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Lundi 6 juillet 2009



Pour  un alchimiste, la vie est une, même s'il n'y a pas qu'une vie. Donc non seulement il n'y a qu'un pas de la vie minérale à la végétale (ou à l'animale), mais la vie minérale est par essence animale et végétale.

Et c'est un chant, la vie, une vibration, picturale, musicale notamment. Nous nous trouvons donc maintenant, me semble-t-il, en situation d'admirer ensemble ce très beau tableau réalisé en 1900 par un certain Julien Champagne.

A cette époque, notre « Hubert » vient de terminer ou est en train d’achever son parcours estudiantin à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris.

Nous voici donc, si j’ose dire plantés devant ce qui est encore une œuvre de jeunesse, même s’il est aisé de constater comme le trait s’est en quelques années considérablement affermi, et combien s’est enrichi la palette.



Heureuse trouvaille par conséquent de la talentueuse galeriste de la rive gauche de la Seine, providentiellement nommée, du moins est-ce mon avis, Marie Watteau :

www.mariewatteau.com

On pourra si l’on veut admirer rue de Beaune cette belle œuvre, qui attendait encore acquéreur ces jours derniers.

Et certes Marie qui s’est heureusement pour nous faite une spécialité de la fin du XIXème siècle et du début du XXème ne l’a pas dénichée par hasard, puisqu’elle cherche précisément depuis quelque temps à acquérir des dessins ou peintures de Julien, passionnée qu’elle est par le génie de l’auteur du Vaisseau du Grand œuvre (1910). Auteur qui rappelons-le tout de même figure au Bénézit.


Sur cette toile que pour notre part nous avons pu contempler grâce à l’obligeance et à la gentillesse également expertes de Sophie de Saint Phalle, collaboratrice de Watteau, nous ne disposons hélas que de peu d’informations: "Intérieur d'une serre" serait le nom de ce tableau de 54x73cm.

En effet, son dernier propriétaire en date semble ne pas avoir été conscient de la personnalité de Champagne.

Pour autant, et même si le peintre n’a pas apposé au verso de sa toile son cachet de prédilection : « Julien Champagne, artiste peintre », tout simplement peut-être parce qu’il n’en disposait pas à l’époque, sa signature, que nous reproduisons ici en positif et en négatif, et qu’il a fait suivre comme ailleurs parfois de l’année de sa création, témoigne suffisamment à mon sens du fait que nous avons devant nous une œuvre authentique, et jusqu’alors inconnue.

Mais me direz-vous où peut bien se trouver cette belle serre, ce jardin tropical ou jardin d’hiver dont la mode au tournant des deux siècles précités s’était déjà largement affirmée ? Je parierais volontiers pour la région parisienne, qui était après tout la région de prédilection de Jean-Julien.


Et je me plais à penser que nous pourrions nous trouver tout simplement au Muséum d’histoire naturelle de Paris, si cher au grand savant que fut Eugène Chevreul, lequel lui légua d’ailleurs sa collection de livres d’alchimie. Chevreul, qui fut par ailleurs un ami aîné de Fulcanelli.

Mais puisque nous voici en train de remonter dans le temps, je voudrais presque conclure mon petit pensum du mois courant en offrant à Marie et Sophie, en manière de remerciement pour nous avoir obligeamment signalé et fait admirer cette superbe découverte, une reproduction d’un tableau de 1880, cette fois, et qui est une œuvre « orientaliste » de Luc-Olivier Merson.

Convenons ensemble que cette vision qu’il nous propose de la fuite en Egypte de la Sainte Famille est pour le moins inhabituelle.

Luc nous présente donc une vision symbolique ou symboliste, comme on voudra, de cet épisode biblique. Vision qui au demeurant ne nous surprend que partiellement, après notre lecture des quelques lignes que lui consacre Eugène Canseliet dans son édition du Livre Muet.




« Le sphinx protège et domine la science », proclame pour sa part le frontispice fulcanellien du Mystère des Cathédrales, dessiné par Julien Champagne dès 1910.

Et quelle magnifique illustration, également, du caractère œcuménique de la science et de la religion alchimiques !

