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  • : Site consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.
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...consacré à l'artiste français Julien Champagne (1877-1932), à sa vie et à ses oeuvres.


Peintre et dessinateur, Julien Champagne est surtout connu de nos jours pour avoir illustré les ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste contemporain.

Et pourtant, il figure au Bénézit, la "Bible" internationale des créateurs. Et suivant son ami Eugène Canseliet, il fut bien un maître du pinceau et du crayon.

C'est à la découverte de cet artiste méconnu, mais profondément attachant, que je voudrais vous inviter. Je voudrais aussi vous demander de ne pas hésiter à enrichir mes articles de vos propres commentaires et de vos découvertes personnelles.

Bon voyage donc au pays légendaire de Julien Champagne.

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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 18:37

Bonjour, amis et amies.

Je me fais une joie et un devoir de relayer ici la nouvelle et récente contribution de notre compère Jean Artero à l'excellente revue en ligne de Thierry Rollat: Les regards du Pilat.

http://regardsdupilat.free.fr/JeanArtero.html

Pour plus de détails à son sujet, vous pouvez vous reporter si vous voulez à un de nos précédents articles: Julien Champagne forézien.

http://www.archerjulienchampagne.com/2020/06/julien-champagne-forezien.html

Bonne et agréable lecture!

 

1/ Les Regards du Pilat : Bonjour Jean Artero. Vous êtes reconnu comme étant un passionné et un fin connaisseur dans le domaine alchimique. Comment êtes-vous tombé dans cette marmite aux breuvages flous et complexes pour le profane ?

Jean Artero : Bonjour à vous, et merci de votre invitation et de vos compliments. Je suis un passionné d’alchimie effectivement depuis quelques décennies, et donc devenu connaisseur par la force des choses.

J’ai déjà expliqué par ailleurs que vers 1968 j’ai découvert la Science au travers de l’œuvre de Fulcanelli , puis d’Eugène Canseliet, évidemment.

L’apprentissage a été long, comme il se doit s’agissant d’un ésotérisme, car à mon sens il n’y a pas de voie brève dans ce domaine, ni en théorie ni sans doute en pratique.

Donc selon moi la marmite alchimique n’exclut par le creuset alchimique, au contraire, et la voie humide et la voie brève se complètent mutuellement. En fait, comme le dit l’adage, il n’y a véritablement qu’une voie : una re, uno vase, una via.

Le chaudron magique auquel vous avez fait allusion produit bien à l’inverse une potion, à laquelle renvoient certains des plus vieux mythes de l’humanité : l’Elixir de Vie, concocté à partir de la Pierre philosophale.

 

2/ Les Regards du Pilat : Justement, pour le commun des mortels et vu de l’extérieur, l’Alchimie se résume un peu trop facilement à la transformation du plomb en or. Ce sont aussi ou surtout de profondes recherches et expériences des plus intimes. Dans votre quête personnelle il est dit ça et là que vous auriez abouti. Qu’en est-il exactement ?

 

Jean Artero : A mon humble avis, la Pierre transmutatoire pourrait bien être d’abord une « pierre de touche ». Elle permet peut-être à l’alchimiste d’être certain de sa réussite, et éventuellement d’en persuader autrui, puis conformément à la Tradition de faire le bien.

Donc il n’y a pas d’Ora sans Labora, pas d’alchimie pratique sans alchimie intérieure, ainsi que l’avait d’ailleurs fortement souligné le regretté André Savoret ; et bien entendu, comme je viens de m’en expliquer, ceci vaut dans les deux sens.

Quant à ma petite personne, qui n’a pas d’importance particulière, elle n’est certes pas celle d’un Maître, d’un Adepte, comme on dit parfois.

Je n’enseigne pas, et je n’ai pas de disciples. A l’inverse, quand je peux témoigner de ma propre expérience en la matière, et attirer vers l’hermétisme telle ou telle personne de valeur, j’en suis heureux.

 

3/ Les Regards du Pilat : Quand on publie des ouvrages alchimiques (*liste de ceux-ci en fin d’entretien), comme c’est votre cas, s’adresse t-on uniquement à un public de connaisseurs ou aussi aux vrais novices ?

