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Après avoir évoqué l'oeuvre d'Eugène Canseliet, le moment me semble venu de dépeindre son amitié avec Julien Champagne.

Une amitié de près de quatre lustres, débutée alors que Canseliet était, comme sur le premier cliché proposé, un tout jeune homme, et qui ne se démentira pas jusqu'à la mort de Julien , et au-delà, jusqu'au décès d'Eugène, également photographié ici  dans la dernière année de sa vie.

Champagne était déjà entré en alchimie avant de rencontrer Canseliet,  puisque selon Ambelain et Dubois, il  avait dès 1893 installé son premier laboratoire chez ses parents à Villiers-le-Bel, tant il se passionnait pour les textes alchimiques anciens.

En 1907, un second suivra, rue Vernier à Paris, grâce aux subsides de Ferdinand  de Lesseps, toujours selon Ambelain. En 1910, Champagne devient le dessinateur de Fulcanelli.

Canseliet entre en scène quelques années plus tard, en 1915 ou 1916 suivant les sources,  respectivement  Dubois d'un côté, et Ambelain et Atorène (Le laboratoire alchimique, Trédaniel, 1981) de l'autre. Canseliet connaissait Fulcanelli depuis peu lorsque ce dernier lui présenta Champagne:

"C'est à Marseille que j'ai rencontré auprès de Fulcanelli Jean-Julien Champagne" dira-t-il plus tard à Robert Amadou (Le feu du soleil, Pauvert, 1978).

Dès lors, l'amitié s'installe entre les deux hommes, nourrie par leur attrait commun pour l'alchimie et leur commun attachement à Fulcanelli.

Canseliet dès 1916 rendra régulièrement visite à Champagne dans son laboratoire de la rue
Vernier, "jusqu'au déménagement de l'année suivante" (La Tour Saint-Jacques).

Cette amitié se fonde également sur leur passion égale pour la peinture. Canseliet accompagne fréquemment Champagne au domicile de sa mère à Arnouville-les-Gonesse; durant leurs rencontres ils peignent de concert un certain nombre de tableaux (Dubois).

En 1922, Champagne emménage au 59 bis rue Rochechouart à Paris (Ambelain). La même année, il assiste à Sarcelles à une transmutation opérée par Canseliet, sur laquelle nous reviendrons bientôt.

En 1925, Canseliet vient s'installer dans le même immeuble que son ami, et au même étage.
Preuve de la proximité des deux hommes. Canseliet n'en déménagera qu'après la mort de
Champagne, pour le 10 du quai des Célestins, en 1933.

Rappelons que c'est à cette époque que parurent les éditions originales des deux livres de Fulcanelli (1926 et 1930), préfacés par Canseliet et illustrés par Champagne.

Mais dès cette dernière année, Champagne tombe malade; il est rongé par une artérite. Dans
la Tourbe des Philosophes N°15-16, Canseliet se souviendra encore en 1981:

"Le progrès du mal avait été inexorablement lent et douloureux, depuis son début presque soudain, en cette belle journée de juillet 1930, où, à Sarcelles, il revint péniblement à la maison pour le souper.

Tous deux ensemble, nous étions allés nous promener vers le pont de Copin; endroit charmant, resté indemne jusque là, qu'il fixa dans une aquarelle, sa dernière probablement.

Je possède toujours cette image en couleurs, par bonheur, ou plutôt grâce à Dieu."

Canseliet considérait donc bien Champagne comme son "ami", comme le reconnaît Ambelain qui
pourtant veut qu'il ait été son "maître", et identifie Champagne à Fulcanelli. En 1979 encore,
dans ses Deux Logis Alchimiques, Canseliet l'appelera affectueusement "notre vieux camarade."

Champagne a été aussi un maître de dessin de Canseliet, comme ce dernier l'a reconnu lui-même : "Il était maître en effet, dans l'art du crayon et du pinceau, voire dans celui du violon."
(La Tour Saint-Jacques). En alchimie,  le maître commun des deux artistes a été le toujours mystérieux Fulcanelli.

Dans le même numéro de La Tourbe, Canseliet évoque à nouveau la mémoire de Champagne, se
rappelant mélancoliquement:

"De nombreux  souvenirs m'attachaient à Julien Champagne, principalement ceux de l'ancien temps de ma jeunesse heureuse, ceux aussi de l'avenue Montaigne, et des fameux Voyages en
Kaléidoscope.

"...Quel beau paysage cérébral, dit mon
Maître. Viens, Gilly, rentrons. Je voudrais
travailler.

Alors il a repris mon bras
et nous sommes revenus
ensemble."

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http://maxjulienchampagne.over-blog.it/article-32325541.html

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Toujours dans son Alchimie expliquée (Pauvert, 1972), Eugène Canseliet reproduit, à nouveau en
planche hors texte, cette gravure qu'il intitule en index "médaillon de Viollet-le-Duc (encore lui) à
Notre-Dame de Paris."

Voici ce qu'il en écrit également, cette fois au dos de la planche: "L'éternelle alchimie est immuable sur son trône et reçoit, contre sa poitrine, l'échelle du Livre muet, au long de laquelle montent et descendent les messagers, dans leur désir de s'abreuver aux ondes supérieures et célestes."

Cette gravure n'est pas signée, du moins dans cette version, par Julien Champagne, mais elle est
bien de lui, puisque Canseliet dans le texte de son ouvrage la présente ainsi:

"Au sentiment de l'Adepte Fulcanelli, c'est l'alchimie, elle-même, qui reçoit l'investigateur, sous le porche central, dit encore du Jugement, à Notre Dame de Paris. Bien dégagée, en ronde bosse, d'un cercle pris sur le pilier trumeau, elle est assise et sa tête touche aux ondes du ciel.

On la peut admirer, dans l'édition de Jean-Jacques Pauvert, grâce au parfait cliché photographique de Pierre Jahan, ainsi que dans les deux premiers tirages de 1926 et 1956, avec le saisissant dessin de Julien Champagne, que nous avons repris en illustration de notre propos."

Quelques lignes plus loin, il rend d'ailleurs à ce dernier cet hommage émouvant: "Au reste ce serait, de notre part, une très grande ingratitude, que nous ne dissions pas combien nous devons au dessinateur du Maître, pour le maniement du crayon et du pinceau qui, il est vrai, nous furent tant familiers dès notre prime jeunesse."

Le livre de Fulcanelli dont il s'agit ici est bien entendu Le Mystère des Cathédrales, réédité par Pauvert en 1964, et réimprimé en 1970.

Voici donc finalement ce qu' y explique, au chapitre Paris,  Fulcanelli lui-même, à propos du même bas-relief: "Le pilier trumeau, qui partage en deux la baie d'entrée, offre une série de représentations allégoriques des sciences médiévales.

Face au parvis, -et à la place d'honneur, - l'alchimie y est figurée par une femme dont le front touche les nues.

Assise sur un trône, elle tient de la main gauche un sceptre, -insigne de souveraineté, - tandis que la droite supporte deux livres, l'un fermé (ésotérisme), l'autre ouvert (exotérisme).

Maintenue entre ses genoux et appuyée contre sa poitrine se dresse l'échelle aux neufs degrés, - scala philosophorum, - hiéroglyphe de la patience que doivent posséder ses fidèles, au cours des neuf opérations successives du labeur hermétique.

"La patience est l'eschelle des Philosophes, nous dit Valois, et l'humilité est la porte de leur jardin; car quiconque persévèrera sans orgueil et sans envie, Dieu lui fera miséricorde." Amen.


http://maxjulienchampagne.over-blog.it/article-32325508.html



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