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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.
Dimanche 3 juin 2007

Vous souvenez-vous de Carlos Larronde, dont le portrait est ici tiré par Chana Orloff? Nous avons déjà rencontré ce Veilleur, membre des Frères d'Elie de René Schwaller, en particulier lorsque nous avons évoqué la vie et l'oeuvre du maître verrier Richard Burgsthal:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3826243.html

Comme Schwaller...et Julien Champagne, comme Burgsthal aussi, et d'ailleurs avec lui, Larronde a cherché à retrouver le secret peut-être alchimique des rouges et des bleus des vitraux médiévaux de la cathédrale de Chartres.

Soit, me direz-vous, mais quid novi sur Carlos? Et bien, mais un livre bien sûr, et même plusieurs. D'abord, il apparaît en 2005 et 2006 dans les ouvrages qu'Emmanuel Dufour-Kowalski a consacrés à Schwaller de Lubicz (L'oeuvre au rouge, L'Age d'Homme, 2005 et La quête alchimique, Archê, 2006):

http://www.archerjulienchampagne.com/article-6060781.html

Ensuite, figurez vous que notre Carlos Larronde est en fait surtout passé, ô bien discrètement, à la postérité parce qu'il fut (aussi) un des pionniers de la radio française de l'entre deux guerres.

C'est à ce titre principalement qu'un professeur émérite de l'université britannique de Leeds, Christopher Todd pour ne pas le nommer, vient de lui consacrer un essai à la fois inspiré et documenté, bellement  et d'ailleurs alchimiquement intitulé Carlos Larronde, poète des ondes (L'Harmattan, 2007).



En fait, selon Christopher, ce titre enviable de "poète des ondes" lui fut tout simplement donné par ses confrères journalistes.

Chère Sylvie, notre Carlos était en fait un basque girondin, même s'il naquit en 1888 en...Argentine. Très tôt, il manifesta des goûts particulièrement éclectiques. C'est ainsi qu'encore adolescent, il correspondit avec Camille Flammarion sur divers sujets d'astronomie.

Il lui dédia même un poème, car il fut très tôt féru de littérature comme de théâtre. En 1912, Larronde "monte" à Paris.

Et là, très vite, fréquentant le café littéraire à la mode de l'époque, La Closerie des Lilas, il rencontre successivement, en 1913, Milosz, puis sans doute grâce à ce dernier, Schwaller. La même année que Julien Champagne, et de surcroît au même endroit...

Avec ses amis Louise Lara et Claude Autant (le futur cinéaste) il fonde le Théâtre idéaliste et y donne libre court à son mysticisme (Claudel, Péguy, Barrès, Saint-Pol-Roux, Maeterlinck) et à son modernisme (Apollinaire, Marinetti, Honegger).

Au lendemain de la guerre, "Jacques d'Elie" et sa femme rejoignent à Saint-Rémy-lès-Chevreuse l'ordre des Veilleurs de Schwaller, dont il est considéré alors comme l'éveilleur. "Je n'instruis pas,
j'éveille", écrira magnifiquement Rudolf Steiner.

Steiner dont le Goetheanum servit sans doute de modèle à Schwaller pour en 1922 transporter ses fidèles à la station scientifique Suhalia, près de Saint-Moritz, en Suisse. Larronde, que l'on voit ci-dessus dans l'habit de l'ordre en compagnie d'André Fourcine, Veilleur également, est de l'aventure, mais plutôt comme visiteur occasionnel.

Que fait-il là-bas? Profondément épris des joies du travail manuel, il apprend à travailler le verre. En fait, dès cette époque, il connaît aussi et suit dans leurs retraites successives le pianiste et maître verrier Richard Burgsthal et sa femme, la compositrice Rita Strohl.

En 1922, Larronde est ainsi à Saint-Cyr-sur-Mer. "Au premier essai, j'ai réussi un beau verre d'un violet pourpre. Au deuxième, j'obtins des plaques du même bleu outremer qu'on admire à la cathédrale de Clermont et du bleu royal absolument pur qui fait la splendeur des vitraux de Chartres."