Je terminerai donc ce petit laïus en vous signalant une œuvre musicale originale de notre cousin du Québec Christopher Cousineau, dont l’Electric Chamber Orchestra s’inspire très régulièrement de l’œuvre de Fulcanelli et de celle de Julien Champagne:

http://www.myspace.com/thecrucibleece

Je trouve qu’elle complète d’heureuse façon ce petit tour d’horizon conjoncturel de l’Art, des arts et de leurs artistes, puisqu’elle s’intitule tout simplement La danse de Sophia :

« La vie, ça se danse. »



pcc ARCHER
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Dimanche 7 juin 2009

Ou 1908 de Champagne, puisque cette année-là "Hubert" parachève un traité d'alchimie, intitulé tout bonnement La Vie Minérale, écrit resté à ce jour non publié, et dont nous vous présentons donc, en ce jour de la Trinité, quelques extraits du début et de la fin.

C'est je crois pour l'instant la seule preuve évidente d'un intérêt précoce du peintre et dessinateur pour la science hermétique, même s'il est réputé avoir rencontré Fulcanelli dès 1905, et être passé en 1910 à son service. 1910, moment où il produit ses premières illustrations pour le Mystère des Cathédrales, année également où il réalise sa superbe composition du Vaisseau du Grand OEuvre...

Et puis voici enfin un Julien Champagne dont il est désormais impossible de prétendre qu'il fut un vulgaire copiste de traités anciens, pour ne pas dire un plagiaire ou pire encore. Comme pour l'heure nous ne savons rien de la genèse de ce manuscrit, en dehors du fait qu'il ne comporte pas d'illustrations, ce qui pourra sembler notable, et qu'il fut relié à une époque indéterminée, nous ne pouvons nous prononcer sur les motivations qui furent celles de l'artiste et alchimiste: Accession à un voeu exprimé par Fulcanelli?


Quoiqu'il en soit, l'essai de Julien Champagne se présente sous les auspices du clacissisme le pur, comme en témoigne son sous-titre...en caractères gothiques: Etude de Philosophie Hermétique et d'Esotérisme Alchimique. Voici bien une dénomination qui nous rappelle en outre fortement celles choisies pour leurs écrits par Fulcanelli et Eugène Canseliet.

Naturellement, Hermès, dieu éponyme des Philosophes, s'impose à notre attention d'entrée de jeu: "Revenez à vous même, vous qui marchez dans l'erreur, qui languissez dans l'ignorance; éloignez-vous de la lumière ténébreuse."

Puis aussitôt, et ceci me semble être très fulcanellien d'inspiration, il cède place à un savant plus proche de nous, l'illustre astronome et mathématicien Pierre-Simon Laplace (1749-1827), dont je vous laisse découvrir la leçon toujours actuelle de constante ouverture d'esprit et de soigneuse humilité, ainsi que de recours vigilant à une expérimentation qui reçoit également les faveurs de la pratique alchimique.


C'est le même Laplace, aujourd'hui réputé avoir déclaré à l'empereur Napoléon 1er qu'il n'avait que faire de l'hypothèse de Dieu, qui affirmait pourtant:

« Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, la position respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, elle embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers, et ceux du plus léger atome. Rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux. »

A sa suite, ne soyons certes pas surpris de trouver, appelé à la rescousse de ses références concordantes par un Julien Champagne décidémment plus érudit qu'on ne le croyait, et cette fois dans le rôle de l'épistémologue, le génial visionnaire que fut aussi l'auteur du roman Notre-Dame de Paris, "écrit tout entier sous le charme de l'alchimie."


Puis l'auteur fonde très vite le début de son témoignage sur un certain nombre d'auteurs qui tous font partie du corpus traditionnel de l'alchimie occidentale: Artephius, Flamel, Philalèthe, Valentin entre autres figurent bien au nombre de ces "textes classiques" qui sous-tendront plus tard tout un traité d'Eugène Canseliet.

Mais si Champagne leur fait explicitement obédience, leur rendant un hommage mérité pour avoir perçu l'unité profonde de la matière, c'est qu'il s'est longuement appliqué à vérifier la véracité de leurs dires:

"Comme eux j'ai pu, à force d'étude, d'expériences laborieuses et de persévérance, me pénétrer de cette idée qu'un principe unique et primitif devait, en se diversifiant par évolutions et transformations successives, demeurer le véritable et seul créateur de toutes les substances du macrocosme." Celui qui s'exprime ainsi est bien devenu philosophus per ignem.


