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  • : Site consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.
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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 00:32

arsonneau1.champagne

 

Dans les mélanges offerts à Antoine Faivre (Esotérisme, gnoses et imaginaire symbolique, Peeters, Louvain, Belgique, 2001), Didier Kahn s'interroge gravement sur la présence et surtout, dit-il, sur l'absence, de l'alchimie dans l'architecture civile et religieuse.

 

S'agissant du château de Dampierre-sur-Boutonne, il a eu un prédécesseur, apparemment méconnu au surplus de Fulcanelli, qui ne le cite pas (le prédécesseur, bien sûr).

 

Avec ce livret d'André Arsonneau intitulé Chronique dressée sur le Chateau-Gaillard et Dampierre (Lafond-Debenay, Niort, 1875), nous tenons là d'ailleurs une des plus anciennes descriptions des célèbres caissons hermétiques sinon alchimiques.

 

On ne sait trop qui était cet André Arsonneau, dirait à ce stade un Robert Halleux, qu'il ait ou non comme nous la tentation de relever le double A (ou AA) de son nom, mais on connaît de ce patronyme un André Arsonneau, qui était laboureur à Dampierre de surcroît.

 

 

arsonneauDP01.champagne

S'il s'agit bien de notre homme, comme c'est possible, voire probable, on lui doit également un Almanach du bon laboureur (Saint-Maixent, Reversé, et Niort, Clouzot, 1879).

 

Las, pour AA nos fameux caissons, qu'il étudie en détail pour tâcher de justifier sa thèse, racontent en fait "l'histoire mise sous emblêmes d'un château plus ancien, lequel a existé à cent pas de là": le Château-Gaillard.

 

Son fascicule est malheureusement peu illustré, et en outre la lithographie annoncée du château de Dampierre manque à notre exemplaire, mais deux reproductions idoines nous permettront de constater qu'il est bien rare qu'on ait totalement tort, ou au contraire absolument raison.

 

Comme Fulcanelli, Arsonneau doute que les trois croissants mêlés et le double D enlaçant un H se rapportent forcément à Henri II et Diane de Poitiers (cf. notre article De Diane de Poitiers à Champagne).

 

ArsonneauDP02.champagne

A l'inverse, sa méconnaissance de l'ancienne notation "chymique" conduit André à une interprétation peu canonique et alambiquée de ces autres hiéroglyphes, respectivement du Soufre et du Feu, eux aussi  commentés dans Les Demeures Philosophales (article Champagne au colloque Canseliet), qui le fait finalement conlure à son leit-motiv intangible: l'arbre qui les porte est celui de Chateau-Gaillard.

 

Fallait-il pourtant assassiner proprement Arsonneau André comme l'a fait dans le Bulletin de 1883 de la Société des Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis (Mortreuil, Saintes, et Picard, Paris) un Louis  Audiat, il est vrai professeur de réthorique, au collège de Saintes, justement?

 

Pour lui, cette Chronique est "une grossière mystification, dont les idées et le style révèlent le faux à plein." Il est vrai qu'Audiat est lui même le distingué auteur d'une Epigraphie santone et Aunisienne (Orliaguet, Saintes, 1870), où il avait préalablement traité du même sujet.

 

Il est de fait, également, que dans son article ci-dessus mentionné il réserve l'essentiel de ses foudres à  un confrère (comme un certain docteur Arsonneau, à vrai dire), l'abbé Jules Noguès, curé de Dampierre, et à sa monographie historique et archéologique précisément intitulée Dampierre-sur-Boutonne (Hus, Saintes, 1883). Mais comme les travaux de Louis et Jules sont, eux, relevés par Fulcanelli, je vous propose d'en rester pour l'instant à l'ouvrage d'André Arsonneau.

audiatbib.champagne

 

A la décharge d'Audiat, rendons au demeurant hommage à sa consciencieuse objectivité, puisque et Noguès et Arsonneau figurent à son catalogue de 1885 de la bibliothèque de la ville de Saintes.

 

En fait, le fascicule d'Arsonneau est bien loin d'être inintéressant, et on y trouve entre autres une foultitude de notations des plus parlantes, comme cette appréciation sur les origines du nom de Dampierre. Il viendrait selon lui de Dominus Petrus, Monseigneur Pierre. "On tire encore ce mot de Dama-Petra, Pierre Dame".

 

Il rapporte également certaines des inscriptions du château, comme ces deux, dont l'une écrite en lettres dorées sur une planche détachée de l'une des deux poutres (la plus au midi) du lambris peint dans la salle des gardes, au premier étage. Là se trouve une grande et superbe cheminée à colonnes, dorée et peinte, qui porte  aussi ses inscriptions. Voici l'inscription de cette planche (André en donne le latin, puis sa traduction française, qui est la suivante):

 

"Des exploits glorieux, une âme courageuse, une bonne renommée qui ne faillit pas, des richesses médiocres, bien acquises, honnêtement accrues, ont toujours  passé pour un don de Dieu, posé au-delà des atteintes de l'envie, et devant être à toujours un titre de gloire et un exemple devant la postérité."

 

audiatarticle.champagne

 

L'autre inscription, poursuit-il, se lit sur chacun des côtés de la grande cheminée. La main de justice y porte une balance, et tient enchaînée les passions (cette fois, donnons-en le latin): DAT IVSTVS. FRENA SVPERBIS.

 

J'ai voulu ensuite collationner les légendes des caissons proprement dits, pour comparer les leçons de Louis  à celles de Fulcanelli. Au-delà de différences somme toute mineures apparemment, seules deux des notations, qui il faut le noter sont données dans le même ordre par les deux auteurs, m'ont paru nettement dissemblables.

 

Là où Fulcanelli ne lit plus que CO.PIA, Arsonneau discerne SCO.PIACA.NON et suppose vindictam po CO.PLACA.NON.  ultos manes: je demande raison; apaise les manes de celui qui n'est point vengé (article Constance de Champagne).

 

Au même article, on pourra vérifier que Fulcanelli  ne distingue pas, contrairement à Arsonneau, les lettres du phylactère acompagnant "une fleur épanouie sous un soleil ardent." Pour ce dernier, de l'inscription rongée on ne distingue que ORAS. Et il s'interroge: Faudrait-il la restaurer par flori noxoe HORAS astro ducente fervido. Un soleil ardent apporte à cette fleur des heures funestes? "Un soleil qui fait jeter à la fleur toute sa force de végétation, puis qui la brûle."

