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Bienvenue sur ce blog...


...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.
Samedi 27 mars 2010 6 27 /03 /2010 18:22

arrabal2.champagne


Grâce à MichelDziwak et à La Pierre Philosophale, notre attention est pour ainsi dire appelée sur le premier roman du célèbre et sulfureux dramaturge espagnol Fernando Arrabal: La vierge rouge, Acropole, Paris, 1986.

Né en 1932, année de la mort de Julien Champagne, il l'a écrit semble-t-il directement en français, ce qui n'est pas   rien, même s'il s'est établi en France dès 1955.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernando_Arrabal
http://librerohumanoide.blogspot.com/2008/03/la-virgen-roja.html

En contrepoint, l'histoire est la suivante: une femme (Aurora), nourrie d'une éducation soignée (elle connait par cœur les règles de Flamel à neuf ans) envisage d'avoir une fille qu'elle formera à la réalisation de l'œuvre, œuvre que l'auteur ne précise guère dans un premier temps.


Son père lui présente un certain Nicolas Trévisan qu'il aimerait bien lui voir épouser. Elle lui préfère un inconnu pour se faire simplement engrosser. Après la naissance, la fillette, de son prénom Vulcasaïs, se révèle précocement douée pour l'étude et préfère contempler les gravures de Julien Champagne aux jeux de son âge.


Sous la férule de sa mère, « elle apprit rapidement à maintenir, avec un art consommé, le feu du fourneau. »

Si la mère fut « toujours captivée par la voie humide, longue et ingrate", sa petite "comprend sans aucune explication, combien la transmutation diffère grandement des opérations analogues que lui enseigne son professeur de chimie. »


Bref, Fernando nous entraîne, à coups d'innombrables citations puisées aux meilleures sources ou d'enseignements de son crû, à l'accomplissement du Grand-Œuvre.


On connait l'intérêt d'Arrabal pour l'alchimie et son œuvre y fait maintes fois référence, ajoute Michel, mais il est curieux que ce roman soit si peu cité dans la sphère hermétique.

Même en Espagne où il parut un an après son édition française, sous le titre La Virgen roja (Seix Barral, Barcelone, 1987), dans une version castillane qui serait due à à l'auteur lui-même, peu d'articles semblent avoir développé l'aspect alchimique de l'œuvre, (on y remarquera l'influence prépondérante de Fulcanelli).

http://www.arrabal.org/fvierge.html
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/2770
http://newsfernandoarrabal.blogspot.com/2007/11/agulha.html
http://librerohumanoide.blogspot.com/2008/03/la-virgen-roja.html

 

viergerouge.champagne


Vous avez dit Julien Champagne? En fait il n'apparaît qu'une seule fois dans cette oeuvre de fiction, lorsque Aurora emmène sa fille Vulcasaïs dans une échoppe de livres d'occasion:

"Haussée sur tes petits pieds, tu contemplais des gravures de Julien Champagne. Tu paraissais si absorbée que le propriétaire de la boutique s'approcha de toi et te demanda en souriant:

- Elles te plaisent donc tant?

- Oui, beaucoup.

- Tu veux les acheter?

- Oh, oui."


arrabalfernando.champagne


Fulcanelli pour sa part n'est jamais nommé, directement du moins, car son pseudonyme est tout de même repris partiellement dans la dénomination de Vulcasaïs.

Cependant, les évocations plus ou moins biaisées de ses ouvrages abondent dans celui de Fernando Arrabal. On  trouve en effet dans ce dernier, souvent au travers des rêves d'Aurora, maintes évocations des symboles décrits et décryptés dans les Demeures Philosophales.

Quant au Mystère des Cathédrales, il est à mon sens encore plus fréquemment tout simplement paraphrasé, et parfois reproduit quasiment in extenso.

Sans prétendre à une recension exhaustive, je vous en livrerai seulement quelques exemples qui j'espère vous paraîtront...parlants, ou si vous préférez chantants:

"Je savais que tu jetterais bas l'antique sagesse des savants et la vieille science des scientifiques. Avec la bonté comme clé secrète, tu ouvrirais le sanctuaire de la Nature."

"Ma fille vivra ombragée par le chef-d'oeuvre de la nature: l'arbre de vie."