Jean Artero : Comme exprimé à l’instant, la Tradition est d’abord une transmission, donc il est capital de la faire perdurer, et là est sans doute le principal objet des écrits d’alchimie, ou en ce qui me concerne plutôt, des livres  sur l’Art d’Hermès.

Mais bien sûr il importe probablement de savoir aller au-delà de la pédagogie dirigée vers les futurs novices, et même les novices actuels. Il faut savoir aussi se faire reconnaître de ses pairs, et en tout cas les persuader et être convaincu, par la même occasion, qu’on ne publie nullement en vain.

La vanité de l’exercice serait en effet coupable, s’il ne contribue pas un minimum à consolider la crédibilité et l’influence de l’alchimie, y compris dans le public le plus large.

N’oublions pas, pour conclure sur ce point, que si l’alchimie est une et immuable, les conditions de sa pratique et de son étude varient au cours du temps.

Les changements climatiques, l’avènement d’Internet en constituent des illustrations concrètes et me semble-t-il incontestables .

 

4/ Les Regards du Pilat : Aujourd’hui peut-on parler d’un Héritage Fulcanelli et si oui quels seraient les Héritiers ?

Jean Artero : Oui, je crois qu’on peut répondre par l’affirmative. Fulcanelli est l’alchimiste contemporain le plus connu en France, mais aussi à l’étranger, si l’on veut bien connaître et considérer les traductions réalisées et publiées de ses deux œuvres disponibles.

Il est vrai que sa renommée est principalement occidentale, mais le vieux et cultivé Japon n’ignore pas lui non plus la pensée fulcanellienne.

La question suivante est peut-être: pourquoi ? Je me risquerais volontiers à affirmer que la pensée dont il s’agit permet de mettre en lumière en la rendant accessible à nos cerveaux des XXème et XXIème siècle les fondamentaux de l’alchimie.

Et Fulcanelli nous rappelle après d’autres que ces derniers sont certes scripturaires, mais aussi monumentaux. Par là même, il nous permet de remonter à la source du langage symbolique qui est celui de nos prédécesseurs.

Ce sont ces derniers dont nous sommes tous les héritiers, du moins si nous étudions et cherchons sans omettre de nous réclamer de leur lignage, et si nous reconnaissons au moins à l’opus fulcanellien la vertu majeure qui est la sienne : l’intercession. Fulcanelli est, répétons-le si nécessaire, l’intercesseur par excellence.

A l’inverse, je crois que le fait de se réclamer de cet enseignement ne confère que des devoirs.

5/ Les Regards du Pilat : En restant avec le Maître Fulcanelli et malgré de nombreuses supputations proposées au fil du temps, avez-vous une idée assez précise de la vraie identité de ce dernier ?

Jean Artero : Assez précise en tout cas pour être convaincu qu’on ne peut pas faire l’économie de ce qu’Eugène Canseliet nous a confié de l’homme, de son parcours, de ses relations, bref de sa vie.

Sinon, on verse dans l’imaginaire. Fulcanelli mis à part, il est pratiquement notre seule source d’information fiable.

Bien sûr, il a occulté certaines choses, mais il serait abusif de prétendre qu’il a menti sur l’essentiel. Et à propos d’essentiel, je ne peux pas ne pas mentionner la place majeure qui est celle de l’alchimie dans l’esprit de Fulcanelli, donc tout fulcanelliste devrait avoir à cœur de la déceler et de la prouver chez son candidat.

Après, on ne peut pas affirmer avoir résolu « l’énigme Fulcanelli » si on ne tient pas aussi compte de sa proximité avec Julien Champagne, avec Pierre Dujols, avec la famille Lesseps…

Pour moi, on est là dans le cercle des intimes, et en ce qui me concerne je n’écarte pas du tout l’idée que le Maître, pour reprendre votre expression, puisse se rattacher d’une façon ou d’une autre à cet illustre clan.

 

6/ Les Regards du Pilat : La Société Atlantis fondée dans les années 1920 par Paul Le Cour et dont la notoriété dans le domaine ésotérique n’est plus à démontrer, vous a-t-elle beaucoup inspiré dans vos recherches personnelles ?

