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André Breton (1896-1966) me dit-on n'est pas à la mode. Le temps me semble donc venu de nous intéresser à cet homme finalement parvenu à cet état enviable de "grand indésirable" qu'il souhaita pour lui-même, et à son oeuvre dont je ne doute pas pour ma part qu'elle lui fit cotoyer certain "grand transparent" de notre connaissance.

Dans son ouvrage incontournable d'anthologie de textes alchimiques, qui vient de faire l'objet en 2009 par la grâce d'Almora d'une nouvelle édition fortement revue, Françoise Bonardel écrit encore, à propos de Philosopher par le feu:

"L'existence d'une affinité pour ainsi dire naturelle entre poésie et alchimie nous est devenue familière depuis qu'Arthur Rimbaud fit de son Alchimie du Verbe le manifeste poétique de la modernité, dont se recommanderont plus tard André Breton et ses amis, séduits par la surréalité supposée avoir déjà été celle de l'ancienne alchimie."

Plus tard sans doute, mais à quel point?

 

bonardelfrancoise.champagne




Dès 1950 Michel Carrouges, "ami cher" d'Eugène Canseliet, a dans son André Breton et les données fondamentales du surréalisme (Gallimard), ouvrage que Breton n'hésitera pas à appuyer, montré que la relation entre l'alchimie et l'école dont André reste le pape sont quasi structurelles:

"L'enthousiasme de Breton pour "l'admirable XIVème siècle", siècle d'or de l'alchimie, l'attraction si puissante qu'exerce sur lui la tour Saint-Jacques, liée, dit-il lui-même, à l'histoire secrète de l'alchimie, tout cela n'est point de l'archéologie ni de la fantaisie, mais révèle le lien profond qui existe entre alchimie et surréalisme, entre la transmutation alchimique et la métamorphose poétique."

Vingt ans plus tard, en 1970 et toujours chez Gallimard, Philippe Audoin dans son Breton (Pour une bibliothèque idéale) relève bien chez notre poète, dès 1929, à propos de son Second manifeste du surréalisme, qu'"il suffit de retenir comme marquant une étape dans la pensée de son auteur, les nombreuses références qu'il y fait à la tradition ésotérique, à l'alchimie, à la magie."

Et ce Breton là, occultiste, tenté par l'astrologie, sensible à la parole de la franc-mançonnerie, n'est certes guère contesté, y compris de nos jours:

http://www.histoires-litteraires.org/les%20articles/artlassalle.htm
http://www.baglis.tv/index.php?option=com_content&task=view&id=309&Itemid=80


Non, ce qui est en question, c'est plutôt finalement la précocité ou non de cet engagement en alchimie du chercheur de l'or du temps, puisqu'en 1990 encore, dans sa biographie parue chez Calmann-Lévy, Henri Béhar à propos de Fulcanelli et de l'année 1952 évoque l'hypothèse de "lectures nouvelles" d'André Breton.

Pour la clarté de notre petite démonstration du mois, rappelons ici que les manuscrits de Fulcanelli furent remis par ce dernier à son disciple en 1923, que son Mystère des Cathédrales fut publié pour la première fois en 1926, et ses Demeures Philosophales en 1930.

Je relève également que le même Béhar rappelle que "dans ses Entretiens de 1952, Breton a fixé à ses dix-sept ans le moment où il se reconnaît des goûts et des résistances bien à lui." Ah, le bel âge! Nous sommes donc ici vers 1913.

Enfin je note que Béhar (toujours lui) rapporte à propos de 1917 cette fois une anecdote que je trouve significative: "André va écouter Paul Valéry louer les mérites d'un politicien poète, André Lebey, dans le salon de madame Aurel, l'une de ces égéries qui font et défont les réputations. Ainsi le maître (Valéry) galvaude-t-il son talent en représentations mondaines!" Peut-être, ou peut-être pas, mais Breton le suit.


Après avoir dès 1976 rendu public dans la revue Question de un article sur article sur les rapports noués par André avec l'alchimie, Richard Danier leur a finalement consacré tout un ouvrage, L'hermétisme alchimique chez André Breton, publié par Ramuel en 1997. Il s'y livre à une interprétation de trois oeuvres du poète:

Nadja (1927), L'Amour fou (1936), et Arcane 17 (1947). Préfacée par le très alchimique et très fulcanellien Patrick Rivière, son étude met en évidence une prégnance certaine dans ces oeuvres de la trame fondamentale et commune qui les sous-tend, et qui bien sûr ressortit à l'alchimie.

Mais Nadja (1927) peut-il être vraiment considérée comme le point de départ de l'alchimie "bretonienne"? Personnellement j'en doute fortement, puisque je le vois dès 1925, dans sa Lettre aux voyantes (!), célébrer ainsi, et de façon on ne peut plus canonique, la démarche d'un des alchimistes médiévaux les plus célèbres:

"L'invention de la Pierre Philosophale par Nicolas Flamel ne rencontre presque aucune créance, pour cette simple raison que le  grand alchimiste ne semble pas s'être assez enrichi. Outre, pourtant, les scrupules de caractère religieux qu'il put avoir à prendre un avantage aussi vulgaire, il y a lieu de se demander en quoi eût bien pu l'intéresser l'obtention de plus de quelques parcelles d'or, quand avant tout il s'était agi d'édifier une telle fortune spirituelle."


Si nous nous tournons maintenant du côté des amitiés d'André Breton, je constate que viennent à nous aussitôt et Paul Eluard et Louis Aragon.

Si on suit Béhar, il semble bien qu'il se soit lié avec ce dernier, comme lui étudiant en médecine, dès 1917, et avec le premier en 1919.

Or nous avons déjà dans ce blog rencontré ces deux poètes, tous deux acteurs incontestables, que ce fût directement ou non, de l'énigme Fulcanelli.

Paul semble avoir été l'amant d'un modèle de Julien Champagne, illustrateur  de Fulcanelli, pour son tableau éponyme du Vaisseau du Grand OEuvre, réalisé en 1910:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-1734641.html

Eugène Canseliet, disciple de Fulcanelli, lie d'ailleurs ce modèle à Irène Hillel-Erlanger, dont elle aurait fréquenté le salon artistique.

Louis quant à lui passe de son côté pour avoir été... fort lié à cette dernière, dont les hermétiques Voyages en kaléidoscope (1919) firent aussitôt de sa part l'objet d'un compte-rendu élogieux dans la revue Littérature:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-6153071.html

Et attirèrent également très tôt l'attention d'un Fulcanelli dûment chapitré à leur sujet par son élève Canseliet, au point que le Maître mentionnera les Voyages dans ses Demeures Philosophales. Nous sommes donc ici (au plus tard) en 1923.


En 1924, Anatole France, ami de Fulcanelli, décède. Il eut droit à des obsèques solennelles, dont Canseliet se souvient: "J'y fus avec Fulcanelli, qui bouleversé par l'agonie longue et cruelle de son vieux camarade, avait voulu que je l'accompagnasse." Et il ajoute:

"Quant à l'auteur des Noces corinthiennes (France) il est difficile de passer sous silence le scandale de l'odieux pamphlet au titre macabre: Un cadavre, qui plongea Fulcanelli dans la stupeur." Le pamphlet en question fut notamment conçu à l'initiative de Breton.

Tollé général chez les gens de lettres, souligne Béhar. Mais est-ce la seule explication de la stupeur de Fulcanelli? En 1930 Un cadavre fut  suivi d'un brûlot homonyme, visant cette fois André lui-même, "créateur véritable et mainteneur opiniâtre du Mouvement surréaliste, qui, déjà et depuis longtemps, était gagné à l'hermétisme de l'ancestrale tradition." (Canseliet)

Au-delà de la foucade provoquante du futur auteur de l'Anthologie de l'humour noir, je vois à cet épisode et à ceux qui le précèdent une explication simple: Si Breton ne connut pas forcément Fulcanelli, Fulcanelli connaissait Breton. Comme Hillel, Milosz, Roussel  et bien d'autres, André a en effet lui aussi fréquenté le salon des Lesseps, dont Fulcanelli fut sans doute un familier, et peut-être bien une figure.


Sur ce point précis, je m'empresse de céder la parole à l'ami Jean Artéro, qui dans son Présence de Fulcanelli (Arqa, 2008) précisait déjà, s'agissant de Roussel et de sa proximité avec les Lesseps:

"Et tant d'autres à sa suite, au premier rang desquels figure, chère Hester Albach, le poète chercheur de "l'or du temps", et j'ai nommé le pape du surréalisme, André Breton, de surcroît entiché du "magnétiseur" Roussel, Breton pour qui "la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogamme."

Et Artéro de citer ses confrère et consoeur ès études fulcanelliennes, Patrick Rivière et Geneviève Dubois: "Ainsi voyait-on avenue Montaigne (au salon des Lesseps) des hommes politiques d'orientations diverses, de même que le fondateur du mouvement surréaliste André Breton. C'est lors d'une soirée que l'auteur de Nadja et d'Arcane 17 sympathisa avec Eugène Canseliet." (Rivière).

Dubois confirme: "Toute une joyeuse bande fréquentait l'avenue Montaigne. certains poètes symbolistes étaient du nombre, tel André Breton." CQFD. Et rappelons-nous avec Béhar que Breton avait allègrement daté le surréalisme de 1919. Breton qui, affirme Philippe Lavergne (André Breton et le mythe, José Corti, 1985), ne s'est jamais démis des impératifs qui avaient été les siens dès 1919.


Némo c'est quelqu'un. On est souvent parti tous les deux en ballade, patte dessous, bras dessus, et tout d'un coup la dernière fois il a voulu continuer tout seul sur le chemin. A l'heure qu'il est il doit toujours être, comme personne, sur le sentier de la paix, et peut-être après tout n'a-t-il fait que me montrer la voie, le chien de l'alchimiste. Puisse Notre Seigneur, notre compagnon, nous accompagner encore pendant de nombreuses promenades.

Ce tout-tout d'exception est-il donc dans le tarot l'image de Dieu qui chemine à nos côtés?
http://www.ff-tarot.com/tarologie/la-symbolique-du-chien-tarot-de-marseille.html

"Le chien protège.
Dieu veille donc sur nous tout au long de notre cheminement. Nous pouvons donc être en confiance. Une fois lancé dans l’aventure, nous savons que son soutien nous est acquis, fidèle comme celui du chien.
Le chien surveille.
Dieu est aussi là pour nous maintenir sur le droit chemin, si j’ose ainsi m’exprimer. Dieu est là pour nous pousser (c’est bien visible sur la carte) à aller jusqu’au bout. Pas question d’abandonner en chemin !"

 

"Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires
Ses cicatrices d'évasion
Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe
La vie de la présence rien que de la présence
Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là
Je n'y suis guère hélas
Et pourtant quand nous ferions le jeu de ce que nous faisons mourir
Plutôt la vie...(André Breton)



Fulcanelli a donc connu André, et Breton cotoyé Canseliet (1899-1982) bien plus tôt qu'on ne veut ordinairement le croire. Et Julien Champagne?

Compte tenu de la proximité de ce dernier avec Roussel et avec la famille Lesseps, on peut considérer leur rencontre comme non seulement possible, mais probable en l'état actuel des choses.

Quoi d'étonnant par conséquent à voir de nos jours encore l'illustrateur de Fulcanelli inspirer tel artiste surréaliste? Rien, me direz-vous et certes vous aurez raison.

Voici donc cher Cosy Ray un extrait d'un  tout récent tableau de l'Ane Onyme (le seigneur des ânes) dont un des liens ci-dessous permet de se faire une idée et qui (autre lien) n'est pas sans nous rappeler certaine photographie d'"Hubert". Intitulé paraît-il La femme invisible, et concocté en hommage à Roussel, il me paraît qu'il se trouve ici comme en singulière -et secrètement stellaire- situation:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-17159081.html
http://in-memoriam-raymond-roussel.over-blog.com/



"A flanc d'abîme, construit en pierre philosophale, s'ouvre le château étoilé." Cette citation d'André Breton, qui provient  de L'Amour fou, est maintes fois reprise par ses analystes, au premier rang desquels aurait pu figurer son compère en surréalité Julien Gracq (André Breton, José Corti, 1948).

Alchimie du Verbe rimbaldien? Sans doute. Mais aussi, certainement, "fils du soleil", 
Verbe de l'Alchimie fulcanellienne.

"Nous le pain sec et l'eau dans les prisons du ciel
Nous les pavés de l'amour tous les signaux interrompus
Qui personnifions les grâces de ce poème
Rien ne nous exprime au-delà de la mort...
Plus tard vous apprendrez qui nous sommes
Nos travaux sont encore bien défendus...
Ne demandez pas où vous êtes
Nous le pain sec et l'eau dans les prisons du ciel
Le jeu de cartes à la belle étoile
Nous soulevons à peine un coin du voile."



pcc ARCHER


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Commentaires

André Breton chez les Lesseps ? D'où Geneviève Dubois, Patrick Rivière, Jean Artéro tirent-ils cette information ? Je n'ai pas leurs livres sous la main, pouvez-vous m'éclairer, Archer ? "Fronton virage", le texte de Breton sur Roussel où le nom de Fulcanelli vient pour la première fois sous la plume de Breton, date de 1948. Dans ses Mémoires, intitulées "L'Aventure en soi", Sarane Alexandrian prétend avoir été le premier à signaler Fulcanelli à l'attention de Breton, cette année-là. René Alleau, qui pour sa part a croisé Breton pour la première fois en 1940, pourrait peut-être nous en dire plus…
Commentaire n°1 posté par Prounicos le 09/02/2009 à 23h39
Prounicos j'ai l'impression que vous avez bien compris que cet article révoque en doute certaines thèses couramment admises.

Voici les références des ouvrages que j'évoque à l'appui de ce que j'avance:

Geneviève Dubois, Fulcanelli dévoilé, Dervy, 1992 et 1996
Patrick Rivière, Fulcanelli, qui suis-je? Pardès, 2004
Jean Artero, Présence de Fulcanelli, Arqa, 2008

A ma connaissance, tous ces livres sont aisément accessibles. On pourrait également, pour avancer dans la recherche, se demander en quelles circonstances Raymond Roussel et André Breton se sont rencontrés l'un l'autre.
Réponse de ARCHER le 10/02/2009 à 22h05
Cher Archer,

Merci de votre réponse. Je vais suivre votre conseil et consulter ces ouvrages. Permettez-moi une autre question, suscitée par votre réponse.

"On pourrait également, pour avancer dans la recherche, se demander en quelles circonstances Raymond Roussel et André Breton se sont rencontrés l'un l'autre."

Vous tenez donc cette rencontre pour certaine ?

Attentivement à vous.
Commentaire n°2 posté par Prounicos le 10/02/2009 à 23h34
Cher Prounicos, oui, cette rencontre me semble certaine dans la mesure où elle est rapportée par André Breton lui-même.


« André Breton, parlant de Raymond Roussel, dit : « De mes rares et très brèves rencontres avec lui, le souvenir que j’en garde est celui d’un homme caché. » (Ginette Adamson, Le procédé de Raymond Roussel, Rodopi, Amsterdam, 1984 ; elle se réfère ici à Fronton Virage).


Les bonnes questions sont donc : Quand ? Et où ? En 1933 Roussel couche Breton sur son testament. Dès 1922 André Breton défend la pièce Locus Solus de Raymond et lui dédicace ses Champs Magnétiques. En 1918 André Gide lit Roussel à André et Louis Aragon (François Caradec, Vie de Raymond Roussel, Pauvert, 1972).


Je parie donc en première approche pour l’immédiat après-guerre (vers 1919). Il y a la possibilité du salon des Lesseps, il y en a d’autres aussi : Madame Roussel mère tenait salon.


Savez-vous qu’Irène Hillel faisait de même ? C’est ainsi qu’elle reçut Milosz (Irène Hillel, Voyages en kaléidoscope, Allia, 1996 ; postface de Jacques Simonelli). Bien à vous.
Réponse de ARCHER le 15/02/2009 à 17h47
Je complète mon message précédent. Rien, ni dans le texte des "Entretiens 1913-1952" (Œuvres, Pléiade, t. III), où Breton évoque longuement sa formation, ses maîtres, ses rencontres, ni dans les dédicaces de Roussel à Breton (reproduites dans le catalogue de la vente Breton, Paris, 2003, lots n° 1215 à1223) n'évoque une rencontre physique entre l'auteur de "Poussière de soleil" et celui de "Nadja".