VIRGEN ROJA SUDAMERICANA.champagne


"Par l'intermédiaire du souffle divin se résolvait l'impossibilité de dialoguer qu'éprouvèrent nos ancêtres au pied de la Tour de Babel."

"La foi me menait tout droit à la vérité."

"Le savant auteur instilla en moi, page après page, sans la moindre adulation, son magistère merveilleusement limpide, d'une exacte pureté et si simple."

"La matière vive s'est toujours soumise aux vicissitudes de l'esprit."

"Si le Chevalier avait été un adepte, il aurait réservé les clés qui ouvrent les arcanes vers la voie sèche, courte et facile."

"Tu étais le plus grand trésor qui pouvait être au monde, un rayon de soleil capté et concentré sous une forme matérielle."

"La mort me surprit tant, moi qui l'avais toujours considérée comme un signe du travail régulier et efficace de la Nature."

"Le feu s'éteint lorsque l'oeuvre se consume."

"Vanités,  illusions, erreurs, mes nom et prénoms s'effritèrent en poudre  calcinée. Comme le phénix, je renaquis de ces cendres."

"Tu posséderais le triple don de sagesse, fortune et félicité. Tu serais le miroir où se reflèterait l'humanité."

 

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Arrabal nous livre donc ici une fable certes emplie de pantagruèlerie, mais aussi bardée, lardée en tous cas, de références alchimiques.

Au passage, cet anarchiste, de droite, de gauche, d'en bas, d'en haut ou peut-être mieux du milieu, se livre à une féroce satire et de l'emprise de l'opinion publique sur la vie des gens, et de l'inanité des prétendus savoirs officiels.

Par où naturellement il rejoint aisément l'ésotérisme d'une alchimie forcément contestataire. Pour autant jusqu'à quel point le brillant amateur d'échecs qu'est Fernando, - lequel m'a-t-on affirmé aime à défier au jeu des rois, si proche de l'art royal, un certain Jorge Camacho, disciple d'Eugène Canseliet que nous avons déjà rencontré ici, - pour aussi féru d'alchimie qu'il soit, est-il proche de l'alchimie traditionnelle?

Je me suis laissé dire qu'il aurait peu goûté, en fait, certain reportage vidéo, réalisé en conjonction avec La vierge rouge, et  probablement connu d'un Bernard Renaud, où des alchimistes d'un calibre proche de celui de Robert Delvarre ou Roger Bourguignon  se livraient  à des manipulations pourtant parfaitement canoniques,  incluant, références livresques à l'appui, la séparation des ténèbres et de la lumière.

Initialement destinée à  FR3,  cette émission a été enregistrée et quelques copies doivent en exister, mais il me paraît vraisemblable qu'elle n'ait jamais été diffusée. On pourrait donc presque reprendre à son propos celui d'Eugène Canseliet sur Fulcanelli, dans l'interpétation transparente de Fernando Arrabal:

"Nul n'est prophète en son pays. Ton enveloppe s'est évanouie et éclipsée. Seul flamboie et surnage ton souvenir."

J'ajouterai seulement: Et ton OEuvre.

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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /2010 10:27

JC1898.champagne



Avant d'ouvrir à nouveau les carnets de croquis de Julien Champagne, permettez-moi un petit mot sur le
quatrième anniversaire de ce blog: Comme le temps passe...

Un peu plus de 250 articles, avec en moyenne deux commentaires par article, quelque 150.000 lecteurs,
et de l'ordre de 700.000 pages vues: Allons, grâce à vous le début est excellent, mais you know, it's a long way.

La preuve: Nous voici non plus en 2010 mais en 1898, "Hubert" a une vingtaine d'années, et je parierais presque que voici sans doute un de ses tout premiers autoportraits.

Il continue à saisir sur le vif certaines scènes de sa vie quotidienne, et croque ainsi par exemple, si je puis dire, son toutou...Toto.

toto.champagne


Dans le même temps, cependant, il me semble qu'au-delà de telle académie de l'atelier de Léon Gérôme son intérêt pour les vieilles pierres et leur histoire tend à s'affirmer.

