006).

Le thème natal ci-dessus est tiré de son livre Pourquoi Jean Julien Hubert Champagne était bien Fulcanelli, les preuves (L'auteur, 2001). Je crois que le mieux est de lui laisser la parole:

"La meilleure façon de parvenir au résultat, c'est de déterminer si Jean Julien Hubert Champagne avait bien les capacités requises, non seulement pour rédiger mais surtout pour créer Le Mystère des Cathédrales et Les Demeures Philosophales.

Le meilleur moyen d'y parvenir est d'analyser son thème astrologique natal, et particulièrement les données correspondant à la carrière professionnelle grâce à laquelle il resterait connu. Regardons pour cela où le Milieu du Ciel (MC) prend naissance, et quels sont les planètes et astéroïdes qui occupent la maison X.

Le MC prend naissance en Capricorne, à 2°, ce qui donne une maison X sous une puissante influence saturnienne. Rappelons, pour ceux qui ont fait un peu d'astrologie, qu'une maison X capricornienne implique, bien sûr, un désir de gloire, mais signifie également une notoriété arrivant en général en fin de vie, à moins bien sûr que le Soleil ou une fécondation lunaire soient présents.

Or, Le Mystère des Cathédrales parut en 1926, Les Demeures Philosophales en 1930, et Julien Champagne mourut en 1932, sans avoir beaucoup profité de la notoriété qu'auraient pu lui donner ses ouvrages.

La maison X trouve de l'aide auprès des signes zodiacaux suivants: Verseau (demi-sextile), Lune noire moyenne en Verseau (demi-sextile), Soleil en Verseau (demi-sextile). Nous retrouvons ici l'importance saturnienne, puisque le Verseau est une autre demeure de Saturne, bien qu'avec un symbolisme différent de celui du Capricorne.

C'est en effet le siège de l'Idéal humain, des groupements sociaux, de la technologie et de la recherche. Or ici la Lune noire moyenne, en conjonction avec le Soleil, féconde particulièrement ce signe, offrant une aide précieuse, dans le domaine de la recherche, à la réalisation de la carrière.

Continuons: Saturne en Poissons se trouve en sextile avec le MC Capricorne, c'est-à-dire qu'il participe activement à sa propre réussite, aidé de plus par le demi-sextile entre le MC et son autre demeure le Verseau. Une parfaite harmonie saturnienne!

Saturne se trouve ici en Poissons, en maison XII, celle des choses occultes, donc de l'occultisme, comprenant la religion. Saturne religieux, en sextile avec le MC, relié (à 1° près) par demi-sextile au Soleil en Verseau, signe de la recherche, représente donc l'aide apportée par la religion au domaine de la recherche, aboutissant à la carrière professionnelle. Résultat: Le Mystère des Cathédrales.

Le MC forme ensuite un trigone avec Neptune en début Taureau d'une part, et Chiron en fin de Bélier d'autre part, le tout en maison I (celle de la personnalité, de l'ego). Chiron, ce savant puissant, se trouve en Bélier, signe créatif par excellence puisque celui de l'énergie primitive ayant servi à créer êtres et choses, en conjonction avec Neptune l'inspirateur, et le Taureau, domaine de la vache féconde, de la bonne nourriture et de la cuisine.

Or deux arts nécessitent les mêmes qualités: la cuisine et la chimie, puisque dans les deux cas il s'agit de combiner des éléments en vue d'un résultat escompté. Le don pour la science chimique offre ici un terrain propice à la réalisation de la carrière. Par ailleurs, l'alliance Chiron-Neptune, Chiron se trouvant en Bélier, permet à l'inspiration neptunienne de guider la créativité du savant Chiron.

Voyons maintenant les aspects figurant sur l'autre côté du MC. Jupiter, à 23° en Sagittaire, est en conjonction avec la maison X. Jupiter, maître du Sagittaire, est ici chez lui et doublement, puisqu'en maison IX, amplifiant le secteur de l'ésotérisme qui, grâce à la conjonction de la planète avec le MC, jouera un rôle capital dans la réalisation de celui-ci, d'autant que le MC se trouve de plus en demi-sextile avec le signe du Sagittaire.

