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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.


Goutted'or, tu me manques. Claro que si! Matthieu n'étant pas Thomas, voici en public hommage à notre platonique amitié, désormais entre parenthèses, un petit compliment de ma rustre façon, et un cygne de connivence, que je te dédie, ainsi qu'à cette chère Renée de Brimont, baronne ou baronnesse de son état.


Tiens, je réalise brusquement qu'elle porte le même prénom que la soeur de Julien, alias Hubert, curieux tout de même.

Mais me direz-vous, trêve de marivaudage, venons en au fait: Que diable cette spendide petite nièce d'Alphonse de Lamartine vient-elle donc faire dans notre jolie galée?


Il est bien vrai qu'elle ne figure pas à l'Index Fulcanelli d'Allieu, mais...à celui de Laplace sur Canseliet, voici que, brièvement, certes, Brimont la mystérieuse nous apparaît en pleine lumière.

T(15-16), 10 annonce Jean Laplace de façon lapidaire. Ce qu'il faut entendre, bien entendu, comme page 10 du numéro 15-16 de la revue La tourbe des philosophes (1981). 1981 hélas...Eugène Canseliet un an plus tard quittera ce monde.

Mais heureusement en 1981 il peut encore écrire cette superbe page d'alchimiques mémoires, qu'il scelle d'ailleurs de son titre si envié de F.C.H.:


"Milosz s'occupait beaucoup des oiseaux, avec une particulière tendresse, profonde et motivée. Il donnait l'impression d'une parfaite compréhension physique de leurs chants et de leurs cris.

Je conserve en mémoire la vision des instants où il vint avenue Montaigne, en compagnie de la baronne Renée de Brimont qui s'intéressait aux travaux ésotériques du poète. La beauté de cette personne, sa charmante féminité, étaient exceptionnelles, de sorte qu'il m'arriva d'entendre qu'elle était la femme qui offrait le plus d'attrait au sein du gotha parisien.

Si de Lubicz crut alors qu'il avait découvert, sur le plan de l'esprit, l'épouse qu'il avait tant recherchée, tout au moins avait-il trouvé celle qui s'appliqua à faire connaître son oeuvre poétique. Ainsi écrivit-il à l'intention de cette Dame du grand monde:

"Mais aujourd'hui une compagne de service chemine dans mon ombre, à moi fils du Cosmopolite errant." Oscar-Wadislas de Lubicz eut-il connaissance de la langue des oiseaux?

Ce qui est sûr, c'est qu'il aimait le monde naturellement ailé; tellement, qu'il l'allait alimenter à Fontainebleau, et qu'il y acquit même une modeste maisonnette, afin d'y installer un nourrissoir."

Tout ce bref passage de l'alchimiste de Savignies dégage comme une odeur de sainteté, me semble-t-il, et fleure bon l'invisible présence de Fulcanelli. Et donc à cette époque de Julien Champagne.




Après la mort du poète, René de Prat (Renée de Brimont) commentera sardoniquement dans les "Cahiers Milosz": "Une femme! s'écria le fonctionnaire; je savais bien qu'il y avait une femme dans cette affaire!"

Mais nous avions en fait déjà rencontré René(e) dans sa relation de complicité avec Milosz le mystique, Milosz l'hermétiste...l'alchimiste:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-14321731.html

"Pour son amie Renée de Brimont, il est incontestable que Milosz croyait à l'alchimie. "Il croyait à sa nécessité, à sa réalité sur le plan spirituel. S'il pressentit l'alchimie comme un retour à l'unité sur le pan physique, il ne s'en est ouvert à personne."

Or, selon Alexandra Charbonnier, Prat est un, voire le  "confident privilégié" de Milosz.


Charbonnier qui au demeurant s'explique parfaitement que notre baronnet(te) fut reçue chez les Lesseps: "Une partie de la carrière diplomatique de Ferdinand se déroula à Madrid sous les auspices de Lamartine. Ce qui explique que la petite nièce du poète, la baronne Renée de Brimont, eut ses entrées dans ce milieu, tant pour ses origines que pour ses talents littéraires."

Alexandra affirme même, s'agissant de la pensée de Milosz, que son égérie l'a pénétrée au point de la faire sienne dans son essai sur Milosz et le mystère de l'Etoile du Matin (Fontaine, 1942). Elle "le commente au moyen de la linguistique comparée. En cela elle suit les méthodes de son ami."

Mais écoutons Renée: "Tout ici bas n'est que métamorphose. La Création, pour Milosz, n'avait qu'un but: sensibiliser et affiner la conscience humaine; changer, transmuer l'homme terrestre, le rendre à "la première Nature", à l'Etoile du Matin, à la Terre édénique."


Née de Beaumont, ajoute Alexandra Charbonnier, la baronne écrivit un roman, le Roman de la Rose, où elle met en scène le théosophe Louis Claude de Saint Martin, "père fondateur" du martinisme.

Elle précise un peu plus loin que ce roman, qui s'appellerait en fait Belle Rose (Cahiers libres, 1931), a pour héros le thaumaturge et mystagogue Martines de Pasqually (1727-1774) et son secrétaire Saint Martin (1743-1803).