Julien ne se contente pas de les dessiner, il annote ses esquisses d'extraits d'auteurs choisis, parmi lesquels par exemple Victor Hugo, à propos de la Tour Saint-Jacques parisienne, chère au coeur de tout alchimiste.

Car ces Vierges qui l'inspirent, ces marmousets qu'il s'amuse déjà à reproduire, elles sont ici la plupart du temps des oeuvres sculptées ou architecturales d'art gothique.

Rien de surprenant après cela qu'il se soit déjà essayé précocement, dès cette époque à l'étude de Notre
Dame de Paris: Le futur illustrateur de l'oeuvre de Fulcanelli a commencé, croyons-nous, son cheminement.
 

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Dans sa récente communication sur le mystère alchimique de Fulcanelli et Eugène Canseliet, Jean Artero avait relevé le fait qu'à ce jour aucune monographie publiée n'a été consacrée au "scribe" de Fulcanelli.

Il a cité cependant le petit livre d'hommage si émouvant que Judith Henry a dédié à la mémoire vivante de Canseliet, et il aurait  pu, à mon avis, ajouter à cette sorte d'exception le bel essai d'Hervé Rougier: Alchimie et art de vivre dans le sillage d'Eugène Canseliet (Rafael de Surtis, 2007).

Car s'il est bien vrai que nombre de revues, déjà mentionnées ici, telles Atlantis, La Tourbe des Philosophes, ou Prisme, ont voué un de leurs cahiers spéciaux au maître alchimiste de Savignies, la seule étude de fond qui lui ait été réservée et que nous avons déjà citée également, celle de Cédric Mannu sur Eugène philosophe hermétique, n'est pas encore éditée à ce jour.

Souhaitons avec Artero qu'elle le soit prochainement. Or, il y a au moins un point commun entre la conférence inspirée de Rougier et le mémoire de maîtrise de Mannu: Lionel Poilâne (1945-2002).

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Mannu comme Rougier nous rappellent en effet tous deux que ce boulanger d'exception, de renommée internationale, comme d'autres prématurément disparu, fit réaliser pour la seconde échope famiale, sise à Paris au 49 du boulevard de Grenelle, une série de neuf médaillons alchimiques.

Cette boulangerie est ainsi devenue une des plus récentes de nos demeures philosophales, et ces médaillons furent en fait réalisés, nous dit-on, d'après les dessins d'Eugène Canseliet.

Leur créateur semble bien avoir été Pierre Mestre, potier de tradition à La Borne, près d'Henrichemont, dans le Cher.

Rougier les a d'ailleurs longuement décrit dans un autre de ses ouvrages, qui semble actuellement épuisé: Mémoires d'un chêne dans l'Albigeois (Lacour, 1996).

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Rien de surprenant d'ailleurs à ce que Lionel se soit intéressé à l'alchimie au point de faire appel à un Canseliet: La relation de la boulange au labeur philosophique de l'alchimiste a déjà été maintes fois soulignée, de l'évangélique allégorie du grain qui meurt ou du solve au coagula ou à la fermentation panaire.

Au tour du boulanger d'oeuvrer: Il met, nous explique Rougier, la main à la pâte. Poilâne, nous rappelle-t-il, est l'auteur d'un livre qu'il a écrit à la lueur du four, et Hervé d'ajouter qu'il le range sur la même étagère que les ouvrages de Fulcanelli et de Canseliet: Guide de l'amateur de pain (Laffont, 1981).

Ô le pain! précise-t-il encore, est l'anagramme exclamative de Poilâne..."La vocation du boulanger, telle la vocation de l'alchimiste.

A présent, il fait nuit. Très légèrement vêtu, le boulanger pétrit la pâte. "Cette opération, note Lionel Poilâne, exige de l'expérience, car elle nécessite une appréciation instinctive sur le comportement de la pâte." Au pétrissage fait suite la pesée, l'attention au poids, et enfin la mise au four. A travers le soupirail on aperçoit la lune croissante..."



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Pour Rougier comme pour Prisme, le mot-clé est dans tous les cas l'harmonie, et nous retrouvons aussi sous sa plume cette idée que je viens d'exprimer à propos de Champagne: Celle d'un cheminement.