Nous trouvons ensuite un sextile MC - signe du Scorpion. Le sextile MC - Scorpion représente l'alchimie "fertilisant" le MC pour aider à sa réussite. Nous avons ensuite un trigone MC - signe de la Vierge, signe dominé par Mercure le rationaliste, qualité essentielle à la recherche quelle qu'elle soit.

Un quiconce avec le Lion, signe dominé par le Soleil, et Priape, symbole d'une activité inlassable, le tout en maison V, maison des enfants, qu'ils soient de chair, de pensée ou d'art, nous donne une idée de l'importance des oeuvres réalisées pour la carrière.

Enfin, dans la maison X elle-même, nous trouvons: Pallas en parfaite conjonction avec le MC, en conjonction avec Vénus et Cérès, celle-ci étant en conjonction avec Vesta, elle-même en conjonction avec la maison XI.

Nous avons ici, dans la définition du rôle joué par Pallas (ou Palladion), étant donné le sextile qu'elle forme avec le signe alchimique du Scorpion, un rapport évident avec l'alchimie, point fort du natif. Prédestination alchimique s'il en fut d'avoir, en parfaite conjonction avec le MC, cette Pallas ou Palladion!

Dans le thème, Pallas est en conjonction avec Vénus, maîtresse du signe de la Balance, domaine du couple, des associations, de la justice, de l'art, mais aussi de la religion. Vénus est aussi maîtresse du Taureau, ce signe donne parfois un don pour la chimie.

Dans le cas de Champagne, Vénus agit sous son triple aspect: art (peinture), religion (les peintures illustrant Le Mystère des Cathédrales) et chimie.

La Vénus de Champagne est particulièrement fécondée par:

- un sextile Noeud lunaire Nord - Saturne en Poissons en maison XII (peinture des oeuvre religieuses en rapport avec l'alchimie: conjonction Vénus - Pallas - MC)

- un trigone avec la Lune en Taureau en maison I, la Lune étant elle-même en conjonction avec Neptune l'inspirateur (travaux d'art)

- un demi-sextile avec Junon en Sagittaire en maison VIII (alchimie-ésotérisme)

- un trigone avec le Noeud Sud en Vierge (méthode et rationalisme)

- un demi-quintile avec la Lune noire vraie en Verseau en maison XI (technique, recherche)

- un demi-quintile avec le signe du Sagittaire (ésotérisme)

- un bi-quintile avec le signe des Gémeaux (communication, écriture)

- sa conjonction avec Cérès, déesse de la moisson, la rend particulièrement féconde, d'autant que cette dernière est aidée par:

. un demi-sextile avec Mercure en Verseau XI (intellect donnant des dons pour la technologie et la recherche d'autant plus poussés que Mercure est en conjonction avec le Soleil et les deux Lunes noires, vraie et moyenne)

. un sextile avec le Noeud Nord en Poissons en XII, lui-même en conjonction avec Saturne (religion, occultisme)

- un trigone avec la Lune en Taureau (art, alchimie)

- un quinconce avec la maison III (communication, écriture)

- un demi-sextile avec la maison IX (ésotérisme)

- un trigone avec le Noeud Sud en Vierge (méthode, rationalisme)

- un demi-quintile avec Mars en Sagittaire en maison VIII (travail alchimique et ésotérisme)

- un quintile avec le Scorpion (alchimie).

La conjonction de Cérès avec Vesta, déesse indiquant où brûle la flamme intérieure du natif (ici en Capricorne, maison X, indiquant le désir de gloire), assure la réalisation de ce désir. Or Cérès se trouve en conjonction, non seulement avec Vesta et Vénus, mais aussi avec le MC et Pallas, dont nous avons vu le rapport avec l'alchimie.

De tout ce qui précède, on peut tirer les conclusions suivantes, absolument évidentes: les dons de peintre de Jean Julien Hubert Champagne n'ont eu comme utilité que d'aider à la réalisation de la carrière que lui imposait son destin: la recherche alchimique, ceci de diverses façons: conrètement (pratique de la science alchimique), étude des philosophies ésotériques, peinture et enfin écriture.

