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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.
Dimanche 8 février 2009



André Breton (1896-1966) me dit-on n'est pas à la mode. Le temps me semble donc venu de nous intéresser à cet homme finalement parvenu à cet état enviable de "grand indésirable" qu'il souhaita pour lui-même, et à son oeuvre dont je ne doute pas pour ma part qu'elle lui fit cotoyer certain "grand transparent" de notre connaissance.

Dans son ouvrage incontournable d'anthologie de textes alchimiques, qui vient de faire l'objet en 2009 par la grâce d'Almora d'une nouvelle édition fortement revue, Françoise Bonardel écrit encore, à propos de Philosopher par le feu:

"L'existence d'une affinité pour ainsi dire naturelle entre poésie et alchimie nous est devenue familière depuis qu'Arthur Rimbaud fit de son Alchimie du Verbe le manifeste poétique de la modernité, dont se recommanderont plus tard André Breton et ses amis, séduits par la surréalité supposée avoir déjà été celle de l'ancienne alchimie."

Plus tard sans doute, mais à quel point?




Dès 1950 Michel Carrouges, "ami cher" d'Eugène Canseliet, a dans son André Breton et les données fondamentales du surréalisme (Gallimard), ouvrage que Breton n'hésitera pas à appuyer, montré que la relation entre l'alchimie et l'école dont André reste le pape sont quasi structurelles:

"L'enthousiasme de Breton pour "l'admirable XIVème siècle", siècle d'or de l'alchimie, l'attraction si puissante qu'exerce sur lui la tour Saint-Jacques, liée, dit-il lui-même, à l'histoire secrète de l'alchimie, tout cela n'est point de l'archéologie ni de la fantaisie, mais révèle le lien profond qui existe entre alchimie et surréalisme, entre la transmutation alchimique et la métamorphose poétique."

Vingt ans plus tard, en 1970 et toujours chez Gallimard, Philippe Audoin dans son Breton (Pour une bibliothèque idéale) relève bien chez notre poète, dès 1929, à propos de son Second manifeste du surréalisme, qu'"il suffit de retenir comme marquant une étape dans la pensée de son auteur, les nombreuses références qu'il y fait à la tradition ésotérique, à l'alchimie, à la magie."

Et ce Breton là, occultiste, tenté par l'astrologie, sensible à la parole de la franc-mançonnerie, n'est certes guère contesté, y compris de nos jours:

http://www.histoires-litteraires.org/les%20articles/artlassalle.htm
http://www.baglis.tv/index.php?option=com_content&task=view&id=309&Itemid=80


Non, ce qui est en question, c'est plutôt finalement la précocité ou non de cet engagement en alchimie du chercheur de l'or du temps, puisqu'en 1990 encore, dans sa biographie parue chez Calmann-Lévy, Henri Béhar à propos de Fulcanelli et de l'année 1952 évoque l'hypothèse de "lectures nouvelles" d'André Breton.

Pour la clarté de notre petite démonstration du mois, rappelons ici que les manuscrits de Fulcanelli furent remis par ce dernier à son disciple en 1923, que son Mystère des Cathédrales fut publié pour la première fois en 1926, et ses Demeures Philosophales en 1930.

Je relève également que le même Béhar rappelle que "dans ses Entretiens de 1952, Breton a fixé à ses dix-sept ans le moment où il se reconnaît des goûts et des résistances bien à lui." Ah, le bel âge! Nous sommes donc ici vers 1913.

Enfin je note que Béhar (toujours lui) rapporte à propos de 1917 cette fois une anecdote que je trouve significative: "André va écouter Paul Valéry louer les mérites d'un politicien poète, André Lebey, dans le salon de madame Aurel, l'une de ces égéries qui font et défont les réputations. Ainsi le maître (Valéry) galvaude-t-il son talent en représentations mondaines!" Peut-être, ou peut-être pas, mais Breton le suit.


Après avoir dès 1976 rendu public dans la revue Question de un article sur article sur les rapports noués par André avec l'alchimie, Richard Danier leur a finalement consacré tout un ouvrage, L'hermétisme alchimique chez André Breton, publié par Ramuel en 1997. Il s'y livre à une interprétation de trois oeuvres du poète:

Nadja (1927), L'Amour fou (1936), et Arcane 17 (1947). Préfacée par le très alchimique et très fulcanellien Patrick Rivière, son étude met en évidence une prégnance certaine dans ces oeuvres de la trame fondamentale et commune qui les sous-tend, et qui bien sûr ressortit à l'alchimie.

Mais Nadja (1927) peut-il être vraiment considérée comme le point de départ de l'alchimie "bretonienne"? Personnellement j'en doute fortement, puisque je le vois dès 1925, dans sa Lettre aux voyantes (!), célébrer ainsi, et de façon on ne peut plus canonique, la démarche d'un des alchimistes médiévaux les plus célèbres:

"L'invention de la Pierre Philosophale par Nicolas Flamel ne rencontre presque aucune créance, pour cette simple raison que le  grand alchimiste ne semble pas s'être assez enrichi. Outre, pourtant, les scrupules de caractère religieux qu'il put avoir à prendre un avantage aussi vulgaire, il y a lieu de se demander en quoi eût bien pu l'intéresser l'obtention de plus de quelques parcelles d'or, quand avant tout il s'était agi d'édifier une telle fortune spirituelle."


Si nous nous tournons maintenant du côté des amitiés d'André Breton, je constate que viennent à nous aussitôt et Paul Eluard et Louis Aragon.

Si on suit Béhar, il semble bien qu'il se soit lié avec ce dernier, comme lui étudiant en médecine, dès 1917, et avec le premier en 1919.

Or nous avons déjà dans ce blog rencontré ces deux poètes, tous deux acteurs incontestables, que ce fût directement ou non, de l'énigme Fulcanelli.