Jean Artero : Paul Le Cour, de son nom de plume, a aussitôt perçu l’intérêt de l’œuvre fulcanellienne. En outre, il a ouvert peu après le décès de Julien Champagne les colonnes de sa revue Atlantis à Eugène Canseliet, qui en a été un des contributeurs jusqu’à son décès.

A Canseliet, et à d’autres hermétistes et alchimistes de valeur, bien sûr, tels Guy Béatrice, Patrick Rivière ou Séverin Batfroi.

J’ai quelque temps été membre de ce cénacle et abonné à cette revue, dont on ne peut que déplorer l’effacement progressif.

Atlantis a beaucoup œuvré, malgré tout, pour la culture traditionnelle en général et celle alchimique principalement. Elle a encore été présente, en 1999 et 2009, lors des deux premiers colloques parisiens consacrés à Eugène Canseliet. J’ai assisté au premier, et je suis intervenu au second. La publication intégrale des actes de ces manifestations me semble être une nécessité.

En 2015 encore, grâce à Atlantis toujours, j’ai pu, toujours à Paris, m’exprimer publiquement, cette fois au sujet de Champagne.

 

Paul Le Cour

7/ Les Regards du Pilat : Que retenez-vous de l’œuvre d’Eugène Canseliet, ses rôles notoires et là encore son Héritage ?

Jean Artero : Le rôle de Canseliet dans l’émergence de la notoriété fulcanellienne et dans la préservation de la culture alchimique a été et reste considérable, en France et ailleurs.

C’est ainsi, notamment, qu’il a présidé aux trois premières éditions françaises de l’œuvre publiée de Fulcanelli.

Lui-même est traduit désormais en tant qu’auteur dans nombre de langues européennes, à l’exception notoire de l’anglais, ce qui soit dit entre nous doit le ravir.

Il m’est difficile de ne pas considérer tous ses ouvrages comme importants, d’une manière ou d’une autre. On pourra simplement distinguer entre ses publications vouées à la promotion d’auteurs classiques, comme Basile Valentin ou Altus, et celles destinées à prolonger l’opus fulcanellien (Deux Logis Alchimiques).

Je rangerai volontiers dans cette deuxième catégorie son Alchimie expliquée, qui est peut-être son livre majeur.

Si Fulcanelli met en lumière l’ensemble de la tradition alchimique,  Eugène Canseliet a fait de même à sa façon, et de nombreux hermétistes et alchimistes vivants ou hélas décédés lui doivent beaucoup, comme l’Italien Lucarelli, et en France, Allieu, Bourguignon, Chauvière, Delvarre …

Je le considère pour ma part comme mon maître en hermétisme.

 

Eugène Canseliet

8/ Les Regards du Pilat : L’Ordre du Temple qui possédait multiple facettes et notamment certaines indéniablement alchimiques apparemment, a-t-il selon vous une survivance officielle ou de Tradition aujourd’hui en 2021 ?

Jean Artero : Il me paraît que Fulcanelli comme Canseliet à sa suite évoque une dimension ésotérique de l’Ordre du Temple.

Cette dimension transparaîtrait dans le fameux Baphomet, et on pourrait ajouter que le Sceau des Templiers en est possiblement une autre illustration.

Je crois qu’il est plus que vraisemblable que certains Chevaliers aient été des initiés, et se soient adonnés à l’alchimie, et qu’il est même possible qu’au sein de l’Ordre il y ait eu une sorte d’Eglise intérieure, pour reprendre l’expression d’Eckartshausen.

De même, j’ai l’impression que la survivance templière dans certains pays, ibériques ou autres, est incontestable d’un point de vue historique.

A contrario, je ne suis pas sûr que cette survivance revête actuellement des formes officielles, comme vous dites, et les résurgences contemporaines (ou plutôt les pseudo-résurgences templières) ayant pignon sur rue me semblent relever du folklore, voire (au pire) de l’escroquerie ou du phénomène sectaire.

Mais naturellement je peux me tromper. Il est vrai qu’il y a un siècle Magophon évoquait encore une persistance du Galetas du Temple, mais cette persistance était plutôt clandestine.