Le MC de Champagne, par sa conjonction avec Pallas ou Palladion, indiquait une spécialisation sans équivoque: l'alchimie, point fort du natif. Il devint un excellent peintre, mais manqua toujours, dans ce domaine, de ce que l'on a coutume d'appeler le génie."

Voire...


Pousuivant notre petit tour du monde des publications fulcanelliennes, je voudrais pour terminer signaler aujourd'hui l'abondance des éditions hispaniques, à l'intention de nos amies et amis espagnols et hispanophones.

Cette couverture de Las Moradas Filosofales (Les Demeures Philosophales) de Fulcanelli est celle de l'éditeur Plaza & Janes, à Barcelone, en Espagne, en 1969. Elle s'inspire pour l'essentiel de l'édition Pauvert de 1965 et elle est bien complète des préfaces d'Eugène Canseliet

Elle sera réimprimée en 1973. En 1977, Plaza & Janes en était à la cinquième édition...En 2000 les Ediciones Indigo ont à leur tour publié les Demeures Philosophales, toujours "en Barcelona."

En 1989, Miguel Anguel Munoz Moya les a éditées également, mais...à Séville. A ma connaissance, il n'a toutefois fait paraître que le premier tome des Demeures.



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29 septembre 2006 5 29 /09 /septembre /2006 13:18


La sixième série des caissons alchimiques de la galerie haute du chateau de Dampierre-sur-Boutonne, dessinée par Julien Champagne, constitue la planche XXXI de l'édition originale des Demeures Philosophales de Fulcanelli.

Ce dessin de Julien Champagne est également reproduit dans l'édition Pauvert, où la planche correspondante porte le numéro XXXIII. Passons comme à l'accoutumée ces caissons en revue, l'un après l'autre.


"Là où Louis Audiat reconnaît la figure de Dieu le Père, nous voyons simplement celle d'un centaure, qu'une banderole, portant les sigles du sénat et du peuple romain, cache à demi. Le tout porte un étendard dont la hampe est solidement fichée en terre", explique Fulcanelli.

"Il s'agit donc bien, poursuit-il, d'une enseigne romaine, et l'on peut conclure que le sol sur lequel elle flotte est lui-même romain. D'ailleurs, les lettres .S.P.Q.R. abréviatives des mots Senatus PopulusQue Romanus accompagnent ordinairement les aigles et forment, avec la croix, les armes de la Ville éternelle."

Pour cet auteur, les alchimistes nomment terre romaine et vitriol romain la substance terrestre qui fournit le dissolvant des Sages, sans lequel il serait impossible de réduire les métaux en eau mercurielle, ou, si l'on préfère, en vitriol philosophique.

Fulcanelli semble alors indiquer que ce vitriol est double, et cite à ce propos Basile Valentin: "L'on peut, de Mars et de Vénus, faire un magnifique vitriol dans lequel les trois principes se rencontrent, lesquels servent souvent à l'enfantement et production de notre pierre."


Le sujet de ce bas-relief est assez singulier, selon Fulcanelli. "On y voit un jeune gladiateur, presque un enfant, s'acharnant à taillader, à grands coups d'épée, une ruche emplie de gâteaux de miel et dont il a ôté le couvercle. Deux mots en composent l'enseigne: .MELITVS.GLADIVS. Le glaive miellé."

Pour l'auteur, cet acte bizarre d'adolescent fougueux et emporté, livrant bataille aux abeilles comme Don Quichotte à ses moulins, n'est au fond que la traduction symbolique du premier travail, variante originale du thème si connu et si souvent exploité en hermétisme, le frappement du rocher.

"Le gladiateur tient la place de l'alchimiste. La jeunesse du personnage exprime cette simplicité qu'il faut savoir observer tout au long de l'ouvrage. D'autre part, si l'Adepte de Dampierre accorde la préférence au gladiateur, c'est pour signifier que l'artiste doit travailler ou combattre seul contre la matière."

Quant à la ruche, elle doit le privilège de figurer la pierre à cet artifice cabalistique qui fait dériver ruche de roche par permutation de voyelles.