Paul semble avoir été l'amant d'un modèle de Julien Champagne, illustrateur  de Fulcanelli, pour son tableau éponyme du Vaisseau du Grand OEuvre, réalisé en 1910:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-1734641.html

Eugène Canseliet, disciple de Fulcanelli, lie d'ailleurs ce modèle à Irène Hillel-Erlanger, dont elle aurait fréquenté le salon artistique.

Louis quant à lui passe de son côté pour avoir été... fort lié à cette dernière, dont les hermétiques Voyages en kaléidoscope (1919) firent aussitôt de sa part l'objet d'un compte-rendu élogieux dans la revue Littérature:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-6153071.html

Et attirèrent également très tôt l'attention d'un Fulcanelli dûment chapitré à leur sujet par son élève Canseliet, au point que le Maître mentionnera les Voyages dans ses Demeures Philosophales. Nous sommes donc ici (au plus tard) en 1923.


En 1924, Anatole France, ami de Fulcanelli, décède. Il eut droit à des obsèques solennelles, dont Canseliet se souvient: "J'y fus avec Fulcanelli, qui bouleversé par l'agonie longue et cruelle de son vieux camarade, avait voulu que je l'accompagnasse." Et il ajoute:

"Quant à l'auteur des Noces corinthiennes (France) il est difficile de passer sous silence le scandale de l'odieux pamphlet au titre macabre: Un cadavre, qui plongea Fulcanelli dans la stupeur." Le pamphlet en question fut notamment conçu à l'initiative de Breton.

Tollé général chez les gens de lettres, souligne Béhar. Mais est-ce la seule explication de la stupeur de Fulcanelli? En 1930 Un cadavre fut  suivi d'un brûlot homonyme, visant cette fois André lui-même, "créateur véritable et mainteneur opiniâtre du Mouvement surréaliste, qui, déjà et depuis longtemps, était gagné à l'hermétisme de l'ancestrale tradition." (Canseliet)

Au-delà de la foucade provoquante du futur auteur de l'Anthologie de l'humour noir, je vois à cet épisode et à ceux qui le précèdent une explication simple: Si Breton ne connut pas forcément Fulcanelli, Fulcanelli connaissait Breton. Comme Hillel, Milosz, Roussel  et bien d'autres, André a en effet lui aussi fréquenté le salon des Lesseps, dont Fulcanelli fut sans doute un familier, et peut-être bien une figure.


Sur ce point précis, je m'empresse de céder la parole à l'ami Jean Artéro, qui dans son Présence de Fulcanelli (Arqa, 2008) précisait déjà, s'agissant de Roussel et de sa proximité avec les Lesseps:

"Et tant d'autres à sa suite, au premier rang desquels figure, chère Hester Albach, le poète chercheur de "l'or du temps", et j'ai nommé le pape du surréalisme, André Breton, de surcroît entiché du "magnétiseur" Roussel, Breton pour qui "la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogamme."

Et Artéro de citer ses confrère et consoeur ès études fulcanelliennes, Patrick Rivière et Geneviève Dubois: "Ainsi voyait-on avenue Montaigne (au salon des Lesseps) des hommes politiques d'orientations diverses, de même que le fondateur du mouvement surréaliste André Breton. C'est lors d'une soirée que l'auteur de Nadja et d'Arcane 17 sympathisa avec Eugène Canseliet." (Rivière).

Dubois confirme: "Toute une joyeuse bande fréquentait l'avenue Montaigne. certains poètes symbolistes étaient du nombre, tel André Breton." CQFD. Et rappelons-nous avec Béhar que Breton avait allègrement daté le surréalisme de 1919. Breton qui, affirme Philippe Lavergne (André Breton et le mythe, José Corti, 1985), ne s'est jamais démis des impératifs qui avaient été les siens dès 1919.


Némo c'est quelqu'un. On est souvent parti tous les deux en ballade, patte dessous, bras dessus, et tout d'un coup la dernière fois il a voulu continuer tout seul sur le chemin. A l'heure qu'il est il doit toujours être, comme personne, sur le sentier de la paix, et peut-être après tout n'a-t-il fait que me montrer la voie, le chien de l'alchimiste. Puisse Notre Seigneur, notre compagnon, nous accompagner encore pendant de nombreuses promenades.

Ce tout-tout d'exception est-il donc dans le tarot l'image de Dieu qui chemine à nos côtés?
http://www.ff-tarot.com/tarologie/la-symbolique-du-chien-tarot-de-marseille.html

"Le chien protège.
Dieu veille donc sur nous tout au long de notre cheminement. Nous pouvons donc être en confiance. Une fois lancé dans l’aventure, nous savons que son soutien nous est acquis, fidèle comme celui du chien.
Le chien surveille.
Dieu est aussi là pour nous maintenir sur le droit chemin, si j’ose ainsi m’exprimer. Dieu est là pour nous pousser (c’est bien visible sur la carte) à aller jusqu’au bout. Pas question d’abandonner en chemin !"
 
"Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires
Ses cicatrices d'évasion
Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe
La vie de la présence rien que de la présence
Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là
Je n'y suis guère hélas
Et pourtant quand nous ferions le jeu de ce que nous faisons mourir
Plutôt la vie...(André Breton)



Fulcanelli a donc connu André, et Breton cotoyé Canseliet (1899-1982) bien plus tôt qu'on ne veut ordinairement le croire. Et Julien Champagne?

Compte tenu de la proximité de ce dernier avec Roussel et avec la famille Lesseps, on peut considérer leur rencontre comme non seulement possible, mais probable en l'état actuel des choses.

Quoi d'étonnant par conséquent à voir de nos jours encore l'illustrateur de Fulcanelli inspirer tel artiste surréaliste? Rien, me direz-vous et certes vous aurez raison.