En 1925, Burgtshal et Larronde, que l'on voit ici crayonné par Luis de la Rocha,  autre Veilleur, passionné d'alchimie, et comme Champagne dessinateur et peintre, commencèrent à travailler pour les Monuments Historiques.

Ils restaurèrent ainsi les vitraux des cathédrales de Morsain, Carcassonne, Narbonne, et à Avignon ceux du Palais des Papes, et surtout on leur confia la réfection des verrières du choeur de la cathédrale d'Albi, achevée en 1929.

Pour Todd, cet épisode de la vie de Larronde est bien central: "il a tout quitté au début des années 1920 pour devenir maître verrier."

Entretemps, Carlos s'était épris de Charlotte Fourcine. Leur fils Olivier, né en 1927, devait lui aussi devenir plus tard écrivain...En 1929, Larronde regagne la capitale. Il reste pourtant ébloui par "ses vitraux."

C'est alors que commence vraiment sa carrière radiophonique, assez symboliquement par sa collaboration à la revue Lumière et radio. En 1935, Carlos Larronde "invente" le journal parlé moderne à Radio-Cité. Il passera à la radio d'Etat en 1938, et décèdera d'une crise cardiaque deux ans plus tard. Dans l'esprit de Carlos, la radio était d'abord un "huitième art."

Il ne faudrait pas pour autant méconnaître d'autres dimensions de sa riche personnalité: Larronde fut aussi le romancier cryptique du Parc aux chevreuils (1923), écrit "à clefs" où selon Alexandra Charbonnier il met en fait en scène Milosz et son entourage, l'essayiste lyrique de La couronne de l'unité (1930), le poète des Cristaux (1931) et de ses "haïkus"...



Enfin, il fut un pionnier de la critique et du théâtre radiophoniques. Ce théâtre qui d'ailleurs le passionna d'emblée, comme on l'a vu, et qui lui inspira des pièces aux titres "curieux", ou au choix parlants: La mort sera le réveil (1914), Le mystère de la fin du monde (1917), Le chant des sphères (1936), et un fantastique et utopique Sixième continent (1938).

Voulez vous que je vous fasse lire un peu de Larronde? Voici donc quelques pensées de lui, que je trouve significatives:

"Non, il ne faut pas considérer les auditeurs comme des aveugles...Ils sont des "sur-auditifs". Sachons leur donner tout ce que l'ouïe, le sens subtil et intérieur par excellence, peut accueilir de lyrisme, de rêve ou d'évocation. Sachons en faire des voyants."

"L'homme est un résumé de l'univers. il contient l'unité, son origine, la dualité, matrice de la création, la trinité qui crée, les quatre éléments qui construisent, les sept planètes à travers lesquelles la création s'accomplit."

Et finalement, de son inédit le plus important, intitulé Désir, âme du monde, ce titre d'un des chapitres: La vie est un chant.


Larronde a aussi en 1908 écrit une pièce en un acte, intitulée La chimère. En sa mémoire, je vous propose en ce jour de la Trinité cette chimère moderne, humoristique il est vrai mais finalement non moins réelle que d'autres. Elle me semble nous poser la même question oedipienne que le sphinx cher à Fulcanelli, et à Julien Champagne.



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Mardi 8 mai 2007
Voulez vous un conseil? Allez au musée Carnavalet, et si vous voulez retrouver l'atmosphère des Soirées parisiennes de Julien Champagne:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-6323545.html

prenez rendez-vous au département des dessins et gravures, qui n'est accessible au chercheur que de cette façon. L'accueil y est excellent, et le dépaysement garanti.

C'est ce que j'ai fait moi-même ces derniers temps, et quand je suis arrivé à me persuader que le classement par auteur était inexistant, j'ai pu profiter des joies discrètes mais finalement incommensurables de la recherche par thèmes: moeurs, topographie, bals, concerts...