Champagne reviendra d'ailleurs sur cette même idée dans les toutes dernières lignes de son opuscule, qui cher Vérax comporte tout de même une bonne centaine de pages:

"Concentrer l'Energie minérale sous une Forme capable d'opérer la transmutation métallique; enchaîner l'enseignement philosophique aux opérations manuelles; rendre manifeste et tangible ce qui est occulte par les voies simples de l'expérience, tel est le but de la Science Hermétique."

Et de témoigner de sa certitude profonde que cet idéal est accessible, et fut atteint par nos anciens Maîtres: "Les Alchimistes, en se basant sur elle, ont atteint ce prodigieux sommet; ils ont cueilli - après combien d'efforts - la Rose Mystérieuse."



"Quelle splendide figure, remarquera Fulcanelli à propos de l'alchimiste de Notre Dame, que celle du vieux maître, qui scrute, interroge, anxieux et attentif, l'évolution de la vie minérale, puis contemple enfin, ébloui, le prodige que sa foi seule lui laissait entrevoir!" (Mystère des Cathédrales).

Et dans les Demeures Philosophales: "L'activité vitale, très apparente chez les animaux et les végétaux, ne l'est guère moins dans le règne minéral, bien qu'elle exige de l'observateur une attention plus aiguë. Les métaux, en effet, sont des corps vivants et sensibles...

Qu'est-ce que la dilatation et la contraction, sinon deux effets du dynamisme métallique, deux manifestations de la vie minérale? Pourtant, il ne suffit pas au philosophe de noter seulement l'allongement d'une barre de fer soumise à la chaleur, il lui faut encore rechercher quelle volonté occulte oblige le métal."


Voici sans doute pourquoi Julien insiste tant en définitive sur la nécessité de "l'observation constante, persévérante et raisonnée des phénomènes biologiques."

Je viens d'apprendre que Fabrice Bardeau est passé il y a quelques semaines. Naturopathe de profession, il fut aussi et peut-être d'abord alchimiste.

Nous lui devons en particulier nombre de volumes dignes d'intérêt, tels Les clefs secrètes de la chimie des Anciens (Laffont, 1975 et 1992) et la présentation d'une curieuse édition par Savary de l'Alchimie de Flamel du chevalier Denis Molinier (1989).



Dans son Présence de Fulcanelli, Artero rappelle qu'en 1978, Fabrice Bardeau participa à la défunte librairie parisienne La Table d'Emeraude à une alchimique conversation dont Eugène Canseliet fut un autre des acteurs.

Pour Eugène, on pouvait dire aussi à cette époque que l'alchimie connaît une sorte de renouveau, de renaissance. De ce renouveau et de cette renaissance, Fabrice, nous te sommes en partie redevables.

Bonne route sur ton nouveau chemin, et que notre Bonne Déesse t'ouvre tout grand ses bras secourables non moins que  maternels.



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Mardi 12 mai 2009

En ce lendemain de la sainte Estelle, je me propose d'invoquer devant vous une Sainte Trinité réputée hérésiarque, dont mes deux filles ont pu voir une représentation à l'actuelle exposition parisienne au titre si alchimique: Une image peut en cacher une autre (Grand Palais, catalogue RMN, 2009).

Cette figuration, due à un anonyme du XVIIIème siècle allemand, me semble exemplaire de la manière dont, du Moyen Âge à la Renaissance, l'unité de la personne divine fut illustrée, dans les Alpes notamment, et devenue des plus rares pour cause d'ostracisme ecclésial, est au cas particulier visible à l'ordinaire au musée autrichien Charles-Auguste (Volkskundemuseum) de Salzbourg.

"Isis, Cérès, Cybèle, trois têtes sous le même voile", nous explique Fulcanelli à l'orée de son Mystère des Cathédrales. Or je voudrais remarquer ici, sans aucunement vouloir blasphémer, que nous retrouvons cette trinité voilée dans le "mystère Fulcanelli" lui-même: Fulcanelli, Julien Champagne, Eugène Canseliet.