Voici donc cher Cosy Ray un extrait d'un  tout récent tableau de l'Ane Onyme (le seigneur des ânes) dont un des liens ci-dessous permet de se faire une idée et qui (autre lien) n'est pas sans nous rappeler certaine photographie d'"Hubert". Intitulé paraît-il La femme invisible, et concocté en hommage à Roussel, il me paraît qu'il se trouve ici comme en singulière -et secrètement stellaire- situation:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-17159081.html
http://in-memoriam-raymond-roussel.over-blog.com/



"A flanc d'abîme, construit en pierre philosophale, s'ouvre le château étoilé." Cette citation d'André Breton, qui provient  de L'Amour fou, est maintes fois reprise par ses analystes, au premier rang desquels aurait pu figurer son compère en surréalité Julien Gracq (André Breton, José Corti, 1948).

Alchimie du Verbe rimbaldien? Sans doute. Mais aussi, certainement, "fils du soleil", 
Verbe de l'Alchimie fulcanellienne.

"Nous le pain sec et l'eau dans les prisons du ciel
Nous les pavés de l'amour tous les signaux interrompus
Qui personnifions les grâces de ce poème
Rien ne nous exprime au-delà de la mort...
Plus tard vous apprendrez qui nous sommes
Nos travaux sont encore bien défendus...
Ne demandez pas où vous êtes
Nous le pain sec et l'eau dans les prisons du ciel
Le jeu de cartes à la belle étoile
Nous soulevons à peine un coin du voile."



pcc ARCHER
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Jeudi 1 janvier 2009

A chacun et chacune, excellente année 2009, emplie comme il se doit de pantagruèleries, et donc hermétique et alchimique à souhait.

Qu'en particulier Mars et Vénus, vêtus ou non et éveillés ou pas, telle ici cette Vénus endormie, vous soient propices, aux unes et aux autres.  Et que diantre ferait Vénus sans son Mars, et réciproques amants.


En cette saint Jean d'hiver où je commence à rédiger pour notre plaisir à tous, à ce que je veux croire, et peut-être aussi pour l'instruction de certains de nos frères et soeurs, mon petit article actuellement mensuel, je voudrais tout de go réexprimer ma sincère gratitude à David, pour m'avoir récemment remémoré l'existence du spectaculaire recueil La danse de la mort, consacré en 1976 par la Galerie de Seine à Jorge Camacho.

Comme nous avons déjà rendu justice à l'excellent poète et peintre cubain:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3409533.html

je voudrais ce jour m'intéresser avec vous principalement à la substantielle et donc rabelaisienne introduction de René Alleau à ce livret, qui est tout bonnement intitulée Hypnos et Thanatos, ou le Philosophe dans le paysage.


Quand j'ai vu pour la première fois, nous explique Alleau, les tableaux de Jorge Camacho sur ce thème de "la danse de la mort", ce n'est pas l'imagerie macabre du XVe siècle qu'évoqua ma mémoire mais, aussitôt et comme spontanément, l'admirable gravure de Giulio Campagnola (1482-1515): "Le philosophe hermétique dans le paysage"
(1509).

Cette gravure, souvent intitulée également L'astrologue, et reproduite ci-dessus, inspire alors à René les commentaires suivants:


"Le critique allemand G.F. Hartlaub, l'un des mieux informés des relations étroites de la peinture et de la gravure de la Renaissance avec l'alchimie et la "Haute Science" hermétique, ne nous apprend pourtant presque rien sur la signification ésotérique et initatique de ce chef-d'oeuvre (Der Stein der Weisen, München, 1959). Il se borne à le rapprocher du célèbre tableau "Les trois Philosophes" de Giorgione, dont Campagnola aurait gravé sur cuivre des motifs picturaux.

Constatons d'abord, poursuit René Alleau, des faits assez évidents. Après un siècle de mutisme total des ténors universitaires "positivistes" à propos des rapports entre l'ésotérisme hermétique et l'art de la Renaissance, les travaux érudits d'Albert-Marie Schmidt, de Paul Arnold, de François Secret en France, de Van Lennep en Belgique, ont montré de façon irréfutable historiquement et philosophiquement le rôle capital de la "Haute Science" dans la poésie, la gravure et la peinture de cette époque."


Et de se livrer alors à une analyse détaillée de la gravure, que je suis tenté de qualifier de saturnienne et à laquelle je me permets de vous renvoyer sans autre forme de procès, car si elle vaut le détour, mon propos de ce jour se situe...ailleurs.

Dans un premier temps cependant, je noterai avec vous que l'auteur inspiré d'Aspects de l'alchimie traditionnelle eût pu également, mais sans doute a-t-il jugé cela superfétatoire, citer en référence à l'appui de sa thèse ô combien pertinente les travaux de Fulcanelli sur l'art monumental et la statuaire de la Renaissance, comme du Moyen Age d'ailleurs.

Mais surtout, et pour en venir au fait, comment a-t-il pu ne pas relever, ne serait-ce qu'in-petto, la similitude de nom que chacun constatera avec nous, entre Giulio Campagnola et Julien Champagne? Nul doute à mon avis qu'elle eût également frappé ce jeune berger si négligemment appuyé sur un tronc de chêne, mais aussi tellement attentif, n'en doutons pas, à l'enseignement du vieil art.


Dans son savant ouvrage sur Le laboratoire alchimique (Guy Trédaniel, 1981, traduit depuis en italien et espagnol),  Atorène s'est penché assidument sur ce genre de coïncidences, qui sont sans doute autant de clins d'oeil des Parques.

Si ce terrain, assure-t-il, ne s'avère pas très alchimique, ce qui à mon sens serait tout de même à démontrer, il n'en contribuera pas moins à décaler  l'étudiant de la réalité ordinaire. De cette réalité qui quelque part nous retient captifs, ajouterai-je.

Là encore je ne m'appesantirai pas sur la plupart des exemples qu'il prend, et dont Richard Khaitzine vient encore de se faire l'écho dans son récent livre Comprendre l'alchimie (Médiadit, 2008).


Mais tout de même, comment ne pas relever une autre homonymie, celle qui à quelques siècles ou décennies de distance là encore rapproche Eugène Canseliet, ami de Julien Champagne, de Francisco Cancellieri (1751-1826).