Je crois également – mais il s'agit seulement d'une opinion – que vous faites fausse route en postulant des échanges précoces entre Breton et Canseliet (malgré l'affirmation de Patrick Rivière, hautement fantaisiste – c'est mon opinion). Voilà un point qui pourrait d'ailleurs être assez facilement établi. Par exemple en demandant à consulter les lettres de Canseliet à Breton déposées à la Bibliothèque Doucet.

En ce qui concerne Fulcanelli et les "fulcanelliens", la vérité est difficile à établir parce qu'elle a été délibérément cachée. Rien de semblable du côté de Breton : il y a beaucoup de documents de première main, aujourd'hui accessibles pour la plupart.

Y a-t-il quelque chose à gagner à ajouter artificieusement de l'obscurité – ou de la confusion – au mystère ?

Certains témoignages (celui d'André Thirion dans son livre "Révolutionnaires sans révolution", celui de Jean-Louis Bédouin dans son livre "Vingt ans de surréalisme", qui évoquent tous deux la présence de Breton aux conférences de René Alleau en 1952) indiquent que, pour sa part, Breton ne le pensait pas.

Il comprenait mal le secret dont les alchimistes entourent leurs activités. Il n'ignorait pas leurs arguments, mais ces arguments, il ne les admettait pas ou du moins pas complètement.

Breton a écrit dans "Nadja" : "Je persiste à réclamer les noms… Pour moi, je continuerai à habiter ma maison de verre, où l'on peut voir à tout heure qui vient me rendre visite."  Ce n'est pas seulement, de sa part, une belle déclaration. A quelques nuances près, il paraît bien s'en être tenu à ce principe. Voilà qui devrait faciliter vos recherches – au moins quant aux relations du fondateur du surréalisme avec Eugène Canseliet – et qui sait ? avec Champagne.

A part ça, il y a bien quelque chose de fascinant dans la sensibilité hermétique de Breton. On ne perd pas son temps à aller y voir de plus près.

Enfin, pour ce qui est de "révoquer en doute les thèses communément admises", voilà un souci que vous partagez avec ce "grand indésirable". Ce dont on ne peut, cher Archer, que vous féliciter.

Bien cordialement.
Commentaire n°3 posté par Prounicos le 11/02/2009 à 13h11
Puisqu’il vient de s’agir de la relation Breton-Roussel, je crois me souvenir qu’un des points communs entre les deux écrivains réside dans leur personnalité complexe et tourmentée. Il me semble (mais ceci reste peut-être à confirmer pour Breton) que tous deux ont d’ailleurs eu recours à des analystes célèbres, et éventuellement au même (Pierre Janet). Ceci pour dire qu’évidemment il ne s’agit pas d’enfermer André Breton dans sa relation à l’ésotérisme en général, ni à l’alchimie en particulier. A l’inverse la nier ou refuser d’en examiner les détails en déniant a priori le sérieux de tel ou tel auteur ne me paraît pas satisfaisant. Patrick Rivière n’est sans doute pas un spécialiste compétent du surréalisme, mais il connaît « son » Fulcanelli mieux que beaucoup. J’en dirai autant de Geneviève Dubois et de Jean Artero entre autres. Quant à Michel Carrouges et Philippe Audoin, ce sont des experts de l’un et de l’autre domaine. Enfin, l’essai de Richard Danier me semble bien digne d’un minimum de considération. Dès 1924 André Breton écrivait dans son Manifeste du surréalisme : « Le rationalisme absolu qui reste de mode ne permet de considérer que les faits relevant étroitement de notre expérience. Les fins logiques, par contre, nous échappent. » Cette phrase est pratiquement du Fulcanelli à l’état brut, ou comme on voudra, pur. En 1930 dans le second Manifeste le même Breton n’hésite pas à avancer l’idée qu’« il importe de réitérer et de maintenir ici le « Maranatha » des alchimistes, placé au seuil de l’œuvre pour écarter les profanes. » Un peu plus avant, il précise et même martèle dans le même élan : « Je demande l’occultation profonde, véritable du surréalisme. » Ce dernier est comme l’alchimie « obligatoirement contestataire » (Eugène Canseliet). Il se rit de l’esprit d’orthodoxie, de chapelle, de clan… Je ne trouve rien de surprenant dans le fait qu’apparemment André n’ait jamais déclaré : « J’ai rencontré Fulcanelli en 1919. » Il n’a jamais écrit l’inverse non plus, à ma connaissance. Il est vrai d’ailleurs que le destin réservé à certains textes escamotés voire volés, de Fulcanelli, de Canseliet ou de Roussel notamment ne peut que nous inciter à la vigilance. Dans l’attente de nouvelles informations sur ces points obscurs que vous dites, je voudrais pour terminer mon petit commentaire du votre, cher Prounicos, et en vous remerciant chaleureusement de vos félicitations auxquelles je suis très sensible, naturellement, souligner le fait que je sais qu’Eugène Canseliet, disciple de Fulcanelli, pesait toujours ses mots et qu’il convient donc de prendre au sens fort son affirmation déjà rapportée ci-desssus, et qui s’applique précisément à la période 1924-1930, constituant au surplus un vibrant hommage à André Breton, lequel beaucoup plus tard l'encouragea à faire partie de la Société des Gens de Lettres: « Créateur véritable et mainteneur opiniâtre du Mouvement surréaliste, qui, déjà et depuis longtemps, était gagné à l’hermétisme de l’ancestrale tradition. »
Réponse de ARCHER le 15/02/2009 à 19h11
Cher Archer,

Votre blog est très intéressant parce qu'il illustre, à travers le cas de Champagne et l'énigme Fulcanelli (et avec des documents inédits ), la question de la filiation dans la tradition alchimique.

Mais concernant l'intérêt de Breton pour l'alchimie, je crois qu'il doit – décidément – être envisagé en dehors de ce cadre-là. Ça vous semblera une thèse "communément admise"

Et pourtant… En 1970, René Alleau a répondu aux questions du surréaliste Robert Benayoun à propos de ses relations avec Breton. Vous connaissez peut-être déjà cette interview (où il n'est malheureusement question ni de Champagne ni de Fulcanelli). En voici retranscrits, à tout hasard, quelques extraits :

"Il n'y a pas eu à cette époque d'enseignement ésotérique, comme on l'a dit parfois, donné à André Breton particulièrement. D'ailleurs, je crois qu'il n'avait d'enseignement à recevoir de personne. (…)

"J'ai l'impression – que je peux confirmer par les quelque neuf années pendant lesquelles j'ai eu l'occasion de parler de ces questions avec André Breton – que son attitude était dominée surtout par sa curiosité fondamentale, qui était celle d'une généralisation de l'expérience poétique. (…)

"Ce n'était pas l'occulte en tant que tel qui l'intéressait. C'était la possibilité d'élargir l'expérience poétique à des activités qui n'étaient pas littéraires, ou aussi peu que possible engagées dans la littérature, et qui surtout présentaient –  comme les textes alchimiques – une somptueuse imagerie. A travers les noces alchimiques, tout ce qui pouvait séduire au possible André Breton était rassemblé. (…)

"Mais par ailleurs la lucidité critique de Breton était exemplaire. Autant il était disposé à admettre le merveilleux, autant il avait horreur de l'imposture dans ce domaine.

"(…) Chercher l'or du temps, c'est chercher le sens de l'éternité à travers le temps et contre la conscience historique. L'expérience poétique, au sens où Breton a pu l'agrandir à travers le surréalisme, a été essentiellement une opposition à la conscience historique réductrice. L'expérience amplificatrice poétique, qui est la recherche de la lumière, de la régénération intérieure, rejoint ici l'expérience des alchimistes, bien qu'elle en soit distincte."

Les premiers et les derniers mots de cette intervention sont très clairs.

C'est un témoignage de première main, apporté par celui que Breton, comme vous le savez, considérait comme le plus qualifié – avec ou après Canseliet – en matière d'alchimie. De son côté, Canseliet a-t-il jamais rien dit, à propos de Breton, qui permette d'infirmer ce témoignage essentiel ?

Vous pouvez actuellement visionner le documentaire de Benayoun, intitulé "Passage Breton", sur le site arcane-17.com (l'intervention d'Alleau se situe vers la fin). L'adresse de la vidéo :
http://www.arcane-17.com/rubrique,passage-breton,1120675.html

Vous trouverez en pièces jointes les pages du catalogue de la vente Breton où sont reproduites les dédicaces de Roussel à Breton. Vous connaissez peut-être déjà ces documents qui, eux non plus, n'apportent pas beaucoup d'eau – je le crains – à votre moulin.

Le même catalogue comporte des notices sur les ouvrages d'alchimie présents dans la bibliothèque de Breton. Vous les connaissez peut-être déjà également – dans ce cas, pardonnez-moi de vous faire perdre votre temps.

La plus ancienne dédicace de Canseliet à Breton semble être celle des "Douze Clefs", en 1956 (lot n°1378). Celle qui est retranscrite sous le n°1379 est intéressante. Breton a certainement joué un rôle actif dans la reprise des Fulcanelli par Jean-Jacques Pauvert en 1965.

Breton avait déjà cherché à faire rééditer les Fulcanelli par Gallimard dès la fin des années 1940, dans une collection éphémère intitulée "Révélation" (voir "Œuvres" de Breton, Pléiade, t. III, p. 1399, selon un document conservé dans les archives des éditions Gallimard). C'est vraisemblablement à cette époque (je n'ai pas vérifié ce qu'en disent ses biographes, Béhar ou Polizzoti) qu'il est entré en contact avec Canseliet. Enfin… du moins selon la version de l'histoire susceptible d'être "communément admise"

Si vous avez de l'inédit, vous allez intéresser les historiens du surréalisme.

Bonne chance pour la suite de vos recherches.
Commentaire n°4 posté par Prounicos le 12/02/2009 à 13h28

Cher Prounicos,

Loin de moi l’idée de prétendre qu’André Breton fut un alchimiste. Je me borne à rappeler

qu’il fut fasciné par l’alchimie, ce qui est peu contestable, et à affirmer de façon argumentée

qu’il a sans doute rencontré Fulcanelli, comme il a (très tôt) fait la connaissance du disciple de

ce dernier, Eugène Canseliet, dont j’ai rapporté de façon répétée le témoignage à mon sens

capital, et peut-être aussi celle de Julien Champagne, illustrateur de Fulcanelli.

Le témoignage que vous évoquez de René Alleau, par ailleurs lui aussi « disciple de Fulcanelli » (Canseliet), ne me surprend donc aucunement.

Alleau auquel j’ai d’ailleurs récemment rendu hommage dans ce blog :

http://www.archerjulienchampagne.com/article-18622923.html

et dont je profite de votre intervention pour signaler qu’une partie de ses collections va prochainement être dispersée.

Vous nous apportez maintenant une information que je considère majeure, quand vous écrivez :

« Breton avait déjà cherché à faire rééditer les Fulcanelli par Gallimard dès la fin des années 1940, dans une collection éphémère intitulée "Révélation" (voir "Œuvres" de Breton, Pléiade, t. III, p. 1399, selon un document conservé dans les archives des éditions Gallimard). »

Ceci nous prouve bien selon moi que la thèse de la découverte tardive de Fulcanelli par Breton, dans les années 1950, chère par exemple à Béhar ou Alexandrian, est aventurée.

J’ajoute que dans les années 1940 que vous évoquez Fulcanelli n’était guère connu que de cercles restreints, ésotériques en particulier.

Sa première œuvre (Le Mystère des Cathédrales, 1926) était épuisée, la seconde (Les

Demeures Philosophales, 1930) en voie de l’être vers 1945. Toutes deux seront rééditées finalement en 1957 et 1960.

Tout complément sur ce point précis du projet de Breton, heureusement intitulé Révélation, nous serait extrêmement précieux. Avec tous nos remerciements.

Réponse de ARCHER le 15/02/2009 à 19h57
D'accord, Archer. Vous avez raison pour les rencontres Breton-Roussel.

Autant pour moi : j'ai retrouvé la phrase en question dans "Fronton-virage" (Œuvres, III, p. 852). La suite du passage évoque les échanges entre Roussel et deux autres surréalistes, Leiris et Desnos – très limités et frustrants.

Dans "Fronton-virage" comme dans les "Entretiens" (p. 494), Breton, quand il parle de Roussel, évoque la période 1922-1928.

Pour creuser la piste des salons, voir peut-être la récente biographie de Paul Valéry par Michel Jarrety, très fouillée (1 364 pages + index !).
Commentaire n°5 posté par Prounicos le 15/02/2009 à 18h51

Merci de ces précisions Prounicos, la biographie de Paul Valéry, mentor du jeune André Breton, pourrait bien d'ailleurs nous réserver quelques surprises.

D'autant que vous m'apprenez par ailleurs que le dit Valéry fréquentait chez Irène Hillel-Erlanger. On me signale également un article de lui dans la revue ésotérique Le Voile d'Isis en 1928.

Valéry fit encore partie du comité de parrainage de la société Atlantis de Paul Le Cour.

Enfin il est curieux de constater qu'à l'Académie Française Anatole France, ami de Fulcanelli, succéda à Ferdinand de Lesseps, autre relation du même, et qu'à leur suite fut élu...Paul Valéry.
Réponse de ARCHER le 16/02/2009 à 22h02
Cher Archer,

De mon côté, je ne conteste pas un instant l'intérêt très vif que Breton a éprouvé pour l'alchimie.

Cet intérêt est d'ailleurs antérieur au passage toujours cité du "Second Manifeste" (et cité notamment par René Alleau, en manière d'ouverture, dans le premier volume publié de la "Bibliotheca hermetica").

Breton mentionne en effet Nicolas Flamel dès 1924 dans la "Lettre aux voyantes" (mais à la même époque Leiris et Desnos – oui, justement ceux des surréalistes qui ont rencontré Roussel – s'intéressent aussi à l'alchimie).

Pour répondre plus précisément à votre dernier commentaire : oui, Breton a joué un rôle de premier plan – et jamais vraiment mis en lumière – dans la diffusion de l'œuvre de Fulcanelli à partir de 1948.

Il a d'abord essayé de faire rééditer les deux Fulcanelli par Gallimard (je suis obligé de vous renvoyer sur ce point à l'annotation des "Œuvres", t. III).

Puis il a présenté René Alleau à Louis Pauwels, dont "Le Matin des magiciens" a révélé le nom de Fulcanelli au grand public – et l'alchimie par la même occasion. Par la suite, Breton et les surréalistes ont mené une polémique très vive contre "Planète" et contre Pauwels, pour d'autres raisons.

Breton est enfin intervenu auprès de Jean-Jacques Pauvert (dont il était un peu le "parrain" intellectuel) pour qu'il réédite les Fulcanelli dans les années 60.

Pourquoi tous ces efforts en faveur de Fulcanelli de la part de Breton ?

René Alleau l'explique très bien, me semble-t-il, au cours de l'entretien dont j'ai transcrit quelques phrases dans un commentaire antérieur.

Le même René Alleau a de nouveau très bien mis les choses en perspective dans un texte – jamais cité – intitulé "Un Champollion des hiéroglyphes français"  et publié dans "La Quinzaine littéraire" en 1974.  Dans ce texte, il est question de Fulcanelli, de Roussel, de Breton… et le tout est illustré par un dessin de Julien Champagne emprunté au "Mystère des cathédrales".

Je vous fais parvenir par ailleurs cet article. Je souhaite que vous puissiez en citer de larges extraits sur votre blog. Ce serait une bonne façon de prolonger votre hommage à René Alleau – et je crois que c'est le moment.

Vous allez voir : le ton de ce texte n'est pas fait pour plaire à tout le monde. Il est assez "surréaliste" – c'est-à-dire très "contestataire".