Quant à la trinité alchimique, Eugène Canseliet est peut-être celui qui s'est exprimé, sinon complètement, du moins le plus clairement, dans ses Deux Logis Alchimiques:

"RUACH ELOHIM est l'Esprit de Dieu, sans lequel les opérations hermétiques ne se différencieraient pas des manipulations couramment effectuées par les chimistes dans les laboratoires...

Emanation du Père, l'Esprit permet à l'homme, qu'il collabore intimement avec le Tout-Puissant, dans la création microcosmique dont la matière vierge (mater sive materia virgo) est le chaos originel. De là naît la trinité..."Les trois sont admirables, Dieu et l'homme, la mère et la vierge, triple et un."

Et d'ajouter, cher Hervé This, que "seule peut permettre la réalisation philosophale, en apparence chimérique, l'identité de la matière et de l'esprit."


Pousuivant donc notre petite enquête sur la famille de Champagne, nous en arrivons à cette curieuse photo de son grand-père paternel, qu'il semble avoir tant chéri, qu'il s'agisse de Jean-Alexandre Champagne (1815-1889) ou d'Alfred Alphonse Champagne.

La question suivante est naturellement: Pourquoi? Et pourquoi cet imposant vieillard nous est-il arrivé ainsi, sous la forme d'un cliché qu'on dirait pris dans un de nos modernes "photomatons"?

Encore une fois, quel rapport particulier "Hubert" at-il entretenu avec cet aïeul?

Nous avons déjà rencontré récemment le père et la mère de Julien:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-24607594.html

Ils sont ici accompagnés d'un Loulou meilleur ami de l'homme que leur fils aima tant à dessiner, comme en témoignent ses carnets de croquis.

Mais quel fut le rôle exact, s'il y en eut un, du papa de Champagne, Alphonse Hubert (1854-192?) qui fut cocher, dans sa rencontre ô combien importante avec la famille Lesseps? Walter Grosse affirme que tel fut bien le cas.



Quant à sa maman, Pascaline Julienne Antonine Quinot (1854-193?) elle figure, cher Quinze, sur cette nouvelle photo en compagnie de sa fille Reine, de dix ans la cadette de Julien, et du mari de cette dernière.

Sur ce dernier, qui n'est autre que Gaston Devaux, nous allons revenir un peu plus avant. Mais je voudrais d'abord constater avec vous que la pièce d'état-civil ci-dessous établit clairement que Renée, comme on l'appelle aussi plus couramment, a officiellement porté un prénom légèrement différent.

Walter Grosse, déjà maintes fois cité, et dont le livre sur Fulcanelli nous est annoncé d'ici à l'été, a donc eu encore une fois raison sur ce point: Dans les familles du début du XXème siècle, et dans celle de Champagne en particulier, on a eu le patronyme singulièrement balladeur.


Mais voici Reine ou Renée (1887-1955) sur un autre cliché, qui cette fois-ci émane tout simplement de son passeport. Son affection pour son peintre de frère fut telle, nous l'avons déjà vu, qu'elle se fit le porte-parole de ses ultimes volontés:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-4464119.html

Et pour ce faire elle n'hésita pas à s'ouvrir de ces dernières auprès d'un René Schwaller, enclin pour des raisons déjà évoquées maintes fois à subventionner la sépulture de son ami défunt, ce qui une fois de plus réduit à néant les assertions selon lesquelles ce dernier se serait rendu coupable à son égard d'un quelconque larcin, ou de quelque malversation que ce soit.


Or, aux temps pas si lointains où Renée ou Reine Devaux devait signer son passeport pour se rendre dans un autre pays d'Europe, nous apprenons que celle qui fut, vraisemblablement comme son mari, institutrice dans la Somme, à Raincheval, s'est rendue en Angleterre, peu après le milieu des années 1920.

Fut-elle seule ou accompagnée, dans ce voyage, dont nous ignorons l'objet?

En tout cas il me paraît qu'il est intervenu entre la publication du Mystère des Cathédrales, et celle des Demeures Philosophales, autre ouvrage de Fulcanelli.