Après, naturellement, il faut se rendre compte qu'il y a des classeurs pour grands formats, et qu'il y a également ceux réservés aux petits. Mais au bout du compte le résultat a été significatif, sans compter que le bonheur est dans l'attente, comme disent -entre autres- les bédouins.

Nous connaissions déjà les numéros 3 et 5 de la série des Soirées: Concert à la chaussée d'Antin et Fête de banlieue.

Je peux vous dire que le 4 est consacré à un Thé au faubourg Saint Germain, auquel j'adorerais participer pour une foultitude d'excellentes raisons. Et je vous présente ci-dessus Un punch d'artiste (numéro 9).

Le numéro 11 s'intitule bizarrement Un lansquenet au quartier Brédal. Mais bien entendu je ne suis pas certain d'avoir en une visite épuisé les charmes du Carnavalet, je ne saurais être aussi prétentieux.

La signature imprimée de Champagne qui figure en bas à droite des gravures est peu lisible sur leurs reproductions en ligne, néanmoins si on les agrandit:

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/23/43/31/antin.champagne.jpg
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/23/43/31/banlieue.champagne.jpg

on obtient un résultat satisfaisant, que je vous livre ci-après:


Lithographie de J.Champagne donc, et je ne connais pas d'autre Champagne convenable au Bénézit actuellement.

Quant à l'imprimeur de cette série, il est parfois mentionné comme étant lui aussi parisien: "Paris, publié par E. Sinnett, édit. Galerie Colbert, 10."

Ce qui me conduit à évoquer illico une piste que vient à l'instant de me proposer une toute jeune ancienne étudiante de l'école des beaux arts d'Amstelodami, romancière à ses heures gagnées:

"Quand j'étais à mon école, je me souviens que les artistes, pour gagner leur pain, travaillaient souvent dans les ateliers de gravure.

Comme pour imprimer des estampes il faut une connaissance assez profonde de la chimie, il est possible que notre Champagne fut tout simplement  le graveur des Soirées parisiennes."

Je m'en voudrais de ne pas relever aussi l'intéressante hypothèse émise récemment par une bachelière ès Arts d'outre Atlantique, que je salue ici ainsi que son heureux mari:

En voyant les reproductions de ces images, elle a fait remarquer qu'on enseignait aux Beaux-Arts en 1900 ce qui se faisait commercialement en 1850, et que l'Art Nouveau, du point de vue académique, était alors une hérésie.

Donc elle propose que ces dessins sont possiblement des études exécutées lors de ses cours par Julien Champagne.

Supposition d'autant plus séduisante que cette époque est précisément celle du décès du dessinateur des gravures originales, Henri de Montaut...


J'en étais là de mes satisfactions et de mes frustrations, lorsque j'ai eu brusquement l'idée saugrenue de rechercher sur la "toile" d'autres images attribuées à J. Champagne. Bien m'en a pris!

Voici donc de la prestigieuse université nord-américaine de Princeton la collection Allison Delarue:

http://libweb5.princeton.edu/visual_materials/delarue/htmls/
http://libweb5.princeton.edu/visual_materials/delarue/Htmls/contacts.html

Mon propos n'est pas "à c'tte heure" de vous infliger une bio de ce gentleman, dont les anglicistes pourront aisément transcrire une présentation in situ:

http://libweb5.princeton.edu/visual_materials/delarue/Htmls/delarue.html

Passionné de théatre, de danse et de ballets, Allison Delarue s'est constitué au fil des ans une collection qui me paraît finalement avoir été au moins partiellement mise en ligne en 1999. Et bien, si précisément nous nous rendons ensemble à la rubrique des imprimés de ballets:

http://libweb5.princeton.edu/visual_materials/delarue/Htmls/printsVB.htm

nous découvrons une nouvelle estampe des Soirées parisiennes, le Foyer de l'Opéra:

http://libweb5.princeton.edu/visual_materials/delarue/Prints/154.jpg

Elle ne m'apparaît pas être numérotée, et je me demande si on ne perçoit pas la trace d'un grattage au bas de la gravure, qui est présentée on ne sait trop pourquoi comme réalisée "d'après Julien Champagne."

