JULIEN CHAMPAGNE
Ou 1908 de Champagne, puisque cette année-là "Hubert" parachève un traité d'alchimie, intitulé tout bonnement La Vie Minérale, écrit resté à ce jour non publié, et dont nous vous présentons donc,
en ce jour de la Trinité, quelques extraits du début et de la fin.
C'est je crois pour l'instant la seule preuve évidente d'un intérêt précoce du peintre et dessinateur pour la science hermétique, même s'il est réputé avoir rencontré Fulcanelli dès 1905, et être
passé en 1910 à son service. 1910, moment où il produit ses premières illustrations pour le Mystère des Cathédrales, année également où il réalise sa superbe composition du Vaisseau du Grand
OEuvre...
Et puis voici enfin un Julien Champagne dont il est désormais impossible de prétendre qu'il fut un vulgaire copiste de traités anciens, pour ne pas dire un plagiaire ou pire encore. Comme pour
l'heure nous ne savons rien de la genèse de ce manuscrit, en dehors du fait qu'il ne comporte pas d'illustrations, ce qui pourra sembler notable, et qu'il fut relié à une époque indéterminée,
nous ne pouvons nous prononcer sur les motivations qui furent celles de l'artiste et alchimiste: Accession à un voeu exprimé par Fulcanelli?
Quoiqu'il en soit, l'essai de Julien Champagne se présente sous les auspices du clacissisme le pur, comme en témoigne son sous-titre...en caractères gothiques: Etude de Philosophie Hermétique et
d'Esotérisme Alchimique. Voici bien une dénomination qui nous rappelle en outre fortement celles choisies pour leurs écrits par Fulcanelli et Eugène Canseliet.
Naturellement, Hermès, dieu éponyme des Philosophes, s'impose à notre attention d'entrée de jeu: "Revenez à vous même, vous qui marchez dans l'erreur, qui languissez dans l'ignorance;
éloignez-vous de la lumière ténébreuse."
Puis aussitôt, et ceci me semble être très fulcanellien d'inspiration, il cède place à un savant plus proche de nous, l'illustre astronome et mathématicien Pierre-Simon Laplace (1749-1827), dont
je vous laisse découvrir la leçon toujours actuelle de constante ouverture d'esprit et de soigneuse humilité, ainsi que de recours vigilant à une expérimentation qui reçoit également les faveurs
de la pratique alchimique.
C'est le même Laplace, aujourd'hui réputé avoir déclaré à l'empereur Napoléon 1er qu'il n'avait que faire de l'hypothèse de Dieu, qui affirmait pourtant:
« Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, la position respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs
elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, elle embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers, et ceux du plus léger atome. Rien ne
serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux. »
A sa suite, ne soyons certes pas surpris de trouver, appelé à la rescousse de ses références concordantes par un Julien Champagne décidémment plus érudit qu'on ne le croyait, et cette fois dans
le rôle de l'épistémologue, le génial visionnaire que fut aussi l'auteur du roman Notre-Dame de Paris, "écrit tout entier sous le charme de l'alchimie."
Puis l'auteur fonde très vite le début de son témoignage sur un certain nombre d'auteurs qui tous font partie du corpus traditionnel de l'alchimie occidentale: Artephius, Flamel, Philalèthe,
Valentin entre autres figurent bien au nombre de ces "textes classiques" qui sous-tendront plus tard tout un traité d'Eugène Canseliet.
Mais si Champagne leur fait explicitement obédience, leur rendant un hommage mérité pour avoir perçu l'unité profonde de la matière, c'est qu'il s'est longuement appliqué à vérifier la véracité
de leurs dires:
"Comme eux j'ai pu, à force d'étude, d'expériences laborieuses et de persévérance, me pénétrer de cette idée qu'un principe unique et primitif devait, en se diversifiant par évolutions et
transformations successives, demeurer le véritable et seul créateur de toutes les substances du macrocosme." Celui qui s'exprime ainsi est bien devenu philosophus per ignem.
