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Classé monument historique, le chateau de Dampierre-sur-Boutonne (Charente Maritime) est un joyau de l'art monumental français de la Renaissance.

Achevé vers 1550, il fut démantelé par le prince de Condé pendant les guerres de religion. Il a été ensuite reconstruit entre 1675 et 1683 par Jules Hardouin-Mansart.

Il comprend deux jardins, dont l'un fut conçu par André Le Notre. Le second est baucoup plus récent (1978).

Propriété privée, le chateau  fut récemment ravagé par un incendie (2002), mais demeure ouvert à la visite par monsieur et madame Jean-Louis Hedelin, qui se sont consacrés à la préservation et à la restauration de leur demeure.

Il se compose aujourd'hui d'un corps de logis flanqué de deux tours rondes couronnées par un chemin de ronde, et doté d'une vaste galerie construite vers 1540-1547 pour le chatelain de l'époque, Claude de Clermont d'Aulnay , et son épouse Jeanne de Vivonne, ou peut-être le frère cadet du premier, François de Clermont.

Les plafonds des deux étages de cette galerie possèdent des caissons décorés d'étonnants motifs sculptés à caractère emblématique et ésotérique, qui ont fait la célébrité du chateau. L'essentiel de ces caissons se trouve en fait dans la galerie du premier étage.

Le "merveilleux grimoire du chateau de Dampierre" constitue effectivement tout un chapitre des Demeures Philosophales de Fulcanelli. Nous donnons ici leur planche XXIII, dessinée par Julien Champagne, et un cliché plus récent, pris sous un angle légèrement différent, mais non moins évocateur de la beauté du site, et de sa demeure toujours vivante.

"Extérieurement, dit Fulcanelli, son architecture, quoique élégante et de bon goût, reste fort simple et ne possède rien de remarquable; mais il en est des édifices comme de certains hommes: leur tenue discrète, la modestie de leur apparence ne servent souvent qu'à voiler chez eux ce qu'ils ont de supérieur."

D'où sans doute la devise que notre alchimiste signale sur une des cheminées du chateau:

SE.COGNESTRE.ESTRE.ET.NON.PARESTRE.

Sur une autre, plus petite, l'invite à la sérénité - et à la visite du chateau, si ce n'est à un séjour prolongé et paisible - mérite également d'être rapportée:

DOVLCE.EST.LA.VIE.A.LA.BIEN.SVYVRE.
EMMY.SOYET.PRINTANS.SOYET.HYVERS.
SOVBS.BLANCHE.NEIGE.OV.RAMEAUX.VERTS.
QVAND.VRAYS.AMIS.NOVS.LA.FONT.VIVRE.
AINS.LEVR.PLACE.A.TOVS.EST.ICI.
COMME.AVX.VIEVLS.AVX.JEVNES.AVSSI.

http://maxjulienchampagne.over-blog.it/article-32351902.html


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Dans son Alchimie expliquée, Eugène Canseliet rappelle qu'il se rendit avec Fulcanelli au couvent
franciscain de Cimiez, sur les hauteurs de Nice, dont ensemble ils admirèrent les fresques énigmatiques, d'inspiration hermétique.

Nous pouvons situer l'équipée des deux alchimistes dans les années 1910: 1917? C'est l'année que nous avons en tête, sans pour autant disposer sous la main de référence précise.

Quoiqu'il en soit, il est curieux de constater que cette visite à Cimiez ne déboucha pas sur l'inclusion par Fulcanelli du monastère prestigieux, dont les superbes peintures de la fin du XVIIème siècle sont aujourd'hui menacées par l'humidité des murs et des coeurs, y compris celle de leurs locataires, - nous voulons bien ici parler des moines qui continuent de l'habiter, - ni dans son Mystère des Cathédrales, ni même dans ses Demeures Philosophales.

Canseliet, de son côté, écarta Cimiez de ses Deux Logis, et se contenta, pour l'essentiel, de nous donner dans son édition des Douze Clefs de Basile Valentin un "traité dans le traité", en commentant, généralement en note de bas de page, une dizaine de ces emblèmes.

Il fallut donc attendre 1977 pour qu'un de ses élèves, Séverin Batfroi, consacre à Cimiez son Alchimiques Métamorphoses, paru chez Guy Trédaniel. Cet ouvrage parut mécontenter son maître, pour une raison ou une autre.

Encore une fois, comment expliquer ces réticences successives? C'est ce que nous allons tenter de mettre en lumière brièvement, et bien entendu nous allons pour ce faire relier à ce mystère, grand ou petit, l'oeuvre de Julien Champagne.

Dans cette optique, je vais me concentrer non sur les fresques elles-mêmes, mais sur la croix séraphique de Cimiez, plus ancienne puisque remontant à la fin du XVème siècle (1477, vraisemblablement), et qui bien que presque unique en Europe, n'est évoquée ni par Canseliet, ni par Batfroi.