Le Foyer de l'Opéra, disons tout de même au passage que c'est aussi, après tout, l'Athanor de l'OEuvre.


Remember...En ce jour du 8 mai, celui du bleuet ou du chardon, comme le 11 novembre est pour l'éternité du coquelicot, "le vieillard d'aujourd'hui est l'enfant de demain."



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Lundi 30 avril 2007

Oui, promis, je vous en dirai un peu plus bientôt sur les Soirées parisiennes de Julien Champagne.

Disons le mois prochain? C'est cela, au joli mois de mai...Mais en attendant, et à propos de floraison, que penseriez-vous d'un Lotus bleu?

Grâce à Dieu, et à son fidèle serviteur Dubosi, voici donc avec un tout petit peu de retard le produit
d'un article du périodique du même nom, précisément consacré au centenaire (1890-1990) de cette revue théosophique.


A tout seigneur, tout honneur, revoici d'abord "Krishna", supposé maître de Julien Champagne en alchimie et fondateur de l'éphémère Lotus rouge, qui précéda le bleuet:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-5695800.html

"C'était, nous rapporte Daniel Caracostea dans sa chronique lotusienne, un jeune homme originaire de Nantes, qui, après avoir hérité, avait décidé de fonder une revue théosophique qui pourrait vivre deux ans sur ce legs.

Sur la couverture on pouvait lire "sous l'inspiration de H.P. Blavatsky." Cette dernière fit supprimer son nom à partir du numéro de décembre 1888 car Gaboriau était devenu très caustique vis-à-vis des fondateurs dans ses notes éditoriales, après les problèmes survenus au sein de la société en France à l'automne de cette même année...

En dépit de ces notes désobligeantes, le Lotus avait acquis une solide réputation de sérieux. Les articles originaux poteraient, parmi d'autres, les signatures de Amaravella, de Charles Barlet, de Stanislas de Guaita, de Papus, de l'abbé Roca...

Le dernier numéro du Lotus daté de mars 1889 ne parut que vers août 1889." Exit donc le Lotus rouge.


Avant le Lotus bleu toutefois, disons un mot de l'intermezzo de la Revue théosophique:

"Le second journal théosophique français parut en mars 1889. La comtesse G. d'Adhémar qui en était la directrice ne savait pas que Gaboriau allait faire cesser la parution du Lotus...

Le nom de Mme Blavatsky apparaissait à nouveau mais comme rédacteur en chef. La durée de vie de la revue sera encore plus brève que celle de son prédécesseur puisque dans le numéro 12 de février 1890 la comtesse écrivait qu'elle était "obligée pour des motifs personnels d'abandonner la direction de la Revue théosophique."

D'après le commandant Courmes dont nous ferons la connaissance tout à l'heure, la comtesse qui était américaine dut quitter la France pour des affaires de famille.

Parmi les auteurs non encore mentionnés qui ont écrit dans sa revue, citons Joséphin Péladan, Eugène Nuss, et Arthur Arnould.


Il semble que ce soit Arnould (1833-1895) qui ait pris la décision de fonder le Lotus bleu au début de l'année 1890.

Cet écrivain avait été membre de la Commune en 1871 et à son retour en France d'une dizaine d'années d'exil écrivit sous le pseudonyme d'Arthur Mattey.

Il adhéra à la Société Théosophique en 1888 et la dirigea en France jusqu'à sa mort. Son nom de plume théosophique était Jean Matthéus.

Sa santé étant déficiente, il fut secondé de 1891 à 1893 par Amaravella (nomen d'Emile J. Coulomb).


Après la mort d'Arthur Arnould, la direction de la revue passa entre les mains du docteur Théophile Pascal (1860-1909).

Docteur en médecine, natif du Var, il adhéra à la Société en 1891. En 1898 une dépression nerveuse l'obligea à interrompre son travail et Mme Besant l'emmena en Inde pour rétablir sa santé...

A son retour en 1899 il fut élu secrétaire général de la section française qui venait d'être fondée; poste qu'il conserva jusqu'à sa mort.