 

saintes.champagne

 

Il est curieux de relever, pour en terminer avec ce mensuel devoir de vacance, que dans ses Demeures Fulcanelli rapporte pourtant:

 

"D'après M. le docteur Texier, à l'obligeance de qui nous devons ce renseignement, les figures de Dampierre n'auraient jamais été publiées en totalité. Toutefois, il en existe une reproduction dessinée d'apès l'original et conservée au musée de Saintes.C'est à ce dessin que, pour certains motifs imprécis, nous avons eu recours afin de rendre notre description aussi complète que possible."

 

Cette reproduction est peut-être (ou non) la même que celle signalée page 130 dans le Recueil des Actes de la Commission des arts et monuments de la Charente-Inférieure - et Société d'archéologie de Saintes (1908-1912):

 

En 1909, "M. l'abbé E. Clénet signale dans le volume des Mémoires de la Société historique et scientifique des Deux-Sèvres l'hommage offert au musée de Niort par M. A. Bouneault d'un album contenant les relevés faits sur place des caissons du château de Dampierre-sur-Boutonne."

 

Ne méprisons pas, par conséquent, des contributions à la recherche comme celle d'Arsonneau, qui à propos de notre "dragon qui veille" (article Frustration de Champagne) réussit en outre à trouver des accents quasiment fulcanelliens:

 

"A diverses époques, il a été fait mention de dragons ou serpents monstrueux, vus en différents lieux, par exemple ceux de Régulus, de Saint-Georges, de Mons, de Rouen, de l'île de Rhodes, etc.

 

A ces récits de la bonne Légende, la Science, son adversaire instruit, secoue d'habitude la tête avec prétention et répond: "fable". 

 

Mais a-t-elle tout vu, cette dame la Science, non exempte aussi de se tromper, elle dont les disciples titrés donnèrent si peu de nos inventions, persécuteurs souvent du génie qui découvre?

 

Où a-t-elle pris le droit de crier "impossible!" sur telle oeuvre non réapparue de la création? Elle, éclose d'hier, envieuse et voyant si court, incapable de pénétrer seulement les mystères d'un brin d'herbe, veut-elle avoir sondé les forces premières de la Nature, et oser dire à cette épouse éternelle de l'Univers: "Tu n'as jamais eu la puissance de produire cela."

 