Cette croix fut paraît-il sculptée sur commande du frère franciscain Louis Terrini. Initialement, ce calvaire de marbre veillait sur le repos des frères franciscains, enterrés dans le cimetière de leur couvent, sur la place Saint-François, à Nice intra-muros.

Sous l'Empire, ce cimetière disparut, et, dégradée à la Révolution, la croix fut mise en lieu sûr par un particulier. En 1804, elle rejoignit Cimiez. Vandalisée en 1979, elle fut abritée dans l'église du monastère, et sa copie actuelle, un moulage, peut être vue sur la place, comme on peut le constater sur nos deux clichés.

Le calvaire est composé d'une croix tréflée gothique, posée sur une colonne torse. La face sud de la croix porte au centre un séraphin (ange) crucifié, aux traits christiques, qui rappelle la vision de Saint-François d'Assise sur le mont Alverne.

Dans le bras de droite, on remarque une représentation du saint. Dans le bras de gauche, une image de Saint-Louis de Toulouse, saint franciscain.

Au sommet, un pélican nourissant ses trois petits, symbole de l'amour-charité (le pélican est réputé donner sa vie pour sauver ses enfants, comme le Christ pour sauver les hommes).

La face nord de la croix porte au centre une représentation de la Vierge encadrée de Saint-Bernardin de Sienne et de Sainte-Claire, saints franciscains. Au sommet, le Sauveur portant le globe du monde. Au pied, les armes de la famille De May.

Enfin, au pied de la croix, les armes de la famille Sardina, qui contribua, comme les De May, au transfert et au rétablissement de la croix. 

Cette croix a fait l'objet d'un article anonyme paru dans le N°29 de la revue d'alchimie La Tourbe des Philosophes: Un labourant, la croix séraphique du monastère de Cimiez (ca 1987).

Mais quel rapport avec Julien Champagne, me direz-vous? Ecoutons un autre disciple de Canseliet, Bernard Chauvière, auteur d'un Parcours alchimique à l'usage d'un opératif (Liber Mirabilis, Londres, 2000), où la croix séraphique figure en couverture, et dont je me permets de recommander l'ouvrage.

L'auteur répond, l'année de la parution de son livre,  aux questions d'Alkest, de La librairie du Merveilleux (http://alkest.club.fr/interview2.htm):

"A: Vous avez illustré vous même votre ouvrage avec de somptueuses planches "façon" Julien
Champagne, représentant divers sujets hermétiques; parmi ceux que j'ai pu voir il y avait la croix du monastère de Cimiez. Qu'est-ce qui vous a poussé à commenter et dessiner les motifs de ce "lieu magique" après Mr Canseliet?

BC: Lors d'une visite à Savignies, et alors que je montrais à Eugène Canseliet des photographies d'un tableau alchimique, et il m'a confirmé qu'il l'était bien, il m'a montré de grandes photographies de la croix de Cimiez, qui dataient des années 1920. Il m'a aussi dit que Julien Champagne en fit des dessins, et que cette croix était présente dans le Finis Gloriae Mundi de Fulcanelli."

Nous reviendrons sur le troisième livre, non paru, de Fulcanelli, mais en attendant il nous faut bien nous poser la question suivante: que sont donc devenus les dessins de Julien Champagne sur la croix séraphique de Cimiez?


Après une question, il est bon de penser à répondre, même si interrogation et affirmation paraissent peu correspondre.

Voici donc sur Cimiez un document inédit, dont l'intérêt me semble double. D'une part, cet ex-libris provient d'un document qui me donne la certitude que dans le courant du XVIIème siècle le monastère a pu abriter en sa bibliothèque certain(s) ouvrage(s) d'alchimie, et d'un autre côté il me conforte dans l'idée que Fulcanelli et Julien Champagne n'ont sans doute pas inauguré la pratique des signatures en forme de blason hermétique.

armescimiez.champagne.jpg
Quant à Bernard Chauvière, il vient, après l'ouvrage estimable quoique très académique de Virginie Malbouires (Les emblèmes franciscains du monastère de Cimiez, ANRT, 1996) de consacrer au symbolisme et à la tradition hermétique du monastère de Nice et de celui, voisin, de Saorge, un petit livre qui est lui inestimable.

Inestimable, il l'est tant par la qualité des reproductions des peintures allégoriques que par l'essentiel des commentaires, rassemblant en un seul volume ceux que son maître Eugène Canseliet avait consciencieusement disséminés pour sa part:

Le monastère de Cimiez, Arrakis, 2009
http://www.publipole.com/spip/spip.php?page=article&id_article=156



http://maxjulienchampagne.over-blog.it/article-32351862.html



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