Brimont écrivit d'ailleurs en 1930 dans la revue ésotérique Le voile d'Isis un article sur le mariage de Pasqually.

A son actif, on trouve également pour Charbonnier trois ouvrages de poésie: L'Essor (Plon, 1908), Tablettes de cire (Calmann-Lévy, 1913, couronné par l'Académie), et, sous le nom de Antoine (!) de Brimont, Mirages (Emile-Paul, 1919).

Renée aurait connu Milosz dans les salons du peintre Eyre de Lanux en 1915. Eyre devait faire plus tard le portrait de madame de Brimont, qui conclut finalement l'auteure de Milosz, l'étoile au front (Dervy, 1993) fut également "amie de miss Barney", autre grande admiratrice de l'écrivain franco-lithuanien.
Renée de Brimont resta d'autre part toujours fidèle au souvenir de son ancêtre Alphonse de Lamartine et lui consacra plusieurs publications: Lamartine fantaisiste (Plon, 1923), Autour de Graziella (Champion, 1931).

Citons d'elle également Les oiseaux (Portiques, 1932, au titre si miloszien), et Les fileuses (Corréa, 1937). Brimont fut elle donc une parque?

Psyché (Plon, 1924) la fait comme miss Barney passer pour "lesbienne":

http://romanslesbiens.canalblog.com/archives/brimont_renee_de___psyche___1924/index.html
http://storage.canalblog.com/27/81/296109/20113136.pdf

Mais alors, comment qualifier L'Arche (Emile Paul, 1927)?


Heureusement pour elle (et pour nous), Brimont inspira le compositeur Gabriel Fauré (1845-1924), qui mit en musique plusieurs de ses poèmes, ceux de Mirages, ceux de Psyché...Comme l'écrit un quidam -ou une quidame, - "quand c'est du Fauré, c'est forcément sublime"!

http://www.recmusic.org/lieder/f/faure.html
http://www.fnacmusic.com/album/a3a3cdab-db3c-46f3-a428-7a6c796a2bb1.aspx
http://www.recmusic.org/lieder/b/brimont/

Dans un enregistrement récent, Fauré et Brimont avoisinent d'ailleurs Poulenc et Eluard, le hasard, si hasard il y a, fait décidément fort bien les choses. Quand donc a-t-il fait prendre à Renée son essor? Je ne sais à ce jour. D'après Alexandra, il l'a ravie à notre affection "après 1942."


Et avant de presque nous quitter sur une Pentecôte néerlandaise du XVIème siècle qui j'espère tombe à pic sans pour autant couler de même, pourquoi ne pas découvrir ensemble tel automnal Cygne sur l'eau, de Brimont, et toujours ensemble écouter ce merveilleux chant du cygne de Fauré:

http://lecygne.free.fr/Art44.html

Ma pensée est un cygne harmonieux et sage
Qui glisse lentement aux rivages d'ennui
Sur les ondes sans fond du rêve, du mirage,
De l'écho, du brouillard, de l'ombre, de la nuit.

Il glisse, roi hautain fendant un libre espace,
Poursuit un reflet vain, précieux et changeant,
Et les roseaux nombreux s'inclinent lorsqu'il passe,
Sombre et muet, au seuil d'une lune d'argent;

Et des blancs nénuphars chaque corolle ronde
Tour à tour a fleuri de désir ou d'espoir...
Mais plus avant toujours, sur la brume et sur l'onde,
Vers l'inconnue fuyant glisse le cygne noir.

Or j'ai dit: "Renoncez, beau cygne chimérique,
A ce voyage lent vers de troubles destins;
Nul miracle chinois, nulle étrange Amérique
Ne vous accueilleront en des havres certains;

Les golfes embaumés, les îles immortelles
Ont pour vous, cygne noir, des récifs périlleux;
Demeurez sur les lacs où se mirent, fidèles,
Ces nuages, ces fleurs, ces astres et ces yeux.

Enfin, voici pour les amateurs du "mystère Fulcanelli" l'annonce d'une prochaine conférence de Jean Artero à Marseille ("bien sûr" à la société théosophique):

http://librairieletoiledumage.blogspot.com/2008/08/confrence-la-societ-thosophique-de.html



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De la famille de Julien Champagne, nous savions jusqu'alors peu de chose. Certes nous l'avions rencontrée en 1932 au moment de ses obsèques:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-2357896.html

C'est ainsi que nous avions dès lors pu apprendre qu'"Hubert" a eu un frère, Félix, et une soeur, Renée.  Cette dernière joua d'ailleurs un rôle actif à la fin de la vie du peintre, puisque nous l'avons vu intervenir au moment où René
Schwaller, ami de ce dernier, offrit de payer le monument funéraire du dessinateur de Fulcanelli:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-4464119.html

Renée (Reine-Marie, 1887-1955) fut institutrice dans un village de la Somme, de même que son époux, Gaston Devaux, qui passe en outre pour avoir été le ou un secrétaire de Fulcanelli:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-5039674.html


Et Félix, me direz-vous? Et bien son acte de naissance, opportunément "inventé" par Walter Grosse, nous apprend qu'à l'état-civil nous avons ici affaire en fait à Alfred Alfonse Félix, né en 1878 un an après son frère aîné, et décédé en 1960.