"Les maîtres de l'art nous affirment qu'il faut commencer par frapper la pierre, roche ou ruche, qui est notre matière première, avec l'épée magique du feu secret, afin de déterminer l'écoulement de cette eau précieuse qu'elle renferme dans son sein. Car le sujet des sages n'est guère qu'une eau congelée."


"Le soleil, perçant les nues, darde ses rayons vers un nid de farlouse, contenant un petit oeuf et posé sur un tertre gazonné. Le phylactère, qui donne au bas-relief sa signification, porte l'inscription: .NEC.TE.NEC.SINE.TE. Non pas toi, mais rien sans toi."

Allusion au soleil, père de la pierre, suivant Hermès et la pluralité des philosophes hermétiques, avance Fulcanelli.

"L'astre symbolique, figuré dans sa splendeur radiante, tient la place du soleil métallique, ou soufre."

C'est ce soufre, conjoint au mercure, qui collabore à la génération de l'oeuf des philosophes en lui donnant la faculté végétative.

"Ce père réel de la pierre est donc indépendant d'elle, puisque la pierre provient de lui, d'où la première partie de l'axiome: nec te; et comme il est impossible de rien obtenir sans l'aide du soufre, la seconde proposition se trouve justifiée: nec sine te."


"Clos de son étroit couvercle, la panse rebondie mais fendue, un vulgaire pot de terre remplit, de sa majesté plébéienne et lézardée, la surface de ce caisson.

Son inscription affirme que le vase dont nous voyons l'image doit s'ouvrir de lui-même et rendre manifeste, par sa destruction, l'achèvement de ce qu'il renferme: .INTVS.SOLA.FIENT.MANIFESTA.RVINA."

Ce sujet est selon Fulcanelli d'autant plus original que son symbolisme se rapporte à la voie sèche, dite encore OEuvre de Saturne, aussi rarement traduite en iconographie que décrite dans les textes.

"Basée sur l'emploi de matériaux solides et cristallisés, la voie sèche (ars brevis) exige seulement le concours du creuset et l'application de températures élevées."

Mais à l'inverse de la voie humide, dont les ustensiles de verre permettent le contrôle facile et l'observation juste, la voie sèche ne peut éclairer l'opérateur, à quelque moment qu'il soit du travail.

"Pourtant, à l'extrémité de sa carrière, l'investigateur apercevra un signe, le seul, celui dont l'apparition indique le succès et confirme la perfection du soufre par la fixation totale du mercure; ce signe consiste dans la rupture spontanée du vaisseau."


"Une main céleste, dont le bras est bardé de fer, brandit l'épée et la spatule. Sur le phylactère, on lit ces mots latins: PERCVTIAM.ET.SANABO. Je blesserai et je guérirai."

Pour Fulcanelli, l'épée qui blesse et la spatule chargée d'appliquer le baume guérisseur ne sont en vérité qu'un seul et même agent, doué du double pouvoir de tuer et de ressusciter, de mortifier et de régénérer, de détruire et d'organiser.

"L'investigateur en possession du dissolvant, seul facteur susceptible d'agir sur les corps, de les détruire et d'en extraire la semence, n'aura qu'à rechercher le sujet métallique qui lui paraîtra le mieux approprié à remplir son dessein.

Ainsi, le métal dissous, broyé, "mis en pièces", lui abandonnera ce grain fixe et pur, esprit qu'il porte en soi, gemme brillante, parée de magnifique couleur, première manifestation de la pierre des sages, Phoebus naissant et père effectif du grand Elixir."


"Un lierre est figuré enroulé autour d'un tronc d'arbre mort, dont toutes les branches ont été coupées de main d'homme. Le phylactère qui complète ce bas-relief porte les mots: .INIMICA.AMICITIA. L'amitié ennemie."

Fulcanelli estime que la pierre, c'est-à-dire le sujet minéral des philosophes, est figurée sur le présent motif par le lierre, plante vivace, d'odeur forte, nauséabonde, tandis que le métal a pour représentant l'arbre inerte et mutilé.