"Quand vous marchez, la terre, le ciel, tout s'allège. Vous n'êtes plus dans l'attente. La rencontre est là, vécue pédestrement, la Nature apparaît comme une féerie. De toute évidence, l'harmonie émane du concours des quatre éléments qui agissent les uns sur les autres de concert."

C'est exactement, conclut-il, ce qui apparaît au cours de l'enseignement altruiste d'Eugène Canseliet, le moins envieux des alchimistes. "Alchimie et art de vivre, d'être au coeur vivant du monde, cela est à l'unisson, inséparable, comme se manifestent dans l'harmonie, aux yeux du voyageur, renouvelant sans cesse leurs métamorphoses, le ciel, les eaux, l'étendue de toutes les terres."

Lisez Hervé, vous ne serez pas décu, croyez-moi. Tenez, il a encore la sagesse de finir son opus par une citation des plus idoines: "C'est ici qu'il y a lieu et opportunité de rappeler ce qu'écrivit Pierre Jean Fabre de Castelnaudary, dans son Abrégé des secrets chymiques, Louis XIII régnant:

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"L'Alchymie n'est pas tant seulement un Art ou science pour enseigner la transmutation métallique, mais une vraie et solide science, qui enseigne de connaître le centre de toutes choses; en langage divin on l'appelle l'Esprit de Vie."

Dans la marge de ce paragraphe figurent ces quelques mots de la main de Fabre: Vraie définition de l'Alchymie.

Alchymie dont la saga fulcanellienne a produit nombre d'avatars, notamment harmoniques ou du moins musicaux, dont voici à ma connaissance un des plus récents:

http://www.lastfm.fr/music/Lagartija+Nick/_/Fulcanelli

Poilanefour.champagne


Et toujours pour ne pas conclure signalons aussi que Walter Grosse vient pour sa part de débuter un blog sur Eugène Canseliet:

http://elcanseliet.blogs.sapo.pt/

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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /2010 09:43

BECKchristinedesuede.CHAMPAGNE


A la belle âme d'Odile Duchamp (1953-2009) qui telle sainte Roseline cachait sous son tablier des brassées de roses.
"Heureux celui qui entend la parole de Dieu, et qui la garde," affirme l'Evangile selon saint Luc, autrement dit de la Lumière.

Cette Lumière est pour les alchimistes l'émanation du feu divin. Nous le voyons bien, en particulier dans les Trois anciens traités d'Alchimie d'Eugène Canseliet, quand l'auteur commente ainsi le portrait ci-dessus reproduit en couleurs de Christine de Suède par David Beck, toujours visible semble-t-il au musée national de Stockholm:

"La reine de Suède, ayant orné sa coiffure d'un frais bouquet de fleurs champêtres, appuie sa main, pour la lecture, sur la boule qui est communément l'hiéroglyphe de la première matière. L'écharpe vole au vent et l'eau s'étend à l'horizon."

Et d'emprunter à la brochure d'une exposition qui en 1966 fut réservée à Christine dans la capitale suédoise un passage qui complète son propos: "On a parfois voulu voir dans cette peinture l'allégorie des trois éléments représentés, le quatrième étant l'apanage de la Reine, c'est-à-dire le feu."

atlantisnumero1.champagne


Or ce feu invisible de l'émanant doit être orienté. Toutes les églises ont leur abside tournée vers le sud-est, leur façade vers le nord-ouest, tandis que les transepts, formant les bras de la croix, sont dirigés du nord-est au sud-est, constate Fulcanelli à l'orée de son Mystère des Cathédrales.

"C'est là une orientation invariable, poursuit-il, voulue de telle façon que fidèles et profanes entrent dans le temple par l'Occident, la face portée du côté où le soleil se lève, vers l'Orient, la Palestine, berceau du christianisme. Ils quittent les ténèbres et vont vers la lumière."

De ce Mystère paru pour la première fois en 1926, nous avons vu que Paul Le Cour, alias Pélékus, s'était fait l'écho élogieux au début de 1927 dans la revue AEsculape. Il apparaît également dès les tout premiers numéros du périodique de l'association Atlantis, fondée avec Philéas Lebesgue, ami et voisin d'Eugène Canseliet.