Bien cordialement à vous.
Commentaire n°6 posté par Prounicos le 15/02/2009 à 20h38
Cher Prounicos,

Là il est clair que vous apportez de nouveau de l'eau à mon moulin. Je vous remercie donc encore une fois, en soulignant le fait que pour le coup vous nous apprenez quel rôle André Breton a joué auprès de Jean-Jacques Pauvert dans la réédition des Fulcanelli.

Pauvert qui d'ailleurs a participé à l'occultation consciente ou non de l'oeuvre de Julien Champagne, mais ceci est "une autre histoire":

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3043914.html

Pour René Alleau, vous avez raison, je vais compléter mon article sur lui grâce à vos précieuses indications. Bien cordialement.
Réponse de ARCHER le 16/02/2009 à 22h16
Toujours à propos de Breton, Canseliet, Fulcanelli… (Ce sera ma dernière intervention.)

Les "Œuvres complètes" de Breton citent une lettre à Jean Ferry (le premier exégète de Roussel, que vous connaissez certainement), dans laquelle l'auteur de "Fronton virage" se dit persuadé que c'est Canseliet qui a écrit les Fulcanelli (t. III, p. 1394, la lettre est datée du 31 mars 1948).

On peut donc apprécier la confusion introduite sur ce point précis par Robert Amadou dans "Le feu du soleil" – ce livre dont la réalisation, sinon l'intention, a été si déplorable.

Péremptoire comme jamais, Amadou y affirme (p. 78) que Breton croyait exactement l'inverse et qu'il s'est donc trompé – "pour une fois", ajoute Gribouille.

On dirait qu'Amadou éprouve autant de plaisir à donner (faussement) tord à son défunt ami Breton qu'à faire, presque tout au long du livre, un cours (parfaitement déplacé) à son vieil ami Canseliet.

Qu'y a-t-il à gagner à ajouter la confusion au mystère ?
Commentaire n°7 posté par Prounicos le 15/02/2009 à 21h35
Je crois, Prounicos, qu'Amadou avait un égo surdimensionné. Il appartenait de plus à une filiation (martiniste si j'ai bien compris) où Boucher et Ambelain l'avaient précédé, et d'où le magisme n'est pas absent.

Lui et Canseliet se sont donc fâchés à cause des circonstances de la parution du Feu du Soleil, qui reste cependant un ouvrage très intéressant, surtout à cause de ce qu'y dit le "terroriste de Savignies", ainsi qu'Otero et peut-être d'autres l'ont affectueusement surnommé.

J'ai d'ailleurs produit comme vous savez peut-être une analyse partielle de cet entretien:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-5039674.html

Il ne faut pas s'exagérer au demeurant l'importance de la querelle entre les deux hommes, Canseliet ayant à l'occasion dédicacé lui-même ce livre d'Amadou.

Quant à l'opinion de Breton sur le fait que Canseliet a écrit les Fulcanelli, vous n'ignorez sans doute pas qu'elle correspond à l'exacte vérité, et qu'il n'y a là, au cas particulier, ni confusion entretenue, ni mystère à proprement parler.

Je porte donc ceci pour ma part au crédit du "chercheur de l'or du temps", à ses connaissances profondes et à une incontestable clairvoyance.
Réponse de ARCHER le 17/02/2009 à 17h18
Bonsoir,

tous mes encouragements pour la poursuite de votre travail d'investigation et toutes mes félicitations pourla qualité et la densité des informations qui se trouvent sur votre blog. Je l'ai parcouru à de nombreuses reprises, y ait appris énormément de détails autour des personnages alchimiques qui sont entrés dans la légende.
N'étant pas français, mais francophone, de Belgique, passionné d'alchimie depuis plus de trente ans, j'ai observé l'évolution des commentaires qui ont ponctués la fin de vie du Maître de Savignies, les années très agitées immédiatement postérieures au décès du Maître, puis le foisonnement des hypothèses centrées autour de Fulcanelli. Comme aurait dit André Savoret, et Emmanuel d'Hoogvorst (parti hélàs il y a dix ans déjà) : " Personne, parmi tous ces commentateurs, ne s'imagine qu'ils sont connus des "entités" sur lesquels ils s'expriment, parfois, de manière à provoquer  en réaction une vague d'effets néfastes, à leur personne et à leur entourage". N'est-ce pas ce qui arriva à Hubert et que son Maître d'autrefois a dû laisser ce retour d'ondes accomplir son oeuvre jusqu'au décès, malgré la demande infructueuse du Maître de Savignies ? Pour ne citer qu'un seul nettoyage d'ondes : 1926. N'est-ce pas en cette année qu'ont disparu nombre de protagonistes du monde de l'occultisme ?
2009 ne fait que commencer .... Qui défendra bientôt encore la mémoire du Maître sans trahir son message ? Quoiqu'il en soit encore merci, et sachez que votre travail marque une étape importante dans les éclaircissements utiles autour des études alchimiques qui deviennent de moins en moins faciles, vu le monde et son involution.
Désolé pour la longueur
l
Commentaire n°8 posté par philostène le 18/02/2009 à 18h26
Cher Philostène,

Un grand merci pour ces encouragements et si je comprends bien pour votre fidélité régulière au blog JULIEN CHAMPAGNE, dont j'espère qu'il continuera à ne point (vous) décevoir.

N'hésitez pas d'ailleurs à continuer de l'enrichir de vos remarques et observations, en positif comme en négatif, ainsi que de précisions ou ajouts éventuels.

Je profite de votre intervention pour remarquer que pour quelque 240 articles, nous disposons désormais d'environ un tiers de commentaires de plus.

On voit bien là à mon avis la richesse de l'apport de notre "lectorat", le fait que ce blog tend de plus en plus à être une oeuvre collective, au-delà même de la preuve de l'impact qu'il peut avoir et que vous évoquez.

Comme vous me semblez le souligner, il n'y pas de tradition du savoir sans transmission de ce savoir.

Sinon, et c'est bien ce qui est parfois mal compris, le savoir en question devient comme une sorte d'arbre sec, "stérile".

Même si nous vivons pour Canseliet les derniers temps du présent âge de fer, et je dirais surtout s'il a raison, il importe donc à mon avis plus que jamais de transmettre ce qui est après tout une bonne nouvelle:

La chute n'est point finale. Voici pourquoi alors même que la science conserve nous devons surtout viser à servir la science.

Pour le reste, j'avoue partager en partie le sentiment de Jean Artero (dans son livre Présence de Fulcanelli) sur la réaction prétée à l'Adepte, qui avait alors la Pierre, lorsque son disciple de Saviginies lui demanda "grâce" pour Julien Champagne, alors en danger de mort.

Jean qualifie l'attitude de Fulcanelli d'humaine sévérité. Mais d'un autre côté, le maître de Canseliet semble avant tout avoir renvoyé son illustrateur "à la grâce de Dieu".
Réponse de ARCHER le 18/02/2009 à 22h51
Je découvre votre note avec un grand intérêt. La quête de l'or du temps reste l'affaire de chacun. Charge à nous de n'en pas démériter.
Merci
Je me permets de vous joindre ce lien dans lequel, je fais une intervention sur les rapporrts qu'André Breton entretint avec l'astrologie.
http://www.baglis.tv/index.php?/content/view/309/80/
Commentaire n°9 posté par Fabrice le 02/03/2009 à 14h50
Merci Fabrice de votre intervention. Vous avez bien raison à mon avis de souligner le fait que toute quête un peu sérieuse reste individuelle.

C'est en particulier le cas de celle de l'or du temps, chère à André Breton, et au moins autant celui de la "quête du Graal" alchimique; nous le savons ou en tout cas ne pouvons pas l'ignorer, quand on a pris entre autres connaissance du cycle des Chevaliers de la Table ronde.

Pour le reste, qui peut se targuer de n'avoir jamais vacillé, voire chû? Il y a une expression traditionnelle que j'aime assez, pour ma part, et qui me semble-t-il a été récemment reprise à son compte par Philippe Labro: Tomber sept fois, se relever huit.

Quand on compte sur ses doigts, on se dit que c'est illogique, il suffirait sans doute de se relever sept fois.

Mais voilà...ainsi va le surréel, où astrologie et alchimie non seulement font bon ménage, mais avancent de concert comme deux soeurs que l'on a parfois dit jumelles.

Il me semble que j'avais signalé dans mon articulet votre intervention télévisée sur l'astrologie d'André Breton; je vous sais gré de nous la remettre en mémoire.

André n'était ni astrologue ni alchimiste, ou du moins il est cela et autre chose, c'est un voyou, un voyant, bref un authentique poète.
Réponse de ARCHER le 02/03/2009 à 15h13
Vous avez raison : André Breton était le surréalisme et le point sublime, sa quête incessante et merveilleuse. C'est que j'ai essayé de dégager dans mon exposé sur l'astrologie et le surréalisme.
Commentaire n°10 posté par Fabrice le 02/03/2009 à 15h18
Il me semble donc que nous sommes d'accord. Permettez moi de souligner l'intérêt de votre site "Arcane 17":

http://www.arcane-17.com/accueil.html

notamment pour tout ce qui a trait à André Breton et au surréalisme en général. J'espère également que l"atelier André Breton" actuellement fermé et dont on m'a annoncé la réouverture prochaine nous sera bientôt à nouveau accessible:

http://www.atelierandrebreton.com/
Réponse de ARCHER le 02/03/2009 à 15h40
Le site Atelier André Breton est actuellement en transformation. Je pense qu'il sera en ligne d'ici peu d'après les informations que m'a transmis Jean_MIchel Goutier.
Bien à vous
Commentaire n°11 posté par Fabrice le 02/03/2009 à 15h51
Merci de cette confirmation en forme d'excellente nouvelle, dont je ne doute pas qu'elle intéresse nombre de nos attentives lectrices et de nos fidèles lecteurs.

Donc par avance toute notre reconnaissance à celui ou celle qui pourra et voudra nous "donner le top" de notre retour à l'atelier André Breton.

Bien cordialement
Réponse de ARCHER le 02/03/2009 à 19h20
Bonjour

Lors de la vente intervenue ce jour de la première partie de la collection de René Alleau, j'ai particulièrement suivi certains lots, comme le N°60.

Cet ensemble de correspondances émanant d'André Breton a finalement été préempté, par la bibliothèque Jacques Doucet, me semble-t-il, pour un prix globalement conforme à l'estimation initiale (40.000 euros).

Voici ce qu'y écrivait André à René en 1952:

"Je ne supporte pas si bien d'en être réduit à une appréhension purement poétique des textes alchimiques, beaucoup trop "planée" pour me satisfaire et ne pas me laisser mal à l'aise depuis longtemps."

Ce "depuis longtemps" me semble des plus significatifs; l'étoile qui sut si bien éblouir le poète est à ce moment encore presque totalement scellée. Et il me paraît renvoyer, pratiquement dans les mêmes termes, à l'expression d'Eugène Canseliet, pour qui notre homme était gagné "depuis longtemps" à l'hermétisme de l'ancestrale tradition.

De là à pénétrer dans le palais du roi...

En 1953 encore, du même au même:

"Je pense chaque jour que je continue à détenir votre bel exemplaire du Mystère des Cathédrales, dont je n'ai pu même aborder l'étude au long de ces journées continuellement maléficiées."

Au cours de la même vente, une superbe édition originale des Demeures Philosophales de Fulcanelli, initialement estimée à 500 euros, a été adjugée près du double.

Son acquéreur a fait une très bonne affaire, à mon avis, qu'il fût marchand pour revendre le livre, ou amateur pour le lire, le relire, et admirer -et méditer sur- les magnifiques planches de Julien Champagne dont il est adorné.
Commentaire n°12 posté par ARCHER le 07/03/2009 à 19h03
Bonsoir,
merci pour votre commentaire. Je suis allé voir les lots de cette vente lors de l'exposition privée. Il y avait les deux exemplaires de Julevno annoté de la main de Breton. Ces notes n'ayant fait que confirmer mes suppositions sur l'intérêt que Breton portait à l'astrologie.
J'ai eu une correspondance avec René Alleau il y a quelques années. L'homme est attachant et d'une sincérité indéniable.
Le poème Pleine marge de Breton, à combien est-il parti ? Ce fut ma grande frustration. Outre l'intérêt de ce poème (à clef) l'exemplaire avec la gravure de Silberman est magnifique.
Commentaire n°13 posté par Fabrice le 07/03/2009 à 19h25
Fabrice, il me semble que Prounicos a ci-après largement répondu à votre interrogation, et je ne peux que m'en réjouir, notamment parce que ceci nous montre bien, une nouvelle fois, que sur ce blog les commentateurs et leurs commentaires sont pleinement acteurs, et donc totalement considérés.

En attendant donc de répondre également à Prounicos, permettez-moi d'insister après vous sur l'intérêt de Pleine marge, mais aussi de votre correspondance avec René Alleau.

Que peut-elle nous apprendre, plus précisément, sur André Breton, bien sûr, et aussi sur son rapport à l'alchimie?

Pleine marge, roman à clef, dites-vous. Pourquoi? Texte relativement tardif (1943) pour ce qui concerne mon propos, mais dont le titre est certainement admirable, puisque soulignant de façon magnifique et quasi-hermétique le caractère essentiel que revêt toute pensée hétérodoxe, du moins quand elle est de valeur.
Réponse de ARCHER le 09/03/2009 à 21h37
Bonsoir Archer, Bonsoir Fabrice, Bonsoir à tous,

@ Fabrice : "Pleine Marge" hélas s'est vendu 3600 euros… Soit un prix largement supérieur à l'estimation. Une "crise" ? Où ça ? Pas à Drouot, on dirait.

@ Archer : cette correspondance sera donc sous peu intégralement consultable (y compris les lettres d'Alleau à Breton) à la Bibliothèque Doucet.

A propos : j'ai envie de lancer un appel. L'un des heureux acheteur des quelques rares volumes comportant l'ex-libris de René Alleau (qui figurait par exemple sur  n° 187, le "Speculum astrologiae" de Junctinus) serait assez généreux pour nous en communiquer une reproduction ? Vous pourriez l'afficher sur votre blog, Archer… Il s'agit, si j'ai bien vu, de l'image stylisée d'une forgeron-alchimiste chinois.

Et au fait : quelqu'un sait-il s'il y aura une "vente René Alleau, deuxième partie" ? Et  quand ?  Car aucun des grands classiques de l'alchimie ne figurait dans cette vente.

Bien à vous.
Commentaire n°14 posté par Prounicos le 07/03/2009 à 20h26
Prounicos, je me réjouis encore une fois de ce dialogue entre vous et Fabrice, qui cette fois vous répond, car cet échange démontre à nouveau la vitalité du blog Julien Champagne...et bien sûr celle de la "mémoire vivante" d'André Breton.

Je tiens d'ailleurs à préciser à cet occasion que je ne l'ai pas qualifié de pape du surréalisme par irrespect, mais plutôt en me disant que cet anti-conformisme dans l'expression lui conviendrait pleinement.

S'agissant de l'ex-libris d'André Alleau, je m'associe pleinement à votre demande, et pour répondre à votre question j'ai bien l'intention, dès que possible, de le faire figurer dans un des articles consacrés en totalité ou partie à l'auteur distingué d'Aspects de l'alchimie traditionnelle (entre autres).

Je profite lâchement de cette occasion pour rapporter le fait le concernant qu'à l'occasion de la première vente de ses collections j'ai pu apprendre de source "autorisée" que René finalement serait non pas au plus mal, mais très mal ou mal, ou mieux selon les moments où on le voit.

Nous voilà donc au moins partiellement et provisoirement rassurés sur son état de santé.

Réponse de ARCHER le 09/03/2009 à 22h13
Oui, il y aura une seconde vente. C'est ce que m'a confié Jean Claude Bailly, mais pour l'heure, la date n'est pas encore fixée.
Commentaire n°15 posté par fabrice le 07/03/2009 à 20h30
En effet, Fabrice. Le catalogue de la vente du 7 mars 2009, que l'on trouve d'ailleurs désormais en vente sur ebay, spécifiait en fait expressément que cette vente n'était qu'une première.

Comme le souligne Prounicos, on n'y a proposé à l'achat que quelques classiques de l'alchimie, tels le Splendor Solis, le Donum Dei (tous deux à des prix justifiés mais prohibitifs pour une bourse surréaliste) et bien sûr les Demeures Philosophales.