Et nous en arrivons au mari de Reine, Gaston Devaux (1881-1969), beau-frère donc de Julien Champagne, dont il épousa la soeur en 1910, l'année même où "Hubert" passa au service de Fulcanelli, Devaux qui n'est nul autre que le secrétaire présumé du dit Fulcanelli:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-5039674.html

Dès avant la publication de l'édition originale du Mystère, il semble bien, si l'on suit Robert Amadou, et même Eugène Canseliet, que ce dernier n'eut plus d'autre contact avec Fulcanelli, à partir du début des années 1920, et postérieurement bien sûr à la transmutation de Sarcelles en 1922, que par le truchement de Devaux.

Ce dernier paraît d'ailleurs avoir également servi de boites aux lettres avec Julien Champagne, si je ne me trompe pas, notamment vis-à-vis de René Schwaller. Quoiqu'il en soit, voici à ma connaissance la première photo publiée de cet homme des plus mal connus.



Mais pour cette fois terminons-en avec une publication des plus récentes, celles de l'essai si bien écrit et au titre si alléchant d'Hervé This: La sagesse du chimiste (L'oeil neuf, 2009).

Le distingué physico-chimiste nous y apparaît animé des meilleures intentions du monde, et puisqu'il est aussi, non seulement gourmet, mais gastronome, à ce qu'il apparaît, concédons-lui d'emblée que son petit livre est littéralement truffé ou si vous préférez entrelardé de réflexions subtiles, elles-mêmes étayées de faits des plus concrets.

Las, de cette charmante lecture, nous retirons l'impression très nette qu'il hésite à trancher entre ceux qu'il nomme les chimistes fous et les chimistes sages. Pire peut-être, il nous est apparu qu'il tend à confondre, peut-être intentionnellement, les uns et les autres. Et à ranger les alchimistes plutôt parmi les premiers...


C'est ainsi qu'après avoir admis très volontiers que le chimiste est sage, quand il sait l'histoire de sa science, nous lisons un peu effaré, il est vrai, que pour lui "le chimiste sage sait que sa science plonge ses racines dans l'alchimie, où la folie côtoie la sagesse." Mais en fait on s'aperçoit assez vite que dans son esprit, la science est d'invention récente...

Et plus précisément de Lavoisier et du XVIIIème siècle, pour ce qui concerne l'ancienne philosophie naturelle ou physique. Donc This en dépit de ses affirmations nous apparaît bien tout ignorer de l'Alchimie, dans son opuscule par ailleurs si intellectuellement stimulant.

Et c'est sans doute bien dommage, car cette Science aurait pu aider Hervé à répondre à cette question qu'il se pose à bon escient: "Serait-il fou de croire à une énergie vitale d'une nature qui échapperait à la chimie?"


Ou à cette autre: "Le chimiste est-il sage, quand le propre de sa science est la transformation de la matière?"

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Lundi 13 avril 2009

En ce lundi pascal, souffrez que nos pensées s'envolent vers les familles Champagne et Canseliet, qui ont toutes deux tellement souffert de l'apostolat hermétique dévolu à Julien et Eugène.

A Isabelle Canseliet je dédie tout spécialement cette rose fraichement coupée, dont en 1896 Julien s'essaya à coloriser le dessin, ainsi que le montre une partie de son carnet aimablement communiquée par Xavier.

Isabelle nos prières elles aussi vont vers vous, vous que votre père élut en vue de la publication peut-être toujours possible de ses carnets de notes alchimiques, "selon que c'est justice", n'hésita-t-il pas d'ajouter.


La justice des hommes, parfois rien moins qu'humains, étant ce qu'elle est et ce que nous savons, sans doute pensait-il avant tout à une autre justice, celle là immanente.

Une justice qui étant celle de Dieu ne pourra que se manifester un jour ou l'autre, et le plus tôt à mon avis sera le mieux.

Vers ses dix-neuf ans, donc, Julien Champagne, qui a déjà sans doute commencé d'oeuvrer en alchimie, poursuit également ses travaux de peintre et de dessinateur, futur "maître du pinceau et du crayon", comme en témoigne probablement cet aimable portrait d'une demoiselle Tortolani dont il est permis de penser qu'elle fut de ses parages.


De façon certes nettement plus austère, "Hubert" se lance aussi dans des études anatomiques qui en ce temps là faisaient indubitablement partie des figures imposées d'un cursus classique.