C'est ainsi que fin 1927 Atlantis organisa une excursion au sanctuaire druidique de Chartres, dont voici un extrait du compte-rendu: "Au dehors, sous les porches, Paul Le Cour exposa les commentaires de Fulcanelli dans Le Mystère des Cathédrales, d'une pénétration plus grande que celle de Huysmans."

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Début 1928 encore, Paul Le Cour rendant compte du livre de Jérôme Carcopino sur la basilique pythagoricienne de la Porte Majeure à Rome, observe: "Le symbolisme initiatique domine ici. A droite de l'entrée deux personnages, un homme et une femme, sont séparés par un tronc d'arbre autour duquel s'enroule un long serpent. A l'une de ses branches pend la Toison d'or.

On retrouvera à Bourges, bien des siècles après, le même tableau dans la chapelle de Jehan Lallemant. Ceci nous montre l'existence d'une continuité d'idées de l'antiquité à nos jours à travers le christianisme qui les a conservées sous des voiles. Le bélier à la toison d'or n'est-il pas cet agneau couché sur le livre aux sept sceaux? C'est la brebis (Rachel) qui porte la toison d'or, est-il dit dans les textes sacrés."

Enfin, Atlantis ne manque pas dès ses livraisons initiales de publier des encarts publicitaires de libraires amis, tel Emile Nourry, qui renonça à publier le Mystère, ou Jean Schemit, qui édita "le seul livre moderne qui jette sur la vieille Alchimie une lumière nouvelle".

Son rédacteur et préfacier Eugène Canseliet et son illustrateur Julien Champagne sont dûment mentionnés dans ces encarts, et c'est après le décès de Champagne que Canseliet commencera vraiment une longue collaboration aux activités et publications d' Atlantis.


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Eugène Canseliet, qui correspondit si longuement aussi avec un hermétiste suédois de ses amis, Arne Wettermark, notamment à propos de Christine de Suède, rappelle dans son ouvrage précité que Christine, dans le temps de son abdication, fit graver une médaille qui porte à l'avers son effigie et au revers la couronne royale, avec ces mots:

ET SINE TE - ET SANS TOI

Il ajoute aussitôt: "La souveraineté terrestre, sans l'emblème ordinaire des privilèges du sang! La fille de Gustave-Adolphe avait choisi la véritable royauté, celle que confère le Grand OEuvre physique, auquel elle caressait le dessein de travailler, dans la Ville du Pape." Soit Rome, la Ville éternelle.

Dans ses alchimiques mémoires de la revue La Tourbe des Philosophes, déjà maintes fois citée dans ce blog, Canseliet est d'ailleurs revenu sur son amitié avec Wettermark. Ce dernier a lui-même signé dans le même périodique (N°27, 1985) un article intitulé Christine de Suède, Roy par la grâce de Dieu.

Il y affirme notamment, argumentation à l'appui,  qu'on peut considérer que cette dernière pratiquait déjà l'alchimie avant son abdication, et qu'elle avait (comme d'autres) dénommé cet Art la Science des Roys.

Dans son ouvrage paru lui en 1991 (Queen Christina of Sweden and her Circle, E.J. Brill), Susanna Akerman pour sa part et en outre rapporte cette maxime de Christine selon laquelle:

"La Chimie est une belle science, elle est l'anatomie de la nature et la seule véritable clé qui ouvre tous les trésors."


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A chacun et chacune, excellente année en Hermès.

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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 17:56

Un colloque d'alchimie en plein Paris, en ce début du XXIème siècle, et un colloque où s'est invité Julien Champagne, voici un pari réussi le 28 novembre 2009 de l'association Atlantis, présidée par Jacques Grimault, association fondée rappelons le en 1926, l'année même de la parution du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli.

Organisée en l'honneur d'Eugène Canseliet, disciple de Fulcanelli, cette manifestation qui est intervenue dix ans après le mémorable colloque Canseliet mis sur pied à l'occasion du centenaire de sa naissance, en 1899, a réuni de cent à cent cinquante personnes, ce qui est sans conteste un beau succès.

La famille Canseliet et ses amis proches y était fort bien représentée, notamment par les présidentes d'honneur du colloque, Béatrix Canseliet, fille d'Eugène, et sa propre fille Sylvaine.