"Notre arbre, étant à la fois scié et étreint, nous devons penser que le créateur de ces images a désiré indiquer clairement le métal et l'action dissolvante exercée contre lui...Mais le métal, quoique entièrement attaqué, n'est solubilisé qu'en partie.

Aussi est-il recommandé de réitérer fréquemment l'affusion de l'eau sur le corps, pour en extraire le soufre ou la semence "qui fait toute l'énergie de notre pierre;"

Et le soufre métaliique reçoit la vie de son ennemi même, en réparation de son inimitié et de sa haine.

"Cette opération, que les sages ont appelée réincrudation ou retour à l'état primitif, a surtout pour objet l'acquisition du soufre et sa revivification par le mercure initial."


"Perçant les nuées, une main d'homme lance contre un rocher sept boules qui rebondissent vers elle. Ce bas-relief est orné de l'inscription: .CONCVSSVS.SVRGO. Heurté, je rebondis."

Image, commente Fulcanelli, de l'axiome hermétique Solve et coagula, dissous et coagule. Ce sont les fruits du labeur hermétique que la main céleste jette contre le rocher, emblème de la substance mercurielle.

"Chaque fois que la pierre, fixe et parfaite, est reprise par le mercure afin de s'y dissoudre, de s'y nourrir de nouveau, d'y augmenter non seulement en poids et en volume, mais encore en énergie, elle retourne par la coction à son état, à sa couleur et à son aspect primitifs."

On peut donc dire qu'après avoir touché le mercure elle revient à son point de départ.

"Ce sont ces phases de chute et d'ascension, de solution et de coagulation qui caractérisent les multiplications successives qui donnent à chaque renaissance de la pierre une puissance théorique décuple de la précédente."


"C'est un arbre mort, aux branches coupées, aux racines déchaussées, que nous présente ce bas-relief.

Il ne porte point d'inscription, mais seulement deux signes de notation alchimique gravés sur un cartouche; l'un, figure schématique du niveau, exprime le Soufre; l'autre, triangle équilatéral à sommet supérieur, désigne le Feu."

Fulcanelli rappelle ici que l'arbre desséché, que nous avons déjà rencontré ailleurs, est un symbole des métaux usuels réduits de leurs minerais et fondus, auxquels les hautes temprératures des fours métallurgiques ont fait perdre l'activité qu'ils possédaient dans leur gîte naturel.

"C'est pourquoi les philosophes les qualifient de morts et les reconnaissent impropres au travail de l'OEuvre, jusqu'à ce qu'ils soient revivifiés, ou réincrudés selon le terme consacré, par ce feu interne qui ne les abandonne jamais complètement."

Les métaux, fixés sous la forme industrielle que nous leur connaissons, gardent encore, au plus profond de leur substance, l'âme que le feu vulgaire a resserrée et condensée, mais qu'il n'a pu détruire.

"Et cette âme, les sages l'ont nommée feu ou soufre, par ce qu'elle est véritablement l'agent de toutes les mutations...Cherchez donc le soufre dans le tronc mort des métaux vulgaires, et vous obtiendrez en même temps ce feu naturel et métallique qui est la clef principale du labeur alchimique."


"Une pyramide hexagonale, faite de plaques de tôle rivées, porte accrochés à ses parois, divers emblèmes de chevalerie et d'hermétisme, pièces d'armure et pièces honorables: targes, armet, brassard, gantelets, couronne et guirlandes.

Son épigraphe est tirée d'un vers de Virgile (Enéide, XI, 641): .SIC.ITVR.AD.ASTRA. C'est ainsi qu'on s'immortalise."

Et Fulcanelli d'identifier cette construction pyramidale, dont la forme rappelle celle de l'hiéroglyphe adopté pour désigner le feu, comme nous venons de le voir, à l'Athanor, mot par lequel les alchimistes signalent le fourneau philosophique indispensable à la maturation de l'OEuvre. Mais ce fourneau n'est pas, bien entendu, celui du vulgaire.

"La matière seule étant le véhicule du feu naturel et secret, immortel agent de toutes nos réalisations, reste pour nous l'unique et véritable Athanor (du grec Athanatos, qui se renouvelle et ne meurt jamais)."