Cet autre Transalpin a en particulier, comme notre compatriote, disserté sur l'alchimique  villa Palombara de Rome. Les deux ouvrages datent respectivement de 1806 (Dissertazioni con le bizarre iscrizioni della villa Palombara, Rome)
et 1945 (Deux logis alchimiques, Paris).

Si nous voulons bien nous laisser prendre la main par l'ange de l'intuition, notre récolte n'en sera que plus fructueuse, et on ne pourra qu'être frappés, au demeurant, du fait que comme Cancielleri et Canseliet nous ont surtout légué des oeuvres écrites, Campagnola et Champagne sont d'abord peintres et graveurs. Et ces derniers du moins, si l'on veut bien suivre Alleau et très modestement votre serviteur, sont de surcroît tous deux des artistes hermétiques.


Dans un ordre d'idées voisin, Paul Le Cour cité par Jean Artero dans son ouvrage nouvellement paru Présence de Fulcanelli (Arqa, 2008), estimait déjà que les noms portés par certains hommes semblent avoir été parfois préparés de longue date, par on ne sait quel destin, afin de servir de devise à ceux auxquels ils étaient destinés.

Mais à tout seigneur tout honneur, et puisque voici désormais que Julien Champagne invite lui-même sur son site son compère Giulio Campagnola, disons quelques mots de ce dernier. Nous baptisera-t-il dans l'eau comme Jean Baptiste, ou comme le Christ Sauveur dans le feu?

A l'instar de Julien, Giulio est assez mal connu, disons plutôt d'ailleurs: méconnu. Sur la grande toile du réseau d'Ariane, il est cependant possible de recueillir suffisamment d'informations pour se faire une petite idée de ce que fut sa vie, et son oeuvre:

http://en.wikipedia.org/wiki/Giulio_Campagnola
http://www.spamula.net/blog/archives/000339.html


Je relèverai également quelques unes des études qui lui ont été consacrées, que ce fût totalement (Emile Galichon, Guilio Campagnola, peintre graveur du XVIème siècle, Claye, 1862; Paul Kristeller, Giulio Campagnola, Kupferstiche und Zeichnungen, Cassirer, Berlin, 1907) ou en partie (Georges Duplessis, Les merveilles de la gravure, Hachette, 1869, 1871, 1877, 1882...).

On ne peut pas ne pas être immédiatement frappé au premier abord par le fait que, comme Champagne, Campagnola fut un artiste éclectique, linguiste talentueux, poète, et musicien notamment.

Il existe entre eux un point commun supplémentaire, si j'ai bien compris, qui est que les dessins de l'un comme de l'autre nous sont partiellement parvenus, alors que leurs peintures présentement recensées sont totalement ou presque totalement inexistantes.


Enfin, avant de vous laisser vous en aller, et si possible vous envoler sur les ailes de l'aigle, clairvoyantes et clairvoyants, je souhaite appeler votre attention sur l'influence sur Guilio Campagnola d'un certain Andrea Mantegna, qu'il semble bien avoir pu cotoyer, au demeurant, Mantegna sur l'oeuvre duquel François Trojani nous a gratifié naguère d'une belle étude, à la fois historique, tarologique et alchimique (Suite d'estampes de la Renaissance italienne dite Tarots de Mantegna, ou jeu du gouvernement du monde au Quattrocento, Seydoux, 1985).


Et puisque nous voici dans une période faste, et donc de charité romaine, je ne peux en définitive faire moins que de vous signaler la parution récente en Italie d'une nouvelle édition du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli, dont je sais gré à Nemo Captain de me l'avoir signalée il n'y a guère.

Elle est due à l'heureuse initiative du regretté Paolo Lucarelli, et est parue en 2005 aux éditions Mediterranee de Rome, toute parée des dessins originaux d'un certain Julien Champagne.

Voici donc à tous égards une démarche que je trouve exemplaire pour ma part, et dont on ne peut que souhaiter vivement qu'elle soit imitée, ici comme ailleurs.

http://www.zen-it.com/ermes/Lucarelli/introfulcanelli.htm


La mort a dansé l'année achevée. D'immortelle vie point l'année nouvelle. Au gui l'an neuf! Ou comment disent nos amis les druides: O Ghel an Heu: Que le blé germe, que le blé lève.





pcc ARCHER
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Samedi 13 décembre 2008

Nous avons certes déjà rencontré Julien Champagne en copiste:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-2131079.html

A-t-il écrit lui-même un traité d'alchimie? Nous le saurons peut-être "un jour ou l'autre." En tout cas, le voici, en 1912-1913, tout occupé de traduire et de présenter un ouvrage peu connu de science hermétique: le manuscrit Yardley.


Sans doute n'est-il pas anodin de relever, grâce à Vérax,  le fait qu'à cette époque, il connaît déjà Fulcanelli depuis plus d'un lustre et a quelques années auparavant réalisé pour lui divers tableaux et gravures, dont le frontispice du Mystère des Cathédrales, publié dès 1912 dans un catalogue de la librairie Chacornac:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3308771.html



Un Fulcanelli d'ailleurs très anglophile, puisque les seules "demeures philosophales" non françaises faisant dans ses ouvrages l'objet d'illustrations de Champagne sont à l'heure actuelle précisément britanniques.

Et un Fulcanelli ami de "l'illustre Berthelot", Julien dixit, lequel pour s'entourer de conseils avisés sur son travail vraisemblablement destiné à l'édition fait appel à un élève de l'auteur de L'origine de l'Alchimie, le comte de Belfort de la Roque, qui je l'avoue est pour moi un parfait inconnu à l'heure actuelle.

Quant à madame Paul Vulliaud, Annie Sullivan, dont du même coup nous apprenons que Julien Champagne en fut un familier, au point de la consulter également, elle ne nous avait jusqu'alors laissé de souvenir que par le truchement de son époux, auteur notamment du Cantique des cantiques (1925) et de La fin du monde (posthume, 1952).