Cette dernière, qui a courageusement entrepris de faire éditer ou rééditer par Guy Trédaniel les nombreux articles de son aïeul, dont elle annonce après le volume 2007 une seconde livraison en 2010, a d'ailleurs tenu à rappeler que sa famille entend toujours faire respecter ses droits, s'agissant en particulier des oeuvres de Fulcanelli.



Des interventions des conférenciers, je retiendrai principalement qu'à une approche essentiellement historique de l'alchimie a succédé une vision plus contemporaine et plus thématique à la fois.

Joseph Davidovits a à mon avis très heureusement dégagé les origines et la dimension absolument religieuses de l'alchimie et de la chimie de l'ancienne Egypte, puis Alain Queruel a à son tour disserté sur les apports qui furent ceux des alchimistes médiévaux à la science actuelle.

Jacques Grimault, qui donne par ailleurs des conférences sur l'alchimie, a notamment insisté sur la nécessité plus impérieuse que jamais d'oeuvrer pour la préservation du patrimoine culturel considérable qui est celui de l'alchimie, aussi bien en matière scientifique qu'artistique, philosophique ou spirituelle.

Enfin Roland Narboux a justement présenté un panorama berrichon de ce patrimoine, et j'ai pour ma part été séduit par son rappel à propos de Bourges du fait qu'aussi bien l'hotel Lallemant - c'est bien connu - que le palais Jacques Coeur (ceci est moins su) conservent aujourd'hui encore dans la pierre la mémoire de leur alchimiste ou de leurs alchimistes.

On pourrait en dire autant, au demeurant, de bien des cathédrales (à commencer par Paris) et de bien des demeures philosophales ou logis alchimiques.


Patrick Rivière s'est en ce jour de saint Jacques, patron des alchimistes, livré à une brillante étude du symbolisme alchimique du pélerinage de Compostelle, dont depuis Nicolas Flamel et Fulcanelli nous savons bien qu'une partie doit s'effectuer par voie de terre, et l'autre reste maritime.

J'ai également relevé avec intérêt qu'il a bravement conclu son propos par une déclaration coram publico sans ambigüité sur l'inanité des recherches sur l'identité d'Adeptes de l'alchimie comme Fulcanelli.

Enfin Jean Artero a cherché à mettre en relief la nature même du mystère alchimique, telle qu'elle ressort de l'oeuvre écrite de Fulcanelli, l'apport considérable, voire unique,  de ce dernier à l'alchimie traditionnelle, et le sens de l'engagement alchimique d'Eugène Canseliet.

Il a conclu par une petite analyse du symbolisme de l'écu final de Canseliet, "abrégé de la voie sèche" en alchimie, et in fine sur l'importance du sel principe et des adjuvants salins dans la pratique alchimique (Quand sel y est est d'ailleurs le titre d'un des chapitres de son livre Présence de Fulcanelli).


C'est surtout Artero en fait qui a insisté sur l'importance de Julien Champagne dans l'élaboration du corpus fulcanellien. Voici donc une transcription que j'espère fidèle de quelques uns de ses propos à ce sujet:

"Pour conclure, ou plutôt pour ne pas conclure, mais pour terminer cette réflexion d’aujourd’hui, je souhaite appeler votre attention sur l’importance des illustrations en alchimie, notamment vis-à-vis des textes. Ces derniers, nous expliquent à l'unisson Fulcanelli et Canseliet, restent fréquemment trompeurs. Ils voilent autant qu'ils dévoilent. 

Puis-je d'ailleurs émettre l'opinion que ceci s'adresse à tous les auteurs alchimiques, Canseliet et Fulcanelli y compris?

Tous les alchimistes sans exception doivent en effet à l’obédience de réserver à leurs semblables les arcanes principaux de leur Science, de leur Art. Voilà qui me conduit à vous demander de ne pas négliger dans l’étude de l’œuvre fulcanellienne l’importance des illustrations de Julien Champagne, qu’aucune photographie ne saurait valablement remplacer.

Julien qui fut un ami aîné, mais proche d'Eugène, au point que ce dernier nous a expliqué être persuadé que Fulcanelli lui a adressé, à la mort de Champagne, et pour l'en consoler, un alchimiste turc du nom de Moktar Pacha, dont il est bien sûr question dans mon livre.