C'est ainsi que de la royale basilique de Saint-Denis, probablement visitée avec les meilleures intentions du monde, il tire ce saisissant croquis du gisant du roi français Henri II, réalisé au XVIème siècle par nul autre que Germain Pilon.

Et de la reine Anne de Bretagne (et de France) cet autre magnifique aperçu, cette fois d'après un compagnon mal identifié de l'italien Jean Juste, aperçu qui fut peu ou prou créé à la même époque que le précédent.


Comment pourrait-on évoquer ainsi, de façon apparemment morbide, la putréfaction de la chair qui nous est à tous échue, que nous appartenions au vulgum pecus ou à la société que l'on dit haute, quand on n'aurait pas, chevillée à l'âme et au corps, foi en la résurrection?

Et aussi comment ne pas relever dans le même temps le caractère quasiment prémonitoire de ces deux esquisses, quand on connaît à présent le travail postérieur sur les mêmes monuments qui fut celui d'un Pierre Jahan, illustrateur photographique de Fulcanelli comme Champagne l'a été - et l'est - par la gouache?

Mais bien sûr ici la synchronicité va bien au delà, puisque Saint-Denis abrite les tombeaux des Valois, si chers à Pierre Dujols et à Fulcanelli, et que "la duchesse en sabots", comme on surnomma la reine Anne, est à Nantes comme à Saint-Denis entourée des quatre vertus cardinales que devait un peu plus tard reproduire Julien Champagne.


"Cueur de vertus orne dignement couronne", Anne dixit.  Ainsi en est-il encore, exactement, en alchimie.

La famille de Juste étant italienne, on pourra sans doute interpréter comme un autre intersigne le fait que la même année Julien Champagne se soit inspiré d'un très printanier portrait de jeune fille dans une autre de ses épreuves, inspirée celle là de l'école de Luca della Robbia (XVème siècle).

Déjà présente à Nantes, l'école italienne, si importante dans l'étude des vertus en particulier, s'affirme ainsi comme celle qui témoigne le mieux du passage du temps du Mystère des Cathédrales à celui des Demeures Philosophales.


De retour en 2009, nous avons ouvert avec quelque espoir l'Histoire de l'Alchimie d'Alain Queruel (Trajectoires, Piktos). Cette espérance n'est pas totalement déçue.

En effet, l'auteur, qui a exercé des responsabilités dans l'industrie chimique, et enseigne dans ce domaine, nous brosse en généraliste un "survol" de l'Art Royal qui a le mérite à la fois de situer la Science dans ses diverses époques et courants de pensée, sans se limiter à une approche franchouillarde, et de donner sur les derniers siècles (XIXème et XXème)  un résumé qui inclut sans barguigner Cyliani et Chevreul, Berthelot, Fulcanelli et Canseliet.

Hélas, cent fois hélas, l'alchimie n'est définie qu'à la fin, de façon juste mais pauvre (obtention de la pierre philosophale) et outre les erreurs ponctuelles sur lesquelles je m'empresse de passer, l'appréciation portée dans l'ensemble ne s'écarte guère des idées erronées en vogue: Les alchimistes se sont présumément heurtés à "l'échec de la transmutation."


Les mauvaises langues, constatant que Queruel a également publié un De l'alchimie du Moyen Age à la chimie moderne (Massanne, 2007) et un Découvrir la franc-maçonnerie (Eyrolles, 2008) en concluront peut-être que nous assistons ici à la nième tentative, comme les autres destinée à rester infructueuse, de promouvoir l'alchimie spéculative aux dépens de l'opérative.

Et ce alors, s'esbaubiront certains, y compris dans les Loges, que l'alchimie opérative a été pratiquée par nombre de francs-maçons, et in situ,  au moins jusqu'au XIXème siècle.

Mais s'agissant de Julien Champagne - et dans ce blog - je ne peux pas ne pas relever l'énormité qui consiste à colporter la légende de l'emprunt à René Schwaller du prétendu manuscrit, qui aurait été écrit par ce dernier, de la première oeuvre connue de Fulcanelli, pour ensuite déclarer tout tranquillement: "Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Champagne a continué à recevoir des subsides de Schwaller." Evidemment et nous le savons bien la réalité est ô combien différente.