Dès 1898 cependant la direction effective du Lotus bleu incomba à "M.Dac" alias Dominique Albert Courmes (1843-1914). Il la dirigea pendant 17 ans jusqu'à sa mort.

Il s'était engagé à 17 ans dans la marine et y avait servi pendant 35 ans. Il quitta le service avec le grade de commandant et adhéra à la Société en 1876. C'est lui qui traduisit La Doctrine Secrète en français.


Et nous en arrivons maintenant à Gaston Revel...pour ne presque rien vous carcher, si, si je maintiens le carcher, c'est d'ailleurs à lui que je voulais en venir.

Mais écoutons d'abord à son sujet Daniel Caracostea:

"Gaston Revel, nommé par le Conseil de la Société Théosophique, fut le quatrième directeur du journal...

Gaston Revel avait adhéré à la Société avec ses parents, son frère et son épouse. Il dirigea diverses revues dont Le Théosophe, ainsi que les Publications Théosophiques, ancêtre des éditions Adhyar.

En cette qualité il publia la première oeuvre de Mme Blavatsky, Isis Dévoilée, de 1913 à 1921. Il mourut vers la fin de l'année 1939."

Gaston Revel (1880-1939) fut en fait un des Veilleurs de René Schwaller. Son pseudo au sein de l'ordre intérieur était Paul d'Elie.

Dans sa revue Le Théosophe parurent d'ailleurs des articles de Schwaller et d'un autre ami de Julien Champagne, Pierre  Dujols.

Après sa séparation d'avec la Société Théosophique et la dispersion des Veilleurs, nous explique Alexandra Charbonnier, Gaston Revel, grâce à sa femme, l'excellente comédienne Marcelle Rueff, devint administrateur du théatre du Vieux-Colombier.


Et le Lotus bleu, me direz-vous? En 1919, après l'expiration du mandat de M. Revel, c'est Emile Point qui diriga la revue jusqu'en 1935...

En 1990, son "rédacteur responsable" était Françoise Caracostea.


Comme Schwaller et Dujols, comme aussi le disciple de ce dernier, Henri Coton, Julien Champagne adhéra à la Société Théosophique, si on en croit Geneviève Dubois.

De cette adhésion passagère, qui a peut-être cessé en 1919 avec l'émergence des Veilleurs, serait-il possible de trouver une trace au sein des archives de la section française de la "S.T."?

Et puisqu'on m'avait à tort laissé entendre que Daniel Caracostea avait quitté cette terre, je voudrais conclure par un salut amical  à son endroit, et clore mon articulet du jour par les dernières phrases de sa chronique:

"Et l'avenir? L'aspect extérieur du Lotus bleu a été modifié mais son but n'a pas changé depuis sa fondation:

Essayer par le biais de ses articles d'inciter ses lecteurs à chercher cette autre conscience qui réside en chacun de nous.

Conscience qui une fois réalisée nous fait ressentir l'unité de toute vie, et par là même la fraternité qui unit tous les êtres."



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Mardi 24 avril 2007

En cette soirée de la Saint Fidèle, je reviens un peu vers Julien Champagne pour un bref article que je dois une fois de plus à Walter Grosse, dont vous connaissez déjà le site consacré à Fulcanelli:

http://www.fulgrosse.com/

Son dernier article en date porte notamment sur le produit d'un recensement effectué en 1926, dont il a publié une partie des résultats :

http://www.fulgrosse.com/article-6434752.html

Il s'agit ici des résultats de ce recensement qui concernent le 59bis de la rue Rochechouart, à Paris, où à l'époque habitaient au 6ème étage, Julien Champagne, Eugène Canseliet et un certain Grappelli, dont nous avons déjà évoqué la mémoire et qui n'est autre que le père de Stéphane Grappelli:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-3733333.html

A juste titre, Walter Grosse fait remarquer que le Champagne dont il est question dans l'extrait ci-dessus du recensement est prénommé Jean, et est dit être né en 1876 dans le département de la Somme, enfin est présenté comme chimiste.