stolcius.champagne

Daniel Stolcius

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commentaires

J
Jean, voici la deuxième partie de cet article sur Dampierre et ses caissons, illustrant la docte ignorance... Détail aggravant pour moi ; mon grand-père instructeur dans ce domaine, habitait Brioux, entre Dampierre et Melle... Tu comprends peut-être mieux ainsi ! Là, le texte : "Si nous appliquons à cette étude la méthode de recherche véritablement rationnelle (qui est la nôtre), qui consiste à fouiller d’abord et sans préjugés dans le passé de la chose qui suscite ladite étude, dans la culture et la motivation des concepteurs, dans l’étymologie aussi, et non à négliger ou minimiser tout ces aspects ou ‒ pire ‒ à faire sans raison l’économie des propos et des méthodes des susdits concepteurs, même si cette complexe culture inquiète ou fascine qui que ce soit (cf. ci-avant), nous trouvons que le site de Dampierre-sur-Boutonne a probablement été choisi en regard de pures considérations hermétiques, telles que le nom même de ce château, phonétiquement "dans pierre", le laisse entendre ; en effet, et c’est un aveu du concepteur pensons-nous, les verbes grecs utilisés pour bâtir ce nom sont  (Daméo) qui signifie "je dompte, je maîtrise" ; "" (Petao), qui porte le sens de "j’ouvre, je développe"; et évidemment le substantif latin (et en grec, le verbe  - "latein" - signifie "cacher", "dérober") "petra", "la pierre" : peut-on être plus explicite et catégorique ? Par ailleurs, "La pierre ‒ et dans la cabale et dans la véritable expression des mystères divins, même dans le paganisme ‒ a toujours été d’usage pour représenter la Divinité", déclare péremptoirement Jean Vauquelin des Yveteaux (De la Pierre des Philosophes ou Médecine universelle, p. 9. Mss N° 358 de la Bibliothèque du Muséum), c’est pourquoi il n’y a pas lieu de s’étonner de la présence insistante de citations ou d’allusions bibliques... De plus, dans l’anglais, parce que ce château charentais fut longtemps sous la domination anglaise, "Damp" signifie humide, moite, ainsi que refroidir et décourager, alors que le sens figuratif du mot "Dam" est proche du verbe contenir, d’une part, et que "Dam stone", d’autre part, a le même sens que "Furnace stone", soit "la pierre du fourneau"... Nous pourrions continuer avec la langue allemande, celle des fondeurs et des mineurs métallurgistes ; "Damit" : "de cette manière, ainsi, par ce moyen, avec cela, par là..." (cf. le caisson portant "VTCVMQVE.") ; "Dampf" : "vapeur, fumée"... "Pier" : "ponton, quai, lieu où l’on accoste"... etc. Pour les étymologies cabalistiques du mot Boutonne, le Lecteur quelque peu assidu en alchimie complétera, car il n’est pas un amateur de ce duo d’écrivains officiellement estimé fantaisiste et délirant ‒ j’ai nommé MM. Eugène Canseliet et Fulcanelli ‒ incapable de comprendre le sens métallique de ce terme ...
Empruntant à Marie-Louise von Franz (quelle référence en matière d’Alchimie !), l’auteur met en pied de première page de son exposé : « L’idée que la Pierre est une maison à quatre murs (chap. X) se trouve déjà [en plus de St-Thomas d’Aquin] chez Sénior et renvoie à la vision de Zosime, du temple de marbre fait d’une seule pierre blanche », à quoi il ajoute : « Les principes mêmes de l’allégorisation constamment pratiquée par les alchimistes les amenèrent très tôt à recourir, entre autres, à des métaphores architecturales. » : Dampierre en est une, et l’auteur, ce grand modeste, ne la voit pourtant pas... Peut-être a t-on oublié la parole du Christ à Pierre, qui avait la tête dure comme de la pierre, lorsqu’il lui proposa de prendre la tête de l’église : n’a-t-il pas rapproché les mots Képhas et Képhalê par assonance, paronymie, phonétique, vocalisation approximative, c’est-à-dire par jeu d’esprit ? Quant au caractère insulaire de ce château, le bon Antoine Joseph Pernety, en son Dictionnaire mytho-hermétique (chez Bauche, Paris 1758, p. 214) nous suggère qu’elle fut aussi cabalistiquement choisie, pour une raison tout hermétique donc ; il propose en effet : « ILLEIAS. Première matière de tout. ». Dans le Dictionnaire de la Fable, de Frédéric Noël (Paris, 1823), nous relevons : « ILLEUS : surnom d’Apollon à Troie » (tome I, p.751). Troie ? (cf. les caissons portant trigrammes et triglyphes, au nombre de 3 x 7 = 21, donc 2 + 1 = 3). "Illéus" est, en passant, l’anagramme de "Soleil", à une lettre près, alors que ce dernier mot est lui-même l’anagramme de "isolé", encore à une lettre près. A la page 734, Frédéric Noël indique : « HYLÉ, Centaure tué par Thésée », et « HYLÉE, Centaure que Virgile [encore lui, décidément !] (Géorg. 2. Enéid. 8) fait périr (...) » ; l’un des caissons de Dampierre porte un Centaure dans une oriflamme, mais passons. Toutes ces dérivations, on le voit, ne manquent pas de sel ! Comme le cheval des cabalistes ne manque pas de selle, d’ailleurs (misère de l’orthographe...). Remarquez bien que nous avons simplement utilisé les méthodes qu’indique Fulcanelli à la suite des Philosophes chimystes, et non celles des historiens... et qu’elles semblent bien s’avérer fécondes et sûres : leur logique est aussi recevable que la logique scientifique, éminemment estimable et efficace elle aussi, mais ici inappropriée : partout dans l’hermétisme, c’est l’analogie ‒ et non la fantaisie imaginative ‒ qui règle les enchaînements et les dérivations, et rien d’autre. Mais revenons sur le caisson de l’arbre sec avant d’en terminer. Fulcanelli avait pourtant fort généreusement et libéralement introduit le mot "grimoire" dans le titre de son exposé, puis avait discrètement développé ce sujet, afin que l’on puisse comprendre que les caissons recelaient aussi des lettres : ainsi l’arbre sec dessine-t-il lisiblement un Y, lettre-emblème de la séparation, du changement, et du choix, ce qui se voit aisément et se comprend de même. Rappelons que le I est la lettre-emblème de l’Intelligence, de l’Idéation, de l’Intuition, dont le principe est le choix, la discrimination, le jugement, la reconnaissance de parenté... Dans le jeu de Tarots, cela correspond à l’arcane VI, dit L’Amoureux. D’ailleurs, prenez le VI et faites un Y avec : est-ce vraiment difficile ? Le V est mis sur le I et le tour est joué... Cette lame dit, ici d’un point de vue moral ; "choisissez entre la voie du monde et la voie de Dieu" : on se rappellera opportunément qu’il ne s’agit pas d’être détaché du monde, mais plus simplement de ne pas y être attaché. Le Y, dit I grec, n’existe pas dans cette langue ; il est issu de l’altération de la lettre gamma minuscule (), à laquelle il emprunte sa forme, qui est aussi celle de l’hiéroglyphe du signe zodiacal du Bélier. Cette lettre occupe le troisième rang de l’alphabet grec, est graphiquement formée pour nous de trois barres (trois est le leitmotiv des caissons, vous l’aurez remarqué), et tient le septième rang de notre alphabet (sept planètes et autant de métaux). Elle est, de plus, l’emblème général de l’hermaphrodite, de l’androgyne, ou du rebis des alchimistes, d’où son emploi direct, par exemple, chez Michel Maïer (planche du Symbola aureae mensae). Dans son commentaire de cette gravure, Stanislas Klossowski de Rola (Le Jeu d’or, chez Herscher, p. 114), précise que « L’androgyne ou Rebis (la chose double) résulte de la conjonction des Principes jumeaux obtenue au moyen du double médiateur salin ou Feu secret, symbolisé (...) par Y (...) ». Nous aurions pu gloser sur la lettre majuscule upsilon, qui affecte une forme analogue (), mais l’exemple précédent est suffisant (20ème lettre de l’alphabet grec = Arcane XX ; Le Jugement, etc.). Si nous abordons ce même caisson