Merci d'avance à celle ou celui qui voudra bien nous faire part de la prochaine dispersion des collections de René Alleau.
Réponse de ARCHER le 09/03/2009 à 22h25
@ Archer, à propos du "depuis longtemps" de Breton : dans sa préface à l'édition des "Astrologiques" de Manilius ("Bibliotheca hermetica"), René Alleau cerne une fois de plus de façon assez précise le point rencontre essentiel entre ce qu'il est convenu d'appeler l"hermétisme" et le surréalisme tel qu'il a été pratiqué par Breton :

"Ce que peut nous rendre l'astrologie traditionnelle, écrit Alleau, ce que l'astronomie moderne nous a dérobé, c'est précisément ce sens qualitatif du temps, cet or caché dans les scories que peut fondre l'éclair d'une image ou d'une rencontre, à partir de quoi l'aiguille même de l'horloge se change en un rayon lumineux sur la voie. Entre l'intervalle et la suspension de l'intervalle s'étend toute la différence qui sépare la science de la poésie dans leurs rapports avec le temps. Les relais symboliques utilisés par les techniques astrologiques ne peuvent pas être mesurés par des positions astronomiques mieux que les images poétiques par la critique de leur contenu objectif. Il s'agit ici et là de moyens d'accélération logique intuitive dont les résultats seuls importent…"

Comment ne pas reconnaître dans ces quelques phrases tout ce qui fait le prix de livres tels que "Nadja" et l'"Amour fou" – au-delà d'un folklore surréaliste désormais bien vulgarisé et daté ?

Cela dit, en ce qui concerne Breton, ses lettres à Alleau témoignent aussi de la difficulté éprouvée par lui à "sauter le pas" – à dépasser, à l'égard de l'alchimie, le stade de la tentation.

Je pense en particulier à cette phrase, qui précède immédiatement celle que vous citez : "Je persiste à buter contre la nécessité que je n'arrive pas à faire mienne organiquement de ce travail pratique de l'alchimie et de ce qui le fait être ce qu'il est plutôt qu'autre chose. Il me semble que la comprendre – cette nécessité – ne peut être que le fruit d'une illumination bien décidée à me manquer."

En réalité, en 1952, bien des surréalistes ont failli "sauter le pas", sous le charme des conférences d'un René Alleau constamment brillant selon divers témoignages (voir notamment dans cette "vente René Alleau" les lettres de Jean-Louis Bédouin).

Mais à ma connaissance très peu l'ont fait : Elie-Charles Flamand, Bernard Roger, René-Guy Doumayrou – rejoints plus tard par Jorge Camacho (qui n'était pas à Paris au moment des conférences d'Alleau).

Reste à souhaiter que le texte de ces conférences – intégralement rédigées – soit un jour enfin publié. Elles constituent en effet un document historique de premier ordre – un moment important de l'histoire de l'alchimie en Occident. Ne serait-ce que parce qu'en 1952 elles ont bien failli entraîner la conversion en bloc à l'alchimie traditionnelle de tout un groupe d'intellectuels et d'artistes d'avant-garde…
Commentaire n°16 posté par Prounicos le 08/03/2009 à 11h40
Prounicos, remontons le temps. Nous savons désormais grâce à vous quel rôle Breton a joué dans la (troisième) parution des Fulcanelli chez Pauvert au début des "sixties".

Comme vous l'avez souligné, les brillantes conférences d'Alleau dont j'estime également la publication souhaitable, ont au début des années 1950 ravivé la flamme surréaliste pour l'alchimie.

Aux noms que vous citez j'ajouterai ceux de Carrouges, Audoin et encore Flamand...sans oublier Alleau lui-même, et bien entendu Breton (c'est pour cela que j'écris raviver).

La belle citation de lui que vous évoquez date effectivement de cette époque et vient parfaitement compléter les miennes:

Breton le poète a de longue date été séduit par l'alchimie sans en pénétrer les arcanes, faute de les avoir étudiés en profondeur, et visiblement en a souffert.

Que s'est-il donc sans doute passé? Mon impression est que Breton, dont vous nous assurez également qu'avant même les conférences d'Alleau, dès la fin des années 1940 donc, a projeté de faire reparaître les Fulcanelli (projet avorté de ce qui aurait été la deuxième édition, à propos duquel il n'a pas pu ne pas contacter Canseliet) s'est un peu laissé entraîner par le tourbillon de sa vie dans les années 20 puis 30.

N'oublions pas qu'il a quarante ans en 1936. Il s'engage et engage une partie des surréalistes dans l'antifascisme.

Qu'on le veuille ou non, cet engagement politique est aussi celui du chef de file d'une école littéraire.

Et bien entendu, "pendant les travaux la vente continue" donc André écrit, lit, publie...et dans le même temps assume une vie personnelle des plus compliquées, notamment marquée, comme vous le faites très bien remarquer, par Nadja et L'amour fou.

Je suis d'ailleurs tenté de voir dans son approche poétique celle d'un touche-à-tout de génie, avec peut-être une prédilection pour "l'art magique" en général, cette magie très surréaliste d'esprit se traduisant tantôt comme vous le relevez par des écrits teintés d'astrologie, tantôt par une inspiration tarologique (Arcane 17), tantôt par certaines notations alchimiques qui traduisent tout de même chez lui une connaissance très au-dessus de la moyenne de l'Art royal.

Or cette connaissance qui est la sienne comme démontré dès 1924 (par exemple) se double d'une prédilection affichée à laquelle nous avons trouvé une explication plus que plausible, références à l'appui: sa rencontre dans l'immédiat après première guerre mondiale, sinon avec Julien Champagne, du moins avec son ami Eugène Canseliet et leur maître commun: Fulcanelli.

Moralité:  On ne noie pas un poisson soluble.

Réponse de ARCHER le 10/03/2009 à 20h08
Me pardonnerez-vous, cher Archer, chers tous, de revenir une fois encore, une dernière fois, sur la vente René Alleau ? 

Je ne sais rien ni de l'état de santé ni de la situation actuelle de celui à qui André Breton ne s'adressait qu'en ces termes : "Très cher René…" – de René Alleau qui a aujourd'hui (sauf erreur) 92 ans…

J'ai constaté, en parcourant le catalogue de cette vente du 7 mars dernier, que René Alleau avait pris la peine d'établir lui-même un certain nombre de notices concernant les volumes de sa bibliothèque qu'il destinait à la vente.

J'ai également constaté que ces notices n'étaient pas reproduites au catalogue – leur existence est seulement mentionnée, et une phrase citée en passant.

J'ai pu consulter, avant la vente, notamment l'une de ces notices, datée par son auteur de mai 2008, écrite d'une main encore ferme et manifestement familière d'un art aujourd'hui bien oublié : la calligraphie.

En lieu et place de ces notices de la main d'Alleau, une nomenclature qui se voudrait professionnelle mais qui s'avère pas beaucoup plus précise – rien qui puisse à vrai dire surprendre quiconque est familier des catalogues de ventes et des performances en la matière des experts ayant pignon sur rue.

Un exemple : la préface du catalogue en question. On la croirait rédigée – tant elle est maladroite et pesante – par un analphabète ou un demi-crétin.

Ainsi est citée une formule, "assez pénétrante" dixit l'auteur, attribuée à Robert Amadou : René Alleau et lui auraient, dans les années 50, partagé ce mirifique projet : "Restituer à l'occulte la Culture".

Qui pourra m'expliquer le sens de ces mots ?

Ne s'agissait-il pas plutôt de restituer l'occulte à la culture ? Mais sans la capitale, n'est-ce pas, monsieur l'expert, c'est moins pompeux – ou moins creux ?

On n'en finirait pas de relever, dans ce catalogue, les imprécisions, les insuffisances, les coquilles du même tonneau. Quelle tristesse !

Dans le "Guide de la France mystérieuse", Alleau signale (page CXIX) que Guillaume Lallemant, le père de Jean, exerçait la même profession que Nicolas Flamel, c'est-à-dire copiste. Et Jehan d'Arras, l'auteur de "Mélusine", aussi. Reste à ne pas confondre les copistes et les gribouilleurs.

Pour finir, et en l'honneur de ces notices manuscrites perdues pour nous, un extrait de l'article de René Alleau intitulé "Alchimie et calligraphie" ("La Quinzaine littéraire", n°216 du 01-09-1975) :

"De toutes les techniques artistiques exprimant les mouvements des formes et des lignes dans leurs rapports avec la succession des rythmes, la calligraphie me semble avec la danse l'une des plus subtiles, bien qu'elle ne soit guère pratiquée à notre époque, ni même évaluée à son juste prix.

On sait pourtant en quelle haute estime elle fut tenue autrefois en Occident, comme en Orient et en Extrême-Orient. En Chine, on utilisait des caractères et des types d'écritures conventionnelles et fixes dans les documents destinés à l'usage public ou à diverses catégories d'objets mais aussi un nombre considérable de genres et de styles calligraphiques variables, inventés par les lettrés.

L'un d'eux, Koua Tchong-Chou, secrétaire de l'empereur T'ai-tsong, à lui seul, proposa trois cent soixante nouvelles manières d'écrire, dépassant ainsi la performance de Yu Sin, des Leang, auquel on devait seulement cent vingt genres. Ces types de caractères permettaient de donner à la copie de textes classiques, philosophiques et poétiques, grâce à l'art du calligraphe, une signification nouvelle et profonde qui se proposait de transcender les sens exprimés par les mots.

La main de l'artiste, guidée par l'intuition du moment, l'inspiration mais aussi la maîtrise parfaite du style choisi et de sa technique particulière, exécutait une véritable danse du pinceau dont les mouvements revêtaient chaque signe d'une individualité irréductible, même s'il correspondait en principe à une combinaison prédéterminée de certains traits.

Une continuité invisible, suggérée pourtant par les intervalles rythmiques du tracé, reliait dynamiquement entre eux les caractères dont chaque groupe, comme transmué magiquement, se transformait en une unité cinétique nouvelle, chargée de puissance interne et porteuse d'une interprétation absolument originale d'un texte connu.

Cet exemple montre à quel point nos critères modernes de "nouveauté" et d'"originalité" dans la création littéraire sont devenus abstraits et ne se rapportent finalement qu'à l'exercice intellectuel de l'écriture.

L'imprimerie n'a pas été un progrès dans tous les domaines. Elle a interrompu la communication directe avec le travail manuel, à la fois matériel et spirituel de l'écrivain, ne lui laissant que le bénéfice, le plus souvent dérisoire, de la production de sa pensée, le reste étant absorbé et détourné par des circuits économiques toujours plus coûteux et contraignants.

Doit-on rappeler qu'au XIVe siècle, à Paris, un scribe ou un copiste pouvait vivre de sa plume, ce qui est loin d'être le cas de la plupart des écrivains modernes ?

De plus, on a perdu jusqu'au souvenir de la saveur subtile et des nuances qu'un grand calligraphe ajoute à la lecture d'un texte quand il nous invite à en partager la présence à son esprit et, par ses formes, son incarnation par la main dans la pensée…"
Commentaire n°17 posté par Prounicos le 10/03/2009 à 00h11
Cher Prounicos, à mon tour de vous demander pardon...d'être bref dans ma réponse à ce commentaire, dont je commence tout de même par vous remercier.

En effet, je partage tout à fait ce que vous dites sur l'importance culturelle de la calligraphie, notamment en alchimie d'ailleurs (voyez ou revoyez au besoin mon article Julien Champagne en copiste).

Comme Julien Champagne, comme Eugène Canseliet, comme tant d'autres en particulier avant eux nombre d'alchimistes ont pratiqué et peut-être (on l'espère) pratiquent encore cet art, dont l'importance toujours bien connue en Asie est actuellement mésestimée en Occident.

Le fait qu'un René Alleau le mette en exergue est donc à mon sens une confirmation de plus, non seulement de sa profonde connaissance de l'alchimie orientale, mais de celle de l'ensemble de l'alchimie traditionnelle.

J'avoue ceci dit que je reste plus circonspect s'agissant de vos observations sur le catalogue de la vente du 7 mars 2009.

D'une part il me semble que vous avez raison de vous référer aux notices rédigées par Alleau lui-même, sur lesquelles naturellement on ne peut que souhaiter en savoir plus.

D'un autre côté je pense que nous ne devons pas être trop sévères avec Jean-Claude Bailly, dont le travail a sûrement été des plus difficiles, qu'il s'agisse ou non de la préface, peut-être effectivement un peu leste.

N'oublions pas en effet que le dit Bailly a édité ou réédité un certain nombre de classiques de l'alchimie, et personnellement j'espère vivement que la liste de ces rééditions n'est pas close.

Il a aussi été à l'origine de la dernière publication en date des Deux logis alchimiques d'Eugène Canseliet.

Si vous voulez mon sentiment final sur le catalogue en question, dont la richesse est évidente en surréalisme mais aussi en alchimie, je prends le pari que dans quelques années il sera, comme disent les libraires, "rare et recherché."
Réponse de ARCHER le 11/03/2009 à 21h45
euh… le "Splendor Solis", vous êtes sûr, Archer ? En tout cas, il y avait "La Toison d'or", mais le volume venait de la bibliothèque et de la vente Breton (comme beaucoup d'autres numéros pas toujours signalés comme tels), pas de la bibliothèque d'Alleau. Car dans cette vente "René Alleau et divers", il y avait un peu d'Alleau et beaucoup de divers. Ainsi va le petit commerce.
Commentaire n°18 posté par Prounicos le 10/03/2009 à 00h58
Oui, Prounicos, autant que faire se peut, car Toison d'or et Splendor Solis sont dans une certaine mesure équivalents.

A titre d'exemple, voici la référence BNF d'une réédition récente en français, tout en sachant que comme souligné dans mon article le concernant nul mieux qu'un expert de cette oeuvre comme l'est René Alleau ne pourrait nous ôter d'un doute éventuel:

Trismosin, Salomon
Splendor solis [Texte imprimé] : sur "La toison d'or ou Fleur des trésors" : enrichie des versions en couleurs de 22 gravures de la British library et de Nuremberg / [édité] par Patrick Pierrot & Joseph Castelli d'après des textes de Salomon Trismosin l'"Aureum vellus", "Toyson d'or". - Montélimar (10 rue Saint Gaucher, 26200 ) : Éd. maçonniques, DL 2006 (26-Montélimar : Impr. Éd. maçonniques). - 1 vol. (158 p. dont 22 p. de pl.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 21 cm.

Autre forme de titre : La toison d'or ou Fleur des trésors. - Autre forme de titre : La toyson d'or ou La fleur des thresors.Titre original : Aureum vellus oder Güldin Schatz und Kunstkammer. -D'après l'éd. de Rorschach, en 1598. - DLE-20070222-9750. - 540.112 (21) . - ISBN 2-35213-057-3 (br) : 29 EUR. - EAN 9782352130574.
Alchimie

BN 40986429 
07-12342
Réponse de ARCHER le 11/03/2009 à 21h22
Deux remarques sur votre tentative de récapitulation à propos de "Breton et l'alchimie" :

1/ Breton n'est pas un  "touche à tout de génie". La désinvolture lui est totalement étrangère (contrairement à ce que j'ai lu dans une récente étude sur l'influence de Guénon, qu'il a subie aussi).

Il y a une profonde cohérence dans tout ce qui le sollicite. La pensée poétique, telle qu'il l'hérite du romantisme (Hugo, Baudelaire, les romantiques allemands, etc.), et l'"hermétisme" (l'appellation est contestable mais vous me comprenez) ont une origine commune. La quête fondamentale de Breton, qui mobilise l'essentiel de son énergie, est celle-là. Elle lui paraît nécessiter la non-spécialisation. Toutes les spécialisations à ses yeux sont autant d'impasses. Ce n'est pas de la désinvolture.

2/ Les motifs pour lesquels Breton reste finalement sur la réserve à l'égard de l'alchimie sont complexes et obscures à ses yeux mêmes si j'en crois les lettres à Alleau que vous avez pu rapidement parcourir comme moi. Je n'ai pas la prétention d'éclairer la question.