Pour en venir à ce fameux manuscrit Yardley, il nous est impossible de ne pas relever également le fait que Fulcanelli le mentionne au chapitre "alchimie et spagyrie" de son second livre hermétique:

"Parmi les archimistes ayant utilisé l'or pour l'augmenter, à l'aide de formules qui les conduisirent au succès, nous citerons Yardley, inventeur anglais d'un procédé transmis à M. Garden, gantier à Londres, en 1716, puis communiqué par M. Ferdinand Hockley au docteur Sigismond Bacstrom, et qui fit l'objet d'une lettre de celui-ci à M. L. Sand, en 1804."

Fulcanelli en profite d'ailleurs pour préciser, en "footnote", que le docteur Bacstrom fut affilié à la Société hermétique fondée par l'Adepte de Chazal, qui habitait l'île Maurice, dans l'océan Indien, à l'époque de la Révolution française.


Or Bacstrom (1750?-1805) est un alchimiste bien connu, au moins en Angleterre et comme disait Eugène Canseliet de tous les "Anglais d'Amérique" et d'ailleurs.

Son Anthologie alchimique en particulier a été publiée dès 1960 (à petit tirage, certes) et régulièrement rééditée depuis, et reste disponible pour le public anglophone:

http://ramsdigital.com/author/Bacstrom.html

Et si on veut bien accorder crédit à la notice biographique ci-dessus, il paraît évident qu'il ait détenu entre autres manuscrits alchimiques une oeuvre de John Yardley.




Une partie au moins de la collection Bacstrom de manuscrits alchimiques fut au siècle dernier acquise par l'hermétiste nord-américain Manly Palmer Hall, et il semble bien que celui de Yardley ait été du nombre:

http://www.alchemywebsite.com/almss16.html

Né au Canada, Manly P. Hall (1901-1990) est d'ailleurs un auteur réputé outre-Atlantique où il a notamment fondé en 1934 une société hermétisante, voire alchimisante: la Philosophical Research Society (PRS).

http://en.wikipedia.org/wiki/Manly_Palmer_Hall
http://prs.org/mphbio.htm

Son ouvrage le plus connu reste un texte de jeunesse, The secret teaching of all ages (1928).

http://www.sacred-texts.com/eso/sta/index.htm

En 1976, il a cependant aussi publié Orders of the Great Work, qui est sans doute son titre le plus alchimique:

http://www.amazon.com/Orders-Great-Work-Alchemy-Manly/dp/0893145343



En 1986, la PRS a rassemblé en volume les livres et manuscrits alchimiques de la collection Hall. Le manuscrit Yardley y figure bien et compte tenu de l'orthographe du nom de son auteur occupe même la dernière place du catalogue, dont je vous livre "ex abrupto" le détail de la notice:

"The processes of Mr. John Yardley of Worcester:

This is a series of recipes for the "acuation" of mercury, represented as the principal and fundamental step in the transmutation of metals. The idea proceeds "from the foundation of the Process of the celebrated Irenaeus Philatheta and Philatheta Philoponus, "as discovered by John Yardley, "a glover of Worcester, communicated by him in a Letter in the year 1716."

After many failures in experiments, starting from his youth, Yardley finally abandoned the use of animal and vegetable substances for work only with the strictly metallic. He concludes:

"All what I write here is certain and true, and has often been done by me, and I can say, that it has been given to me by the Giver of every Good and perfect Gift."

Nothing else is known of the glover of Worcester. He is mentionned in one of the Bacstrom papers in the Mellon collection."


Grâce à la charmante et érudite libraire parisienne Florence de Chastenay, nous avons pu vérifier récemment l'exactitude de la citation d"Hubert."

Dans sa thèse de doctorat tirée à petit nombre, René Allendy fait montre d'une science certaine, s'agissant notamment des symboles alchimiques figurant à l'entrée de Notre-Dame de Paris. C'est à Guillaume de Sildy, un des architectes de la cathédrale, précise-t-il, qu'on en serait redevable.

Mais voici la suite de la citation concernant le document Hockley, qui elle non plus ne manque pas de sel:

"Il est dit dans ce document que la Société (de la Rose-Croix) existe depuis plus de deux siècles et demi, c'est-à-dire au moins depuis 1540; qu'elle se sépara de la franc-maçonnerie avec laquelle elle était d'abord unie.

On lit, dans ce document, que les membres de la R.-C. avaient l'obligation de tenir leur Société secrète, d'initier avant leur mort un ou deux disciples, hommes ou femmes, de garder une apparence pauvre, de fuir la renommée, et de faire la charité secrètement."



Si Julien Champagne avoue modestement s'être fait aider sur le strict plan linguistique, il n'en demeure pas moins que la qualité proprement alchimique du manuscrit recopié et traduit lui a semblé suffisante à lui aussi pour justifier de sa part un labeur des plus significatifs.

Que nous dit-il d'important à ce sujet dans sa brève, voire laconique introduction? Pour lui, il est indéniable que Yardley a connu le processus du Grand OEuvre dans son entier.

Je remarquerai ensuite qu'il conseille pour profiter de la lecture de ce texte de s'être imprégné au préalable, et même d'avoir "confronté" entre eux les philosophes ou alchimistes classiques.

Il affirme encore qu'il manque ici (comme souvent) deux points essentiels: le début et la fin. Enfin, il estime que "le mercure commun est le sujet initial de la pierre des philosophes."



Quant aux procédés de Yardley, dont hélas je ne puis dans le cadre de ce court article vous présenter qu'un aperçu des plus elliptiques, je remarque surtout qu'après avoir lu tous les auteurs, il a principalement conclu de ses nombeux échecs préalables ce qui suit:

"Ayant été dans ma jeunesse un fervent d'expériences chimiques, lesquelles ne m'ont pas servi à grand chose, j'ai trouvé enfin que l'OEuvre fondamentale ne pouvait être accomplie, relativement à l'amélioration des métaux, qu'en des choses d'espèce et de nature métalliques, parce que par et dans les métaux les métaux doivent être perfectionnés."