Champagne reviendra d'ailleurs sur cette même idée dans les toutes dernières lignes de son opuscule, qui cher Vérax comporte tout de même une bonne centaine de pages:
"Concentrer l'Energie minérale sous une Forme capable d'opérer la transmutation métallique; enchaîner l'enseignement philosophique aux opérations manuelles; rendre manifeste et tangible ce qui
est occulte par les voies simples de l'expérience, tel est le but de la Science Hermétique."
Et de témoigner de sa certitude profonde que cet idéal est accessible, et fut atteint par nos anciens Maîtres: "Les Alchimistes, en se basant sur elle, ont atteint ce prodigieux sommet; ils ont
cueilli - après combien d'efforts - la Rose Mystérieuse."
"Quelle splendide figure, remarquera Fulcanelli à propos de l'alchimiste de Notre Dame, que celle du vieux maître, qui scrute, interroge, anxieux et attentif, l'évolution de la vie minérale, puis
contemple enfin, ébloui, le prodige que sa foi seule lui laissait entrevoir!" (Mystère des Cathédrales).
Et dans les Demeures Philosophales: "L'activité vitale, très apparente chez les animaux et les végétaux, ne l'est guère moins dans le règne minéral, bien qu'elle exige de l'observateur une
attention plus aiguë. Les métaux, en effet, sont des corps vivants et sensibles...
Qu'est-ce que la dilatation et la contraction, sinon deux effets du dynamisme métallique, deux manifestations de la vie minérale? Pourtant, il ne suffit pas au philosophe de noter seulement
l'allongement d'une barre de fer soumise à la chaleur, il lui faut encore rechercher quelle volonté occulte oblige le métal."
Voici sans doute pourquoi Julien insiste tant en définitive sur la nécessité de "l'observation constante, persévérante et raisonnée des phénomènes biologiques."
Je viens d'apprendre que Fabrice Bardeau est passé il y a quelques semaines. Naturopathe de profession, il fut aussi et peut-être d'abord alchimiste.
Nous lui devons en particulier nombre de volumes dignes d'intérêt, tels Les clefs secrètes de la chimie des Anciens (Laffont, 1975 et 1992) et la présentation d'une curieuse édition par Savary de
l'Alchimie de Flamel du chevalier Denis Molinier (1989).
Dans son Présence de Fulcanelli, Artero rappelle qu'en 1978, Fabrice Bardeau participa à la défunte librairie parisienne La Table d'Emeraude à une alchimique conversation dont Eugène Canseliet
fut un autre des acteurs.
Pour Eugène, on pouvait dire aussi à cette époque que l'alchimie connaît une sorte de renouveau, de renaissance. De ce renouveau et de cette renaissance, Fabrice, nous te sommes en partie
redevables.
Bonne route sur ton nouveau chemin, et que notre Bonne Déesse t'ouvre tout grand ses bras secourables non moins que maternels.
ARCHER
Dans le désert des mots Fleurit une oasis. Et si elle vous inspirait Une ode?
Amitiés
Many thanks for this. Merci beaucoup de ces compliments auxquels j'espère que vous me pardonnerez de répondre en français, ayant l'impression que vous le comprenez parfaitement d'une part, et d'autre part par égard pour mes lecteurs et lectrices non anglophones.
Je ne sais si j'ai touché un filon, j'ai parfois l'impression que c'est plutôt lui qui m'a percuté de plein fouet. Oui, j'espère et je crois qu'il est riche, cela dépend quelque part de nous tous.
Vous savez, en argot français, il y a une expression pour dire de quelqu'un qu'il a de la chance, on traduit cela de façon très alchimique je trouve en avançant l'idée qu'il a de la veine.
Mais la chance, ou la veine, ça se mérite, aussi...Au plaisir de vous relire.
enfin la confirmation d'un Jean Julien Champagne, philosophe hermétique et alchimiste, par ce splendide document, qui passe à défaut d'un autre encore plus éloquent, pour un de ces innombrables témoignages de la Tradition, signé ici par son auteur sous la forme de son patronyme, ce qui forme plutôt une exception, mais était fréquente, lors d'une remise de la main à la main.