par le côté kabbalistique, maintenant, la Kabbale étant un rejeton spécifique de la Cabale (re-misère de l’orthographe...) cette forme d’arbre arbore celle de la lettre Ayin (u), qui occupe le seizième rang de l’alphabet hébreu, ce qui autorise de nouveau le renvoi vers les Tarots, où l’Arcane XVI est intitulé La Maison-Dieu ; on y voit la foudre s’abattre sur une tour, ce qui ne saurait surprendre les connaisseurs : il s’agit de l’esprit pénétrant la matière. Cette désignation est tout hermétique et kabbalistique : elle repose sur un jeu de lettres-nombre liant le mot hébreu "MaQuoM", qui signifie "lieu, endroit, place", de valeur numérique 186, ce qui, comme par hasard, est le double du nombre de caissons de la galerie. Vous retrouverez ce jeu numéri-lettrique, typiquement kabbalistique, liant demeure et divinité, dans la Bible, à Michée I-3. Maintenant, en lisant à la manière des Hébreux le nombre 16, nous voyons apparaître 61, soit le nombre de caissons illustrés de cette galerie : quel généreuse coïncidence, n’est-ce pas ? En considérant maintenant le nombre de caissons par colonne, soit 31, on trouve, évidemment fortuitement, que son énantiomère (donc 13) est la valeur du nom divin la (Al), constitué de 12 +1 = 13, en même temps que son nom secret Ehad, de valeur identique... Doit-on poursuivre ? Occupons nous, à présent, de ce que montre la Pan-carte (ou Par-chemin, pour celles et ceux qui suivent…) suspendue à cet arbre sec : deux triangles, emblèmes du feu, et pyramides vues de profil, dont l’un est séparé en deux triangles égaux. Ces deux lettres D valent pour 20 (le Delta grec []), initiale du mot Déka, signifiant dix, soit encore X en lecture latine, permet l’opération  = 20 ; voir plus haut Arcane XX, et par suite 20 + 16 = 36 = 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 + 8 soit extension de H, etc).  sont aussi les lettres D et H (du fait de leur rang dans l’alphabet : 4 + 4 = 8 vaut D + D = H, H étant signifié par le triangle double) déjà aperçues seules ou entrelacées dans les caissons par nous appelés trigrammes. Notez que ces deux lettres, par leur rang dans notre alphabet, renvoient aux Maisons astrologiques IV et VIII, respectivement le Cancer (dit Maison de la Naissance), signe Cardinal d’Eau, domicile de la Lune et lieu d’exaltation de Jupiter, et au Scorpion (dit Maison de la Mort), encore signe d’Eau, mais Fixe, où Mars est Maître et Saturne exalté : n’est-ce pas assez limpide et transparent ? Alors éclairons davantage le Lecteur : toutes les demeures philosophales, d’espèce architecturale ou non, sans aucune exception, sont lisibles par l’astrologie, les Tarots, l’arithmologie et les nombres, la géométrie (linéaire, angulaire, proportionnelle), la grammatologie, la symbolique, l’emblématique, la glyptique, la tropologie générale et hétéroglotte, c’est-à-dire en français et dans d’autres langues (latin, grec, hébreu, anglais, italien, allemand, hollandais, égyptien ancien, etc.), l’étymologie, l’emblématique et l’allégorie ‒ et non pas le symbolisme ‒ et, principalement, la métaphore. Les trois principales méthodes de la cabale hermétique, comme celles de la musique ou de toute cryptologie, sont : l’addition, la transposition, et la substitution. Et le projet de quelque cabaliste que ce soit est triple : il s’agit de cacher sans cacher, montrer sans montrer, dire sans dire, et ce depuis le temps le plus reculé et les premières marques de civilisation. Tous les moyens et les méthodes que nous venons d’énumérer sont complémentaires, et précisent à l’entendement ce qu’il doit plutôt rechercher et saisir, en même temps qu’il assouplit la cervelle de celui qui est confronté à l’énigme, celle-ci étant la figure de l’énigme du monde... ou sphinx. Tout individu se faisant passer pour alchimiste et ne connaissant pas l’hermétisme et sa philosophie, ses buts et objectifs, ses moyens et ses méthodes, et notamment la cabale, peut être considéré ‒ qu’il soit diplômé ou non ‒ comme ignorant et vaniteux, au moins, et, au pire, comme un personnage animé de troubles intentions, et dont il faut se défier, car en alchimie comme partout ailleurs, il y a des escrocs. Revenons pour terminer l’ouvrage, et arrêtons nous quelques instants sur le mot pyramide, que suggèrent les petits triangles et la proximité d’un caisson où se voit un athanor pyramidal, afin d’en connaître le contenu étymologique, opération dont on ne saurait faire l’économie ‒ pour quelque bonne raison que ce soit ‒ sans perdre le sens de ce que l’on étudie en hermétisme : on va apercevoir là encore, la sûreté, la richesse d’enseignements, et la fécondité de cette méthode, généreusement rappelée par Fulcanelli et utilisée par nous à la suite de tous les Philosophes, et l’évidence des liaisons sémantiques et des correspondances, faciles d’accès, mais seulement pour les lettrés...
Pour Adler, le mot pyramide viendrait de l’égyptien Pi-rama, soit "la hauteur, l’élévation" (cf. "Sic.itvr.ad.astra"). Volney propose une étymologie hébraïque : Bour-a-mit, qui se traduit par "caveau du mort, tombeau" (Ne voit-on pas un caisson où une femme se lamente, agenouillée près d’une tombe ? Dans L’Enéide - Chant VI, Virgile (toujours le même) dit : « Enfermée dans une obscure prison, l’âme ne porte plus ses regards vers son origine céleste » ; nous ne citerons pas Platon : ses allusions sont trop nombreuses et substantielles ; que l’on retienne seulement ici le jeu de mots sur "sema", tombeau, et "soma", âme, qui signifie aussi semence (cf. Cratyle et Gorgias par ex.). Quant à la devise « La vertu gît vaincue », n’est-elle pas une paraphrase de « La piété gît vaincue », d’Ovide (Les Métamorphoses, Livre I) ? D’autres font état d’une racine grecque ; Pyros , froment, laissant entendre que les pyramides étaient "les greniers de Joseph" (hâramât Youssef). Dans son Dictionnaire hermétique, Guillaume Salmon écrit (p. 72) : « Froment. Le grain de Froment des Philosophes : c’est le Mercure des Sages, ou bien la matière de leur Pierre, qui ne produit rien si elle ne pourrit ; ainsi cette façon de parler des Philosophes est prise par similitude ou ressemblance du grain de Froment. » Alors, que plante ou glane donc cette jeune fille que l’on aperçoit sur un caisson ? Par ailleurs, St-Paul n’a-t-il pas écrit « On sème le corps de l’âme et ressuscite le corps de l’esprit » ? Et Dom Pernéty, qui fut prêtre, d’ajouter, page 176 de son Dictionnaire mytho-hermétique : « FROMENT est un nom que les Philosophes hermétiques donnent par allégorie à leur Mercure, parce que de même que, selon la parole de J. C. [Jésus Christ], le grain de froment ne produit rien, s’il ne pourrit en terre, le Mercure des Sages ne donnera jamais le Soufre aurifique, s’il n’est putréfié dans le vase & parvenu au noir très noir, vrai signe de putréfaction & dissolution entière. » Dans cet ouvrage, Dom Pernety offre même une entrée pour le mot Pyramide, et une autre, qui devrait être (re)lue, pour Alchymie. Passons ! N’est-il pas aisé de constater les relations entre ce caisson et le précédent, et avec d’autres, simplement par l’étude des Lettres ? Et ce, qu’elles soient graphiques, vocalisées, bibliques, sacrées et religieuses, ou poétiques, profanes et civiles. Le meilleur moyen, dans ce domaine, et de très loin, reste de lire et d’apprendre à lire avec les Philosophes eux-mêmes. Mais pour cela, il convient de "retourner sur les bancs d’une autre école"... Revenons à la pyramide... Djoulaki, cité par Makrizi, déclare, à propos des pyramides de Gizeh : « Celui qui les a fait construire l’a fait parce qu’il avait prévu que le Déluge qui arriverait détruirait tout ce qui se trouverait sur la face de la terre, excepté ce que l’on aurait enfermé dans les édifices semblables aux deux grandes pyramides. » Maçoudi écrit : « Sourid (...) l’un des rois d’Egypte d’avant le Déluge, construisit deux grandes pyramides... Ce roi, qui vivait 300 ans avant le Déluge, rêva une nuit que la Terre basculait, que les étoiles tombaient du ciel en se heurtant les unes aux autres dans un grand fracas, sous les yeux des hommes terrifiés, cherchant un refuge. Et c’est la raison pour laquelle il construisit les pyramides. » Ils ne sont pas les seuls à s’exprimer ainsi : de Abou Balkh à Ammien Marcellin, on en compte plus de vingt. Mais là, pas d’allusion directe et précise au caisson où l’on voit une arche qui flotte sur les flots grondants, n’est-ce-pas ? Pas davantage d’allusion biblique ? Rien à voir avec le coffre d’Osiris non plus ?