Avant d'en terminer, en ce jour béni de la sainte Lucie, je m'en voudrais de ne pas signaler "à la foule nombreuse" des curieux de l'Art une nouvelle et heureuse initiative des éditions Arqa de Thierry Emmanuel Garnier, lesquelles après avoir édité cette année le livre de mon ami Jean Artero sur Fulcanelli viennent de clore le cycle calendaire et astral sur
un coup d'éclat, qu'il convient de saluer comme il se doit.

Quelle bonne idée, en effet, que celle d'offrir à nouveau aux amateurs et aux étudiants le texte souvent méconnu d'André Savoret, ami d'Eugène Canseliet, sur l'alchimie!

Publié en 1947, peu après les Deux logis du "Maître de Savignies", il n'a été repris jusqu'alors qu'en recueil (Alchimie, Albin Michel, 1978, et Dervy, 1996).

http://thot-arqa.org/boutique/boutique.html



Pour le druide Savoret, rappelons-le hinc et nunc, "l'alchimie vraie, l'alchimie traditionnelle, est la connaissance des lois de la vie dans l'homme et dans la nature et la reconstitution du processus par lequel cette vie, adultérée ici-bas par la chute adamique, a perdu et peut recouvrer sa pureté, sa plendeur, sa plénitude et ses prérogatives primordiales:

Ce qui, dans l'homme moral s'appelle rédemption ou régénération; réincrudation dans l'homme physique; purification et perfection dans la nature, enfin dans le règne minéral proprement dit, quintessenciation et transmutation."



Hélas finalement - good news, bad news - je viens d'apprendre qu'une de nos trop rares alchimistes contemporaines, et j'ai nommé Tanya, vient de quitter le plan terrestre.

Françoise Buren, des éditions Ramuel, puiqu'il s'agit de toi et de tout ce que tu as fait pour l'alchimie, je te dédie cet articulet.

http://www.ramuel.com/

Et notre poète alchimiste de service (j'ai nommé Joker de Carreau) ne m'en voudra pas j'espère si je dépose encore aux pieds de Tanya cette rose bleue de sa composition, des plus naturelles et à la fois des plus surnaturelles:

De tous temps l’Alchimie fut une science divine,
Et aujourd’hui encore, en alcôves secrètes,
D’anonymes artistes, sans qu’on ne le devine,
Font éclore des pierres une Lumière discrète.

http://ora-et-labora.frenchboard.com/alchimie-sujets-varies-f10/alchimique-attitude-t64.htm

Un abrazo, Tanya et joyeux Noël à chacune et à chacun d'entre nous.



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Lundi 10 novembre 2008


Non, pas Paulina 1880, n'en déplaise à Pierre-Jean Jouve: Champagne 1895. Où est-il notre "Hubert", en cette année de ses quelque dix-huit printemps?

Et bien rue Danton, à Levallois-Perret (Seine), il me semble bien. Notons avec amusement qu'il semble y résider déjà à un 59bis, chiffre qui décidémment lui semble avoir été dévolu.

Parallèlement cet artiste en herbe commence à fréquenter l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Aussi en ce jour de la saint Léon (on est presque à Noël) voudrais-je vous entraîner à nouveau, grâce à Xavier,  vers le petit maquis de ses délectables carnets de croquis privés, déjà visités par une fois, en ce qui concerne 1894, et en continuant de faire référence aux dessins exhumés naguère par Geneviève Dubois:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3509041.html
http://www.archerjulienchampagne.com/article-19286180.html

Le fil rouge que je vous propose pour ce soir est celui de la famille proche de Julien Champagne, déjà abordé entre nous sur le plan photographique:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-22031213.html

Dans un premier temps, cependant, je vous invite à nous fortifier dans l'idée d'un dessinateur précocémment attiré par les motifs à caractère religieux, comme en témoigne cette sainte Catherine de l'église de Béalcourt (Somme).


Voici donc maintenant, toujours de Julien, une partie de cartes familiale que Paul Cézanne (1839-1906) n'aurait peut-être pas renié, lui dont le célèbre tableau bistrotier sur le thème fut vraisemblablement réalisé au début des années 1890.


Le père et la mère de Champagne, d'abord, mais un des fistons n'est manifestement pas loin de la table ronde disposée comme il se doit sous le lustre de la salle à manger...


Voici donc Félix, croqué par "Hubert": A-t-il emprunté une carte à sa maman? Et pendant ce temps-là, que fait-elle, notre Renée de soeur?

Sage comme...une image (pieuse), Renée: Jouerait-elle à la poupée?


Sans transition aucune, permettez-moi également de vous signaler que les éditions Allia viennent d'avoir l'heureuse idée de célébrer le quarantième anniversaire de la parution de l'article fondateur de René Alleau sur l'alchimie (Encyclopedia Universalis, 1968), en le republiant sous forme d'un élégant livret, tout bonnement intitulé Alchimie:

http://www.alliaeditions.com/Catalogueview.asp?ID=442

De la vigoureuse préface concoctée par Michel Bounan, je voudrais retenir avec vous ces lignes actuellement -et inactuellement- ô combien lourdes de sens:

"Pour les actuels calomniateurs de l'alchimie, qui mentent impudemment à propos des transmutations métalliques, il s'agit de montrer à un public peu regardant que les experts "scientifiques" (y compris en sciences dites "humaines") sont plus aptes à gérer les affaires de ce monde qu'ils qu'ils ont mis en faillite, que ceux pour  qui la Poésie ne doit plus être un art d'agrément destiné à se reposer d'affaires plus sérieuses, mais un mode de connaissance autentique..."

Sentence de vie à laquelle il me semble bien qu'Alleau, dont nous avons récemment célébré ici même les nombreux mérites, 

http://www.archerjulienchampagne.com/article-18622923.html

a par avance répondu comme en écho:

"Or tout art est inconcevable sans une matière, et c'est pourquoi la notion "spirituelle" ou purement "psychologique" est aberrante, car elle méconnait la fonction principale de l'alchimie: délivrer l'esprit par la matière en délivrant la matière elle-même par l'esprit.