Comme il serait intéressant que le propriétaire légitime puisse faire éditer en fac-simile ce manuscrit bien précieux sur la "niche" traditionnelle de l'entourage de Fulcanelli (Pierre Dujols de Valois - famille De Lesseps) dans la première décennie du vingtième siècle commençant.
Un immense merci à vous pour votre travail de très grande qualité, et mes amitiés en Hermès.
Je comprends donc moi aussi que Julien Champagne ait jugé préférable de le signer de son nom à l'état civil, plutôt que d'un pseudonyme, et vous suis donc tout à fait dans votre raisonnement.
Quant à la publication de ce traité, elle ne dépend pas pas de moi qui ne suis ni éditeur, ni propriétaire du texte, dont d'ailleurs je ne dispose pas en totalité actuellement.
Aussi ne puis-je pour l'instant qu'enregistrer notre souhait commun, en escomptant qu'il pourra rencontrer un ou des écho(s) favorables(s).
J'enregistre au passage, et vos compliments, que je retourne à votre propre blog, et cette proximité que nous relevons tous deux entre les familles Lesseps et Dujols d'un côté, et de l'autre Fulcanelli et Julien Champagne.
Bien à vous In Hermes Trimegisto,
c'è sempre da imparare, e molto, da quello che ci regali mese per mese, Grazie e a presto, MAX
Grazie mille! Je ne saurai assez rendre hommage, de mon côté, à votre admirable initiative d'entreprendre une traduction italienne du blog Julien Champagne, dont chacune et chacun pourra aisément bénéficier s'il ou si elle le souhaite, grâce aux "liens" que nous avons tous deux mis en évidence.
http://maxjulienchampagne.over-blog.it/
Puisse cette initiative prospérer, et faire des émules!
Félicitation pour ce document exceptionnel, entre tous les documents exceptionnels.
Quel bonheur absolu de lire tout celà. Le puzzle se rassemble inexorablement, les documents secrets sortent des bibliothèques, d'autre suivront, à n'en pas douter.
Quelle veine ce filon ! :-)
Merveilleux Julien Champagne..........
Archer, Ce livre peut-il espérer un jour voir une impression ? Si ou i, je souscris d'emblée.
Pazr ailleurs auriez-vous la possibilité de demander au proriétaire du livre unique de Champagne s'il serait d'accord pour que figurent quelques autres pages de Champagne sur votre blog ?
Son texte est magnifique, MAGNIFIQUE, MAGNIFIQUE, MAGNIFIQUE.
Ib
Merci Ib de votre intérêt renouvelé. Je ne doute pas que le propriétaire de La Vie Minérale lise ce blog, aussi l'appel est lancé.
Quant à l'édition du manuscrit, je n'ai pas connaissance à ce jour d'une quelconque proposition ferme, mais ceci peut changer.
Sinon je partage tout à fait votre avis, certains passages au moins du texte de Julien Champagne sont absolument magnifiques.
J'ajoute qu'actuellement j'ai toutes les raisons du monde de ne pas douter de son authenticité. Vous avez bien raison, Eugène Canseliet, ami proche de Julien Champagne dès 1915-1916, ne souffle mot de ce manuscrit élaboré dès 1908, du moins dans les écrits que nous lui connaissons pour l'heure.
N'oublions pas, au demeurant, que ce texte apparemment unique a été élaboré par quelqu'un ("Hubert") qui en bon alchimiste, en bon hermétiste, en bon ésotériste si vous voulez, veillait à ne dire aux uns et aux autres que ce qu'il croyait devoir leur dire.
Ici, je suis très tenté de suivre Geneviève Dubois notamment. C'est ainsi par exemple que Canseliet a très bien pu (après 1932) ne découvrir que sur le tard la relation entre Renré Schwaller et Julien Champagne.
J’ai l’impression que vous avez mis dans le mille avec la découverte de ce manuscrit.
Cordialement Hélias
Ceci dit, quoique de plus normal pour un Archer? Mais je me vois comme forcé, allez savoir pourquoi, de me référer ici à l'édition Canseliet du Mutus Liber:
"La force du produit doit être proportionnelle à la puissance du fluide, de telle sorte que la poudre de projection obtenue multiplie à 100, 1000 ou 10 000, etc, suivant le potentiel de l'artiste."