Dans les années cinquante, l’égyptologue Adolphe Erman écrivait : « A l’origine, le monde avait le même aspect que celui qu’offre aujourd’hui l’Egypte au moment de l’inondation : une grande nappe d’eau grise, l’eau primordiale, la recouvrait. Les flots s’étant écoulés peu à peu, comme cela se passe encore annuellement de nos jours, une éminence était apparue. C’est cette place que les Egyptiens nommaient "la magnifique colline des temps primordiaux" et que l’on montrait comme un lieu sacré en différents endroits. Aussitôt après cette genèse, Râ, le Soleil, se mit à survoler le ciel. Moins de neuf siècles après la fondation de l’empire égyptien, la grande pyramide commémorait, dirons-nous, la création du monde. Quiconque l’apercevait alors, solitaire et colossale, au milieu de plaines inondées du delta du Nil, reconnaissait en elle "l’île légendaire qui émerge des eaux et revêt l’aspect d’une montagne". Emile Folange, affirme, lui, en 1957, que « la grande pyramide de Cholula, au Mexique, aurait été élevée, assure une légende toltèque, précisément dans le but de sauver quelque chose d’un "second déluge". » On peut en inférer que la pyramide, à cause de sa fixité et de son extrême stabilité, est un symbole propre aux peuples sédentaires comme le peuple toltèque et le peuple égyptien, tandis que l’arche, essentiellement mobile, appartient aux peuples nomades comme le peuple juif. » Maintenant voyons brièvement ce que disent les auteurs anciens à propos du constructeur de pyramides... Que le roi Sourid n’est autre qu’Hermès : c’est du moins ce qu’affirment les écrivains arabes, eux-aussi historiens, tels que Al Makir, Al Dimisgi, Ibn Matouta, Makrimi, Sorar, Watwati, etc... Continuons nos approches sur le nom de cet édifice : suivant une étymologie, que M. Wahl attribue aussi à Jablonski et à La Croze, le mot (pyramis) dérive d’une expression tendant à désigner Pharaon comme "Possesseur de l’élévation" (cf. vous savez quoi, maintenant). Le même Jablonski conjecture que c’était par jeu de mot que les prêtres égyptiens avaient dit à Hérodote que le mot pyramide signifiait « Homme grand et bon, homme distingué par ses grandes et belles actions, héros »... Jablonski encore, s’appuyant sur l’autorité de La Croze, et au témoignage de Pline (Histoire Naturelle, Livre XXXVI, c.8), offre une étymologie fondée sur le copte "pirâ-moua" : "Splendeur du Soleil" (soit Splendor solis, comme l’eut dit Salomon Trismosin). Mais quel Soleil ? Celui que nous voyons sur l’un des caissons, mais que l’auteur de mauvaise foi ne voit pas. Wahl, déjà cité, nous dit encore que la lettre  (Pi) désignerait un homme élu et que le mot copte ramao, "riche", peut entrer dans l’étymologie du mot pyramide... En dernier lieu, non que nous n’ayons plus d’arguments ‒ tant s’en faut ‒ mais afin d’abréger, citons tout de même l’opinion d’Ammien Marcellin (Livre XXII, § 15) : « Les pyramides comptées au nombre des sept merveilles du monde (...). Cette figure porte, chez les géomètres, le nom de pyramide, parce qu’elle se termine en cône, imitant en cela le feu que nous nommons  » : le dernier caisson de la galerie (et même ce mot anodin ‒ galerie ‒ a une signification cabalistique importante) ne dit-il pas « Tant que dureront les feux » ? Et pour faire "les", il en faut au moins deux, le profane, et le sacré... Ils sont bel et bien figurés par deux triangles sur le "par-chemin" suspendu à l’arbre sec... Notons que le mot "arba", paronyme de ‘arbre’, signifie "temple" en dialecte égyptien, selon M. Sylvestre de Sacy... Pour en finir avec le mot pyramide, dont nous sommes loin d’avoir épuisé les ressources, son étymologie cabalistique est parfaitement explicite dans le cadre spécifiquement alchimique : pyramide se dit aussi bien "pyr humus", pour feu humide, sans oublier l’allusion à la terre et à l’homme, que "pierre humide" (ou pierre de Lune, ou Pierrot ‒ pierre/eau ‒ lunaire, etc.), parce que, rappelez-vous, les Philosophes cuisent avec l’eau et lavent avec le feu... (d’où, entre autres, ce caisson montrant un arbre sec et un arbre touffu, tout au début de la série des caissons). Notons enfin que le caractère graphique égyptien désignant une pyramide est un glyphe en forme exacte de... triangle. Loin de nous l’idée de faire de ces pages un sujet de polémique ou le lieu d’un règlement de compte. Foin aussi des disputes et des conflits, quels qu’ils soient, et pour quelque motif que ce soit. Nous n’avons pas davantage vocation à troubler la paix et le confort des lecteurs... Il nous fallait cependant réagir. C’est fait...
Que l’on veuille bien (re)lire, au deuxième tome des Demeures philosophales de Fulcanelli (page 18), la devise latine si opportunément rappelée ‒ qu’on peut voir sur le manteau de la cheminée de la Salle des Gardes, chien et dragon ‒ et qui s’impose ici : "DAT JVSTVS FRENA SVPERBIS" : « Le juste met un frein aux orgueilleux »...
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A
"Le juste met un frein aux orgueilleux." Amen, Jacques, et merci pour ces vues sur Dampierre.
J
Bonjour Jean, et encore merci ! J'avais fait paraître ceci en Atlantis, quand j'en étais le président, à la suite d'un article de Didier Khan, avec lequel je pus parler assez longtemps : c'est un docte ignorant, et pas beaucoup plus... Voici donc : Ayant fait l’achat des Textes et travaux de Chrysopoeia, volume 4 (Aspects de la tradition alchimique au XVIIème siècle, paru en 1998 chez Archè – Milan –, et Séha – Paris), nous y trouvâmes un article intitulé Alchimie et architecture : de la pyramide à l’église alchimique (p. 295 à 335) : nous le lûmes aussitôt. Hélas, l’auteur y survole en moins de 40 pages la notion de "demeure philosophale", qu’il utilise d’emblée dans son acception la plus réductrice et la plus étroite. Dès la cinquième page, il présente sa conclusion, qui semble sans appel : « On retiendra surtout que la notion de "demeure philosophale", c’est-à-dire d’un édifice visant à enseigner par son ornementation ou son architecture les secrets du grand œuvre, notion réactivée par l’alchimiste Fulcanelli durant l’entre-deux-guerres, est presque dépourvue de fondements historique dans la mesure où l’on ne connaît que fort peu d’édifices où l’ornementation ‒ et encore moins l’architecture ‒ ait été mise au service d’un enseignement alchimique. » Cet auteur méconnaît donc les principes moraux et logistiques guidant toutes les disciplines dites "occultes", c’est-à-dire cachées, et être dans l’incapacité à reconnaître, dans la Bible et ailleurs, quelque exposé hermétique que ce soit, notamment de nature alchimique. Rappelons-donc ce que Fulcanelli nommait "demeures philosophales", et qui n’a que très peu à voir avec la conception personnelle de cet historien, puis montrons les méthodes, les erreurs, et les paradoxes de son énoncé. Dévoilons enfin, pour le plaisir et l’instruction du Lecteur, ce que quiconque peut voir s’il n’est aveuglé par les préjugés ordinaires, ou entendre, si ses oreilles ne sont pas constamment occupées par les commentaires de ceux qui substituent abusivement leurs propos à ceux des hermétistes et des philosophes dits alchimistes...