Cette mutuelle délivrance ne peut être accomplie que par l'art suprême, le traditionnel "Art d'Amour" de la chevalerie de tous les temps...

C'est ce qu'annonce un vitrail alchimique où l'on voit Dieu créant le monde et l'homme, et où l'on peut lire ces mots: "Comment fut fait notre premier père, en belle et due image de Dieu. Comment il nous le faut refaire."


Telle est bien en effet cette source de toute vie, à laquelle nous sommes conviés de toute éternité à nous rendre pour y boire à satiété:

http://www.navigo.com/wm/paint/auth/ingres/ingres.source.jpg

et dont Jean-Auguste Dominique Ingres (1780-1867) s'est voulu l'illustrateur inspiré, de 1820...à 1856. Il a donc, trente-six années durant, porté ce chef-d'oeuvre.

Petites nouvelles techniques d'automne, avant de presque terminer pour cette fois, qui peuvent en particulier intéresser nos amies et amis "accros" des nouvelles technologies:

"Désormais vos blogs et le portail d'Overblog sont optimisés pour vos téléhones mobiles en suivant l'adresse : http://adressedublog/mobile.

Si vous possédez un Iphone, nous avons développé une version spécialement adaptée : http://adressedublog/iphone." Voici ce que cela donne pour les téléphones mobiles:

http://www.archerjulienchampagne.com/mobile

Ah oui, j'allais oublier de vous fournir aussi des nouvelles récentes de Fulcanelli, le maître de Julien Champagne et Eugène Canseliet. He is as alchemy does, alive and well, thanks to God. En fait, ces nouvelles sont espagnoles, si l'on en croit la fiction très érudite de José Luis Corral (El dueno del secreto, Marlow, 2008):

"Fulcanelli està vivo y vive en Sevilla!" Est-il me direz-vous question dans ce roman de son dessinateur? Evidemment, et vie d'amant.

http://www.interplanetaria.com/ficha.php?id=FulcanelliDuenoSecreto


"On se lasse de tout, excepté de connaître", a autrefois psalmodié le grand initié que fut Virgile. Heureuse maxime qu'il y a environ deux siècles maintenant Victor Hugo, autre maître inspiré de l'écriture, a commenté à sa façon: "Dans connaître, il y a naître".

Au-delà des naissances latentes chères à Arthur Rimbaud, voici peut-être venu celui des connaissances et des affinités effectives, et électives.



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Dimanche 12 octobre 2008



Ayant eu le bonheur d'assister le 1er octobre à la "conférence" marseillaise de Jean Artero sur le mystère Fulcanelli, j'ai pu aussi, en cette ville éternelle où la mer se mêle au soleil, et où vers 1915 Eugène Canseliet rencontra Fulcanelli et Julien Champagne, arpenter cette belle crypte de l'abbaye de Saint Victor que nous avons déjà évoqué plusieurs fois sur ce blog et dont la célèbre vierge noire fut dessinée par "Hubert":

http://www.archerjulienchampagne.com/article-2181595.html
http://www.archerjulienchampagne.com/article-2628203.html


Si cette vierge est reproduite dans le premier livre de Fulcanelli (Le Mystère des Cathédrales), c'est dans le second (Les Demeures Philosophales) que le Maître alchimiste dévolu au  XXème siècle résume de la façon suivante la légende qui s'y rapporte, légende dite des cierges verts:

"Voici cette naïve et précieuse tradition hermétique:

Une jeune fille de l'antique Massilia, nommée Marthe, simple petite ouvrière, et depuis longtemps orpheline, avait voué à la Vierge noire des Cryptes un culte particulier. Elle lui offrait toutes les fleurs qu'elle allait cueillir sur les coteaux, - thym, sauge, lavande, romarin, - et ne manquait jamais, quelque temps qu'il fît, d'assister à la messe quotidienne.

La veille de la Chandeleur, fête de la Purification, Marthe fut éveillée, au milieu de la nuit, par une voix secrète qui l'invitait à se rendre au cloître pour y entendre l'office matinal. Craignant d'avoir dormi plus qu'à l'ordinaire, elle se vêtit en hâte, sortit, et comme la neige, étendant son manteau sur le sol, réfléchissait une certaine clarté, crut l'aube prochaine.

Elle atteignit vite le seuil du monastère, dont la porte se trouvait ouverte. Là, rencontrant un clerc, elle le pria de bien vouloir dire une messe en son nom; mais, dépourvue d'argent, elle fit glisser de son doigt un modeste anneau d'or, - sa seule fortune, - et le plaça, en guise d'offrande, sous un chandelier d'autel.

Aussitôt la messe commencée, quelle ne fut pas la surprise de la jeune fille en voyant la cire blanche des cierges devenir verte, d'un vert céleste, inconnu, vert diaphane et plus éclatant que les plus belles émeraudes ou les plus rares malachites! Elle n'en pouvait croire ni détacher ses yeux...

Quand l'Ite missa est vint enfin l'arracher à l'extase du prodige, quand elle retrouva au dehors le sens des réalités familières, elle s'aperçut que la nuit n'était point achevée: la première heure du jour sonnait seulement au beffroi de Saint-Victor.

Ne sachant que penser de l'aventure, elle regagna sa demeure, mais revint de bon matin à l'abbaye; il y avait déjà, dans le saint lieu, un grand concours de peuple. Anxieuse et troublée, elle s'informa; on lui apprit qu'aucune messe n'avait été dite depuis la veille.

Marthe, au risque de passer pour visionnaire, raconta alors par le menu le miracle auquel elle venait d'assister quelques heures plus tôt et les fidèles, en foule, la suivirent jusqu'à la grotte. L'orpheline avait dit vrai; la bague se trouvait encore au même endroit, sous le chandelier, et les cierges brillaient toujours sur l'autel, de leur incomparable éclat vert."


Et Fulcanelli de se référer explicitement à propos de ce charmant conte ésotérique à "la petite pièce versifiée intitulée La Légende des Cierges verts, par Hippolyte Matabon. Marseille, J.Cayer, 1889."