Rappelons tout de même que les seules éditions de ses livres qui furent approuvées par Fulcanelli sont celles où figurent les dessins de son illustrateur."

 

Souhaitons par conséquent qu'Atlantis, qui a manifestement entrepris de réimprimer les premiers numéros de sa revue et vient fin 2009 de publier une livraison spéciale sur l'alchimie, puisse faire paraître les actes de ce colloque, colloque dont une réédition est dès à présent prévue en 2012.

Et à chacune et chacun, joyeux Noël!



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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 10:08



Célébrer les morts, c'est une manière comme une autre d'honorer les vivants. Et s'il est permis avec Maurice-Consantin Weyer, qui met en scène certain Archer canadien, de se pencher avec nostalgie sur notre passé, ne manquons pas de faire renaître aussi celui de notre prochain.

Il est notre présent comme nous sommes son avenir. Sa mémoire nourrit notre imaginaire, et la transmission de sa parole se trouve au coeur même de notre appréhension spirituelle de la Tradition. Chère Fanny, voyez en ce deux cent cinquantième article du blog de Julien Champagne comme mes compatriotes Elmiro et Rose Celli reposent en paix au pied de la croix, cachés tous deux derrière la pierre du soleil.

Mais qu'ont-ils à nous dire, Rose et Elmiro, en ces lendemains de Toussaint? Et quels rapports, déjà avec notre cher "Hubert"?

Je pense qu'Elmiro est le mieux placé pour nous répondre dans un premier temps, grâce notamment aux écrits d'Alexandra Charbonnier sur Milosz.



"Je suis né en Italie, dans une famille de musiciens ambulants très pauvres. Enfant, je joue instinctivement du violon pour gagner ma vie, ce qui me conduit au conservatoire de Bologne, puis à celui de Paris. Mais mes amis ne se trompaient pas en disant déjà que j'avais une oreille de peintre et un oeil de musicien.

Vers 1912, une illumination me fait me tourner vers la peinture, et j'appelle précisément mon approche personnelle celle de la peinture de sensations. Je commence à exposer dans l'immédiat après-guerre (1919-1920) à la même période où je rencontre ma future femme.

Mes tableaux de l'époque témoignent déjà de ma sensibilité ésotérique: Prière à la Nature, Commencement, Gestation, Initiation, Vision, Le Feu, Alchimie.

Comme l'indique l'article me concernant du dictionnaire Bénézit, j'exposerai de 1920 à 1927 au Salon d'Automne, aux Indépendants et à la Nationale.


rosecellisignure.champagne



La seule toile de moi qui soit actuellement accessible au grand public est ce Chemin de Lumière qui fit partie de la collection de René  et  Isha Schwaller et aurait rejoint depuis la bibliothèque de la fondation Bozawola.

J'ai noué des relations avec Aor et Isha en 1916-1917 et je suis alors entré dans son groupe des Veilleurs, dont j'ai fait partie du cercle intérieur des frères d'Elie.  Rose et moi avons un temps rejoint son phalanstère de Suhalia, dont Julien Champagne devait être le directeur de recherche.

En 1920 je me suis installé provisoirement à Théoule, auprès du maître verrier Richard Burgsthal. Puis j'ai gagné l'Algérie, où nous avions à ce moment dans l'idée de refonder un groupe de Veilleurs.

De retour à Saint-Paul de Vence, j'y ai repris mes travaux et Rose n'a pas manqué de témoigner plus tard qu'une bonne part de ceux-ci se sont toujours déroulés dans mon laboratoire d'alchimie."

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3826243.html
http://touscesgens.hautetfort.com/archive/2006/08/18/celli-elmiro.html


Rose confirme aussitôt, puis: "Je suis née en Algérie, comme mon frère le poète Edmond Brua, et à part Elmiro ma grande passion au delà de mes études littéraires à l'école normale supérieure de Sèvres a toujours été l'écriture, ce qui a fait de moi assez rapidement une proche de Milosz et plus tard de Jean Giono.