Et peut-être surtout voici grâce à Quinze quelques clichés émouvants qui sur ces noms nous permettent enfin de mettre des visages.

La première des ces photographies a été prise en 1894 à l'occasion d'un pique-nique dans la forêt de Saint Germain en Laye.

Nous y trouvons la maman de Julien et ses trois enfants. Notre artiste, alors âgé de dix-sept  printemps, y tient la vedette.

Les autres épreuves sont hélas non datées, mais visiblement postérieures.


Sur la première, Renée est assise devant Julien Champagne, qui porte déjà moustache, affiche une mêche rebelle, et avant tout semble bien décidé à porter sur la réalité mondaine un authentique regard de voyant.

La seconde est une photo de groupe, sans doute encore moins ancienne, où d'après Quinze figurent non seulement la mère de Julien et René et également ces derniers, mais aussi les enfants de Félix, Roger et Madeleine.

Quinze nous a fort aimablement précisé que vers cette époque (1880-1890) la famille Champagne a habité à Levallois Perret, plus précisément au 35 de la rue Gravel.

Il nous a judicieusement indiqué également qu'en ce temps là il était fréquent que le patronyme usuel ne fût pas exactement celui indiqué sur les actes administratifs.

Voici, me semble-t-il un éclairage intéressant apporté à l'usage par Hubert, Félix et Renée d'un prénom qui ne réflétait pas tout à fait celui de leur état-civil.


L'excellente libraire troyenne d'érudition Le trait d'union de Florence et Alain Hatier doit pour sa part être louée d'avoir en juillet 2008 choisi pour orner la couverture du dernier en date de ses catalogues la reproduction d'un dessin que n'eût certes pas désavoué Julien Champagne.

Cette charmante esquisse est extraite du rare volume intitulé Les enseignes de Paris, gravées à l'eau-forte par Jean-Jules Dufour (Paris, Le Goupy, 1924 et 1925).

Réunies en deux tomes, les 1ère et 2ème série en sont commentées par François Boucher, du musée Carnavalet.

La dite couverture nous renvoie tout droit au passage des Demeures Philosophales où bien avant Georges Pillement, qu'Eugène Canseliet loua à juste titre pour ses ouvrages salvateurs, Fulcanelli s'insurge à bon droit contre certaines destructions intempestives du vieux Paris, qui compta et compte toujours fort heureusement tant de logis hermétiques:


"Nous ne blâmerons jamais assez ceux-là, écrit donc l'Adepte en son chapitre consacré au merveilleux grimoire du château de Dampierre, qui, cachés et tout-puissants, décidèrent à Paris l'inexplicable destruction de la très vieille rue des Nonnains-d'Hyères, laquelle ne s'opposait en rien à la salubrité et offrait la remarquable harmonie de ses façades du XVIIIème siècle.

Ce vandalisme, perpétré sur une grande échelle, a entraîné la perte de l'enseigne curieuse qui ornait, à hauteur du premier étage, l'immeuble sis au n° 5, à l'angle de l'étroite rue de l'Hotel de Ville, jadis de la Mortellerie.

Dégagé de la pierre en ronde bosse, le motif de grandes dimensions, qui avait gardé ses couleurs d'origine, montrait un rémouleur dans son costume d'époque: tricorne noir, redingote rouge, et bas blancs. L'homme s'appliquait à aiguiser le fer, devant sa robuste brouette, mettant en activité les deux éléments majeurs, c'est-à-dire le feu caché de sa meule et l'eau rare qu'un gros sabot semblait dispenser en mince filet."


Et le Maître incomparable d'aussitôt commenter ainsi l'ouvrage du noble et humble gagne-petit: "La meule est l'un des emblèmes philosophiques chargé d'exprimer le dissolvant hermétique...Les alchimistes du moyen âge se servaient du verble acuer (aiguiser) pour exprimer l'action qui donne au dissolvant ses propriétés incisives.

De cet ouvrage, quel est le maître? Evidemment celui qui aiguise et fait tourner la meule, c'est-à-dire le soufre actif du métal dissous."

Mais ne quittons pas les Demeures Philosophales sans mentionner une nouvelle et heureuse initiative des éditions Oriflamme, de Bâle en Suisse, qui grâce à Martin Steiner à qui nous devons déjà entre autres l'édition germanophone du Mystère des Cathédrales, nous proposent désormais en souscription jusqu'à la fin du mois prochain la traduction en allemand de l'autre chef d'oeuvre de Fulcanelli.

L'adresse mail figurant sur le bon de commande est la suivante:
polydor@vtxmail.ch

La livraison était prévue pour intervenir dès le mois d'octobre 2008. Ce livre est désormais paru:

http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/fulcanelli/wohnstatten-der-adepten,25322727.aspx



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