Le doute semble donc permis, puisque l'artiste Julien Champagne est en fait de 1877 et que sa naissance a eu lieu dans le département de la Seine:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-2258329.html
http://www.archerjulienchampagne.com/article-2241312.html

N'oublions pas tout de même que "notre" Champagne s'appelait officiellement Jean Julien....Quant à sa qualité de chimiste, elle ne surprendra pas les lecteurs de ce site.

Je reconnais cependant que les rubriques "Somme" et "1876" sont plus difficiles à expliquer, mais je ne crois guère pour l'instant à l'existence d'un Jean Champagne distinct de Julien Champagne.

En théorie, des erreurs du scripteur ne sont pas forcément à écarter. Mais je suis assez tenté de me rallier tout bonnement à l'hypothèse d'une nouvelle facétie d'"Hubert".

Champagne occupait apparemment le studio 5, et le couple Canseliet le 18. Et oui, le couple, puisque outre le "comptable" Eugène apparaît ici Germaine Hubat, sans profession.

Cette tourangelle que Canseliet épousera en 1937 pourrait selon Walter Grosse avoir cependant exercé le métier de journalière.

Elle serait aussi peut-être la détentrice réelle du domicile. Enfin, toujours d'après Walter, elle aurait avec Eugène participé aux soins donnés à Julien Champagne lors de sa maladie hélas fatale de 1931-1932.

Pour terminer sur une note optimiste, je voudrais enfin saisir cette occasion de vous signaler l'apparition d'un blog dédié justement... à Eugène Canseliet:

http://canseliet.over-blog.com/



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Dimanche 8 avril 2007

Voici sans doute un tournant de ce blog: Julien Champagne est de nouveau retrouvé dans ses oeuvres, et donc reconnu en tant qu'artiste.

Merci encore une fois à notre petit cousin acadien, grâce à qui nous l'avons repéré cette fois, dans un musée parisien.

Et quel musée, ma foi! Un musée qui lui convient finalement très bien, où il a sa place avec d'autres, le musée historique de Paris, bref le musée Carnavalet, qui entre autres singularités présente celle d'être gratuit.

Car il y est en bonne compagnie! Celle de l'Amazone Natalie Clifford Barney, notamment, qu'il a dû côtoyer:

http://www.archerjulienchampagne.com/article-4849361.html

Mais aussi pour remonter dans le temps celle de Sainte Geneviève, sainte parisienne, et de cette peinture hermétique en dépot de l'église Saint-Merry, qu'Eugène Canseliet, ami de Champagne, décrivit dans la revue Atlantis (N°223, 1964), et finalement celle des Saints-Innocents, chers à Nicolas Flamel, dont une représentation de l'enclos médiéval est clichée dans les Trois anciens traités d'alchimie du même Canseliet (Pauvert, 1975).

Ainsi donc la Réunion des musées nationaux (RMN) a eu l'heureuse idée de rendre disponible sur son site deux "nouveaux" dessins de Jean Julien, ainsi qu'elle l'appelle:

http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchT.aspx?V=CSearchT&SID=22S39UWP1R24O&E=S_22S39UWP1R24O&NoR=500&New=T
http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&Total=2&FP=65472107&E=22S39UWP1R24O&SID=22S39UWP1R24O&New=
T&Pic=2&SubE=2C6NU0GE0ID0
http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&Total=2&FP=65472107&E=22S39UWP1R24O&SID=22S39UWP1R24O&New=
T&Pic=1&SubE=2C6NU0GEP8YG


L'attribution à Julien Champagne de ces oeuvrettes, qui n'ajoutent guère à sa gloire, mais laissent augurer d'autres découvertes, ne fait pas de doute dans l'esprit des experts de la RMN:

Il s'agit bien dans les deux cas de Jean Julien Champagne (1877-1932). De ce point de vue, toute homonymie semble exclue. Mais ce Julien est-il bien le notre?