Dans sa préface à la troisième édition des Demeures philosophales (Nouv. éd. J.J. Pauvert, 1979. tome I, p. 45), Eugène Canseliet écrivit que Fulcanelli « entendit toujours sous l’expression demeure philosophale, tout support symbolique de l’hermétique vérité, quelles qu’en pussent être la nature et l’importance, à savoir, par exemple, le minuscule bibelot conservé sous vitrine, la pièce d’iconographie en simple feuille ou en tableau, le monument d’architecture, qu’il soit détail, vestige, logis, château, ou bien église, dans leur intégrité » : en évacuant tout de cet énoncé pourtant clair et précis, sauf les mots "monument d’architecture", on voit que cet historien en fait disparaître l’essentiel en nombre et en contenu, et tente de réduire à néant le plus important et le principal exemple donné par Fulcanelli en matière de demeure philosophale : les quelque 210 pages que celui-ci consacra aux caissons du petit château charentais de Dampierre-sur-Boutonne, le reste ‒ c’est-à-dire les autres prétendues demeures philosophales ‒ sera ipso facto à rejeter comme insignifiant. L’artifice consiste donc à n’accorder à ces caissons qu’une place réduite dans l’article, juste celle qu’il faut pour la critique ‒ soit sept lignes et deux notes en pied de page ‒ ce qui laisse dés l’abord supposer aux Lecteurs non avertis ‒ la majorité ‒ que ces caissons n’ont qu’une valeur périphérique et quasiment exotique, et très peu de représentativité dans la problématique abordée : un seul d’entre eux peut à la rigueur être repêché, suppute-t-il, ce qui permet de laisser entendre que Fulcanelli ‒ qui n’est pas historien, et qui plus est signe d’un pseudonyme ‒, ne s’est fourvoyé que pour le reste des caissons, soit 92. Quel avanie pour ce dernier et pour ceux qui s’obstinent encore à le considérer comme une référence fiable !
A propos de l’hôtel d’Escoville, à Caen, estimé par l’auteur entrer dans la catégorie des demeures plus ou moins philosophales, hôtel réalisé pour Nicolas le Valois dans les années 1530-1540, c’est-à-dire peu avant la décoration du château de Dampierre-sur-Boutonne, il est noté (p. 296) qu’il comporte des motifs entre autre inspirés des écrits de Virgile, de la mythologie, et de la Bible. Ne trouve-t-on pas, parmi les devises des caissons de Dampierre, cinq vers du même Virgile, au moins sept citations bibliques, et de constantes allusions aux mythologies (Argonautes, Danaé et Persée, Hespérides, Thésée, Hercule, Mercure, Chimère, Narcisse, Méduse, etc.) ? Mais non ‒ insiste-t-on ‒ : il ne saurait s’agir du même type d’expression, car, d’après les huit pages (!) et quelques planches que lui consacre Mme Maria Antonietta de Angelis (Emblems and devices on a ceiling in the château of Dampierre-sur-Boutonne, Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 46 (1983), p. 221-228 et pl. 32-35), « C’est plutôt la vogue des rébus et des emblèmes profanes qui commande la décoration du plafond à caissons de la galerie haute, où Fulcanelli avait voulu reconnaître, au début de ce siècle, une inspiration alchimique. » Cela est parfaitement exact, mais l’on ne saurait en inférer pour cette raison que l’alchimie soit absente de ces caissons, et si tel était le cas, il faudrait le démontrer : c’est une aubaine que Claude-Catherine de Clermont, héritière de Dampierre, et ses amies Hélène de Surgères (voyez Ronsard), Marguerite de Valois (voyez plus haut à Le Valois) et la princesse de Clèves, aient été à l’origine du premier Salon de Précieuses, au sein duquel, en effet, on jouait d’énigmes et de rébus, faute de quoi il n’y aurait eu strictement aucun argument à présenter. Mais celui-ci est captieux, car jusqu’à plus ample informé, ces belles, intelligentes, et fort instruites jeunes femmes sont nées peut être un peu trop tard pour avoir participé en quoi que ce soit à l’élaboration de ces caissons : il faut à ce propos au moins (re)lire ce que dit M. Georges Musset, que cite Fulcanelli, pages 14 à 17 du second tome.
Il est de plus écrit, en marquant le plus nettement possible le caractère dubitatif de la proposition : « Dans ce dernier exemple [pour suggérer ultime ?], un seul caisson pourrait être alchimique : il représente un arbre mort [en vérité un arbre sec, aux branches élaguées, sur le tronc et au milieu duquel, suspendu grâce à un vaste ruban d’étoffe, s’étend un large parchemin] portant peut-être les insignes graphiques [on dit des glyphes, ou à la rigueur des emblèmes, mais en aucun cas des symboles, comme il est écrit en pied de page (note 8, p. 298)] du soufre et du feu ; encore le signe du soufre, si toutefois c’est bien lui, est-il bizarrement incomplet ; et il ne s’agirait que d’un seul caisson sur un total de 63, proportion quasi négligeable. » Cette galerie serait donc constituée ‒ selon cet historien partial ‒ d’ « un total de 63 caissons », que l’on doit entendre "illustrés", probablement. Mais alors comment procéder pour compter ces 63 caissons, car ‒ comme Fulcanelli (op. cit. p.25) ‒ nous en dénombrons seulement 61. S’il y a bien 93 caissons au plafond de cette galerie, dont 6 prétendument "vides", 21 portant trigrammes ou croissants, alors 93 – 6 – 21 font 66, et non 63. Si l’on retire les 5 soffites, sans d’ailleurs plus de raison qu’on a retiré les trigrammes et croissants, il reste alors 66 – 5, soit 61 caissons. Quelles que soient les combinaisons de chiffres que nous mettions en œuvre pour trouver 63 caissons, nous échouons. Remarquez bien que la chose s’est déjà produite : André Arsonneau, dans un opuscule paru à Niort (Deux-Sèvres) en 1875 (et que personne ne cite jamais), dénombrait 88 caissons : là encore, comment faut-il s’y prendre pour trouver un pareil total ? Nous l’ignorons. Mais restons-en là avec l’arithmétique, car il y a plus grave : il semble que nous souffrions d’importants troubles de la vision ; sur le document même qui illustre cette "démonstration", nous apercevons en effet un autre arbre sec, à proximité immédiate de l’"unique" dont il est fait état : les caissons où ils figurent se touchent même par leur diagonale commune. Légitimement inquiété par cette découverte, et pensant alors être atteint d’hallucination, nous regardons l’ensemble des caissons de la galerie et, horreur, nous y découvrons trois autres arbres secs ! (ce qui fait tout de même 5 sur 61, c’est-à-dire cinq fois plus que ce qui est proposé). Comment faut-il donc compter ? Nous ne savons toujours pas ! Et voir ? Nous l’ignorons encore... à moins d’avoir la vue aussi perçante que celle de M. Louis Audiat, dont parle Fulcanelli au début de son exposé (op. cit. p. 23), qui invente ou omet au lieu de décrire... Voyons du côté des nombreux paradoxes et incohérences… Au tout début de l’étude (sic !), il est déclaré (op. cit. p.295) que : « Les textes mêmes, dans leur complexité qui inquiète et fascine, sont dès le XIVème siècle comparés à un labyrinthe, quand ce labyrinthe n’est pas le Grand Œuvre lui-même »... Or, à Dampierre se trouve bel et bien, et à trois caissons d’un arbre sec, un labyrinthe, fort nettement dessiné : coïncidence ! Sa devise, "FATA.VIAM.INVENIENT", soit « Les destins trouveront leur voie », n’est autre qu’un vers de L'Enéide, de Virgile (Livre III, v. 395). Mais il est vrai que Fulcanelli ne le disait pas... Vient ensuite un beau chapitre bien documenté intitulé : « Un cas d’espèce : la pyramide », et ‒ ô stupeur et calamité ! ‒ nous croyons en apercevoir une précisément à coté du fameux caisson de l’arbre sec : re-coïncidence ! A moins que nous ayons confondu cette forme pyramidale avec celle d’un athanor, qui n’a rien d’alchimique, comme chacun sait. En revanche, pas moyen de se tromper quant à la devise de ce caisson, où l’on peut lire : "SIC.ITVR.AD.ASTRA", soit « Ainsi va-t-on aux étoiles », que l’on a traduit assez fréquemment par « C’est ainsi qu’on s’immortalise… » (ce qui ne saurait être une allusion à la longévité alchimique, évidemment) ; c’est encore un vers de L’Enéide, du même Virgile (Livre XI, v. 641), référence citée cette fois-ci par Fulcanelli (op. cit. tome II, p. 157). Il importe de préciser ici que cette devise latine est le dernier vers du quatrain dont voici la traduction :