De s'y référer, certes, mais sans le citer...Artero l'ayant lue en entier pendant son laius, je m'autorise à vous en infliger à mon tour les dernières strophes:

"Pour Marthe ainsi, -jour mémorable! -
La Vierge avait, dans sa bonté,
Fait luire le signe admirable,
Symbole d'immortalité!

Depuis lors, quand la Crypte sainte
Solennise la Chandeleur,
On voit brûler dans cette enceinte
Des cierges de verte couleur.

Et Marseille emporte, fidèle,
L'un de ces cierges merveilleux,
Bénits dans l'antique Chapelle,
Palladium de nos aïeux!"



Une anonyme Notice sur les cryptes de Saint Victor, publiée en 1864 et que Fulcanelli a par conséquent pu consulter sans en faire état, qualifie d'"immémorial" l'usage de ne distribuer et brûler dans la chapelle que des bougies vertes, pendant l'octave de la chandeleur.

On y trouve d'ailleurs une belle gravure de Notre Dame de confession, vulgairement appelée Vierge noire de Saint Victor.


L'érudit et pieux auteur de cet opuscule particulièrement documenté y fournit de plus une curieuse variante de la "légende des bougies vertes", qu'il tire d' une livraison de 1849 du périodique Le Spectateur du Midi, non sans ajouter à son propos:

"Nous la reproduisons d'autant plus volontiers que nous avons entendu nous même bien des fois raconter à nos grands parents cette vieille histoire qui faisait le charme de nos jeune années."

J'en trouve le début tout simplement spectaculaire:

"En ce temps là donc vivait une bonne jeune fille nommée Marie, bien dévote à la benoite Vierge."

Quant à la fin, et bien la voici:

"Mais Dieu voulut couronner Marie de la couronne de gloire et peu de temps après elle alla recevoir dans les cieux la récompense de sa constante piété.

Et depuis lors, pendant l'octave de la Chandeleur, on ne brûle dans ce sanctuaire que des bougies vertes et chaque fidèle emporte chez soi le cierge béni de la même couleur; car chacun est persuadé que c'est un préservatif contre bien des dangers, et Dieu qui voulut récompenser Marie de sa piété se plaît à protéger ceux qui conservent avec foi ce cierge béni."

L'article est signé des initiales A.C.



Dans sa riche plaquette sur La chandeleur à Saint Victor (Paroisse Saint Victor, Marseille, 1994, quatrième édition en 1998), le Père Jean-Pierre Ellul ne semble pas connaître la Notice citée plus haut, mais se réfère pour sa part au livre du prêtre marseillais François Marchetti, Explications des usages et Coutumes des Marseillais (1680).

Cet ouvrage réédité en 1980 par Jeanne Laffitte, à Marseille comme il se doit, lui permet d'attester de l'existence dès le XVIIème siècle de la coutume qui nous occupe en ce dimanche:

"Jugez quel était le zèle de nos ancêtres, qui nous ont appris par leur exemple à révéler le jour de cette fête par la splendeur de la lumière et par la mystérieuse couleur des cierges qu'on y distribue, la merveille d'une divine Maternité, avec le privilège d'une parfaite virginité."


Au cours de sa causerie marseillaise sur Fulcanelli, Artero a insisté sur le tout et le rien où gît ce dernier, bref sur Omne et Nemo, en mentionant certain alchimiste de sa connaissance.

Et bien figurez vous qu'un certain Captain Nemo vient de nous gratifier d'une nouvelle version italienne du classique "livre secret " d'Artephius, où il est forcément question de Fulcanelli, d'Eugène Canseliet et donc je suppose et j'espère de Julien Champagne:

http://www.lulu.com/browse/preview.php?fCID=4255348


Mais on ne quitte pas Marseille...Ou alors on la quitte sans la quitter vraiment. En voulez-vous une preuve d'évidence?

Dans sa belle brochure sur Saint-Victor, Ellul termine son incitation au pélerinage par un florilège bien senti sur la Vierge Marie.

Je ne résiste pas à la tentation de vous proposer ces lignes inspirées de Joseph Delteil, bien faites pour plaire à son admiratrice d'un temps Maryse Choisy, qui à mon sens figurent à juste titre parmi les poèmes finaux, non sans relever avec toute l'humilité et toute l'indulgence qui conviennent le fait qu'ici on a vraisemblablement confondu ou en tout cas voulu rapprocher Marseille et...Marceille:

"Pour moi ce qui compte ce sont les puissances du coeur. Quand j'étais très jeune, à côté de mon village de Pieusse (Aude), il y avait une vieille chapelle qui s'appelle Notre-Dame de Marseille.

Là, dans une niche, était une Vierge noire taillée dans un vieux bois et toute enguirlandée de richesse. Cette Vierge a la réputation de sourire à ceux et à toutes celles qui s'approchent d'elle avec le coeur pur. Eh bien! moi, j'ai l'impression qu'elle m'a toujours souri."


Dans le numéro 26 de la revue Liber Mirabilis (2002-2003) Myriam Philibert revient elle aussi sur la signification symbolique, hermétique et alchimique de la verdeur des cierges de "Marseille la mystérieuse":

"Il faut se rappeler qu'il s'agit de naissance, sur le plan végétal donc de printemps. En matière d'alchimie, deux interprétations sont possibles: les trois couleurs de l'OEuvre, le noir qui devient vert, le blanc et le rouge. Mais on peut aussi envisager les trois principes: soufre (rouge ou jaune), mercure (blanc), sel (vert)."

Enfin, à propos de fenou ou de feu nouveau, je vous propose, entre mistral et tramontane,  d'aller faire une jolie ballade dans les jardins bloggeurs de Denise, et ce n'est certes pas de ma part une quelconque galéjade:

http://roukyben.over-blog.com/article-20523790.html
http://roukyben.over-blog.com/article-20613168.html
http://roukyben.over-blog.com/article-20539029.html


"Opere finito sit laus et gloria Christo."

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