Ce feu est double, il renferme à la fois les vertus attractives, agglutinantes et organisatrices du mercure, et les propriétés siccatives, coagulantes et fixatives du soufre.

"Ainsi, la matière détruite, mortifiée puis recomposée en un nouveau corps, grâce au feu secret qu'excite celui du fourneau, s'élève graduellement à l'aide des multiplications, jusqu'à la perfection du feu pur, voilée sous la figure de l'immortel Phénix: sic itur ad astra.

De même l'ouvrier, fidèle serviteur de la nature, acquiert, avec la connaissance sublime, le haut titre de chevalier, l'estime de ses pairs, la reconnaissance de ses frères et l'honneur, plus enviable que toute la gloire mondaine, de figurer parmi les disciples d'Elie."




La cité d'Elie n'étant autre qu'Héliopolis, on comprend mieux, désormais, pourquoi Fulcanelli recommanda à son disciple Eugène Canseliet d'user à bon escient de son titre de Frère Chevalier
d'Héliopolis.

A l'occasion du centenaire de la naissance de Canseliet, un colloque lui fut dédié en 2000 à Paris, auquel votre serviteur eut le bonheur d'assister, et qui s'acheva à La Sorbonne. Il est excessivement dommage que les actes n'en aient pas été publiés.

Nous devons donc savoir gré à Pierre-Alexandre Nicolas, des Editions Arcadis, et à sa revue L'Alchimie, d'avoir dans le numéro 6 de cette dernière, partiellement pallié ce manque, au premier trimestre 2001.

http://www.lirexpress.com/advanced_search_result.php?keywords=ARCADIS&osCsid=
a4e2eb52e5c8ca552b471e82851fd6cb&x=2&y=11

Et alors à Julien Champagne, me direz-vous, aucune revue n'a encore daigné consacrer sa couverture? Si fait, si fait, mais "demain est un autre jour".




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27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 18:54


Fulcanelli ne le cite que dans Le Mystère des Cathédrales. Et pourtant son empreinte s'étend bien au-delà de ces quelques mentions, et marque également, en particulier, certains passages des Demeures Philosophales du même auteur.

Je veux parler ici des travaux pour le moins non conformistes du docteur Gustave-Joseph Witkowski (1844-1923), dont vous constaterez avec moi qu'il est pratiquement un contemporain du mentor de Julien Champagne et d'Eugène Canseliet.

Je ne vais pas me livrer ici à une étude bio-bibliographique de ce médecin littérateur, actuellement bien oublié, mais que nous avons déjà rencontré lors de notre article Jean Schemit éditeur de Champagne (30 avril 2006).

En effet, cet auteur méconnu qui signant G.J. s'est parfois vu gratifier du prénom de Jules ou de Jean, et dont le troisième "petit nom" était Alphonse, a comme Fulcanelli à l'origine été publié par Schemit.

J'ai déjà rappelé les titres de ces principaux ouvrages, du moins de ceux qui ont attiré sur leur rédacteur l'attention de certains ésotéristes avertis; ce sont précisément ceux que Schemit, probablement averti lui-même, a publiés.

 

witkowski2010.champagne

 

L'art profane à l'église comporte en fait deux parties: France, 1908, dont nous voyons ici la page de garde, et Etranger (même année). La première partie a été réimprimée par Nabu Press (Etats-Unis) en 2010 et 2011.

http://www.uread.com/book/lart-profane-lglise-gustave-joseph/9781142885045

Présenté comme son complément, L'art chrétien, ses licences suivra en 1912, toujours chez Schemit.

Parfois licencieux en effet, ces trois livres, qui avaient été précédés des Seins dans l'histoire (Maloine, 1903) et des Seins à l'église (Maloine, 1907), visent en fait surtout à montrer que l'art religieux ne parvient pas toujours à s'abstraire - et heureusement  estime manifestement Witkowski - des pesanteurs de la chair pour s'élever d'entrée de jeu dans les sphères célestes.