« Tous mes emplois sont glorieux,
Je sers à des desseins inouïs, incroyables,
Et mes heureux succès sont admirables :
On peut, par ce moyen, s’élever jusqu’aux cieux. »
De quoi parle-t-on, et de quel moyen s’agit-il ? Cela n’est pas précisé, mais cette citation complétée hic et nunc est peut-être trop révélatrice, et c’est probablement pourquoi elle ne fut pas mentionnée… Faisons brièvement les comptes ; il y a déjà 5 représentations d’arbres secs, un labyrinthe, une pyramide ou un athanor, soit au minimum 7 motifs quelque peu alchimiques, c’est-à-dire au moins 10 % de l’ensemble des caissons illustrés de cette galerie. Avant de continuer, faisons une petite digression : l’alchimie n’a pas d’équivalent moderne dans les sciences, et que là ou celles-ci brutalisent et assujettissent, celle-là libère et ennoblit ; là où celles-ci donnent à comprendre, celle-là donne à connaître, parce que l’objet de ce savoir est la vie, et non autre chose, et la vie, porteuse et créatrice de la sensibilité et de l’intelligence, transcende la matière et l’énergie, dont elle se sert pour son propre projet. La transmutation n’est en réalité que le test de validité de la Pierre des Philosophes : elle leur sert uniquement à évaluer la capacité de ce produit entièrement naturel, qui, de même qu’il fait évoluer les métaux vers leur perfection par une purge radicale, élèvera le corps de l’Adepte (qui lui aussi contient des métaux, faut-il le rappeler) à son ultimité, et manifestera en lui, transformé en lumière consciente et volitive (« Sic itur ad astra » dit le caisson, obligeant à regarder vers le ciel, et vers la pierre même, pour le lire) la souveraineté originelle et définitive de l’esprit sur la matière. C’est la transfiguration ou l’illumination véritables, l’obtention du corps de gloire, dont parlent aussi bien la Bible ‒ et d’autres livres sacrés ‒ que les poètes, tel Virgile, contemporain du Christ... Si l’Adepte ne faillit pas dans cette très difficile réalisation, il cherchera, dans le quasi anonymat et le secret de ses activités et potentiels, à se mettre, la plupart du temps, et malgré des difficultés de plus en plus considérables, au service de l’humanité déshéritée et vacillante : là est la quête de l’homme véritable, et là est son seul honneur, car celui qui n’a besoin de rien, c’est pour enseigner qu’il revient... Aucun véritable Amoureux de la Sagesse ne s’est jamais intitulé alchimiste, sachant mieux que tout autre que seule avec Dieu la Nature est alchimiste. Ceux qui ont surpris le processus (et non les procédés) que ladite Nature met en œuvre pour évoluer ses constituants, soit par leur génie propre (ce qui est extrêmement rare) soit sous la tutelle secourable d’un Ancien, sont dit Philosophes ; ceux qui sont parvenus à s’approprier le moyen de ce processus, et par conséquent possèdent le Don de Dieu, sont les Adeptes. Toutes les autres définitions s’appliquent aux souffleurs, archimistes, hyperchimistes, voarchadumistes, détenteurs de particuliers, délirants et mythomanes, ce qui n’autorise personne à dire pour autant qu’alchimiste rime avec fumiste. Voilà, par ailleurs, et en bref, ce qui les distingue les uns des autres : les Adeptes disposent d’un produit universel quasi parfait, dont l’acquisition peut être enseignée par le biais d’une doctrine spiritualiste sûre, mais cachée et dérobée ‒ entre autre ‒ par les pièges tropologiques de la cabale hermétique, les fictions des poètes, des livres religieux, des mythologies et des contes, par des jeux etc. : les autres n’ont que des produits spécifiques imparfaits, obtenus empiriquement, mais non pas sans mérites ni peine, car ce sont des opérateurs qui vont au hasard et sans guide : ceux là sont à l’origine de la chimie et le matérialisme. L’Alchimie, discipline réservée à ceux seuls qui ont montré que leur vertu, longuement et fermement éprouvée, guidait leur pensée et leur comportement, comporte par ailleurs trop de réels dangers pour être transmise au premier venu, fut-il de formation scientifique ou universitaire et de mœurs adéquats : à celui-ci d’évertuer sa patience, son assiduité, son équanimité, sa pénétration intellectuelle, sa prudence, et son humilité...
Il convient de rappeler ici un propos de l’évêque Dom Jean-Albert Belin (Les aventures du Philosophe inconnu, Paris 1646) : « Bien que la Pierre soit facile, le secret de la faire consiste en un continuel raisonnement dont fort peu sont capables, de mille à grand peine en trouveras-tu un qui sache raisonner. Les hommes d’ordinaire s’amusent à prendre les sciences dans leur superficie, les effleurent légèrement, et rarement ils sondent jusqu’au fond, ils s’arrestent à des poinctilles d’esprit, qui sont imaginaires, laissant le fond de la doctrine où est la vérité ; dans ces poinctilles l’ont voit bien tost la fin, l’esprit y trouve du divertissement plustot que de la peine, c’est pourquoi il s’y arreste... Quand ie vois de mon Throsne les Docteurs de ce temps qui se disent Philosophes, ie ne sçay si ie dois ou rire ou bien me plaindre. S’occupent-ils dans la Physique à rechercher la nature des choses ? Examinent-ils les merveilleux ressorts de la nature ? Ce leur est bien assez de donner quelque grotesque définition sans passer plus avant, parce que pour aller plus avant il faudroit raisonner, avoir l’esprit fort attentif ; fort peu le savent faire. » Dans l’estimable ouvrage de Mme Françoise Bonardel (Philosopher par le Feu, aux Editions du Seuil, Sa93), nous trouvons (p. 443) une déclaration qui traduit fort bien la situation et la responsabilité morale du curieux ou du féru d’alchimie ‒ et la nôtre ‒ face aux professionnels du savoir : « C’est un malheur que l’on ne peut que trop déplorer que la vérité soit obligée de céder au mensonge, les sages aux ignorants, et la modestie à la présomption ; s’il dure trop longtemps, les sublimes pensées de nos ancêtres glorieux passeront désormais pour des fables, et les esprits tyrannisés par ces opinions, intimidés par ces puissances, et préoccupés par leurs faux sentiments, se trouveront hors de moyen de rechercher la vérité, et dans une injuste contrainte de s’entretenir d’erreurs, et se nourrir de fausseté (...). C’est un crime d’étouffer les lumières que le Ciel nous départ, et le commettre par crainte des persécutions de nos hardis Censeurs, c’est une lâcheté indigne de pardon. Que peut-on craindre en publiant les leçons qu’on a appris dans l’école du Ciel ? Que peut appréhender celui qui parle en faveur de la vérité ? »... Afin de ne pas (trop) lasser le Lecteur bénévole, nous en terminerons là ‒ ou presque ‒ pour cette rectification nécessaire et obligée… (deuxième partie dans le prochain numéro).
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A
Tout à fait d'accord, Jacques, pour préférer Bonardel à Kahn.
C