Charbonnier rapporte à ce sujet que j'ai obtenu un prix littéraire (Fémina, 1925). Dans Comme l'eau (1930) j'ai bien pu comme avancé par Geneviève Dubois livrer sous forme de roman à clefs un épisode de la vie du Veilleur Henri Coton, alchimiste aussi connu sous le nom d'Alvart. Nous étions amis des Coton.

Elmiro et moi avons aussi à une époque fréquenté divers salons, à Paris celui de Nathalie Clifford Barney et à Nice celui de nos autres amis les Prozor, Maurice et Greta. Greta avec laquelle j'ai aussi échangé une correspondance, notamment en 1927 au sujet de l'alchimie de Coton.

Mon rôle auprès de mon mari ne doit pas être sous-estimé, y compris au plan alchimique. Je l'ai aidé au laboratoire, j'y ai tenu des notes, j'ai recopié des traités classiques de l'alchimie.

http://www.archerjulienchampagne.com/article-4849361.html
http://www.archerjulienchampagne.com/article-3552044.html
http://www.lemercuredauphinois.fr/data/pages_site/bio_henri.php

Dans le même temps et tout en restant romancière j'ai commencé une oeuvre de traductrice, avant de bifurquer finalement vers les contes pour enfants, qui ont assis ma notoriété (Boucle d'or et les trois ours, Le bateau de pierre...). Tout ceci sans oublier de promouvoir l'oeuvre d'Elmiro, bien entendu comme dans cet article de La revue métapsychique de mon ami Hubert Larcher que j'ai rédigé en 1967 sur "Elmiro Celli et la peinture de sensation."

http://touscesgens.hautetfort.com/archive/2006/08/18/celli-rose.html


Ce qui nous conduit en définitive à évoquer également ici la mémoire d'Hubert Larcher (1921-2008), docteur en médecine  qui hélas nous quitté récemment et qui écrivit ceci, dans la livraison 35 (1996) de l'excellente revue des Amis de Milosz, patronnée par André Silvaire:

"J'avais commencé à étudier la médecine à Montpellier lorsque passant mes vacances à Saint-Paul ma mère me dit qu'il s'y trouvait un alchimiste du nom d'Elmiro Celli.

Je n'eus alors de cesse de le rencontrer et nous devînmes amis au point qu'il me permit de visiter son laboratoire, m'enseigna des éléments de son art et me conseilla sur le choix des verreries indispensables et d'un athanor."

Dans ce même numéro de revue on trouvera en outre divers articles sur "deux amis de Milosz, Rose et Elmiro Celli", dont un de Rose, Cet arbre mort devenu ange, et un autre de Milosz sur Elmiro: Un paysagiste mystique.


Ami de Jean Guitton, Hubert Larcher est plus connu comme tanathologue que comme alchimiste. Il fut d'ailleurs en 1966 l'un des fondateurs de la société de tanathologie.

Dès 1957 il a cependant publié un essai retentissant intitulé Le sang peut-il vaincre la mort (Gallimard) qui a été réédité en 1990 par Désiris sous un autre titre, plus poétique (La mémoire du soleil) et dont les préoccupations alchimiques sont loin d'être absentes, comme l'a tout de suite vu certain disciple de Fulcanelli et ami de Julien Champagne: Eugène Canseliet.

Notons enfin qu'il travailla un temps comme assistant chercheur au Laboratoire de chimie organique de l’Ecole Polytechnique (1948-1951), sous la direction du Professeur Pierre Baranger (passionné de mystique et d’alchimie).

http://www.metapsychique.org/Hubert-Larcher.html

Sur Celli, Larcher, et tant d'autres alchimistes vivants ou pas de notre belle Provence, et sur certaines demeures philosophales somptueuses comme Cimiez et Saorge, je vous recommande en outre chaudement un petit livret fort bien fait de l'UNIA, paru à Nice en cette fin d'année de l'an de grâce 2009: "Alchimie et Alpes maritimes, une quête":

http://www.universite-nice-inter-ages.fr/?uniaPage=26&acti=ALCHIMIE%20ALPES%20MARIT

"Le paranormal, nous n'y croyons pas, nous l'étudions."





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Par ARCHER - Publié dans : archer - Communauté : les ateliers du temps
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