A l’inverse des chevaliers de l’estomac d’une certaine franc-maçonnerie, raillée par Fulcanelli, les Templiers modernes sont plutôt selon moi des anonymes, libres de toute obédience organisée, mais unis, comme les vrais Rose-Croix, par une foi commune, telle que celle qu’exprime la tombe d’Eugène Canseliet, ornée de la Croix templière : In Hoc Signo Vinces.

 

9/ Les Regards du Pilat : Le Pilat est loin de vous être indifférent. Mise au-devant de l’actualité ces dernières années alors que longtemps oubliée, que vous inspire La Pierre des Trois Evêques aujourd’hui simple borne de séparation entre les communes de La Versanne et de Saint-Sauveur en Rue ?

Jean Artero : Vous avez raison, le Pilat (et le Forez plus généralement) est très loin de m’être indifférent.

Cette contrée est pour moi une sorte de havre de paix familial, où il fait bon se ressourcer quand cela nous est loisible.

Ma belle-famille en était originaire et y réside toujours, ainsi que la mienne, feue mon épouse et moi ayant fait le choix d’en faire notre terre d’élection.

Mon beau-père était d’ailleurs membre de la Diana, et a notamment œuvré au sein de la société d’histoire du pays de Saint-Genest Malifaux, pays aux armes si parlantes et auquel je reste extrêmement attaché.

Pour en avoir, l’été évidemment, arpenté bien des sentiers,  forestiers la plupart du temps, je le connais assez bien depuis maintenant une quarantaine d’années, de la Font Ria à la Pierre des Trois Evêques entre autres.

Permettez donc que je soutienne l’idée que la première est symboliquement la source de la seconde. Et que ces trois ecclésiastiques peuvent nous renvoyer à chaque œuvre du labeur alchimique.

 

 


La Font Ria
 


La Pierre des Trois Evêques

10/ Les Regards du Pilat : Nous terminerons cet entretien avec la Chartreuse de Sainte-Croix en Jarez. Beaucoup a été dit et écrit sur ce Fleuron patrimonial et historique. Avez-vous des anecdotes singulières ou une réflexion personnelle à nous développer ?

Jean Artero : Une anecdote, pas vraiment. J’ai bien sûr aussi visité ce haut-lieu forézien.

Je dirais que quelque part il nous renvoie à cette Font Ria évoquée précédemment, ainsi qu’au tombeau de Canseliet.

La Font est première selon moi, elle ondoie et rayonne. Elle se situe à une altitude supérieure, même si ses eaux se répandent vers l’aval. Elle est en amont. La Chartreuse -et l’emblème qui la signe- en est l’émanation terrestre. Les Chartreux ont fait vœu de silence, et l’ésotériste ne peut que les comprendre et les approuver.

Donc leur expression est indirecte, cabalistique, pourrait-on dire, et l’exemple parfait en est justement constitué par leur insigne d’Ordre, ce cercle surmonté d’une croix, cette boule crucifère, qui paraît-il représente la matière élue.

Disciple d’Elie, tu vaincras par ce Signe.

Permettez-moi pour terminer d’avoir aussi une pensée en cet instant pour Elie-Charles Flamand, et son éloge surréel d’un autre haut lieu hermétique forézien : La Bastie d’Urfé.

Flamand, ami de Canseliet, et dont les archives sont conservées me dit-on à la bibliothèque parisienne de l’Arsenal. Oui, Barrès avait raison. En Lorraine, en Forez, dans le Pilat, entre autres, il est des lieux ou souffle l’esprit.

 

 
 

 

*

Jean Artero en quelques contributions :

-   Depuis 2006 blog Julien Champagne (avec Archer)

-   2008 Présence de Fulcanelli (éditions Arqa)

-   2011 préface à La Vie Minérale de Julien Champagne (éditions Les Trois R)

-   2014 Julien Champagne (éditions Le Mercure Dauphinois)

-   2017 Fulcanelliana (éditions Arqa)

2018 <participation à un entretien vidéo sur l’alchimie>

https://lalchimieauquotidien.wordpress.com/2021/05/01/conference-paroles-dalchimistes-fulcanelli-adeptes-filiations-3/

 

 

ARCHER

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commentaires

B
Merci sincère Jean pour ta lumineuse franchise et ta solide foi en l'Oeuvre qui nous réunit.
Semper amor.
b.
Répondre
A
Avec plaisir, Bernard.