Si c'est bien le cas, ce sont là sans doute oeuvres de jeunesse ou de commande, sinon alimentaires, puisqu'elles sont toutes deux répertoriées comme estampes lithographiques du XIXème siècle.

A mon avis, l'attribution à Champagne est certainement plausible. Même si je ne peux vous offrir pour l'instant de reproduction de meilleure qualité, la signature habituelle: J. Champagne est bien visible au bas des deux travaux.

Il semble que ces deux gravures fassent partie d'une série consacrée aux "soirées parisiennes", ce qui permet encore une fois d'espérer d'autres exhumations. C'est du moins l'impression, si j'ose m'exprimer ainsi, que nous laisse leur numérotation.

J'observerai enfin qu'il peut paraître symbolique qu'"Hubert" ait eu ainsi la faveur de passer des "fêtes de banlieue" aux soirées mondaines, telles que ce "concert à la chaussée d'Antin".

Le dit concert est au demeurant proposé ailleurs sur la "toile":

http://www.scholarsresource.com/browse/work/2144593323
http://imagecache2.allposters.com/images/BRGPOD/18870.jpg
Suivant la RMN, Julien Champagne aurait ici dessiné d'après Henri de Montaut (1825-1890/1897).
Mais qui est ce Montaut?

Vous aurez noté comme moi l'incertitude très fulcanellienne qui plane sur son année de décès...On le dit aussi parfois né "vers" 1825, voire en 1829 ou 1840.

Le Dictionnaire des illustrateurs le nommerait ainsi: Henri de Montaut (ou De Hem ou Monta ou Hy) et ajouterait qu'il aurait oeuvré entre 1860 et 1905, cette dernière année pouvant également être celle de sa mort....

L'ordre de la légion d'honneur fait mention quoiqu'il en soit d'un Henri Antoine Victor de Montaut, né en 1829 à Paris.

Ce qu'il y a d'un peu plus certain, c'est qu'en bon Parisien, Montaut s'intéressa de près à la vie de la capitale, qu'elle fût tragique, comme au moment de la Commune de 1870-1871, ou frivole: cette curieuse illustration pour La vie parisienne est de 1879 - ou 1882!

http://www.artandarchitecture.org.uk/fourpaintings/manet/paris/corsetrie.html
Un deuxième point concerne son attrait pour les rives...de la Méditerranée, qu'elles soient françaises (Voyage au pays enchanté, 1880), ou grecques, ou encore égyptiennes.

Mais il doit surtout sa célébrité à son travail d'illustration des livres de Jules Verne, et ce dès les années 1865, en particulier De la terre à la lune:

http://jv.gilead.org.il/rpaul/
http://jv.gilead.org.il/evans/illustr/
http://jv.gilead.org.il/zydorczak/zzie03.htm

Et puisque je vous parlais d'entrée de jeu de tournant pour ce blog, permettez-moi de conclure là dessus, en bon ouroboros.

Ce blog continue, mais voici sans doute mon dernier courriel régulier. Oh j'ai encore dans ma manche plusieurs articles déjà pensés, qui je l'espère paraîtront tôt ou tard. Mais je suis appelé à d'autres tâches que celle-ci, et je ne reviendrai vous entretenir de Julien Champagne dans les prochaines semaines et les prochains mois qu'en cas de fait nouveau.

Celui de ce jour en est un, et pas anodin. Il en annonce d'autres, et pourquoi pas une reparution des Fulcanelli illustrés par Champagne? Parallèlement, je compte bien continuer de me tenir à votre écoute, et améliorer un peu les courriels déjà en ligne, ce que j'ai déjà commencé à faire, qu'ils soient anciens (Allainguillaume par exemple) ou récents (par exemple Hillel-Erlanger).

Mais la bonne nouvelle est là, et c'est l'essentiel: L'oeuvre de Julien est revenue au grand jour, et puisque ce 8 avril est celui de Pâques, réjouissons nous surtout qu'un autre J.C. soit ressuscité.

http://www.ocarm.org/news/esp0800.htm
A très bientôt, et Joyeuses Pâques!

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