Dear Archer,


thank you very much for your answer and for signalling my blog  ! Unfortunately it is in Italian, and each of us
could miss a sound, a word, a hint becouse of the difficulty to read another language. Maybe 'la cabale phonetique' will help us. I use often music as an ornamentation, and more often as a topic
in my posts. I hope you can enjoy it, and maybe find something useful for your 'queste'.


Best regards


Chemyst



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A


Cher Chemyst, le fait que votre blog soit en italien ne découragera pas, j'en suis sûr, certains italianisants ou Italiens de celui-ci, je sais qu'il y en a plusieurs, et comme vous de qualité.


 


Si dans quelque temps vous voulez bien nous faire profiter (en italien et/ou en anglais) de votre traduction du latin de cette fameuse inscription de Dampierre, nous vous en saurons le plus grand
gré.


 


Best regards,



C


Dear Archer,


thank you for this beautiful post. I'd like to read the original Latin form of this phrase: "Des exploits glorieux, une âme courageuse, une bonne renommée qui ne faillit pas, des richesses
médiocres, bien acquises, honnêtement accrues, ont toujours  passé pour un don de Dieu, posé au-delà des atteintes de l'envie, et devant être à toujours un titre de gloire et un exemple
devant la postérité." I like to translate from Latin by myself, and sometimes with good fruits.


Thank you. Sincerely yours


Chemyst



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A


Dear Chemyst, many thanks indeed for this comment. J'en profite pour signaler l'intérêt de votre site, comme le prouve par exemple cette annonce très commentée du récent colloque Fulcanelli:


 


http://chemyst.wordpress.com/2011/02/27/un-convegno-su-fulcanelli/


 


Voici donc comme souhaité le latin d'Arsonneau, qu'il donne en lettres capitales juste avant sa traduction française en minuscules:


 


FACTORVM CLARITAS FORTIS ANIMVS SECVNDVS FAMAE SINE VILLA FINE CVRSVS MODICAE OPES BENE PARTAE INNOCENTER AMPLIFICATAE SEMPER HABITA MVNERA DEI SVNT EXTRA INVIDIAE INIVRIAS POSITAE AETERNVM
ORNAMENTO ET EXEMPLO APVD SVOS FVTVRA.


 


Sincerely yours


 



W


Cher ami,


Sur André Arsonneau, voir l'Almanach du Bon laboureur pour l'année 1879 contenant l'Agriculture populaire fondée par Maître Jacques Bujault, continuée ici par André Arsonneau, laboureur à
Dampierre, pas loi de Brioux :


http://www.livre-rare-book.com/book/5472444/1872/en


André Arsonneau, laboureur à Dampierre, « pas loin do Brioux », publie à Saiat-Maixent (Deux Sevrés) un très curieux et très original Almanach du laboureur :


http://books.google.pt/books?ei=nEJCTqe4Ds-o8QOd_9jMCQ&ct=result&id=E-YWAAAAYAAJ&dq=Arsonneau+Dampierre&q=Saiat-Maixent+



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A


Merci, cher ami, pour ces précisions utiles concernant André Arsonneau, sur qui toute information nouvelle sera naturellement la bienvenue.