Que leur auteur fut friand chasseur d'images équivoques ou scabreuses est incontestable. Il n'empêche que le résultat de cette quête constitue un ensemble où, pour reprendre l'expression d'Eugène Canseliet, "iconographie et texte uniquement axés sur le bizarre et semblablement étrangers à l'édification, sont riches, très souvent, de cet hermétisme que Jean Schemit avait décelé, avec autant de conviction que de sagesse."

Soyons honnête cependant, et reconnaissons que si l'on excepte ses trois publications schemitiennes, le distingué et prolifique docteur n'a guère bouleversé les annales médicales et littéraires:

http://ucsfcat.ucsf.edu:2082/search/a?Witkowski%2C+G.-J.+(Gustave+Joseph)%2C+1844-1923

Aussi prenons congé de son individualité terrestre, en saluant son érudition et également son humour, certes noir, d'un genre que n'aurait probablement pas désavoué un Julien Champagne.

Voici donc le faire-part "anticipé" de décès qu'il rédigea à son propre usage, et qui figure dans le post-scriptum de son Art chrétien.

 

GJW.champagne

 

Et prenons avec Fulcanelli et son dessinateur le chemin du mausolée François II de Nantes, dessiné par Jean Perréal et sculpté par Michel Colombe,qui fait l'objet de tout un chapitre des Demeures Philosophales.

Witkowski dans son Art profane à l'église y traite bien de la statue représentant la force, que nous avons brièvement étudiée en son temps (Champagne force aimant, 11 mars 2006).

A l'époque, Nantes était en Loire-Inférieure, et c'est donc à propos de ce département que notre libertin de toubib aborde vaillamment, mais très précisément, la cathédrale Saint-Pierre et ce tombeau:

"Aux angles du tombeau de François II, duc de Bretagne, et de Marguerite de Foix, sa seconde femme, les quatre Vertus cardinales se tiennent debout.

C'est la Justice, sous les traits de la fille des défunts, Anne de Bretagne; puis la Force, la Prudence, et la Sagesse qui a un double visage de jeune femme et de vieillard.

La force porte sur chaque sein un soleil, la source de toutes les forces vives et créatrices de la Nature (figure 329)."

Cette figure, dont il est inutile désormais de se demander pourquoi elle a été choisie plutôt que d'autres, a été dessinée vraisemblablement par G.A. Payraud, d'après nous explique Witkowski l'Iconographie de Monseigneur Barbier de Montault.


C'est curieusement encore la force - il est vrai un des chefs-d'oeuvre et de Colombe et de Champagne - qui sera choisie pour illustrer seule le même monument dans le remarquable petit livre de Josane Charpentier, compagne de Louis Charpentier, auteur notamment des Mystères de la cathédrale de Chartres (Laffont, 1985).

Je veux parler de La France des lieux et demeures alchimiques (Retz, 1980). Préfacé par Eugène Canseliet, qui était un ami du couple, et peut-être illustré par sa fille Isabelle Canseliet, cet ouvrage gagnerait à mon avis à être repris dans une perspective plus large, vraisemblablement européenne.


Voici pour terminer ce que dit Josane de la force ainsi statufiée:

"La tête couverte d'un casque au mufle de lion, la Force porte un corselet d'armure finement ciselé.
Elle tient de la main gauche une tour, tandis que de la droite, elle en arrache un petit dragon ailé, tout en lui tordant le cou.

Pour l'alchimiste, ce dragon représente la matière première, volatile, qu'on appelle mercure commun. On peut donc considérer la tour comme l'enveloppe, la gangue ou la minière du dragon, voire son refuge, d'où il faudra l'extraire, même en employant la force, tel qu'on sépare le mercure de la matière brute.

Cette interprétation se trouve en quelque sorte confirmée, car elle porte sur ses bras une longue écharpe: elle s'est donc dévoilée et laisse supposer un sens caché, qu'il importe de découvrir.

On remarque également que les écailles, sur la gorgerette de la cuirasse, rappellent celles du dragon. Et des écailles de poisson sont disposées en demi-cercle autour de la taille. Or, le poisson est le symbole du soufre, comme le dragon est un emblème mercuriel."