En tout cas l'une des raisons pour lesquelles Breton – alors même qu'il était depuis longtemps attiré par l'alchimie comme vous le soulignez – n'a pas vraiment approfondi la question avant les années 50, c'est précisément je crois parce qu'il n'a pas fait la rencontre décisive (celle de l'homme en qui il aurait eu toute confiance et avec qui la communication aurait été possible) avant de connaître Alleau.

Breton avait besoin de ce type de rencontre élective. Souvenez-vous des premières phrases des "Prolègomènes à un troisième manifeste, etc." (texte de 1941) : "Sans doute y a-t-il trop de nord en moi pour que je sois jamais l'homme de la pleine adhésion. Ce nord, à mes yeux mêmes, comporte à la fois des fortifications naturelles de granit et de la brume. Si je ne suis que trop capable de tout demander à un être que je trouve beau, il s'en faut de beaucoup que j'accorde le même crédit à ces constructions abstraites qu'on nomme les systèmes…"

3/ Rien ne s'oppose en principe à ce que Breton ait croisé, dans le Paris d'avant-guerre Fulcanelli, Canseliet, Julien Champagne et quelques autres. Mais à ce jour rien ne l'atteste. Et en tout cas ces rencontres, si elles ont eu lieu, ne l'ont pas bouleversé alors – comme l'ont fait, après-guerre, la lecture des "Demeures philosophales", les conférences et la personnalité même d'Alleau. Soyez sûr que dans le cas contraire il se serait exprimé à ce sujet. Breton n'était pas fait pour la discipline de l'arcane – pas plus que pour une relation de maître à disciple.

Encore une fois les lettres de Canseliet conservés à la Bibliothèque Doucet pourraient vous éclairer sur l'histoire de leurs relations. Elles vous diraient sans doute aussi comment, et par qui, Breton a été orienté vers les "Demeures philosophales" – pas avant 1948 selon ce que je vois un peu partout attesté.

Mais votre recherche sur ce que certaines traditions orientales appellent la "transmission de la lampe" reste passionnante.
Commentaire n°19 posté par Prounicos le 10/03/2009 à 21h26
Prounicos, ici il est clair que nous ne sommes pas en accord total, puisque tout mon propos est précisément de montrer, à partir de faits et de références qui à ce stade restent incontestés, sinon sérieusement pris en compte, que l'attrait d'André Breton pour l'alchimie est non seulement poussé, ce qui est facile à relever, et l'a déjà été maintes fois, mais bien plus ancien que ce qui est rapporté communément.

On peut à mon avis avancer à ce dernier sujet l'hypothèse de l'immédiat après-guerre mondiale, aux alentours de 1919.

Mais vous avez sans doute raison de soulever la question du manque psychologique de maître chez André Breton, assez explicable en un sens puisque lui-même fut un chef de file.

Si comme je le pense Fulcanelli a croisé les pas d'André Breton avant de s'éclipser, ce manque lui aussi s'explique encore.

En 1923-1924 en effet, d'une part l'auteur du Mystère et des Demeures commence de s'éloigner de la scène du monde, d'autre part l'attitude du "pape du surréalisme" au moment des obsèques d'Anatole France, ami proche de Fulcanelli, l'a vraisemblablement coupé de l'entourage fulcanellien.

Mais voilà, Breton avait déjà à cette époque était saisi par la profondeur - et la hauteur - des transcendantes certitudes des alchimistes, et il le doit probablement à Fulcanelli.

Réponse de ARCHER le 14/03/2009 à 19h18
A propos des surréalistes tentés par l'alchimie : Carrouges, Audouin, Flamand se sont intéressés de près – Flamand de très près si vous voulez – à l'alchimie. Doumayrou, Roger, Camacho sont devenus alchimistes.

Je dois avouer que l'une des surprises – pour moi –, des lettres de Breton à Alleau, c'est qu'elles attestent à quel point la tentation a été forte pour Breton lui-même.

Certaines expressions de Breton dans ces lettres (que je ne peux pas citer car il aurait fallu tout prendre très rapidement en note) seraient d'ailleurs à confronter aux affirmations d'Alleau dans le documentaire de Benayoun mentionné plus haut.

J'ai cru comprendre qu'avec Breton Alleau a tenté un moment d'aller plus loin que l'enseignement public des conférences. Vers un ensignement nettement traditionnel – contrairement à ce qu'il assure dans ce documentaire.

Il faudrait pouvoir relire les lettres datées 1952-1955.

Voilà en tout cas de quoi alimenter l'ironie de nos petits maîtres de l'université et de "Chrysopoeia" à l'égard de Breton.
Commentaire n°20 posté par Prounicos le 10/03/2009 à 22h17
Prounicos l'ironie des petits maîtres de l'"Université" à l'égard d'André, de Fulcanelli, du surréalisme et de l'alchimie, si j'ose dire, ils (Fulcanelli et André) s'en tapent, elle et il s'en tapent.

Vous avez donc raison une fois encore, car qu'est-ce qui restera à la longue, l'ironie en question, ou - notamment - l'oeuvre de Breton et du maître de son ami Eugène Canseliet?

A mon sens la réponse est évidente.

Les petits ô combien petits maîtres en question seraient donc bien inspirés, si pour une fois le non conformisme (je n'écris pas anti conformisme, pour ne pas les effrayer) les taraude, si le véritable esprit de recherche parvient à les animer quelque peu, de réexaminer ce dossier à la minuscule lumière de ce qui vient d'être dit, et redit en long, en large et pourquoi pas aussi en travers, sur la relation Breton-Fulcanelli, sur celle Canseliet-Breton, et enfin sur les rapports fondamentaux entre alchimie et surréalisme.

On attend encore sur ces points comme le début d'un frémissement annonciateur de la vitalité.

Vous apportez à nouveau un éclairage extrêmement intéressant, ceci étant posé, sur l'intérêt de Breton pour la pratique alchimique, qui à n'en pas douter mériterait d'être étayé.

Appel lancé, par conséquent: Relisons les lettres 1952-1955 d'André Breton à René Alleau, qu'Eugène Canseliet qualifiait d'"artiste physico-chimique le plus sûr", pour nous faire (c'est selon) une religion ou une anti religion sur la profondeur de l'attirance de Breton pour l'alchimie.

Et disons-nous en des nouvelles.
Réponse de ARCHER le 12/03/2009 à 22h23
A propos du Splendor Solis et de La Toison d'or : oui, La Toison d'or est la traduction française – plus exactement la paraphrase développée – du texte allemand intitulé Splendor solis.

Mais le volume publié en 1612 et 1613 par Sevestre présente de telles différences, au niveau du texte et des images, avec la version allemande de 1598 qu'il vaut peut-être mieux réserver le titre Splendor solis à la version originale allemande – et aux précieux manuscrits illustrés des miniatures que vous connaissez.

Je ne vais pas faire le savant : toute ma science vient du volume de la "Bibliotheca hermetica" publié par Husson.

A propos : la notice du catalogue concernant ce volume (n°235) suffirait pour justifier ma déception à l'égard du travail de l'expert.

Cette notice est à mon avis incohérente. Quid de "la petite erreur d'ordre technique" commise par Dorbon et Husson concernant les vignettes ? La fin de la notice semble contredire sur ce point le début – je dis : "semble" parce que l'explication précise manque… Quid de la mention : "Provenance : Vente Lucien Allienne n°352 - 1986" ? Elle paraît inconciliable avec la mention précédente : "Provenance : vente André Breton"… Etc.

Vous avez raison : ce catalogue sera recherché. Mais pas pour la précision de ses notices.
Commentaire n°21 posté par Prounicos le 13/03/2009 à 00h48
Toutes les opinions sont respectables, à partir du moment où elles sont bien rapportées et ne contreviennent pas aux faits.

Bernard Husson étant érudit sur l'alchimie allemande, Eugène Canseliet dixit, la sienne est certainement importante sur ce point précis, et je regrette de n'avoir pas sous la main pour l'instant l'édition Bibliotheca Hermetica de la Toison d'Or.

Mais comme vous savez les experts eux-mêmes sont souvent d'avis divergents, et voici donc une citation très brève que je tire de la Bibliotheca Chemica de John Ferguson, un des lexicographes reconnus de l'alchimie, non seulement en Ecosse mais internationalement.

J'espère qu'on me pardonnera de ne pas la traduire:

"Splendor Solis. See Trismosin Salomon, Aureum Vellus." Ceci dit je vous rejoins en partie, dans l'édition allemande de 1598 il semble, toujours selon Ferguson, que le Splendor Solis ne soit qu'une part de l'Aureum Vellus.
Réponse de ARCHER le 14/03/2009 à 19h55
André Breton a terminé son livre "L'Art magique" par une série de questions à diverses personnalités dont René Alleau et Eugène Canseliet. Ce dernier conclut ses réponses par cette étonnante phrase surréaliste: "En tant qu' alchimiste, lors même que ceci puisse paraître extaordinaire et quelque peu extravagant, j'ajouterai en exemple, que le bilboquet est un objet d'ordre magique, de service intermittent et de pouvoir éloigné, tandis qu'un superbe échantillon du minerai que nous envisageons en est un autre, d'influence immédiate et perpétuelle, au même titre que la plus belle Vierge du XIIIe siècle, sculptée dans une matière très noire et somptueusement vêtue de sa robe en cône."
Imaginez notre chercheur au coin du feu, jouant au bilboquet, voilà une vision qui ne manque pas de sel!
Quant à Roussel, je partage votre souhait surréalchimique.

Commentaire n°22 posté par doraymi le 17/03/2009 à 23h23

Ne manque de sel roue, Fasollasi:

"Le bilboquet, développe Eugène Canseliet dans ses Deux Logis Alchimiques, est l'exemple très remarquable d'un exercice de grande habileté, qui consiste à reproduire par le geste le rôle actif ou passif des sujets mis en présence, pour leur destin philosophique.

L'un pour le schème qui le désignait dans l'ancienne chimie, l'autre par le nom même de l'objet qui est propice à toute pénétration.

En effet, bilboquet est formé du radical bil, pour bille et boule, auquel s'est ajouté bocquet qui dans le blason est le fer de pique.

La pénétration de la matière brute et frigide par l'esprit incisif et igné, celle du globe par le fer, demeure tributaire du tour de main que la Nature exige de l'artiste la copiant et lui aidant."

Réponse de ARCHER le 21/03/2009 à 18h56
Cher Archer,

Je tiens à revenir sur une référence fausse donnée dans un de mes premiers commentaires.

L'ancien surréaliste Sarane Alexandrian indique qu'il a fait découvrir Fulcanelli à André Breton en 1948. Cette affirmation ne figure pas en réalité dans ses Mémoires (L'Aventure en soi), mais dans son Histoire de la philosophie occulte, page 37 de l'édition de poche (Petite Bibliothèque Payot).

Puisque vous avez consulté la correspondance Breton-Alleau, vous aurez certainement noté par ailleurs que Breton n'avait pas lu Le Mystère des cathédrales à la fin de 1952 – il se propose d'étudier ce livre sur l'exemplaire personnel de René Alleau, que celui-ci lui a prêté depuis déjà plusieurs semaines.

De fait, dans les premiers textes où Breton mentionne Fulcanelli ("La Lampe dans l'horloge" et "Fronton-virage", datés tous deux de février-mars 1948), toutes les références renvoient aux Demeures philosophales.

Bien à vous.
Commentaire n°23 posté par Prounicos le 24/03/2009 à 11h28
J'ajoute une autre référence.

A la fin de son ouvrage, Alchimie (dernière édition chez Dervy), Jacques Van Lennep mentionne deux lettres que lui ont adressées Canseliet et Alleau en 1967,  à propos de leurs relations avec Breton (voir dans ce livre la fin du chapitre "L'image du mage", p. 412 et suiv.).

Alleau évoque des "désaccords" importants, notamment quant au caractère "transcendant" de l'alchimie. Quant à Canseliet, il se remémore ses rencontres avec Breton (notamment des dîners à trois, avec Breton et Alleau) à partir des années 50.

Ces deux lettres ne sont pas malheureusement pas reproduites in extenso, mais seulement résumées. Je crois qu'elles intéressent au premier chef votre recherche. Vous devriez essayer d'en obtenir communication auprès de Jacques Van Lennep.

Bien cordialement.
Commentaire n°24 posté par Prounicos le 24/03/2009 à 12h06
Cher Prounicos

Merci de ces précisions et de ces suggestions s'agissant en particulier de Jacques van Lennep. Je profite de votre intervention pour signaler aussi l'existence certaine d'une vingtaine de lettres échangées entre André Breton et Eugène Canseliet entre 1948 et 1962.

Emanant apparemment de ce dernier, elles sont conservées à ce qu'il semble à la bibliothèque littéraire Jacques Doucet:

http://www.calames.abes.fr/pub/#details?id=FRPALME0000000000300-561-2-141-1

Il serait intéressant d'avoir une idée de leur contenu. On voit bien en tout cas que la relation Breton-Canseliet est (au moins) relativement ancienne, et dans ses débuts ne doit sans doute pas grand chose ni à Alexandrian, ni à Alleau.
Réponse de ARCHER le 29/03/2009 à 18h34
Il semble bien que tous ces indices concordent.

Breton a lu pour la première fois Les Demeures philosophales lors d'un séjour à Antibes au début de l'année 1948 (voir chronologie des œuvres, t. III, p. XXXIV), après que l'existence de ce livre lui a été révélée (peut-être par Alexandrian, puisqu'il le dit…).

Il est entré en contact avec Canseliet quelques mois plus tard (puisque Canseliet lui répond en décembre 1948), sans doute dans le cadre de ses projets pour la collection "Révélation", dont Gallimard lui avait proposé la direction (œuvres, t. III, p. 1398 : Fulcanelli figure dans la liste des auteurs que Breton soumet à Gallimard en 1949).

J'ai cité une rencontre avec René Alleau à Paris, en 1940, car Alleau lui-même l'a mentionnée lors d'un entretien diffusé voilà quelques années sur France Culture (Alleau précisait que Breton était en uniforme de médecin auxiliaire alors que lui-même portait celui de pharmacien auxiliaire). Mais cette rencontre est d'abord restée sans suite (du fait de la guerre et de l'exil de Breton).

Alleau et Breton ne se sont croisés de nouveau qu'à l'occasion des fameuses conférences du premier à la salle de géographie du boulevard Saint-Germain en 1952. Ce n'est pas donc Alleau qui a présenté Canseliet à Breton, ni qui lui a le premier parlé de Fulcanelli.

Sur ce dernier point au moins nous sommes d'accord ;-)
Commentaire n°25 posté par prounicos le 29/03/2009 à 20h21
Il est très intéressant à mon avis de relever comme vous le faites la rencontre de 1940 entre André Breton et René Alleau, "disciple de Fulcanelli", Eugène Canseliet dixit.

Quant à l'année 1948, je pense qu'il faut rester prudents: Je me suis laissé dire que la correspondance Breton-Canseliet (1948-1962) était consultable à la bibliothèque Doucet avec l'accord des héritiers des deux hommes de lettres, mais non publiable dans son intégralité avant 2016.

D'autre part il me semble que même si André n'a lu les Demeures Philosophales de Fulcanelli qu'en 1948, ce qu'une chronologie des oeuvres ne suffit pas à démontrer, cela ne prouve pas qu'il n'en a pas eu connaissance avant (voir à ce sujet ce qu'il a écrit à René un peu plus tard de sa frustration de ne pas avoir étudié davantage le Mystère des Cathédrales du même Fulcanelli).

En outre, rien ne nous prouve pour l'instant que les échanges entre Eugène et André n'aient débuté qu'en 1948. Au contraire...

En effet et enfin, j'estime qu'il faut se garder d'une surestimation excessive de certaines affirmations "surréalistes" (exemple: Alexandrian) comme d'une sous-estimation systématique d'autres affirmations, "alchimiques", celles-là (exemples: Dubois, Rivière, Artero).
Réponse de ARCHER le 01/04/2009 à 15h42
Je n'avais pas envisagé qu'en appeler au témoignage et aux analyses de René Alleau, comme je l'ai fait, témoignait d'une "sous-estimation systématique" des auteurs "alchimiques". Je vous en demande bien pardon, cher Archer…

Savoir si Canseliet et Breton se sont connus avant 1948 est un point d'histoire. En la matière, le recours aux documents originaux paraît être de bonne méthode. Vous savez qu'ils existent. Vous savez où les trouver. Vous savez comment vous y prendre pour les consulter. A vous de jouer, donc. Et à moi le plaisir de vous lire prochainement sur le sujet.