De cet ouvrage récent sur l'alchimie, dont je m'en voudrais de ne pas relever cependant qu'il reste de lecture agréable, passons à un livre d'alchimie, que vient de nous procurer une amie. L'Esprit dans la Philosophie Hermétique de Fulcanelli (2008) se présente en outre comme une édition privée, ce qui nous permet à nouveau de souligner la vivacité et le caractère à la fois souterrain et contemporain, en même temps que traditionnel, de la littérature alchimique.

Ce bref opuscule réservé aux "Amateurs de Science" se présente en fait comme un ensemble d'extraits du Mystère et des Demeures, qui tous sont relatifs à l'Esprit. Nous sommes donc bien ici dans une démarche d'étude de la théorie alchimique, sur un sujet capital, puisque l'alchimie est une chimie spirituelle.

Je me bornerai à en rapporter deux citations, la première et la dernière: "L'art gothique est l'art de la Lumière ou de l'Esprit." (Mystère) et "L'évangile solaire traduit ésotériquement le trajet de l'astre et celui de ses rayons, revenus à leur premier état de splendeur. Il marque le début d'une ère nouvelle, l'exaltation du pouvoir radiant sur la terre régénérée et le recommencement de l'orbe annuel et cyclique." (Demeures)


Arrivés à ce stade, nous nous sentons comme obligés de  remarquer que le ou les auteurs de L'Esprit tangentent le troisième livre, à ce jour non publié, de Fulcanelli: La Fin de la Gloire du Monde.

Nous croyons toujours que le Finis Gloriae Mundi a existé ou existe, et nous nous sommes laissés dire il n'y a guère que quelqu'un de crédible affirme l'avoir lu. Des passages de ce livre pourraient d'ailleurs bien figurer dans Les douze Clefs de Basile Valentin, telles que publiées par Eugène Canseliet, et dont certaines notes, de bas de page ou autres, et entre autres sur Cimiez, paraissent issir de la blanche "patte"  de Fulcanelli.

Mais puisque l'Alchimie est aussi l'Art de Musique, quittons-nous pour cette fois sur cet admirable couple de violoneux, croqué toujours en 1896 par un Julien Champagne qui ne l'oublions pas fut aussi violoniste, pianiste...bref, totalement artiste.

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Dimanche 8 mars 2009

Après avoir en son temps salué comme il se doit le travail considérable accompli par Jean Laplace dans l'établissement de son précieux Index Canseliet:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3652718.html

j'estime indispensable de recommander à l'attention générale la véritable somme que constitue l'Index Fulcanelli de Bernard Allieu et de son compère Bernard Lonzième, paru dès 1992 et dont je m'étonne encore une fois qu'il soit toujours disponible à la vente.

Comment peut-on prétendre traiter valablement, non pas de "l'énigme Fulcanelli", mais de façon plus profonde de l'oeuvre fulcanellienne, sans avoir eu recours au préalable à une oeuvre presque aussi titanesque que celui qui l'a inspirée?


Dans son récent livre Présence de Fulcanelli (Arqa, 2008) Jean Artero rappelle d'ailleurs, à juste titre selon nous, cette citation du principal disciple de l'auteur du Mystère des Cathédrales et des Demeures Philosophales:

"Les auteurs actuels ne savent pas suffisamment à quel point l'index analytique est un outil indispensable à l'étudiant, durant sa quête laborieuse." (Eugène Canseliet)

Point d'autant plus capital s'agissant de Fulcanelli que pour Canseliet sa méthode consiste à décrire par le menu les opérations de l'OEuvre, après les avoir séparées en diverses parties.

"C'est le grand mystère que nous avons fréquemment touché au cours de cette étude, en le morcelant au hasard des emblèmes, afin que seul l'investigateur perspicace puisse en connaître les qualités." (Fulcanelli)




Vous avez dit emblèmes? Dans son bouquin, Artero fait tout de même un petit reproche à Allieu, qui s'est surtout attaché au texte de Fulcanelli et nettement moins aux illustrations de Julien Champagne.