Oui, c'est ce que j'appelle "la deuxième mort".
Champagne est mort deux fois. Après sa mort physique son oeuvre a été passé sous silence. La preuve en est ici -même, qui exhume grâce à la ténacité d'Archer, ce document exceptionnel.
Souve,nons-nous que la plaque morturaire attestant de sa filiation hermétique a été volé. Soi par un admirateur, soi par un détracteur qui souhaitait sa deuxième mort.
De la même manière certains livres de Champagne ont ensuite été chez Canseliet. Lorsque ces livres se rertrouvèrent dansle circuite de labibliophie, ils n'avaient plus les ex-libris circulaires propre à Champagne, soigneusement ôtés qu'ils onté été. Les ex-libris des propriétaires précédnets, eux, sont bien restés. La deuxième mort est bien là, celle du souvenir volontairement effacé !
Qui craint que le rôle, peut-être majeur ? - de Champagne soit sur l'avant-scène ?
Ce manuscrit "Vie minérale" pourra-til voir le grand jour, pour le plus grand profit de tous ? Ou bien devra-t-on se contenter des magnifiques photos d'Archer (Encore un grand MERCI)
Ib
Je partage au demeurant avec vous l'espoir que sa tombe, sur laquelle je me suis recueilli comme d'autres, puisse être restaurée dans son état d'origine, et que son état d'apôtre de la science hermétique, et donc d'alchimiste, puisse donc lui être de nouveau reconnu.
Pour moi, compte tenu de ce que je sais pour l'heure, la perte de Julien a été durement ressentie par son ami plus jeune Eugène Canseliet, auquel Fulcanelli fut par conséquent conduit à adresser un Moktar Pacha.
Canseliet qui à partir de 1932 dut donc porter seul le flambeau de l'alchimie renaissante sur ses épaules de trentenaire ou quasiment. Et donc se mettre seul en avant...
Quant à "Hubert", il reste qu'il n'est plus désormais, en particulier avec la découverte de La Vie Minérale, un second rôle de l'alchimie du dernier siècle, il devient ou redevient un alchimiste à part entière, comme Canseliet l'est également.
Le propriétaire du manuscrit de La Vie me semble actuellement enclin, sinon forcément à la publication du texte (mais de toute façon aucun éditeur ne s'est manifesté à ce jour) du moins à la communication d'autres extraits: Wait & see!
felicitations pour la decouverte de ce magnifique manuscript...!
Votre "quete" est invaluable...!
C'est un grand plaisir de vous rencontrer dans le Bois de la Dame!
Captain NEMO
Grazie mille, many thanks pour cette appréciation, qui me permet entre autres de resignaler l'intérêt particulier de vos sites:
http://www.netvibes.com/capnemo#Welcome_on_Board_!
En fait je pense que c'est la Dame Polia qui nous rencontre dans son Bois, et je saisis l'opportunité de votre intervention pour la prier de faire en sorte qu'un jour prochain, après nous avoir permis de découvrir ou redécouvrir l'alchimiste Julien Champagne, auteur de La Vie Minérale, elle nous permette aussi de mesurer à nouveau l'extraordinaire talent de l'artiste peintre (et dessinateur) auteur du Vaisseau du Grand OEuvre.
Bon sang! C’est le Copper Scroll de l’alchimie que vous avez exhumé ! Félicitations Archer, et remerciements au possesseur, qui acceptera peut-être, souhaitons-le, de le faire éditer un jour en ‘reprint’.
-Carl Lavoie/nyme
Quelle flatteuse comparaison venant je crois d'un jeune archéologue des textes alchimiques que celle qui compare la découverte de La Vie Minérale à celle de certains manuscrits de La Mer Morte.
Je profite cependant de ce compliment immérité pour signaler votre approche à la fois verte et érudite de l'alchimie:
http://www.massanne.com/index.php?option=com_content&view=category&id=39&Itemid=64
Vive le Québec libre...pardon, vive le Canada, francophone et donc français...où d'ailleurs vivent nombre de Champagne, voire certains Julien Champagne.
amitiés sylvie