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25 septembre 2006 1 25 /09 /septembre /2006 07:33


Après notre dernier article sur le manoir lexovien de la salamandre (Etoile de Champagne, 23 septembre 2006), dont nous avions alors franchi la porte, poursuivons sans nous désunir notre chemin de promenade vers le premier étage.

"Au premier étage du manoir de Lisieux, nous explique Fulcanelli dans ses Demeures Philosophales, et taillé dans le pilier gauche de sa façade, un homme d'aspect primitif soulève et paraît vouloir emporter un écot d'assez forte dimension."

Intitulée L'Homme à l'écot du poteau cornier, la planche correspondante, dessinée par Julien Champagne, porte dans l'édition originale des Demeures le numéro IV et est remplacée dans
l'édition Pauvert par une photo sensiblement différente (planche VII).


Ce symbole, qui semble fort obscur, cache cependant pour Fulcanelli le plus important des arcanes secondaires de l'alchimie.

"L'écot dont s'est saisi cet artisan d'un autre âge ne paraît guère devoir servir qu'à son génie industrieux. Et pourtant, c'est bien là notre arbre sec."

Tel est, précise-t-il bientôt, l'hiéroglyphe adopté par les philosophes pour exprimer l'inertie métallique, c'est-à-dire l'état spécial que l'industrie humaine fait prendre aux métaux réduits et fondus.

"L'ésotérisme hermétique démontre, en effet, que les corps métalliques demeurent vivants et doués du pouvoir végétatif, tant qu'ils sont minéralisés dans leurs gîtes.

Il s'y trouvent associés à l'agent spécifique, ou esprit minéral, qui en assure la vitalité, la nutrition et l'évolution jusqu'au terme requis par la nature."

Au contraire, ajoute-t-il, les minerais qui ont subi le grillage et la fusion ne possèdent pas d'agent vital propre.

"Les sages nous disent qu'ils sont morts, du moins en apparence, parce qu'il nous est impossible, sous leur masse solide et cristallisée, d'évertuer la vie latente, cachée au profond de leur être.

Ce sont des arbres morts, bien qu'ils recèlent encore un reste d'humidité, lesquels ne donneront plus de feuilles, de fleurs, de fruits, ni surtout, de semence."


Que faire à ce stade? Fulcanelli explique que la réincrudation qu'il s'agit opérer ne peut consister en un retour pur et simple du métal à son état primitif.

En effet, rappelle-t-il, suivant un axiome philosophique souvent énoncé, les corps n'ont point d'action sur les corps. Seuls les esprits sont actifs et agissants.

"L'animation du métal est réalisée par cet agent vital dont nous avons parlé. C'est lui l'esprit qui s'est enfui du corps lors de sa manifestation sur le plan physique;

c'est lui l'âme métallique, ou cette matière première qu'on n'a point voulu désigner autrement, et qui fait sa résidence dans le sein de la Vierge sans tache."

L'animation du métal, conclut-il, vitalisation de l'arbre sec, est donc à proprement parler la résurrection du mort.


Souvenons-nous que nous avons déjà rencontré, il y a tout juste un mois, l'arbre sec et l'arbre vert lors de notre examen  de la première série des caissons alchimiques de la galerie du chateau de Dampierre-sur-Boutonne (De Diane de Poitiers à Champagne, 26 août 2006).

Pour sa part, Eugène Canseliet, dans l'article de son recueil Alchimie (Pauvert, 1964) consacré à l'arbre alchimique est à son tour revenu sur le thème de l'arbre sec:

"Faut-il voir dans le chaos dont parlent les alchimistes, - et que Dieu garda sur la terre comme une parcelle précieuse de la matière primordiale, à la disposition des hommes de bonne volonté, faut-il voir dans ce chaos, cet arbre de la vie qu'on rencontre si fréquemment dans l'imagerie alchimico-religieuse?

Certes oui, parce qu'il se complète, dans l'hermétique réalisation, de l'arbre sec, hiéroglyphe du corps mort et privé d'âme, qu'il lui faudra ressusciter et animer par son eau vive.

Sur les deux parties opposées du petit monde philosophal, l'un ne saurait croître sans l'autre, tandis qu'ils poussent séparément leurs racines, le premier dans le ciel, le second au sein de la terre."


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