Au reste, ce qui me paraît plus important, c'est que Breton était "étonnamment doué de l'alchimique perception", dixit Canseliet dans ses Deux logis alchimiques. Cette "alchimique perception" imprègne littéralement son œuvre, de Nadja jusqu'aux petits textes des Constellations de 1958.

Il n'est pas étonnant que l'influence de Breton, mêlée à l'esprit et à la méthode de Fulcanelli, inspire – par exemple – chaque page des deux très beaux livres de Bernard Roger, Paris et l'alchimie et A la découverte de l'alchimie.

Vous voyez, Archer : je ne sous-estime pas du tout les auteurs "alchimiques".
Commentaire n°26 posté par Prounicos le 02/04/2009 à 09h48
Cher Prounicos,

L'alchimique perception dont vous avez raison de nous rappeler qu'André Breton était étonnamment doué, Eugène Canseliet dixit, n'est pas seulement le résultat de l'inspiration poétique.

Les alchimistes savent qu'elle s'acquiert (aussi) par le travail et l'étude. Or à le lire il est manifeste qu'André avait une connaissance approfondie de l'alchimie.

Cette connaissance, il l'a acquise et toute la question est de savoir dans quelles circonstances. C'est si on veut un point d'histoire, mais c'est celui qui nous intéresse dans ce cadre qui est le notre.

Je pense que nous disposons dès à présent d'assez d'indices (sinon de preuves) du fait que l'apprentissage alchimique de Breton fut précoce, et que sa rencontre probable avec Fulcanelli chez les Lesseps avenue Montaigne vers 1919 en fut un élément déterminant.

J'observe en outre à nouveau que c'est à ce moment qu'a émergé le mouvement surréaliste.

Puisque vous ne sous-estimez pas du tout les auteurs alchimiques, et puisque vous prisez tant, à juste titre, l'étude des documents, j'attends donc avec intérêt des nouvelles de vos lectures de Dubois, Rivière et Artero.

En effet Bernard Roger, que nous saluons derechef, est non seulement un "savant hermétiste" nous dit Eugène Canseliet, mais aussi un homme marqué par le surréalisme et par Breton et donc son oeuvre effectivement des plus estimables se situe non pas en amont mais en aval de la rencontre entre alchimie et surréalisme.

Ceci dit je vous remercie chaudement d'avoir cité en partie le passage des Deux Logis Alchimiques où Eugène évoque André.

En voici une autre partie:

"Nous pouvons maintenant publier ces images que le poète Paul Eluard, de son patronyme Eugène Grindel, ne regarderait pas sans la plus profonde émotion.

C'est au moins ce que nous pensons, suite à l'inattendue confidence que nous fit ce cher André Breton, il y a de cela quelques années, alors que nous examinions ensemble la question de Joël Joze et de ses Voyages kaléidoscopiques, à l'occasion d'une de nos bien trop rares rencontres.

Ce jour là, en échange, nous ne dissimulâmes pas, à l'auteur de Nadja, qu'au nombre des diverses gens, toujours de haute qualité, que nous voyions auprès du Maître, avenue Montaigne, ce fut Raymond Roussel qui nous impressionna le plus."

Rappelons qu'il s'agit  ici du modèle du tableau éponyme de Julien Champagne, Le Vaisseau du Grand OEuvre, "dont Fulcanelli ordonna la pensée" et qui fut réalisé en 1910. De ce modèle Canseliet donne un cliché réalisé en 1913 et précise que cette jeune dame d'une famille de la meilleure société fréquentait chez Irène Erlanger, auteur des Voyages parus en 1919.

C'est également en 1919 qu'Eluard et Breton se rencontrèrent et se lièrent d'amitié profonde. C'est enfin vers 1919 que nous voyons avenue Montaigne au domicile des Lesseps Fulcanelli, Canseliet, Champagne, Hillel, Roussel et les mêmes dadaïstes ou surréalistes qui étaient invités par Irène.

Dont Breton.
Réponse de ARCHER le 11/04/2009 à 19h33
Bonjour, On pouvait voir, jusqu'à récemment, sur le site www.atelierandrebreton.com, un exemplaire de la réédition des Demeures philosophales ‘dédicacé’ à A. Breton par E. Canseliet. (Andre Breton possédait aussi l’édition de 1930, semble-t-il). Il suffisait de s’inscrire et de taper ‘‘Fulcanelli’ dans le moteur de recherche du site. Mais le site semble avoir des pépins, ces temps-ci. Bonne chance.
 -nyme
Commentaire n°27 posté par Carl Lavoie le 06/04/2009 à 06h21
Oui, c'est tout à fait vrai. L'édition en question est la première parue chez Pauvert, peu de temps avant la mort de Breton. Elle comporte une allusion au conflit qui opposait alors Canseliet au précédent éditeur. L'exemplaire de 1930 est précisément celui dont Breton s'est servi pour citer Fulcanelli dans "La Lampe dans l'horloge" et "Fronton virage", parus tous deux en 1948. La dédicace la plus ancienne de Canseliet à Breton est celle des "Douze Clefs" en 1956. Tous ces éléments, que j'ai signalés à notre ami Archer, restent accessibles dans le catalogue de la vente Breton, où les dédicaces sont citées. Bien cordialement.
Commentaire n°28 posté par Prounicos le 06/04/2009 à 13h12
Désolé, nous sommes en désaccord total, cher Archer. A la fois sur la méthode et sur la portée de la question.

On dirait que vous tentez de faire dire à Canseliet – envers qui j'ai, pour ma part, le plus grand respect – et à Breton ce que, précisément, ils n'ont jamais dit ni même suggéré ni l'un ni l'autre.

A quoi bon perdre son temps à bâtir un roman quand la réalité est plus intéressante ?

Au témoignage de Canseliet, Breton admirait en René Alleau l'"extraordinaire dialecticien" (c'est dans la lettre à Van Lennep que j'ai mentionnée). Qu'est-ce à dire ? Ceci, je crois : Alleau ne renonçait ni au merveilleux ni à l'esprit critique. Disposition d'esprit rarissime, en effet, et que Breton partageait.

A mon tour, donc, de vous inciter à la prudence. Vous devriez d'abord consulter les lettres de Canseliet à Breton ainsi que sa lettre à Van Lennep dans laquelle il fait lui-même l'histoire de sa relation avec le fondateur du surréalisme.

Ces documents ne sont pas inaccessibles. Et ils sont la base d'une recherche historique fructueuse et crédible.

Cette petite enquête – que vous seriez le premier à mener sur les documents originaux – vous permettrait peut-être d'évaluer le sérieux de Geneviève Dubois ou de Patrick Rivière quand ils se font "historiens" de l'alchimie contemporaine. Chiche ! Pour ce que j'en sais, leurs thèses sont parfaitement incompatibles, mais leurs méthodes également contestables.

Ensuite, il me semble que vous devriez prendre au sérieux certaines réserves de Breton, qu'Alleau lui-même mentionne très honnêtement à la fois dans le témoignage filmé que j'ai cité et dans sa lettre à Van Lennep.

A elles seules, ces réserves sur le caractère "transcendant" de l'alchimie excluent le scénario que vous envisagez.

Enfin vous paraissez sous-estimer le rôle et la portée de "l'alchimique perception" selon Canseliet. On l'a – ou pas. Breton l'avait, sans avoir eu besoin de lire beaucoup de traités. Personnellement, je trouve ça plutôt fascinant. En revanche, il ne possédait aucune aptitude pratique ou manuelle. D'où sans doute – en partie – le désarroi qu'il exprime dans ses lettres à Alleau (voir le passage que j'espère avoir cité avec exactitude dans un de mes précédents commentaires).

A propos : la Bibliothèque Doucet – toujours elle – outre les 22 lettres de Breton à Alleau qu'elle a acquises le mois dernier, conserve depuis des années déjà 32 lettres de René Alleau à André Breton… Voilà encore de quoi éclairer un peu sérieusement les rapports de Breton avec l'alchimie et les alchimistes.

Chiche !

Cette recherche ne vous éloignerait pas tant que ça de Julien Champagne. Elle nous éclairerait peut-être à la fois – qui sait ? – sur ce qui a manqué à Breton pour devenir alchimiste et à Julien Champagne pour être Fulcanelli…

Avec tous mes vœux pour la poursuite de vos recherches.
Commentaire n°29 posté par Prounicos le 12/04/2009 à 11h53
Cher Archer,

Enfoncés Fulcanelli, Canseliet, Alleau et tutti quanti ! Car Patrick Rivière – l'éminent historien dont vous nous parliez, Archer –, non content d'avoir découvert la véritable identité de Fulcanelli, a aussi trouvé la Pierre philosophale – et sans avoir à attendre l'âge de la retraite, ainsi que l'atteste ce film (regardez jusqu'au bout, SVP : "première mondiale" !) :

http://www.alchymie.net/index2.html

Je me demande ce que voulait dire Alleau, quand il précisait, à propos de Breton : "Il avait horreur des imposteurs."

De voulait-il parler ?

A votre avis ?




Commentaire n°30 posté par Prounicos le 26/04/2009 à 19h58
Prounicos de notre temps les imposteurs sont sans doute ceux que la Tradition appelle les faux prophètes.

Ce qui nous ramène à ce commentaire d'Eugène Canseliet, dans son édition des Douze Clefs de Basile Valentin il y a maintenant quelque dix lustres:

"Les mêmes séductions qui s'offrent à l'alchimiste, dans son petit monde voué à l'inéluctable destruction, assaillent les hommes, avant que se produise le cataclysme cyclique et régénérateur, aux dimensions de la terre:

"Car il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes, qui feront des prodiges et des miracles, pour séduire s'il était possible les élus eux-mêmes."

Assurément la mise en garde du Christ n'est pas vaine, dont l'objet s'est vérifié dans le passé et vaut bien davantage pour ce demi-siècle où la proximité de la grande tribulation pousse à l'éclosion des thaumaturges conducteurs et des messies inspirés...

Et c'est bien là ce qui émeut le plus, que le drame de ces bonnes volontés à qui tout est promis et qui se dépensent avec tant d'ardeur, en pure perte et souvent jusqu'au désespoir."

A mon avis (puisque vous me le demandez) un faux prophète ne séduit que parce qu'à certains moments il est porteur de vérité.

C'est ainsi que - faux prophète ou pas - Patrick Rivière me semble avoir raison au sujet de la très probable rencontre de Fulcanelli et d'André Breton, pour les nombreuses raisons que j'ai déjà très longuement développées, à la suite de Rivière, certes, mais aussi de Dubois et d'Artero.

En outre il me semble qu'intellectuellement un raisonnement qui consisterait à inférer qu'untel à tort sur un point parce qu'il aurait tort sur d'autres est quelque part vicié, voire vicieux.

Admettons par hypothèse que Rivière se trompe sur Fulcanelli ou sur sa récente transmutation, rien ne prouve pour autant que cela fait qu'il se trompe aussi sur la rencontre Breton Fulcanelli.

Et c'est très bien ainsi, car on ne peut, cher Prounicos, avoir ni tort sur tout, ni d'ailleurs raison sur tout, en tout cas tant qu'on n'est pas Adepte.

Donc je suis au regret de vous dire que votre charge présente contre la crédibilité de Rivière dans ce dossier ne tient pas la route, voilà...tout.

Réponse de ARCHER le 26/04/2009 à 21h34
Euh… en l'occurrence, il ne se trompe pas. Il trompe. C'est tout différent.

Bien à vous.
Commentaire n°31 posté par Prounicos le 26/04/2009 à 22h04
Quoiqu’il en soit, et pour en revenir à notre propos, centré non sur Patrick Rivière et l’alchimie mais sur Fulcanelli et André Breton, je tiens à signaler à mes lecteurs le livre récemment paru d’Hester Albach : Léona héroïne du surréalisme (Actes Sud, 2009).

Albach, dans cet ouvrage fort, émouvant et documenté à la fois, identifie pour la première fois Nadja à Léona Delcourt. Pour elle, l’œuvre que lui a consacré Breton en 1928 est clairement alchimique : « Nadja serait alors le récit d’une opération alchimique. »

Tout en reconnaissant qu’André est un poète, pas un alchimiste pratiquant, Hester considère qu’avec Léona, il tente bien de réaliser le grand œuvre. Par la voix de Philippe Noble, son éditeur appuie cette approche : « A travers Nadja, nous dit Hester Albach, Breton aurait décrit en langage codé les étapes du grand œuvre alchimique. »

Cette nouvelle publication vient donc encore renforcer notre intuition déjà passablement argumentée d’une précocité encore largement méconnue de l’intérêt du pape du surréalisme pour la science alchimique. Albach note d’ailleurs que cet intérêt semble bien n’avoir jamais faibli :

« La légende veut que sur son lit de mort, il lût encore un manuscrit alchimique. » Or le même sentiment nous paraît avoir déjà été traduit, de façon certes différente, par un Alexandrian, qui dans son essai sur Breton (Seuil, Ecrivains de toujours, 1971), relevait pour sa part : « A partir de 1948, et jusqu’à la fin de sa vie, le sentiment de l’occulte chez Breton resta dominé par le souvenir de l’alchimie traditionnelle. »

Je ne conteste finalement, après bien d’autres, que le « à partir de 1948 » d’Alexandrian. Or à propos de 1948 justement, Prounicos m’a récemment confié une information que je trouve intéressante :

« Voici encore un document qui établit où en était Breton à propos de l'alchimie et des alchimistes en 1948. Il s'agit d'une lettre dudit André Breton au peintre Victor Brauner, datée du 25 janvier 1948. Je vous en livre les références : cette lettre se trouve dans le fonds Brauner du Musée national d'art moderne (MNAM), fonds Brauner, boîte 1, BRE C248818.80. Voici ce qu'écrit Breton :

" Je suis passé avec moins de bonheur, il faut l'avouer, au livre de Fulcanelli, "Les Demeures philosophales", qui me reste en grande partie impénétrable, ce qui ne laisse pas de m'irriter quand je pense que Baskine dit y avoir tout découvert. Je ne désespère pas, toutefois, d'une deuxième, ou d'une cinquième, ou d'une dixième lecture, car il est incontestable que l'ouvrage se recommande par une extraordinaire richesse d'informations et de pensée, mais je n'arrive pas à soulever le voile. Je suis perdu entre les sens propres et les sens figurés, ces derniers dont j'ai peut-être tendance à ne savoir me restreindre le champ. Toujours est-il qu'en moi une certaine illumination nécessaire ne se produit pas.… "

Lettre antérieure donc à celle du même Breton a René Alleau, datée elle du 11 octobre 1952, dont il a déjà fait état du contenu très similaire, et que d’ailleurs Hester Albach cite en note dans son ouvrage.

D’une correspondance à l’autre, on voit donc bien de nouveau, à mon sens, la constance de l’intérêt d’André pour l’alchimie en général et Fulcanelli en particulier. Et ce alors, rappelons-le encore que seules les éditions originales de ses ouvrages (1926 et 1930), au tirage très limité, sont alors disponibles.

Si la frustration de Breton, qui n’arrive guère à pénétrer les…arcanes hermétiques est perceptible, son intérêt n’en est pas moins évident, précoce, soutenu. D’où vient-il ? A mon avis on ne peut exclure encore une fois, au stade actuel, que l’origine de cet intérêt remonte à 1919 et à une rencontre avec Fulcanelli dont la réalité (ou non, si l’on veut) me paraît relativement indépendante de l’intelligence bretonienne des textes alchimiques.