Soit, mais tout de même, quelle mine! D'ailleurs je vous souhaite vivement, tenez, de ne pas la laisser trop tôt, ou de ne pas la connaître trop tard, suivant la saynette reproduite sur la couverture du Lonzième & Allieu, que nous avions déjà rencontrée lors d'une de nos visites au chateau de Dampierre-sur-Boutonne:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3725184.html

Mais les mérites d'Allieu ne s'arrêtent pas là...


Dès 1976 puis 1983, Benard Allieu avait en fait, avec  Alain Barthélémy, publié en deux tomes de Matériaux cryptographiques les principaux articles de Sosthène Grasset d'Orcet (1828-1900), ami de Fulcanelli et que ce dernier cite en exemple à propos de la cabale solaire, de la langue des oiseaux, bref du langage hermétique ou alchimique.

Avant cette initiative, les écrits pourtant passionnants de Sosthène étaient d'un accès des plus difficiles. Et Bernard de récidiver, cette fois aux éditions des trois R, en donnant encore, en 2002, un troisième recueil de la prose de Grasset d'Orcet, intitulé pour le coup Hiéroglyphie dans l'art antique.

Ajoutons que la même année, les éditions des trois R ont également publié un essai fouillé de Lucie Bonato sur notre cryptologue: Sosthène Grasset et la découverte de l'archéologie chypriote.

Et terminons en nous étonnant avec Artero, qui en reproduit la signature autographe, qu'il semble impossible actuellement d'obtenir le moindre portrait de d'Orcet, photo, dessin, ou peinture.


Julien Champagne, qui n'a peut-être pas connu Grasset d'Orcet, puisqu'il a rencontré Fulcanelli en 1905, n'est pas totalement absent cependant de l'Index Fulcanelli, n'en déplaise à Artero. Comme Fulcanelli ne le cite jamais, à ma connaissance, il est en fait mentionné dans Mystère et Demeures par leur rédacteur et préfacier Eugène Canseliet, et Allieu et Lonzième ont bien entendu référencé les entrées correspondantes, dont voici les plus significatives:

"Et maintenant, qu'il me soit permis, au nom des Frères d'Héliopolis et au mien, de remercier chaudement l'artiste à qui mon maître confia l'illustration de son oeuvre. C'est en effet au talent sincère et minutieux du peintre Julien Champagne que Le Mystère des Cathédrales doit d'envelopper son ésotérisme austère d'un superbe manteau de planches originales." (Mystère)

"Ainsi l'infaillibilité de la plaque sensible, dans la confrontation de la plastique origiinale,  vient-elle proclamer la conscience et l'habileté de l'excellent artiste qui connut Fulcanelli en 1905, dix années avant que nous reçussions le même privilège inestimable, lourd cependant et trop souvent envié." (Mystère)

"Il me semblerait n'avoir point tout dit, si j'omettais de signaler les remarquables et splendides dessins du peintre Julien Champagne. L'excellent artiste mérite encore ici les plus grand éloges." (Demeures)

"Notre ami regretté Julien Champagne." (Demeures)


Bref, nous devons être reconnaissants, me semble-t-il, à Allieu et Lonzième d'avoir allumé cette belle chandelle que constitue...à mes yeux en tous cas leur volumineux Index Fulcanelli, dont je me suis laissé dire que peu avant son décès Eugène Canseliet approuva le projet de la réalisation.

"Mieux vaut allumer une chandelle que maudire l'obscurité", proclame en effet la vignette suggestive que j'emprunte au récent et troublant ouvrage historique de Nicodème, au titre si alchimique au demeurant: L'Odyssée du Lys (Atelier Blanche, 2009).

A ce propos, Canseliet nous a rapporté un trait d'humour fulcanellien dont je ne crois pas que ni Laplace, ni Allieu, ni Artero l'aient mis en exergue ou même mentionné jusqu'alors. Il s'agissait en fait d'un jeu de mots à partir d'une marque (Visseaux) de fabriquants de produits d'électricité. Fulcanelli a bien sûr transformé devant son élève son slogan publicitaire le plus connu (les petites Visseaux font les grandes lumières) en "les petits vaisseaux font les grandes lumières."

Il manquait à cette anecdote une illustration, et la voici. Comment trouvez-vous les couleurs de l'OEuvre?

http://www.towncalleddobson.com/images/fulcanelli.png



FULCANELLI pcc Archer
- Publié dans : archer
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