Pour Alexandrian, dont nous noterons au passage que voici confortées au moins partiellement les vues avisées, 1919 est en fait pour André la ou une «année décisive. »

« En 1919, note-t-il encore, André Breton est un être tendu et inquiet, sujet aux insomnies. Son trait dominant est un besoin insatiable de se confronter aux hommes de valeur. Chaque fois qu’il lui semble apercevoir, à l’horizon intellectuel, un écrivain ou un artiste qui sort de l’ordinaire, il lui écrit, ou il tente de le rencontrer. »

Voilà donc une explication complémentaire de sa probable rencontre avec l’auteur du Mystère des Cathédrales et des Demeures Philosophales, qu’il eût ou non connu son interlocuteur dans toute sa complexité, et qu’il fût alors légèrement ou partiellement « initié » par son interlocuteur, c’est à dire Fulcanelli.
Réponse de ARCHER le 30/06/2009 à 22h00
http://exploratoria.wordpress.com/2008/02/24/life-and-the-secret-of-ages/

Salut, Jean!
Commentaire n°32 posté par Exploratoria le 22/06/2009 à 06h29
Bonjour Exploratoria

Jean Julien Champagne vous salue bien et vous remercie de votre commentaire. En parcourant  votre article on voit qu'il y est écrit:

"Master Fulcanelli, the obscure man who died in 1933, in his 6th floor attic of 59 Rue Rochechouart…"

Champagne, qui n'est pas Fulcanelli, est décédé en 1932. Vous produisez une photo Google Earth du 59.

En confidence, je peux vous dire aussi que Fulcanelli n'habita pas avenue Montaigne, au domicile des Lesseps, qu'il se contenta de fréquenter comme d'autres, assidûment.

Comme d'autres, tel André Breton dont il fit à cet endroit la connaissance, selon toute vraisemblance vers 1919-1921:

"1919-1921 - Breton et ses amis participent à l'activité du mouvement "Dada". (Jean-Louis Bédouin, André Breton, Poètes d'aujourd'hui, Seghers, 1966).

Dada, voici un nom éminemment cabalistique, isn't it?
Réponse de ARCHER le 23/06/2009 à 15h54
Et si non Champagne - saviez-vous qui était vraiment Fulcanelli?
Commentaire n°33 posté par Exploratoria le 28/06/2009 à 06h17

Fulcanelli est, mais n'est pas Champagne.

Ce blog étant consacré avant tout à Julien Champagne, je me permets de vous inciter à lire, s'agissant de l'identité de Fulcanelli comme de la dimension toujours actuelle de son oeuvre, le livre de Jean Artero, paru en 2008 aux éditions Arqa (Marseille):

Présence de Fulcanelli.

Il est facile de se le procurer, notamment sur la toile, entre autres à Diffusion Rosicrucienne ou auprès d'Abebooks.
Réponse de ARCHER le 29/06/2009 à 21h02

 

« Mais une trop grande sagesse risque de compromettre la paix du monde : les anciens détenaient de ces secrets et l’on a peut-être détruit la bibliothèque d’Alexandrie pour parer à un grand danger. Nous ne peinons aujourd’hui que pour retrouver les secrets perdus.

Derain parle avec émotion de ce point blanc dont certains peintres de natures mortes du XVIIe, flamands, hollandais, rehaussaient un vase, un fruit. Ce point, toujours mystérieusement et admirablement placé, n’a pu être aperçu par eux. Il est en effet sans rapport avec la couleur de l’objet ou l’éclat lumineux et rien ne justifie sa présence en matière de composition. (On sait que les artistes en question fréquentaient les laboratoires d’alchimie.) »

André Breton, « Idées d un peintre », Littérature, n° 18, mars 1921, p. 13 ; dans Œuvres Complètes, I, pp. 246-253 ; et dans Les Pas perdus, 1969, 89-93.

Commentaire n°34 posté par Carl Lavoie le 28/08/2009 à 08h55
Carl Lavoie je suis frappé comme vous et par le ton fulcanellien de ce passage et par sa précocité.

Dans les Demeures Philosophales Fulcanelli écrit à propos du moyen âge que "métallurgistes, orfèvres, peintres, céramistes, verriers, teinturiers, distillateurs, émailleurs, potiers, etc, devaient, autant que les apothicaires, être pourvus de connaissances spagyriques suffisantes. Ils les complétaient eux-mêmes, par la suite, dans l'exercice de leur métier."

Mais il ne mentionne pas particulièrement le cas des artistes flamands ou hollandais. On aimerait donc bien savoir à qui pense André Breton dans ce texte. Ceci dit, comme vous savez, des peintres tels que Bosch, Van Eyck ou Van Dyck ont eu la réputation d'avoir effectivement fréquenté les laboratoires d'alchimie.

Réponse de ARCHER le 02/09/2009 à 19h10
Dans le n°22 été 2009de la revue basque REVISTA, un article sur Raymond Roussel à Biarritz illusté par le tableau dont vous avez mis un détail dans votre article:
http://in-memoriam-raymond-roussel.over-blog.com/
La reproduction est un peu sombre mais on reconnaît quand même Julien Champagne. Par contre, de la femme invisible, les mystères demeurent cachés et les lecteurs diront comme Antoine D'Abbadie: " Ez ikusi, ez ikasi" (je n'ai rien vu, je n'ai rien entendu).
Commentaire n°35 posté par cosyray le 31/08/2009 à 09h37
( Je n'ai rien vu, je n' ai rien appris)
Excusez moi
Commentaire n°36 posté par cosy ray le 31/08/2009 à 19h33
Merci Cosy Ray de rappeler votre travail à notre admiration, et par la même occasion de nous signaler Revista:

http://in-memoriam-raymond-roussel.over-blog.com/photo-1298051-7_jpg.html
http://www.revista.fr/

Je suppose que votre citation est en fait un dicton basque. Il nous rappelle naturellement la Bible...et le Coran:

"Ils ont des yeux et ils ne voient pas, ils ont des oreilles et ils n'entendent pas." Plus proche de nous, chronologiquement du moins, je pense à la célèbre vignette d'Heinrich Khunrath:

http://farm1.static.flickr.com/186/425401239_89c3af4b56.jpg

"Was helfen Falken Licht oder Brillen, so die Leute nicht sehen wollen." Toutes citations on ne peut plus inactuelles, et... on ne peut plus actuelles.
Réponse de ARCHER le 02/09/2009 à 19h47
NADJA TRAHIE

Parmi d’autres non moins amères, « Léona héroïne du surréalisme » présente cette singularité que son auteur, ne paraissant pas davantage avoir compris ce qu’est le surréalisme que soupçonner en quoi consiste « l’initiation » et à plus forte raison l’alchimie, a réussi, dans le confort qu’assure souvent l’ignorance, à créer la confusion la plus regrettable entre l’essentiel projet du premier, la voie de la seconde et la pratique de la troisième. Mélangeant à l’occasion, sans savoir de quoi il s’agit et dans un parfait mépris pour ses lecteurs, kabbale juive et cabale phonétique. Les disciples d’Hermès sont les premiers à reconnaître que “tout est dans tout”, certes, mais ils n’ont jamais dit que c’était n’importe comment.

La confusion développée par Mme Hester Albach se trouve en germe dans un aphorisme par lequel elle pervertit le sens du premier enseignement de la Table d’Émeraude : “Ce qui est en haut est en bas” écrit-elle, omettant le “comme” dans lequel repose la clef de la très antique porte qui sépare l’analogie de l’identité. À partir de là, elle peut démontrer n’importe quoi puisque plus rien n’a de sens. Et se réjouir tout au long de son enquête de ses “découvertes” paranoïdes, dont la moins comique n’est pas celle qu’elle prétend avoir fait d’un exemplaire de la première édition de Nadja en glissant sa main “dans un nid de poussière”, derrière un radiateur.

Il est incontestable que le surréalisme et l’alchimie hantent les mêmes régions de haute atmosphère. André Breton en atteste à de nombreuses reprises tout au long de son œuvre, notamment dans le « Second Manifeste » lorsqu’il évoque longuement Nicolas Flamel, dont il commente en une brève interrogation la description de deux figures du mythique Livre d’Abraham le Juif : “Ne dirait-on pas le tableau surréaliste ?”

La fascination que les textes alchimiques ont toujours exercée sur lui est liée au fait que de leur obscurité surgissent à tous moments les éclairs de la haute poésie à laquelle ils appartiennent. Mais jamais l’auteur de « Nadja » n’a voulu ni pensé écrire un livre fermé, « un livre dont le but était d’atteindre les gens par le biais d’un message souterrain, subliminal », comme se félicite de l’avoir découvert Mme Albach. Pas plus d’ailleurs qu’il n’aurait eu l’idée cocasse de prendre le « charbon » pour la « matière première » du Grand-Œuvre, moins encore de découvrir cette « matière » dans la personne de Nadja.

Car c’est là que se trouve la perversité confusionnelle de cet ennuyeux roman policier. L’auteur reconnaît que Breton « était un poète, pas un alchimiste », et reproduit même en note une lettre dans laquelle il confie à René Alleau son malaise « d’en être réduit à une appréhension poétique des textes alchimiques ». Elle n’en continue pas moins, en connaisseuse, à reconnaître dans la progression de son œuvre celle du processus alchimique, depuis la phase noire du « corbeau », la « putréfaction » : Nadja, évidemment, pour l’enchantement de celles et ceux qui aimeraient tant voir en Breton l’artisan de son naufrage. Et cela jusqu’à la « phase rouge » pour la réalisation de laquelle, le jour de sa mort en 1966 annonce-t-elle, « il lui restait donc deux ans » !

Allusion discrètement habile, dont la technique se veut dans la ligne des grands classiques de la « langue des dieux » et sous laquelle se trouve cabalistiquement enseigné que la pierre philosophale ne fut ni plus ni moins qu’un pavé du boulevard Saint-Michel. Mais tout de même, comment supporter l’inacceptable débilité de l’image suivante montrant, selon ce que « la légende veut », Breton lisant sur son lit de mort un manuscrit alchimique « comme pour vérifier les progrès accomplis » ?

En dehors de son enquête sur l’identité sociale de Nadja qui était un secret de Polichinelle, Madame Albach s’est attachée tout au long de son livre, par ignorance sans aucun doute mais surtout pour avoir quelque chose à écrire, à dévoyer l’analogie qui existe entre l’aspiration ultime du surréalisme et la réalisation du Grand-Œuvre alchimique. Si le « Second Manifeste » assigne à l’activité surréaliste, pour mobile essentiel, la détermination « d’un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement », les « fils de Science » ont toujours donné à leur « pierre philosophale » le nom d’Absolu.

L’accès à ce « point suprême » visé par le surréalisme et l’acquisition de la pierre philosophale par un Adepte correspondent l’un comme l’autre à une libération totale de l’esprit. Mais l’analogie s’arrête là. L’objectif final du surréalisme n’est pas celui de l’alchimie et les chemins qu’ils empruntent sont totalement différents. L’automatisme psychique, par exemple, n’a aucun point commun avec la quête du nom de la « matière première ».

Aussi forte qu’ait pu être l’attraction qu’exerça sur lui la science d’Hermès, comme elle fit sur d’autres poètes tels que Rimbaud, Jarry ou Roussel, André Breton n’a jamais prétendu travailler à l’élaboration de la « médecine universelle ». Présenter le développement chronologique de son œuvre comme un processus alchimique est à la fois un misérable appât commercial, une entreprise confusionnelle absurde et une escroquerie intellectuelle.

Bernard ROGER, Jorge CAMACHO, Alain GRUGER

Commentaire n°37 posté par Prounicos le 31/08/2009 à 22h17

Prounicos, merci de nous faire connaître ce libelle dont nous aimerions connaître la provenance.

S’il émane effectivement des signataires ci-dessus, je ne crois pas qu’il ajoute forcément à leur gloire, et pour notre part nous préférons de loin (par exemple) le Paris et l’alchimie de Bernard Roger, ou l’Héraldique alchimique de Jorge Camacho et Alain Gruger.

Il a cependant pour mérite de nous conforter à mon sens dans l’idée de l’importance de l’idée alchimique dans l’œuvre d’André Breton, idée qui fait l ‘objet principal de cet article du blog Julien Champagne ainsi que la précocité de cet intérêt et son origine probable.

Pour le reste, on ne peut que déplorer à mon avis la vindicte que « Nadja trahie » véhicule complaisamment à l’égard de l’auteure de Léona héroïne du surréalisme, vindicte dont le titre haineux dudit tract témoigne éloquemment à lui seul.

Car on ne voit pas bien quand on a lu ce petit livre bien écrit et d’ailleurs bien traduit du néerlandais par Arlette Ounanian en quoi Léona Delcourt s’y trouve trahie, tout au contraire.

Mais le scripteur s’acharne visiblement à trouver tous les défauts à cette œuvre talentueuse, pour une raison qui reste à mon avis des plus obscures.

Aussi je ne peux que souhaiter que ce brûlot mesquin par une sorte de contre-effet dont l’occurrence me semble des plus probables lui fasse tout simplement un peu plus de publicité.

Car très heureusement selon moi, les critiques nettement plus élogieuses ne manquent pas :

http://www.mediapart.fr/club/edition/article/010809/leona-nadja-heroine-du-surrealisme

http://www.obiwi.fr/culture/lectures/82626-leona-dite-nadja-l-autre-visage-de-la-muse-d-andre-breton

« Nadja retrouvée » plutôt…Secret de polichinelle ? On voit bien qui dans cette affaire est le polichinelle, Mark Polizzotti dans son si volumineux et instructif André Breton (NRF Gallimard, 1999) s’étant pour sa part contenté d’une vague Léona D.

Albach a fait beaucoup mieux, à l’évidence, et plaçant ses pas dans ceux d’André et Léona, dans une quête onirique et d’elle-même et de son double, a non seulement découvert la véritable « héroïne du surréalisme », mais surtout réussit le petit chef-d’œuvre de faire revivre pour notre plus grand plaisir l’esprit même qui a présidé à la composition d’une des œuvres majeures de notre « pape ».

Quelle belle, quelle admirable démarche, et même, comme eût dit (peut-être) Eugène Canseliet, « quelle allure » !

Quant à l’alchimie de Nadja, que notre féroce rédacteur, qui lui reste manifestement mal assis, veuille bien nous expliquer en quoi elle est absente de ce magnifique poème en prose, après ce qu’en a notamment écrit comme déjà relevé un Richard Danier.

Alors bien sûr on peut toujours se demander si cette alchimie-là est canonique, et sans doute que non ; j’eusse pour ma part préféré qu’on évitât d’employer la terminologie d’œuvre au noir, au blanc, au rouge…et probablement que la dialectique du solve et du coagula aurait permis de rendre suffisamment compte de l’errance d’André et de Léona. Mais quelle importance ? Words, words, words.

D’ailleurs qui peut se vanter ici-bas de détenir l’alpha et l’oméga de la démarche alchimique ?

La vraie vérité, c’est que l’alchimie comme le surréalisme, on le voit bien, hélas, courent en permanence le risque d’imploser par la faute impardonnable de tous les sectarismes, ceux des uns comme ceux des autres : C’est « mon » Breton, « mon » Fulcanelli, « mon » surréalisme, « mon » alchimie…

Tous ces sectaires qui sont les authentiques fossoyeurs des philosophies de la vie qu’ils prétendent promouvoir seraient mieux inspirés de renoncer à des biens qui ne leur appartiennent aucunement, pour essayer avec l’humilité requise de les faire rayonner.

Et donc de se réjouir quand ces philosophies diffusent. Car alors seulement nous verrons venir à nous de nouveaux « stagiaires de notre ordre », qu’il s’agisse de l’ordre des Transparents ou de celui des Thaumaturges :

« Enfin, il faut que je vous dise un mot à propos des Thaumaturges. Comme leur nom l’indique, ce sont des faiseurs de prodiges. Il fut un temps où ils aimaient s’incarner et parcourir les mondes. Peut-être en conservez-vous la trace dans la mémoire de votre peuple, où que vous soyez.

Mais ce temps est révolu et les Thaumaturges sont aujourd’hui fatigués par leurs pérégrinations ; certains prétendent qu’ils sont en train de mourir, même si cela doit leur prendre des siècles. Je ne connais pas la vérité. Toujours est-il qu’ils préfèrent désormais laisser venir à eux celles et ceux qui sollicitent leur aide. » Johan Héliot, Les vagabonds de l’entremonde, Intervista, 2006.

 

 

Réponse de ARCHER le 06/09/2009 à 19h37
Dans l'extrait du texte de Breton cité plus haut par Carl Lavoie, ce n'est pas Breton qui pense à "certains peintres de natures mortes du XVIIe siècle, flamands, hollandais", etc., mais bien Derain lui-même, dont Breton rapporte les propos tout au long du texte ainsi que l'indique le titre de cet article : "Idées d'un peintre", et ainsi que le confirme la note placée par Breton à la fin de son article : "Qu'André Derain me pardonne la publicité faite par surprise à des propos tout spontanés, auxquels je n'entends prêter aucun caractère définitif, une heure de consversation sans apprêt n'ayant encore engagé personne." Carl Lavoie vous indique ainsi obligeamment l'identité de celui qui semble en effet avoir tôt aiguillé le jeune Breton vers l'astrologie et l'alchimie. La notice et les notes qui accompagnent cet article dans les œuvres complètes comportent d'ailleurs, sur Derain, sur sa "métaphysique de la peinture" et l'intérêt que le peintre portait aux "sciences occultes" plusieurs indications qui intéresseront les amateurs.
Commentaire n°38 posté par Prounicos le 06/09/2009 à 18h16
En effet, Archer, les auteurs du "libelle" anti-Leona se sont un peu trop passionnés contre cette œuvrette. Leur double excuse est sans doute d'avoir à la fois longuement fréquenté Breton (pour deux d'entre eux au moins) et d'avoir lu Fulcanelli de fort près. Ils ont aussi gardé un vif souvenir de Canseliet et de ses (justes) emportements. En somme, ils prennent tout ça trop au sérieux. Ce n'est heureusement pas votre cas. Et ce n'est pas non plus - vous avez bien raison de nous le rappeler - votre sujet.
Commentaire n°39 posté par Prounicos le 06/09/2009 à 21h13
Carl Lavoie, Prounicos et tous, merci pour ces indications des plus précieuses. Nous attendons donc avec intérêt de plus amples développements sur André Derain (1880-1954) et son intérêt pour l'occultisme en général, et particulièrement l'alchimie.

Il serait tout spécialement intéressant, à mon avis, de valider (ou non) l'assertion selon laquelle Derain aurait initié André Breton à l'alchimie.

André qui, rappelons-le tout de même, illustra en 1909 L'enchanteur pourrissant de Guillaume Apollinaire (1880-1918), dont effectivement nous connaissons le lien fort qui l'unit au "pape du surréalisme" et dont est bien connu aussi le tropisme significatif pour la science d'Hermès.
Réponse de ARCHER le 14/09/2009 à 22h34
André Derain a gravé les six vignettes qui ornent Héliogabale, l'anarchiste couronné, d'Antonin Artaud.
Cette chronique de l'Antiquité imprégnée d'alchimie fut publiée en 1933 dans le contexte d'une collaboration avec les membres du groupe le grand Jeu (essentiellement René Daumal et Monny de Boully).
Commentaire n°40 posté par David Nadeau le 10/11/2009 à 23h27
David Nadeau, tous nos remerciements pour ces indications des plus intéressantes. Artaud, dont on connaît les liens avec André Breton, a aussi remontré un peu plus tard (1938) sa forte attirance pour l'alchimie dans son Le théâtre et son double.

Quant à Héliogabale, Fulcanelli en traite dans le Mystère des Cathédrales, naturellement pour en souligner le caractère cabalistique et solaire, donc alchimique.
Réponse de ARCHER le 13/11/2009 à 18h51
Bonjour

Je signale à toutes fins utiles l'intérêt de ce site sur André Breton:

http://andrebreton.fr/
Commentaire n°41 posté par ARCHER le 18/11/2009 à 19h53
Dans son essai fourni sur Les philosophies d'André Breton (L'Age d'Homme, 2009), Emmanuel Rubio montre bien à mon sens que les sources d'inspiration intellectuelles du poète sont éminemment plurielles, avec notamment un fort penchant pour la pensée de Hegel.

Je trouve également qu'il met bien en évidence à la fois la période où le surréalisme a pris son essor et le fait que d'emblée l'ésotérisme y a tenu une part non négligeable.

Pour lui, la naissance poétique du mouvement se situe en 1919. Et il remarque: "Breton se réfère au Grand OEuvre dès sa présentation d'Aloysius Bertrand de 1920:

"Il n'est pas de lecture, note-t-il, après laquelle on ne puisse continuer à chercher la pierre philosophale."

Rubio ajoute un peu plus avant:

"Directement ou indirectement, Breton a ainsi été rapidement en contact avec la Tradition."

Pour lui le déplacement d'accent de l'ésotérisme vers l'hégélianisme puis le freudo-marxisme est intervenu ensuite, dans les années 1926-1927 et les années 1930.

L'ésotérisme a ensuite fait l'objet de la part d'André d'une exploration renouvelée à la suite de la seconde guerre mondiale.

Comme Emmanuel Rubio a centré son étude sur la période 1924-1941, on ne peut que souhaiter, à mon avis, qu'elle soit poursuivie, en particulier en ce qui concerne les années 1919-1924.

Commentaire n°42 posté par ARCHER le 27/12/2009 à 18h53
Décidément, Archer, vous avez une préférence pour les témoins de troisième main. Puisque la question vous tourmente, puis-je me permettre de vous suggérer l'acquisition du volume I des oeuvres complètes de Breton ? Marguerite Bonnet, l'éditrice, y a rassemblé une documentation sans équivalent sur la formation, les relations, les préoccupations de tous ordres, les lectures du jeune Breton durant les années qui vous intéressent. C'est un travail patient, attentif, précis qui l'a occupée une bonne vingtaine d'années. Voilà pourquoi les biographes et les exégètes récents (Béhar, Polizzoti, et Rubio lui-même), souvent bien plus pressés par leurs ambitions académiques ou autres, y puisent, sans le dire, l'essentiel de leurs informations. Je suis certain qu'un fin limier comme vous, aimanté par l'énigme Fulcanelli, y découvrirait des indices que personne n'a encore aperçus. Bonne et fructueuse année à vous !
Commentaire n°43 posté par Prounicos le 02/01/2010 à 22h26
L'érudition de Marguerite Bonnet est impressionnante. Elle pose même une excellente question quand elle se demande quelle connaissance avait Breton de l'occultisme en 1924.

Elle rappelle ainsi que le projet pour la bibliothèque de Jacques Doucet qu'André établit en 1922 avec Louis Aragon recommande Raymond Lulle.

Elle relève aussi que les conseils d'Erutarrétil (1923) comprennent Hermès, Flamel...Mais elle n'en conclut pas moins, d'une façon que je trouve hélas très significative d'un état d'esprit bien subjectif chez cette dame:

"Néanmoins nous inclinons à penser qu'il n'avait pas alors une orientation ésotérique très affirmée."

Qu'est-ce que c'est donc pour elle, une orientation ésotérique très affirmée? Mystère, sans doute un peu plus qu'une orientation ésotérique simplement affirmée. Encore eût-il fallu avoir le courage de la reconnaître explicitement.

Et surtout naturellement j'ai admiré comme il convient le "néanmoins nous inclinons à penser" qui vaut son pesant d'or...du temps.
Réponse de ARCHER le 19/03/2010 à 19h43
Parmi les exégètes récents de Breton, j'ai oublié de mentionner Mme Hester Albach, dont l'enquête romancée vous a tant impressionné. En vous reportant, dans le volume I des oeuvres de Breton, à la très copieuse notice concernant "Nadja", vous serez mieux à même d'évaluer les mérites personnels de cette dame (voir notamment les p. 1508-1517, seul le patronyme de Nadja y manque, tout au moins en toutes lettres, le reste y est...). Concernant Fulcanelli comme d'autres alchimistes anciens et modernes, on ne peut que souhaiter des enquêteurs de la qualité de la regrettée Marguerite Bonnet.
Commentaire n°44 posté par Prounicos le 02/01/2010 à 22h58
Je suis sûr qu'Hester Albach a lu Marguerite Bonnet et s'en est inspirée. Effectivement Bonnet mentionne Léona D. Mais il me semble que la recherche d'Hester prolonge brillamment, profondément celle de Marguerite.

J'observe en outre à nouveau les préventions de cette dernière, puisqu'à propos de Nadja justement elle remarque page 1521:

"Breton va formuler un an à peine après l'éclatant succès de Nadja cette exigence: "Je demande l'occultation véritable du surréalisme."

Et Bonnet d'ajouter, délicieusement selon moi: "Cette exigence joue sur plus d'un plan, certes, mais l'un d'eux est celui de la reconnaissance sociale."

On est là encore dans le non dit, quels sont les autres plans? Boule de gomme, car il ne pouvait pas décemment y avoir ici une quelconque dimension ésotérique, que les termes utilisés rendent pourtant évidente.
Réponse de ARCHER le 19/03/2010 à 20h01
Salut,
        je suis un vieil etudieux d'Alchimie et je cherce  des personnes voicines à René Alleau pour établir avec eux une corréspondece par email.  Mercie Beaucoup! Bonne année ! Giovanni,Italie
Commentaire n°45 posté par Giovanni le 04/01/2010 à 11h29
Giovanni bonne année également. L'appel est donc lancé, et à part René Alleau lui-même je pense que d'autres, comme Jean-Claude Bailly notamment, pourraient éventuellement y répondre.

Voyez à ce sujet mon article sur Alleau.
Réponse de ARCHER le 09/01/2010 à 22h59
"Je me revois, très jeune, un matin, chez André Breton, au 42, rue Fontaine, à Paris. Je lui ai écrit, il m'a répondu, j'ai franchi son filtrage téléphonique, j'ai un rendez-vous auquel j'arrive avec une heure d'avance, tournant dans le quartier avant de sonner à sa porte. L'intérieur, aujourd'hui dispersé, a été photographié (...). C'était donc là, dans cette grotte ou cette cabine de cosmonaute, que respirait cet homme, extraordinaire, entouré de sculptures, de masques, de poupées, de tableaux, ce citoyen du monde nouveau dont je lisais avec passion chaque ligne. L'effet de présence aimantée de Breton était colossal. Courtois, pourtant, affable, attentif, généreux, merveilleusement disponible. Je ressens encore, à l'aveugle, la charge du "Cerveau de l'enfant" de Chitico accroché au mur. Quelle accumulation de voyages, de combats, de trouvailles, de charmes ; quelle navigation de phrases et d'esprit. De quoi a-t-il parlé, ce jour-là, avec sa diction impeccable? A ma grande surprise, uniquement d'alchimie." Philippe Sollers, Discours parfait, décembre 2009, p. 415.
Commentaire n°46 posté par Prounicos le 08/01/2010 à 10h59
Vous trouverez ici une analyse très critique du "romanquête" sur Nadja, intitulée "La vie est autre que ce qu'on écrit" :

http://www.lesloupsediteurs.fr/blog/?m=200910 

Elle est signée Dominique Rabourdin, excellent connaisseur de Breton. Elle éclaire assez bien les ambitions et les limites de l'entreprise - mais je ne crois pas qu'elle vous convaincra : il n'est pire sourd... 

Quant à moi - ça ne vous étonnera pas - je me sens en réalité très proche de la mise au point diffusée par Camacho, Gruger et Roger voici quelques mois. Et nous sommes donc, une fois de plus, mon cher Archer, en complet désaccord. 

Concernant Nadja, les documents retrouvés par divers chercheurs et collectionneurs depuis l'enquête pionnière de Marguerite Bonnet feront un jour ou l'autre l'objet d'une publication soigneuse et complète. On pourra notamment admirer les dessins de Nadja, qui n'étaient pas tous dans la collection d'André Breton et qui sont fascinants. A suivre...
Commentaire n°47 posté par Prounicos le 19/03/2010 à 21h03

Quant à l'alchimie, Marguerite Bonnet ne sous-estimait pas l'attraction que celle-ci exerçait sur Breton. Elle avait d'ailleurs eu des échanges approfondis et chaleureux avec René Alleau à ce sujet dans les années 80. Comme esprit "prévenu", on a vu pire ! 

Concernant la première partie de la vie et de l'œuvre de Breton, l'information la plus fiable est pour le moment disponible dans les notices et les notes de ce volume.

Tout n'est certainement pas dit dans cette somme, mais il y a beaucoup à apprendre. Voyez la piste Derain, que tous les chercheurs, à ma connaissance, ont jusqu'à présent négligée...

Je ne crois pas que l'orientation des commentaires de Marguerite Bonnet soit aussi "subjective" que vous le dites. Ou alors, c'est de la subjectivité de Breton lui-même que vous parlez. Car - vous l'avez noté - elle a eu accès à ses archives, et notamment à sa correspondance, avant tout le monde. 

Breton faisait toute confiance à Marguerite Bonnet, qu'il avait expressément chargée de ce travail avant sa mort. Il faut s'en souvenir. Elle a publié scrupuleusement ce qu'elle a découvert au prix d'un immense travail. C'est si rare que, depuis, tout le monde la pille ! 

Tout chercheur a ses limites, ses "préventions" comme vous dites. Marguerite Bonnet le savait. Ainsi elle ne se permettait pas de conclure. C'est précisément ce qu'indique la tournure prudente de la phrase que vous avez comprise de travers : ""Néanmoins nous inclinons à penser qu'il n'avait pas alors une orientation ésotérique très affirmée."

Surtout relisez sa très belle "Introduction". Ce n'est pas un simple morceau d'érudition. La quête fondamentale de Breton, sa conception de la "poésie", sa portée extralittéraire y sont très bien mises en lumière. L'essentiel est dit là.

Commentaire n°48 posté par Prounicos le 19/03/2010 à 22h19
Prounicos il n'y a à mon avis rien de bien neuf dans ce que vous rapportez et j'ai eu mon certificat d'études il y a hélas bien des années: Sait lire et écrire.

Rabourdin critique Albach de façon convenue, et conclut en s'interdisant de ne pas recommander de lire son livre sur Nadja...

Vous annoncez une suite, et bien attendons la suite. Pour l'instant à mes yeux rien ne vient sérieusement contre-battre notre hypothèse majeure, maintes fois étayée, d'un intérêt précoce, profond, et non uniquement ou principalement poétique, de Breton, pour l'ésotérisme en général et en particulier pour l'alchimie.

Exactement l'inverse de ce que prétend Marguerite Bonnet, malgré les arguments qu'elle nous sert elle-même, et à l'évidence contre son gré.

Il y a encore une fois entre surréalisme et alchimie bien des points communs, comme le refus de tout clientélisme et de tout conformisme.

A bon entendeur, salut.
Réponse de ARCHER le 19/03/2010 à 23h08
"non uniquement ou principalement poétique". Tout dépend justement de l'idée qu'on se fait de la poésie.

"Alchimie", le célèbre article de René Alleau pour l'Encyclopedia Universalis, vient d'être réédité (vous l'avez signalé) à l'initiative d'un disciple de Guy Debord - personnage dont les préoccupations furent apparemment fort éloignées de celles des fulcanelliens. Dans son excellente préface, Michel Bounan explique pourtant - au nom de Nerval, Rimbaud, Villiers de l'Isle Adam, Breton et d'autres - comment "la poésie moderne les a menés là".
Commentaire n°49 posté par Prounicos le 21/03/2010 à 09h18
A propos, je me permets de signaler à ceux qu'intéressent la question du langage secret des alchimistes (la cabale phonétique révélée par Fulcanelli), les trois livres d'Alice Debord sur l'argot, en particulier le dernier : "Du jargon, héritier en bastardie".

A propos de ceux qu'on désignait jadis comme les "classes dangereuses" - et qui se désignaient eux-mêmes comme les "affranchis" - il y est question de certaines filiations intéressantes.

Et pourtant, j'ai vérifié : les Debord n'ont pas fréquenté le salon des Lesseps en 1919 ;-)
Commentaire n°50 posté par Prounicos le 21/03/2010 à 09h46
Je me permets pour ma part de signaler un très intéressant article sur le sujet qui nous occupe ici, savoir André Breton et l'alchimie:

http://nemocap.wordpress.com/2010/03/24/lor-du-temps-et-limpenetrable-fulcanelli/
Réponse de ARCHER le 25/03/2010 à 10h48

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